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 30/07/2016 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 Manifeste de Tlaxcala 
Manifeste de Tlaxcala
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Manifeste de Tlaxcala

Tlaxcala, le réseau international pour la diversité linguistique, a été créé en décembre 2005 par un petit groupe de cyberactivistes qui, ayant lié connaissance grâce à Internet, en sont venus à penser qu'ils avaient en partage des intérêts, des aspirations et des problèmes communs. Le réseau s'est développé rapidement : il compte beaucoup de membres, et  assure des traductions en quinze langues.

Ce Manifeste exprime leur philosophie commune :

Toutes les langues en usage dans le monde doivent contribuer à la fraternité entre les hommes - et d'ailleurs, elles y contribuent. Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, une langue n'est pas simplement une structure grammaticale, avec un assortiment de mots interconnectés, en accord avec un code syntaxique ; une langue est aussi - et même, avant tout - une création de signification, fondée sur nos sens. Ainsi, nous observons, nous interprétons et nous exprimons notre propre monde à partir d'un contexte personnel, géographique et politique spécifique. C'est pourquoi aucune langue n'est neutre ; toutes véhiculent le « code génétique », l'empreinte des cultures auxquelles chacune appartient. Le latin, qui fut la première langue impériale, a atteint son apogée en foulant aux pieds les vestiges des langues qu'il détruisit lorsque les légions romaines étendirent leur présence dans le Sud de l'Europe, le Nord de l'Afrique et le Moyen-Orient. Rien d'étonnant, par conséquent, à ce que ce soit l'espagnol, fils génétique du latin, qui ait occasionné une nouvelle dévastation, au début de la Renaissance, cette fois-ci parmi les peuples conquis du continent américain.

Un empire et sa langue vont toujours de pair, et sont par définition des prédateurs. Ils rejettent l'altérité. Toute langue impériale s'érige en sujet de l'Histoire, et la narre à partir de son point de vue, en annihilant (ou tout au moins en tentant d'annihiler) les points de vue exprimés dans des langues qu'elle considère inférieures. L'Histoire officielle de tout empire n'est jamais innocente, mais bel et bien motivée par son zèle à justifier aujourd'hui les agissements qui furent les siens hier, afin de projeter sa propre vision du monde sur ce que sera demain.

Nul ne sait quelles souffrances ont enduré les peuples conquis par l' Empire romain, étant donné que ne subsiste aucun récit de leur défaite, qui signifia la disparition de leurs cultures respectives. En revanche, les langues du continent américain conquis par l'Empire espagnol ont laissé leur témoignage. Vers la seconde moitié du 16ème siècle, peu après la conquête de Mexico, Frère Bernardino de Sahagun colligea ce qui est connu de nos jours sous le nom de Codex florentin, un mélange de récits Nahua [le nahuatl est une des langues des Aztèques les plus anciens, encore parlée aujourd'hui au Mexique] et d'illustrations picturales qui décrivent la société et la culture préhispaniques. Un second témoignage - qui contredit le premier - est le Lienzo de Tlaxcala, lui aussi transcrit au 16ème siècle par le métis Diego Munoz de Camargo, lequel a fondé sa narration sur les fresques peintes par ses ancêtres - la noblesse tlaxcaltèque - qui décrivaient au moyen d'images tant l'arrivée d'Hernan Cortés que la chute de Tenochtitlan, la capitale de l'Empire aztèque, détruite par les Conquistadors, qui édifièrent sur ses ruines la ville de Mexico. Tlaxcala était, à l'époque, la cité - État rivale de l'Empire aztèque tenochtitléen, qui aida Cortés à détruire Tenochtitlan - attitude équivalant à signer son propre arrêt de mort, étant donné que le nouvel Empire espagnol, né de cette défaite, soumettait tous les peuples indigènes, faussement qualifiés de « précolombiens » - qu'il s'agisse d'alliés ou d'ennemis de la Couronne espagnole - avec, pour résultat, une disparition quasi totale de leurs cultures et de leurs langues.

De nos jours, le pouvoir impérial est sis aux Etats-Unis d'Amérique, qui ont l'anglais pour langue officielle. Fidèle aux caractéristiques comportementales de toute langue impériale, l'anglais impose aujourd'hui sa loi. Sous l'influence de l'anglais, des pays, des territoires entiers, ont perdu - ou sont en train de perdre - leurs langues de communication. Les Philippines, ou Porto Rico ne sont que deux exemples parmi beaucoup d'autres. En Afrique subsaharienne, le faux prestige accordé à l'anglais, au français, au portugais ou aux langues vernaculaires majoritaires est en train de tuer une langue maternelle locale tous les quinze jours, estime l' Unesco.

Il est vrai qu'en ces temps de communication planétaire, il n'y a rien de négatif au fait de disposer d'une lingua franca qui permette de faciliter la connaissance mutuelle, mais cette lingua franca devient en revanche tout à fait néfaste si - consciemment ou non - elle transmet l'idéologie de supériorité qui la caractérise, et si elle le fait en affichant son mépris pour les langues « subalternes », c'est-à-dire : toutes les autres. Le complexe de supériorité qui accompagne - toujours - une langue impériale ou dépendante d'un empire est si consubstantiel à son essence même qu'aujourd'hui ce complexe de supériorité se manifeste même parfois entre militants anglophones engagés dans le combat en vue d'un monde meilleur : les médias qu'ils utilisent apportent la preuve tangible que les textes traduits des langues « subalternes » qu'ils publient ne représentent qu'un pourcentage insignifiant de leurs contenus. Le problème n'est pas seulement le fait que des traductions dans d'autres langues, à partir de l'anglais, sont manifestement surabondantes, en comparaison ; le fait qu'on ne puisse pas faire le même constat, dans le sens contraire, représente en lui-même un problème. Nous sommes tous coupables d'avoir accepté, jusqu'ici, une telle disparité.

Tlaxcala, le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique, est né comme un hommage post-moderne à la malheureuse cité - État éponyme, qui commit la tragique erreur de faire confiance à un Empire - l'Empire espagnol - pour combattre un Empire moins puissant - l'Empire Nahua - et qui ne découvrit qu'alors qu'il était déjà trop tard que personne ne doit faire confiance aux Empires - à aucun d'entre eux - parce qu'ils n'utilisent leurs subordonnés qu'à une seule fin : se servir d'eux comme leviers pour atteindre leurs propres objectifs. Les traducteurs de Tlaxcala, dans le monde entier, veulent venger le destin des antiques Tlaxcaltèques vaincus.

Les traducteurs associés à Tlaxcala croient en l'altérité, en la nécessité de comprendre le point de vue d'autrui, et c'est la raison pour laquelle ils ont décidé de dés-impérialiser la langue anglaise, en publiant dans toutes les langues possibles (y compris, bien entendu, l'anglais) les voix d'écrivains, de penseurs, de caricaturistes et de militants qui écrivent aujourd'hui leurs textes dans des langues auxquelles l'influence de l'Empire dominant ne permet pas d'être entendues. De la même manière, les traducteurs de Tlaxcala s'attacheront à permettre aux non-locuteurs de l'anglais d'être confrontés aux idées d'écrivains anglophones qui se trouvent aujourd'hui marginalisés, ou qui étaient jusqu'ici publiés dans des espaces très réduits et quasi inaccessibles.

Dans sa position d'appareil de fonctions cognitives, l'anglais fonctionne comme une structure de pouvoir mondial formatant les langues et les cultures du monde à son image et à son gré, sans se préoccuper un seul instant de demander la permission, pour ce faire, au monde qu'il prétend représenter. Les traducteurs de Tlaxcala sont convaincus que les maîtres du discours peuvent être vaincus, et ils espèrent brouiller ledit appareil, convaincus que le monde est appelé à devenir à la fois multipolaire et multilingue, et aussi divers que sait l'être la vie elle-même.

La sélection des textes à laquelle procède Tlaxcala reflète les valeurs fondamentales de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, et aspire au respect plein et entier des droits de la personne et de sa dignité. Les traducteurs de Tlaxcala sont antimilitaristes, anti-impérialistes et opposés à la mondialisation capitaliste « néo-libérale ». Ils ne croient ni au clash des civilisations, ni à la croisade impérialiste actuelle contre le terrorisme. Ils condamnent le racisme et la construction de murs et de barrières électrifiées - qu'il s' agisse de barrières physiques ou de barrières linguistiques - qui empêchent les déplacements naturels et libres, ainsi que les échanges et le partage entre les peuples et les langues de notre Planète. Ils aspirent à promouvoir l'estime, la reconnaissance et le respect de l'Autre, ainsi qu'à exprimer le désir de cesser d'être des objets de l'Histoire et d'en devenir des sujets, dans une totale égalité. Cet effort est volontaire et bénévole. Toutes les traductions rendues publiques par Tlaxcala sont Copyleft, c'est-à-dire que la reproduction à des fins non-lucratives en est libre, pour peu que la source soit mentionnée.

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Ce n'est pas un hasard si nous avons choisi la date du 21 février pour rendre public notre Manifeste. Le 21 février fut, pendant les années 1950, 1960 et 1970, la journée anticolonialiste et antiimpérialiste mondiale.

« Celui qui ne revendique pour lui, dans sa patrie, que l'emplacement où il sera enterré, celui-là, il mérite qu'on l'écoute, et mieux encore, il mérite d'être cru ». 

Augusto César Sandino fut assassiné le 21 février 1934 au Nicaragua, sur ordre du futur dictateur Somoza; on l'appelait le Général des Hommes Libres, et selon les accords de paix signés la veille, il s'était engagé à se retirer pacifiquement dans une coopérative de paysans, dans le nord du pays.

Sandino, le paradigme qui inspire le patriotisme des Nicaraguayens, symbolise l'esprit de dignité nationale, dans une résistance obstinée face à l'intervention militaire et à l'occupation de son pays par les USA; son « Armée de Défense de la Souveraineté Nationale », formée de paysans et d'ouvriers qui se battaient contre l'impérialisme et la dictature avec des machettes, leurs outils de travail, des fusils oxydés et des bombes faites de boîtes de conserve remplies de cailloux et de ferraille; ses soldats étaient capables pour ainsi dire d'abattre les avions ennemis à coups de pierres, et surtout, en maintenant envers et contre tout des valeurs morales et un amour illimité pour leur pays, face à une armée vendue, et à une armée d'invasion cent fois plus puissante. Représentant des humbles, des exploités du Nicaragua et de l'Amérique latine, Sandino prouva héroïquement que la paysannerie est capable d'organiser une résistance victorieuse, pour l'autonomie nationale.

C'est le 21 février 1944 que Paris a découvert, au petit matin, ses murs couverts de grandes affiches rouges, qui annonçaient l'exécution, au Mont Valérien, de vingt-trois « terroristes » : il s'agissait de membres du groupe des Francs-Tireurs et Partisans - Main-d’œuvre Immigrée de Paris [FTP-MOI], la première organisation de résistance au nazisme sur le territoire français. Le dirigeant du groupe, Missak Manouchian, un Arménien âgé de trente-six ans, un immigré, avait survécu au génocide des Arméniens. Aux collaborateurs français qui assistèrent à son procès sommaire devant une cour martiale nazie, et qui le qualifièrent de     « métèque », Manouchian répondit : « Vous avez hérité de la citoyenneté française. Moi, je l'ai méritée. »

Le 21 février 1952, de dizaines de milliers d'étudiants, intellectuels et travailleurs descendirent dans les rues de Dacca, alors capitale du Pakistan oriental et aujourd'hui capitale du Bangladesh, pour protester contre l'imposition aux Bengalis de l'ourdou comme unique langue nationale du Pakistan. Lorsque les étudiants tentèrent de se mettre en marche, la police fit feu et tua quatre d'entre eux ce jour-là et au moins sept autres dans les deux jours qui suivirent. Le mouvement prit alors la tournure d'une insurrection populaire qui se conclut par l'émergence du Bangladesh, séparé du Pakistan, au terme d'une des plus sanglantes épurations ethniques du XXème siècle, soutenue par l'admnistration Nixon.   Depuis lors, le peuple du Bangladesh commémore l'Ekushey (Ekush : 21 en bengali, Ekushey : le 21), comme Journée des Martyrs, dans le souci de maintenir le riche héritage de la langue bangla/bengali.  En 2000, l'UNESCO  a déclaré le 21 Février Journée internationale de la Langue Maternelle, en hommage à ce mouvement.

« Le temps des martyrs est venu, et si je deviens l'un d'entre eux, ce sera pour la cause de la fraternité, la seule chose qui puisse sauver ce pays ». Telles furent les dernières paroles de Malcom X, avant d'être assassiné au cours d'un meeting, à Harlem, le 21 février 1965, par trois membres de l'organisation La Nation de l'Islam, que Malcolm avait quittée, en 1963, afin de créer l'Organisation de l'Unité Afro-Américaine. En avril 1966, ses assassins furent condamnés à la prison à perpétuité, mais ceux qui avaient planifié son assassinat - les Maîtres de l'Empire - restèrent, pour la plupart d'entre eux, totalement impunis.

Malcolm X, alias El-Hajj Malik El-Shabazz, dont le nom originel était Malcolm Little, avait trente-neuf ans. Il revenait d'un pèlerinage à La Mecque, où il avait découvert l'universalité en côtoyant des pèlerins de toutes origines, venus du monde entier. Sa rupture avec l'organisation Nation de l'Islam, il l'avait décidée en raison des contacts que ce mouvement venait d'établir avec le Ku Klux Klan, en vue de débattre de la création d'un Etat noir indépendant dans le Sud des Etats-Unis, exactement comme en avait usé le fondateur du sionisme, Theodor Herzl, en quémandant aux pires antisémites de l'époque leur soutien à son projet d'État juif. Pour Malcolm, dont le père avait été une des victimes du Ku Klux Klan, une telle collaboration était impensable.

En ce jour de souvenir, c'est sous le haut patronage de ces trois héros du combat pour la dignité des peuples - Sandino, Missak Manouchian et Malcolm X - que nous plaçons Tlaxcala.

Cyberespace, le 21 février 2006, Journée internationale de la Langue Maternelle




 


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