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 26/02/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 Evo Morales Ayma 
Author /   Evo Morales Ayma
Evo Morales Ayma
Biographies available: Français  Español  English  Italiano 

 


Evo Morales Ayma

 

Evo Morales Ayma est le président de l'État Plurinational de Bolivie.

Né le 26 octobre 1959 dans l'Altiplano bolivien dans une famille aymara à Orinoca, une ville de mineurs du département d'Oruro en Bolivie, il a remporté l’élection présidentielle du 18 décembre 2005 (avec plus de 53% des voix). Entré en fonction le 22 janvier 2006, il est considéré comme étant le premier président bolivien d'origine amérindienne pure, la plupart de ses prédécesseurs ayant été soit des créoles, soit des métis.

Réélu le 6 décembre 2009 avec plus de 64% des voix, son parti, le MAS, détient aujourd'hui la majorité absolue dans les deux Chambres.

Il reçoit en l'an 2000 le Prix Kadhafi des droits de l'homme.
 

Enfance

Juan Evo Morales Aima est né le 26 octobre 1959 dans la communauté de Isallavi appartenant à l’ayllu (communauté agraire) Sullka, une des trois ayllus situées dans le canton d’Orinoca, province du Sud Carangas, dans le département de Oruro. Isallavi se situe à proximité du lac Poopó (le lac Poopó est la deuxième plus grande source d’eau douce d’Amérique Latine, après le lac Titicaca. Tous deux sont reliés par le fleuve Desaguadero. Ce dernier se trouve dans le département de Oruro ; sa superficie est de 1337 Km carrés et il se trouve à 3686 m d’altitude).

" Mon père s’appelle Dionisio Morales Choque, ma mère Maria Mamani (tous deux décédés, ndlr). Ma famille est de nationalité Aymara. J’avais sept frères et sœurs, mais aujourd’hui nous ne sommes plus que trois... " " Mes autres frères et sœurs moururent à l’âge de un ou deux ans, c’est comme ça que se termine la vie des familles ou des enfants des communautés paysannes. Plus de la moitié meurt et nous, par chance, nous sommes trois sur sept à avoir survécu. " " À Isallavi, nous habitions une maisonnette en briques séchées et au toit de paille. Elle était très petite : pas plus de trois mètres sur quatre. Elle nous servait de dortoir, de cuisine, de salle à manger et pratiquement pour tout le reste ; à côté, nous possédions une sorte de basse-cour pour nos animaux. Nous vivions dans la pauvreté comme tous les autres. "

Depuis tout petit, Evo aidait aux tâches agricoles. À 6 ans, il est parti travailler avec son père et sa sœur dans les cultures de canne à sucre du nord de l’Argentine. " Chaque matin avant de partir travailler, mon père bénissait la Pachamama, notre mère la terre ; ma mère aussi l’arrosait d’alcool et y déposait des feuilles de coca pour que la journée soit bonne. C’était comme si mes parents parlaient avec la terre, avec la nature."

Travaillant durant toute son enfance, Evo trouvait toujours le moyen de se consacrer à son sport favori, à savoir le football. "Lorsque les lamas étaient en train de paître dans les hauteurs, je prenais mon ballon en chiffon et je dribblais entre eux, la balle au pied, tout en zigzagant au beau milieu du troupeau. Les tiges de paille sauvage ou les « yaretas » (plante médicinale) servaient de goals, et mon inséparable coéquipier était un chien appelé Trébol. "

À l’âge de 12 ans, Evo partit, accompagné de son père et d’un troupeau de lamas, entreprendre un périple d’un mois depuis Oruro jusqu’à la province Independencia de Cochabamba. " C’était un 21 août de 1971. Nous marchions aux côtés de nos lamas pour rejoindre Cochabamba. Nous apprîmes par la radio le coup d’état perpétré par Hugo Banzer Suarez. Je me souviendrai toujours de ces autobus qui transitaient sur l’autoroute, remplis de gens qui jetaient à tort et à travers des pelures d’orange ou de bananes. Moi je me servais des pelures pour grignoter un petit peu. Depuis lors, une de mes aspirations principales devint celle de voyager à bord de l’un de ces bus… "

Jeunesse

S’il est vrai qu’il a commencé à travailler très jeune, il allait cependant aussi à l’école, et il a également trouvé le temps de se consacrer au football. C’est à partir de cette époque que l’on a commencé à apprécier son sens de l’humour particulier et ses dons de leader.

“Je me souviens que dès mon plus jeune âge, j’avais le sens de l’organisation, et que j’aimais interpeller les gens ; c’était mon côté mobilisateur. À l’école de Calavilca, en première, le professeur nous a demandé de dessiner un âne. Moi je l’ai dessiné et colorié en rouge, jaune et vert. Ce fut la plus grosse blague de toute l’année scolaire : « l’âne d’Evo est rouge, jaune et vert ». Lorsque j’ai eu 13-14 ans, j’ai créé une équipe de football dans ma communauté, elle s’appelait Fraternidad (fraternité) ; on a même participé à des championnats. J’étais capitaine, et l’arbitre était délégué. J’étais en quelque sorte le propriétaire de l’équipe. J’étais chargé de tondre des moutons, des lamas, et mon père m’aidait à vendre la laine pour acheter des ballons, des combinaisons – il était très sportif. À l’âge de 16 ans, les trois ayllus de la communauté, les trois délégués, m’élurent Directeur Technique de la sélection de tout le Canton ".

Les étudiants de troisième et quatrième année de l’Unité Éducative Centrale de Orinoca, où Evo a fait ses études, entreprirent la visite du Palacio Quemado (Palais Présidentiel) à La Paz. Malheureusement, le personnel du département « protocole et communication » ne les autorisa pas à rencontrer le mandataire. Tandis qu’ils attendaient, assis, l’arrivée des autorités de l’Exécutif, Evo – qui devait alors avoir 15 ans – lança : « un jour je serai président » et dirigea à ses camarades de classe: « et vous, vous serez mes ministres », si l’on en croit le témoignage de sa cousine Adela Ayma. Ensuite, il dit : « lorsque je serai président, vous me trouverez facilement », pointant du doigt la discrimination à laquelle ils furent confrontés ainsi que l’agenda très serré des prétendues autorités du peuple.

Pour continuer ses études Evo s'est rendu dans la ville d'Oruro où il travailla comme maçon, boulanger et trompettiste. Il est arrivé à jouer dans la Banda Real Impérial, activité qui lui a permis de voyager et de connaître son pays et ses habitants. "L'un des souvenirs les plus agréables que je garde de mes tournées avec la bande du Real est le voyage que nous avons entrepris pour nous rendre aux centres miniers du sud Potosí. Nous nous étions rendus à l'entreprise minière Quechisla. J'avais 16 ans, j'étais encore un garçon, mais j'en garde beaucoup de souvenirs."

Evo Morales a fréquenté l'école jusqu'en cinquième de la secondaire. Ensuite il part pour accomplir le service national obligatoire auprès de l'Etat Majeur à La Paz. Pendant son service militaire, il a été témoin des coups d'État de Jean Pereda Asbun (1978) et de David Padilla Arancibia (1978).

Fini son service, il est revenu auprès de sa communauté et s'est remis à travailler la terre. Mais la nature a changé la vie des Morales, ainsi que celle de milliers d'autres paysans d'Orinoca. En 1980 le phénomène connu comme El Niño a détruit plus de 70 pour cent de la production agricole et a emporté plus de 50 pour cent des animaux d'élevage. "Un après-midi, nous achevons le buttage des  pommes de terre avec beaucoup d'autres péons, quand soudainement un vent glacé s'est mis à souffler en apportant le gel. Le jour suivant le champ était brûlé, noir, complètement brûlé par le froid. Ma mère pleurait, désespérée. Mon père et mes oncles se sont réunis. Après des longues discussions, ils ont décidé de partir. Ils disaient: 'Ici nous n'allons jamais construire quelque chose de bien, nous n'allons jamais devenir des paysans prospères. Il faut aller chercher une terre plus clémente dans l'est bolivien'."

Peu de temps après, la famille Morales commençait le voyage vers le Tropique de Cochabamba pour commencer une nouvelle vie de colons dans un lieu dénommé San Francisco.

Cocalero

Un jour, je jouais au football avec d'autres colons et j'ai été celui qui réalise les buts. Tout de suite ils me voulaient tous dans leur équipe. On me disait: "Ecoute gamin, où est ton terrain? Depuis quand vis-tu ici?' Et puis, le soir, ils venaient me rendre visite, et on est devenus amis."

"Dans le Chapare la vie était dure. A la fin de la journée, a force d'utiliser haches et ma-chettes, nos doigts et nos paumes étaient dans un sale état. Les autres colons disaient que nos mains pleuraient du sang. Pourtant on ne s'en plaignait pas car, dans mon champ, prospéraient des plantations d'orangers, de pamplemoussiers, de papayers, de plantains de banane... et de coca."

Nous n'avions jamais osé en rêver, avant ce jour, d'une telle abondance de cultures et de si belles plantations."

"La première fois que je suis allé récolter la coca, j'ai su qu'il fallait effeuiller la plante. J'ai choisi un sillon et, en le suivant, j'ai commencé à travailler. Mais d'un coup je me trouve face à une plante de la même dimension que celle de la coca, mais avec des longues épines. Cinq mètres, plus loin, une autre plante, hérissée aussi d'épines. Ce coca avec épines ne me permettait pas de travailler ni d'avancer. Je le dis à mes compagnons, et voilà qu'ils éclatent de rire. J'attends patiemment qu'ils aient fini de se marrer, et finalement ils me répondent qu'ils plantaient toujours un oranger au milieu des plantations de coca, tous les cinq mètres, justement. Encore aujourd'hui les copains me disent: 'Hé Evo! As-tu récolté beaucoup d'oranges?' Et d'attraper le fou rire."

"Un crime reste gravé pour toujours dans ma pensée et dans ma conscience. Un crime qui a été perpétré en toute impunité, en plein jour, au vu de tous, dans la Senda Bayer, centrale Chipiriri, en 1981. Un cocalero a été sauvagement assassiné par les militaires du gouvernement de García Meza. Un groupe de militaires, imbibés d'alcool et de haine, ont commencé à le torturer, à coups de pieds et de crosses de fusils, parce que le pauvre garçon ne voulait pas se déclarer coupable de trafic de drogues. Comme, malgré la torture, il restait digne et se taisait, les militaires déchaînés l'ont aspergé d'essence, devant les colons, et ils l'ont brûlé vif. Comme au temps de l'Inquisition."

"Cet ignoble crime fut un horrible spectacle, qui m'a profondément marqué. Depuis ce jour, je me suis promis de lutter inlassablement, et de toutes mes forces, pour le respect des droits humains, pour la paix, pour cultiver tranquillement nos terres, dans ce pays qui est le nôtre. Et aussi pour la libre culture de la feuille de coca, pour le respect des ressources naturelles, pour la défense de notre souveraineté nationale, pour la dignité des Boliviens et pour notre liberté."

En 1981 Evo, cocalero et sportif est nommé secrétaire au sport de son syndicat, le "San Francisco". En 1983 son père meurt, ce qui l'oblige à abandonner ses responsabilités syndicales pour s'occuper à temps plein du travail de sa terre et nourrir sa famille. En plus de cette activité, Evo devait se déplacer fréquemment du Chapare à Orinoca, pour s'occuper des activités agricoles dans sa communauté d'origine.

Syndicaliste

En 1985 Evo Morales fut nommé secrétaire général de son syndicat, le San Francisco. Et lorsqu'en 1988, le gouvernement conservateur du MNR réussissait à faire approuver par le Congrès, le 19 juillet, la "Loi sur le Régime de la Coca et des Substances Contrôlées (Loi n°1.008)", qui prévoit la réduction graduelle et la substitution des récoltes de coca - pudiquement qualifiées de "excédentaires"- par des cultures alternatives, ainsi que la destruction obligatoire de ‘cocales’, sans droit à indemnisation, les compagnons d'Evo Morales l'ont élu secrétaire exécutif de la Fédération du Tropique.

Dès 1996 Evo Morales est élu président du Comité de Coordination des Six Fédérations du Tropique de Cochabamba. Son compagnon Alex Contreras témoigne :"Au contraire d'autres dirigeants, Evo, dans toutes les activités qu'il a exercées, si petites soient-elles, a montré un dévouement inégalable."

"Je crois que la seule activité que j'ai exercée à temps complet, à cent pour cent, ma vraie passion tout au long des 19 dernières années a été, et est toujours, la défense de la feuille de coca, de la terre et du territoire; mais à partir de maintenant aussi la défense des ressources naturelles, les droits des pauvres et des exploités de Bolivie, ainsi que ceux des milliers de travailleurs et chômeurs, la refondation de notre patrie, la défense de notre souveraineté nationale, en un mot la défense de notre survie."

Ses activités syndicales n'ont pas été bien vues par les gouvernants. Poussés par les USA, ils obéissaient en s'efforçant d'éradiquer la culture du coca; les cocaleros de leur côté faisaient pression pour défendre leur droit millénaire à la culture de la feuille de coca.

Tout au long de sa trajectoire syndicale Evo va connaître la prison, l'assignation à résidence, la torture, les tentatives d'assassinat. En 1989, lorsqu'il rendait hommage aux compagnons morts en défendant leurs droits de cultivateurs, des membres de la Force Spéciale de la Lutte contre les Drogues (UMOPAR) l'ont sauvagement agressé et frappé. Lorsqu'ils ont cru que Evo était mort sous leurs coups, ils l’ont jeté dans la brousse.

"Plusieurs fois, et plus particulièrement lorsque j'ai été emprisonné, j'ai entendu dans les médias une phrase qui sortait avec beaucoup de sincérité du plus profond du peuple: 'Dans le Chapare, il y a des milliers d'Evo'."

Pour appuyer leurs revendications, les cocaleros, conduits par Evo, ont marché les 600 kilomètres qui séparent Cochabamba de La Paz. Agressés par la police tout au long de la marche, les cocaleros circonvenaient les postes des uniformés. Plus ils approchaient de la capitale, plus les gens sortaient dans la rue pour encourager et soutenir les marcheurs cocaleros et cocaleras. Ils leur offraient des boissons, de la nourriture et même des chaussures et des vêtements. C'est ainsi qu'ils ont fait une entrée triomphale à La Paz, acclamés par la population qui considérait qu'ils avaient remporté le match contre le gouvernement. Les autorités, submergées par la déferlante de l'enthousiasme populaire, furent obligées de suivre, en proposant des conventions et des accords.

Mais, une fois les cocaleras et cocaleros retournés au Tropique de Cochabamba et le calme revenu, les autorités revenaient sur leurs promesses, oubliaient les conventions et reprenaient leur politique de répression armée contre les colons."J'ai passé de difficiles moments à Eterazama (1997), quand un hélicoptère de la DEA (Département Antinarcotiques des USA) a ouvert le feu sur les paysans désarmés, massacrant cinq personne en quelques minutes. Ensuite, dans le siège même des Droits Humains, à Villa Tunari (2000), ils ont essayé de me tuer à coups de fusil, mais m'ont manqué, la balle m’a effleurée."

La lutte des cocaleros et leur marche pour le respect et la dignité ont eu un large retentissement, bien au-delà des frontières de la Bolivie. Pour être le dirigeant du mouvement non-violent contre la Guerre des Drogues, une coalition internationale d’hommes politiques et académiciens, opposés à cette guerre, nominait Evo comme "Pacifiste des Drogues" pour le Prix Nobel de La Paix, en 1995 et 1996.

Alors Evo a regardé au-delà de la Bolivie, là où il pouvait obtenir de l'aide, particulièrement en Europe. C'est ainsi qu'avec d'autres cocaleros du Tropique, des Yun-gas, du Pérou et de la Colombie, il s'est fait ambassadeur itinérant. Par vagues successives, ils ont fait campagne pour la défense de la feuille de coca, contre les politiques qui ne faisaient aucune distinction entre la feuille de coca et la cocaïne.

Député

Le 27 mars 1995, fatiguées des manipulations, des trafics et  de l’injustice permanente, les principales organisations de paysans, de migrants et d’indigènes fondent l’Assemblée pour la Souveraineté des Peuples (ASP) ainsi que l’Instrument Politique pour la Souveraineté des Peuples (IPSP) -pas seulement pour prendre le pouvoir local mais également dans le but de prendre le pouvoir national.

Le refus de la Cour Nationale Électorale et de la classe politique d’officialiser l’organisation sous son sigle et en tant que personne juridique, oblige les membres de l’ASP-IPSP à choisir une solution d’impasse : aux élections, ils s’intègrent dans les listes de la Gauche Unie (IU pour le sigle espagnol), qui est une coalition de partis de gauche sous l’égide du Parti Communiste de Bolivie (PCB). Lors des premières élections, les municipales du 3 décembre 1996, l’IU gagne 10 municipalités et 49 conseillers municipaux, concentrés dans le département de Cochabamba.

Aux élections générales du 1er juin 1997, quatre députés de l’IU intègrent l’Assemblée du Congrès composée de 130 membres. Morales marque ainsi son premier succès de sa brillante carrière politique, il est un des candidats de l’IU qui obtient le siège dans la circonscription des provinces de Chapare et Carrasco, avec un taux écrasant de 70% des voix, le taux le plus important qu'aucun des 68 candidats élus n'a obtenu avec le système à majorité simple dans les districts uninominaux. « En 1997, malgré qu’il soit difficile d’y croire, il devient le député qui obtient le plus de voix en Bolivie. ..Enfin il était député.. ! Il en rêvait depuis longtemps, mais c’était en même temps un engagement social et politique d’une très grande responsabilité. »

Puisqu’il voulait participer aux élections locales du 5 décembre 1999, Morales se met d’accord avec le leader du MAS-U, David Añez Pedraza –grand personnage dans le monde de l’entreprise et ancien militaire qui, par le passé, s’était distingué par son opposition viscérale aux mouvements indigènes, position paradoxale suite à cet accord-, pour que l’IPSP soit suivi du sigle MAS. Une fois l’accord scellé, l’IPSP-MAS se met en ordre de marche en janvier 1999, avec Morales comme président. En remerciement pour cette fusion qui n’était autre que la prise du nom et des couleurs du MAS-U, un parti moribond, Añez est flanqué du titre de « président à vie », avec les honneurs de l’IPSP-MAS, qui peu de temps après sera tout simplement nommé Mouvement Au Socialisme (MAS).

Aux municipales de décembre 1999, le MAS, avec 3,2% des voix dans tout le pays, derrière huit autres partis, reste confirmé, à ce moment-là, comme une petite formation de dimension régionale, ayant ses racines limitées à Cochabamba et à la Paz (spécialement dans la région de los Yungas, où l’on cultive beaucoup la coca), et qui ont apporté 58 des 79 conseillers élus dans neuf départements.

Pendant qu’Evo renforce sa base politique, le gouvernement ADN dirigé par Banzer puis par Quiroga réactive sa campagne d’éradication prévue dans le Plan Dignité, commencée en avril 1988 et supervisée par les USA. Ce plan instituait un véritable état de siège dans le Chapare, avec un processus de militarisation très clair de la région. Des centaines de policiers et de militaires ont violemment envahi les terres du Chapare, en commettant d’innombrables abus et assassinats qui attentaient aux droits et aux libertés individuelles les plus élémentaires.

À l’Assemblée des Députés, Morales dénonce la « militarisation » du conflit et le « massacre » perpétré dans le Chapare. Plus fort encore, il invoque le droit de ses camarades à résister « militairement » aux troupes qui protégeaient l’éradication des plantations de coca et qui ne se gênaient pas de tirer contre les manifestants, ce qui lui vaut d’être sévèrement averti par le président de l’Assemblée qu’il joue avec la violation du mandat parlementaire.

La menace se matérialise le 24 janvier 2002. Grâce à l’approbation tacite du président ADNiste de cette époque, Jorge Fernando Quiroga Ramírez, une majorité constituée de 104 députés de l’ADN, du MNR, du MIR, de l’Union Civique Solidarité (UCS) et la Nouvelle Force Républicaine (NFR) adopte l’exclusion du leader du MAS et lui retire son siège de député. Les prétextes notés par la Commission Éthique de l’Assemblée accablant le député Aymara : « fautes graves dans l’exercice de ses fonctions » sont immédiatement employés pour le démettre de ses fonctions.

Morales, bien loin de se taire ou d’être politiquement neutralisé, acquiert une aura de représentant populaire injustement poursuivi et voit sa popularité grimper rapidement. Le 5 mars 2002, après avoir déposé un recours contre la résolution législative devant le Tribunal Constitutionnel pour violation de ses droits à la présomption d’innocence, à la défense et à l’immunité parlementaire, et démissionné de la Confédération des Producteurs de Coca de Cochabamba, Morales est approuvé par les délégués des Six Fédérations du Tropique comme le candidat officiel du MAS aux élections présidentielles du 30 juin. La foule rassemblée à La Paz acclame Morales aux cris de kausachum coca! (vive la coca!) et huaiñuchum yankees ! (à bas les yankees !), en brandissant la wipala, la bannière à l’échiquier multicolore qui est l’emblème des cultures andines, et l’enseigne tricolore bolivarienne.

Vers le pouvoir

Pour gagner le pouvoir en 2002, Morales et le MAS conçurent un plan d'envergure nationale. Il comportait la convocation d'une Assemblée Constituante pour adapter la Magna Carta Bolivienne aux temps modernes ainsi q'une nouvelle politique nationale des hydrocarbures. En particulier, le MAS s’opposait à ce que le gaz de Tarija soit vendu au Chili, d'autant que ce pays se refusait a négocier la restitution de l’accès à l'Océan Pacifique, la frange désertique d'Atacama, territoire enlevé à la Bolivie pendant la Guerre du Pacifique et du Salitre, en 1879.

Quatre jours avant les élections, l'ambassadeur américain de l'époque, Manuel Rocha, avait tenu des propos parfaitement colonialistes se permettant de menacer le peuple bolivien. Cette ingérence inadmissible dans les affaires intérieures d'un pays démocratique pouvait se résumer à une phrase, un chantage au pays dont il était l'hôte. Si les Boliviens, disait-il, choisissaient: "ceux qui veulent que la Bolivie recommence à être un exportateur de coca important, ce résultat mettra en danger l'avenir de l'aide consentie par les États-Unis". Cette ingérence du "Virrey", comme l'appelaient les Boliviens, allait donner encore plus de voix a Evo Morales. Celui - ci répondait poliment au fonctionnaire des USA et, avec son sens de l'humour coutumier, "le remerciait" vivement pour la contribution apportée à son élection.

En effet, le succès électoral du candidat Morales et de son parti fut plus que spectaculaire, étonnant : dans cette présidentielle, Morales remporta 20,9 % des suffrages, seulement 1,6 % moins que le gagnant d'alors, Sanchez de Lozada. Aux élections législatives, Morales remporta 11,9 % des voix, ce qui se traduisait par 27 députés et huit sénateurs élus. Le MAS devenait ainsi la deuxième force parlementaire, derrière l'alliance du MNR et du Mouvement la Bolivie Libre (MBL). Les masistas firent irruption dans l'équilibre des partis en présence avec tant de vigueur qui furent ceux qui remportèrent plus de voix dans les hauts départements de La Paz, Oruro et Potosí, âmes du bastion de Cochabamba. Morales se présenta aussi comme député, et cette élection gagna le siège pour sa circonscription avec 81,3% des suffrages. "Fiers de notre culture, de nos vêtements et de notre coca, voilà que pour la première fois dans notre histoire paysans, indigènes et originaires, nous entrons au Parlement National."

Victoire

Avec les mots d'ordre "contre l'éradication du coca, pour la nationalisation des hydrocarbures et la convocation d'une Assemblée Constituante", le MAS suivi par d'autres organisations syndicales et sociales, en février 2003 s'opposé fermement à 'l'impuestazo', la nouvelle taxe directe, progressive et non-déductible, de 12,5%, avec laquelle le Gouvernement espérait combler son déficit fiscal. Les 12 et 13 février de 2003, La Paz et ses environs se transformèrent en champ de bataille. Policiers et militaires, chargés de "retablir l'ordre" attaquaient alors les milliers de manifestants.

Les engagements, d'une violence inouïe, firent 33 morts et des centaines de blessés.

Au début d'octobre, le Gouvernement voulait confier l'exploitation des réserves nationales de gaz de Tarija à une multinationale. Devant cette braderie de la richesse nationale le peuple descendit dans la rue. Des nouvelles manifestations, une grève, des barrages de routes, paralysèrent La Paz. À El Alto, à 14 Kms du centre de la capitale, des chocs très violents entre la police et les manifestants firent davantage de victimes innocentes. Le Gouvernement tout en soutenant la thèse du "coup d'État", n'osa pas déclarer l'état de siège. En même temps l'église catholique et divers ONG dénonçaient "un véritable massacre". Le 13 octobre Sanchez de Lozada annonçait que la loi sur la concession du gaz national à une entreprise étrangère était suspendue, et faisait appel au "dialogue national." Evo Morales et les autres dirigeants de l'opposition refusèrent le piége. Des dizaines de victimes innocente pesaient sur la conscience de Lozada. Tout ce qu'il lui restait à faire désormais c'était de quitter le pouvoir dont il avait abusé. Pendant la tragique journée du lundi 13 octobre, on déplorait 28 nouvelles victimes. Elles avaient presque toutes été assassinées à El Alto. On comptait désormais 63 victimes, massacrées au cours du dernier mois dans toute la Bolivie.

Le 17 octobre, après avoir envoyé une lettre de démission au Congrès, Sanchez de Lozada déjouait le dispositif de vigilance mis en place par les patriotes qui soutenaient Morales autour du Palais Quemado, et prenait la fuite. La même nuit, le déjà ex-Président s'embarquait à Santa Cruz de la Sierra dans un avion qui le conduisait directement à Miami, premier arrêt de son exil aux États-Unis.

À la même heure, pendant que l'homme responsable des 63 assassinats était tranquillement assis dans son avion, direction Miami, à La Paz le Congrès National approuvait l'investiture du vice-président Carlos Diego Mesa Gisbert. Cette candidature pouvait être acceptable pour l'opposition. Quatre jours avant la fuite de l'ex-Président Mesa Gisbert avait retiré son appui à de Lozada "parce que les événements qui se sont produits ont eu un coût en vies humaines que ma conscience d'être humain, de vice-président et d'homme qui tient à l'éthique ne peut pas tolérer".

Mesa Gisber voulait "faire cesser les scenarii d'affrontement" qui menaient le pays vers le chaos. Il proposait la convocation d'un referendum "astreignant" sur la question du gaz, la modification de la Loi sur les hydrocarbures pour mettre en place la formation de l'Assemblée Constituante.

Evo Morales, ainsi que les autres dirigeants de l'opposition, accordèrent une trêve sociale de 90 jours au nouveau président. Mais les chances de Mesa étaient minces. Entre un Congrès qui hésitait à approuver les reformes proposées et le peuple radicalisé qui tenait la rue, Evo Morales, pour ne pas rester à la traîne du CSUTCB, de la Fejuve, la COB et les autres organisations sociales et de travailleurs qui exigeaient la nationalisation par l'État du gaz et du pétrole Bolivien sans aucune intervention des compagnies pétro-lières privées, allait jouer un rôle déterminant, comme il l'avait fait pour la chute de Sánchez de Lozada.

Le 5 décembre 2004, dans une atmosphère rendue brûlante par la mobilisation populaire, par un attentat de nature terroriste et par les révélations d'Evo Morales, qui montrait comme les Forces Armées, avec la complicité l'ambassade américaine, préparaient un coup d'État, eurent lieu les élections municipales. Pour la première fois, le MAS fut la formation politique qui obtenait le plus de suffrages, avec 18.4% des voix dans tout le pays. Son recul de deux points par rapport à la présidentielle de 2002 fut effacé par le fait que le Mas était la seule force politique qui croissait par rapport aux municipales de 1999: tous les partis importants du centre-gauche, de centre et de la droite étaient laminés.

Quand, en mai 2005, la Chambre de Députés, examina la nouvelle loi sur les hydrocarbures, elle ne fit pas droit à la requête du MAS, qui désirait obtenir pour la Bolivie 50% des redevances. Cette position du MAS était une exigence nationale non négociable. Cette tentative de déposséder la Bolivie de ses richesses obligea Morales à soutenir les protestations populaires antigouvernementales. Des dizaines de milliers d'indigènes, paysans et mineurs effectuèrent des marches de protestation, des grèves et des blocus.

Devant l'impossibilité de contenir l'indignation qui s'était emparée pays, Mesa présenta sa démission à titre irrévocable le 7 juin.

La nuit du 9 juin, un dénouement de la situation réclamée par le MAS et ses alliés, et soutenu aussi, au regard de la paix sociale, par les Forces Armées, l'Église catholique et le même Mesa, le président de la Cour Suprême de Justice, Eduardo Rodriguez Veltzé, un juge dont le non-engagement politique devait faciliter le retour de la paix sociale dont le pays avait urgemment besoin, fut désigné comme nouveau président de la nation Bolivienne.

Dans un climat parfait pour la réalisation de leurs attentes, Evo Morales et les siens se préparaient pour les élections. Leur devise était : "Nous sommes le peuple, nous sommes le MAS''. Le 18 décembre, avec pour programme la nationalisation des hydrocarbures Boliviens et l'abolition du système néo-libéral qui menait l'économie nationale au désastre, Evo Morales était élu Président, avec un pourcentage de votes impressionnant: 53.7%. La participation de l'électorat national avait été de 84.5%.
 

 


"La politique est une science au service du peuple. Nous autres nous vivons pour la politique, nous ne vivons pas de la politique. L'heure du changement, de l'espoir d'un futur meilleur pour nos fils et pour nos petits-fils, est arrivée."

Source : http://www.evomorales.net/






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