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 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / France : Le “Pacte avec les Loupsˮ
Date of publication at Tlaxcala: 10/11/2012

France : Le “Pacte avec les Loupsˮ

Pedro da Nóbrega

 

Il est des images qui valent parfois bien des analyses : celle de voir en première ligne la patronne des patrons français, Laurence Parisot herself, rendre un hommage appuyé aux dernières décisions annoncées par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault dans le cadre de ce qu’il a souhaité aimablement intituler « pacte de compétitivité » pour, semble-t-il, atténuer le « choc traumatique ».

Au vu de ce satisfecit du patronat, vite passé des effarouchements de pigeons philanthropiques aux « dents de la mer » des requins du capital avec l’ultimatum des 98 grands patrons du CAC40, pas sûr que les travailleurs de France lui sachent gré de ses précautions oratoires au regard du contenu de ce « Pacte ».

Car bien évidemment, si la cheftaine Parisot se félicitait de voir le gouvernement prendre enfin en compte les analyses patronales sur le supposé déficit de compétitivité dû, bien sûr, à un « coût du travail » qui serait trop élevé en France, c’est bien que le contenu de ce pacte vise d’abord à répondre aux exigences patronales plus qu’à réellement prendre la mesure des attentes sociales pourtant fortes en ces temps de licenciements massifs et de précarisation accrue.
 
On pourrait à cet égard rappeler benoîtement à Monsieur Ayrault le propos sans ambiguïté de Paul Krugman, prix Nobel d'économie, « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales ». Mais aussi insister sur le fait que c’est le travail qui crée de la richesse et donc que les salaires et les cotisations sociales ne constituent pas des coûts mais la rémunération d’une ressource qui est à la base de la création de valeur.
 
Donc pourquoi continuer à évoquer, contre toute évidence, le « coût du travail » ?
 
Certainement pour mieux masquer une évidence que s’acharnent à masquer tous les « chiens de garde » experts du barnum médiatique, à savoir que ce qui coûte effectivement très cher, c’est la rémunération du Capital. En effet, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. En trente ans, la masse salariale des entreprises a été multipliée par 3,6 alors que la somme des dividendes versés aux actionnaires a été multipliée par 20. Le rapport de la Commission Européenne sur "L'emploi en Europe" (2007) indiquait déjà que la part des revenus du travail dans le PIB a chuté de 10 points depuis 1981, ce qui correspond environ à 100 Milliards d'euros par an ! Ces chiffres permettent de mieux mesurer l’arnaque du discours patronal visant à rendre le niveau des rémunérations du travail, cotisations sociales incluses, responsable de la baisse des investissements.
 
Céder au diktat patronal exigeant un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages et les salariés, par le biais de la TVA et de la CSG, c’est refuser de s’attaquer à ce « pouvoir de la finance », que pourfendait pourtant avec ardeur le candidat Hollande lors de son discours du Bourget, pour qui l’essentiel reste de préserver à un niveau toujours plus élevé la rémunération des actionnaires. D’ailleurs, en 2011, selon l'INSEE, les dividendes distribués aux actionnaires des sociétés non financières plus les intérêts versés aux banques totalisaient 309 milliards d'euros, alors que les cotisations sociales ne coûtaient que 145 milliards d'euros ! Et pour ce qui est du bilan des exonérations actuelles de cotisations sociales et leurs incidences sur l’emploi, voilà ce qu’en disait la Cour des Comptes en 2009 : « La Cour avait relevé que les nombreux dispositifs d’allègement des charges sociales étaient insuffisamment évalués en dépit de la charge financière croissante qu’ils représentaient pour les finances publiques (27,8 milliards d’euros en 2007, soit 1,5 % du PIB). S’agissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur l’emploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité. »
 
Sans parler de la mesure jamais réalisée des incidences sur l’emploi des 170 milliards d’euros d’aides publiques diverses versées aux entreprises.
 
Mais c’est pourtant bien là que réside la première cause réelle de la baisse des investissements, dans cette volonté inébranlable de garantir au capital le plus haut niveau de rémunération, quel qu’en soit le coût social comme aussi dans sa vision à court terme.
 
Car il est surprenant, ou peut-être pas justement, que les thuriféraires de la liturgie néo-libérale et de la compétitivité à tout prix omettent d’évoquer à ce sujet d’autres facteurs que ces salariés qui « coûteraient » trop cher. S’agissant d’un de leurs exercices préférés, la comparaison avec l’Allemagne, le niveau insuffisant de la Recherche et Développement en France : 2,1 % du PIB contre 2,8 %. Ce différentiel est également très marqué si l’on considère les dépenses en R&D du secteur privé : 15 milliards d’euros de ce côté-ci du Rhin, contre 31 milliards de l’autre en 2008. La faute aux salaires, Madame Parisot ? Hélas pour vous non, les dividendes sur la richesse créée par les sociétés non financières s’élevaient en 2010 à près de 230 milliards d’euros soit plus que l’investissement.
 
Mais avant que la nostalgie de l’époque dorée du sarkozysme ne vous étreigne trop intensément, Monsieur Ayrault à tenu à vous rassurer sur le caractère peu « dangerous » de sa politique à l’égard de vos intérêts avec un Pacte de compétitivité. Un « Pacte avec les loups » venant après l’adoption en catastrophe du Traité d’austérité Merkozy qu’il vouait pourtant aux gémonies six mois auparavant.
 
Pour en revenir à cette fumeuse injonction de compétitivité, il serait bon de rappeler à certains qui semblent l’avoir oublié le temps d’une élection, qu’elle relève de la compétition et non pas de la compétence. Quelle est donc cette logique absurde qui vise à instaurer une compétition féroce entre des peuples parties d’un même ensemble qui prétend vouloir instaurer un mieux vivre entre ces mêmes peuples ? Qui plus est par l’instauration autoritaire de politiques d’austérité socialement dévastatrices qui détruisent l’emploi, généralisent la précarité, remettent en cause l’accès à des droits aussi fondamentaux que la santé, l’éducation, le travail et le logement, asphyxient la consommation et étouffent l’investissement au sein de pays dont l’essentiel des échanges s’effectue pourtant entre eux ? En exacerbant au passage tous les particularismes les plus chauvins. 
 
 
Et pour parler d’austérité, qui dit mieux qu'un orfèvre en la matière comme le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, dans ses « Quatre leçons sur la Crise » en décembre 2011 :
 
« Les investisseurs financiers sont schizophréniques s’agissant des plans de rigueur et de la croissance. Ils réagissent d’abord positivement aux annonces de plans de rigueur, mais négativement ensuite lorsque la rigueur conduit à une plus faible croissance – ce qui est souvent le cas. Les estimations du FMI suggèrent ainsi que la rigueur peut conduire à une hausse plutôt qu’à une baisse des taux d’intérêts sur la dette souveraine. »
 
Malheureusement, les situations de récession que subissent les peuples de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie ou encore du Portugal ne font que confirmer ce scénario catastrophe auquel la France risque d’être confrontée, faute de courage politique pour s’attaquer aux fondements de cette logique destructrice. Un certain Karl Marx écrivait en son temps : « Le Capital a horreur de l'absence de profit. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire; à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime. » Chacun pourra mesurer l’actualité de cette phrase et ce n’est certainement pas en se soumettant à cette logique carnassière ni à la rhétorique patronale que les peuples trouveront une issue.

Et pour ce qui est du changement, pour l’instant c’est surtout sur le plan du vocabulaire et des postures qu’il se manifeste mais certainement pas au niveau de la perspective.

L’Amérique Latine offre pourtant un contre-exemple riche d’enseignements d'un processus d’intégration régionale solidaire, fondé sur la coopération et le respect des souverainetés populaires. Mais il a fallu pour cela avoir le courage de s’affranchir de la tutelle des marchés financiers et faire aussi grandir les processus participatifs d’intervention populaire dans la mise en marche de ce processus.

Il serait bon de s’en inspirer tant en France qu’en Europe, aussi bien pour les formations politiques que pour le mouvement social, afin de fermer la porte à la montée de toutes les logiques totalitaires et xénophobes, qu’elles portent le col blanc ou aient la nostalgie de la chemise brune.

 





Courtesy of Tlaxcala
Publication date of original article: 10/11/2012
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Tags: FranceUnion Européennepacte de compétitivité AyraultParisotCAC40Austérité
 

 
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