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 06/08/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / L’équité de genre : une approche musulmane – Compte-rendu d’un atelier à Mumbai
Date of publication at Tlaxcala: 17/07/2010
Original: Gender Justice and/in Islam: A Report on a Workshop
Translations available: Deutsch  Español 

L’équité de genre : une approche musulmane – Compte-rendu d’un atelier à Mumbai

Rehana Khan

Translated by 
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

On a beaucoup écrit ces dernières années, en particulier dans la nouvelle génération d’écrivaines musulmanes, de l’équité de genre dans le cadre de l’Islam. Il ne s‘agit pas seulement d’un exercice académique. Dans le monde entier, et désormais aussi en Inde des groupes militants essaient de transmettre ce message en s’engageant concrètement avec les femmes musulmanes de la base.

J’ai eu récemment l’occasion de participer à un atelier organisé à Mumbai par le Centre pour l’étude de la société et de la laïcité. Ce centre est dirigé par le célèbre intellectuel  Ashgar Ali Engineer qui a joué un rôle-clé dans le développement du « féminisme islamique » ou, selon d’autres qui sont allergiques au mot de « féminisme », une intelligence ou interprétation de l’Islam sensible au genre. Cet atelier a réuni pour trois jours de travail intensif près de 50 militants sociaux, essentiellement des femmes musulmanes, et un panelvarié de journalistes venus de toute l’Inde.
 
Les premières séances se sont déroulées sous la direction de Zeenat Shaukat Ali, professeure d’études islamiques au collège Saint-François-Xavier de Mumbai. Auteure de deux livres importants revendiquant une égalité de traitement pour les deux sexes dans l’islam „Marriage and Divorce in Islam' »(Mariage et divorce dans l’Islam) et „ Empowerment of Women in Islam“ ( Prise de pouvoir des femmes au sein de l’Islam). C’est une auteure prolice, dont les articles paraissent régulièrement dans divers journaux et magazines.
 
Le premier exposé du Dr Ali a posé le cadre fondamental pour une approche de l’Islam favorable à l’équité de genre. Elle a insisté sur la nécessité pour les musulmanes d‘étudier elles-mêmes le Coran et les sources authentiques des hadith (récits de la vie et de l’œuvre du Prophète) et à partir de là d’élaborer une intelligence de leur foi équitable envers les genres ainsi qu’une critique des interprétations patriarcales dominantes. À l’appui de sa thèse, elle avance que le Coran prône une égalité ontologique des hommes et des femmes, puisqu’il révèle que Dieu a créé les êtres humains à partir d’une cellule unique. Le Coran, selon elle, considère hommes et femmes comme interdépendants et complémentaires sur une base égalitaire, ce qui se déduit des versets du Coran selon lesquels Dieu a créé tous les êtres par couples. Le concept d’un Dieu masculin patriarcal, argumente-t-elle, n’a aucune base coranique, puisque le nom «Allah» n’a pas de genre.
 
Pour fonder la place centrale qu’occupe la femme dans la tradition islamique elle a rappelé que les pèlerins de la Mecque, lorsqu’ils vont de la colline Safa à la colline Marwa, suivent une coutume établie par une femme : la première à accomplir ce trajet fut Hazrat Haja (Agar). Le Prophète Mohammed, a-t-elle souligné, n’hésitait pas à aider ses femmes aux travaux ménagers, montrant ainsi que ces travaux n’étaient pas réservés aux femmes. Un autre signe du respect de l’Islam pour les femmes est qu’elles ont le droit de conserver leur nom de famille après leur mariage, qu’elles ont le droit de dépenser leurs revenus et même leur dot à leur gré et d’inscrire dans les contrats de mariage toutes les conditions qu’elles désirent pourvu que celles-ci soient compatibles avec les préceptes de l’Islam. Pour ce qui est de la polygamie, le Dr Ali estime que le Coran en fait une règle restrictive, non une liberté absolue, comme le croient beaucoup de musulmans. Elle a souligné qu’un seul verset du Coran autorise à avoir plus d’une femme, et de surcroît en relation avec la prise en charge des orphelins et la nécessité de faire valoir leurs droits. Elle a aussi rappelé que le Coran insiste sur l’équité (adl) exigée de tous les musulmans - et l’équité, a-t-elle ajouté, est aussi l’équité de genre.
 
Résumant son plaidoyer en faveur de l’équité de genre au sein de l’Islam, elle a critiqué la tendance de nombreux savants islamiques à interpréter nombre de versets-clés du Coran relatifs aux femmes en-dehors de tout contexte historique et textuel. C’est ce qui a conduit à considérer les femmes comme des objets sexuels, selon elle en complète contradiction avec le Coran. Cette tendance est un élément d’une longue tradition historique remontant aux époques qui ont suivi le Prophète lorsque la société musulmane, relativement égalitaire, s’est transformée en un gigantesque Empire basé sur la monarchie et un ordre patriarcal profondément enraciné, ce qui n’a aucun fondement coranique, a-t-elle souligné.
 
Le deuxième exposé du Dr Ali s’attaquait aux règles du fiqh (droit musulman, Ndlt) relatives aux femmes. Des juristes tenants de l’ordre patriarcal prétendent que le témoignage d’une femme n’a que la moitié de la valeur de celui d’un homme, ce qui sous-entend qu’une femme a moins de valeur et moins d’intelligence qu’un homme. C’est un argument contestable. Le verset du Coran qui parle de deux témoignages féminins (2/282) traite selon elle de transactions commerciales, où les femmes étaient à l’époque peu expertes. Il faut donc le replacer dans le contexte historique. D’autre part de nombreux versets du Coran ne requièrent pas le témoignage de deux femmes pour être recevable.
 
De la même façon, le Dr Ali a discuté la pratique controversée du triple talaq en une seule occurrence (talaq : = triple répétition de la formule : je te répudie. Une autre variante est de la répéter trois fois, mais en trois occurrences, par exemple trois cycles menstruels, NdT), ce qui n’a aucun rapport avec la méthode du Coran. Elle estime très urgent de réformer - et de codifier- le droit islamique tel qu’il est aujourd’hui pratiqué en Inde, surtout pour empêcher la répudiation arbitraire des musulmanes : il faut abolir le talaq en une seule occurrence et le remplacer par la méthode prescrite par le Coran. Elle a toutefois le sentiment que le gouvernement indien hésite car il craint l’opposition d’oulémas imbus d’ordre patriarcal qui très vite (et à tort) stigmatiseraient une telle décision comme contraire à la charia. Le Dr Ali estime que le droit islamique tel qu’il est pratiqué aujourd’hui en Inde n’est pas tout à fait conforme aux préceptes du Coran, mais qu’il est plutôt l’œuvre du colonialisme britannique, qui s’est appuyé plutôt sur les règles traditionnelles du fiqh que directement sur le Coran, ce qui explique la teneur patriarcale de certaines prescriptions.
 
Le deuxième intervenant-clé de cet atelier était un maulvi (expert coranique) de Mumbai, Maulana Shoeb Kothi, qui avait fait ses études à l’Université théologique Dar ul-Ulum de Deoband. Comme le Dr Ali il pense que le Coran place hommes et femmes sur un pied d’égalité, les considérant comme des êtres humains qui méritent les mêmes récompenses ou châtiments divins pour les mêmes actions. Le Coran montre clairement qu’aux yeux de Dieu le statut d’une personne ne dépend pas de son sexe (ou d’autres critères, tels que la noblesse), mais du niveau de sa taqwa, c’est à dire de son intelligence de Dieu et de ses bonnes actions. Il oppose cette vision égalitaire à celle de la Bible, où Ève la tentatrice porte la faute du bannissement d’Adam hors du Jardin d’Éden - une thèse absente du Coran. Mais en dépit de l’insistance du Coran sur l’égalité entre sexes, après le Prophète les préjugés patriarcaux commencèrent à teinter les interprétations dominantes du Coran et des hadith authentiques, renforcés par l’influence empoisonnée de certaines traditions et crédos juifs et chrétiens créditant la femme d’une infériorité native.
 
Pour illustrer cet aspect le Maulana cite l’exemple d’un verset du Coran (2/23) : « Tes femmes sont comme un champ pour toi ; approche-toi de ton champ quand et comme tu le veux » Certains exégètes patriarcaux interprètent ce texte comme l’obligation pour les femmes de se soumettre aux désirs sexuels et au contrôle des hommes, même contre leur gré. Le Maulana dit que cette interprétation est totalement fausse. En réalité cela signifie que la femme doit être traitée comme un bien très précieux, de même qu’un paysan traite son champ avec beaucoup de soin et d’amour et fait tout pour éviter de le détériorer .(Toutefois Paul de Tarse, qui n’est pas le plus féministe des auteurs du Nouveau Testament, parle de l’épouse non comme du champ du mari , mais de son propre corps. Ce verset du Coran est donc très régressif par rapport à Éphésiens, 5-28, alors même que l’ensemble des versets 5 , 22-33 est très patriarcal et demande à la femme d’ « être soumise à son mari » et de le « craindre », NdlT).
 
Le Maulana a aussi fait état d’une compilation de divers récits qu’on a ensuite donné faussement pour des hadith, uniquement pour soumettre les femmes. Même aujourd’hui on se réfère régulièrement à ces faux pour refuser aux musulmanes les droits que leur accorde le Coran. Dans cette optique il conseille de vérifier deux critères d’authenticité pour  les récits présentés comme des hadith : ils doivent être en accord avec le Coran et ne pas contredire ce que la science et la  nature enseignent. S’ils ne satisfont pas à ces tests, il faut les rejeter.
 
Un des concepts-clés qu’utilise le Coran pour les rapports entre époux est qawwam, que de nombreux exégètes musulmans ont utilisé pour suggérer la suprématie masculine et la sujétion féminine. C’est une grossière erreur d’interprétation, car pour lui ce mot signifie en réalité « soutien ». Autrement dit, a poursuivi le Maulana, il signifie que le mari doit aider sa femme ou la soutenir et alléger son fardeau. C’est donc un devoir ou une responsabilité de l’homme envers sa femme, et non un signe de supériorité masculine, comme nombre d’enseignants musulmans (ou non) aiment à le suggérer. Si dans le verset qui fait des hommes le qawwam des femmes (4/34) le Coran indique que « Dieu a favorisé certains plus que d’autres », cela n’implique pas une supériorité masculine en général. Au contraire, comme le dit un verset précédent de la même sourate, « les hommes ont certaines qualités et les femmes en ont d’autres ». Autrement dit, a-t-il déclaré, les femmes ont des qualités que les hommes ne possèdent pas. Donc certaines femmes peuvent être plus favorisées aux yeux de Dieu que beaucoup d’hommes.
 
Bien qu’il ait été lui-même formé dans une madrasa (école coranique), il a recommandé aux musulmanes de juger inutile la pratique du taqlid (nécessité d’un modèle) ou de suivre aveuglément les experts traditionnels car tout ce qu’ils disent, y compris au sujet des femmes n’est pas forcément valable ou en accord parfait avec le Coran. Au lieu du taqlid il recommande l’aql (l’intelligence), car c’est ce le Coran lui-même conseille à maintes reprises.
 
Il est aussi nécessaire, a-t-il ajouté, que les musulmanes étudient  le Coran par elles-mêmes et émergent comme exégètes à part entière. Il n’y a là aucune innovation erronée, et il a donné l’exemple d’une femme qui s’était levée en entendant le Calife Omar parler contre les dots élevées données aux femmes et lui avait objecté qu’il ne pouvait interdire ce qu’autorisait le Coran - sur quoi le calife avait incontinent reconnu son erreur. Cette femme, dit le Maulana, était de toute évidence bonne connaisseuse de l’Islam et donc à même de défendre les droits que le Coran accorde aux femmes. Cet incident a eu lieu dans une mosquée et devant toute la communauté, ce qui montre qu’à l’époque les femmes avaient le droit d’entrer dans les mosquées et d’y faire leurs prières. L’interdiction pour les femmes de prier à la mosquée, survenue plus tard, est soutenue par diverses écoles de droit coranique, ce qui est, selon lui, une simple mesure administrative et non un impératif fondé sur la charia ; elle peut donc être modifiée si nécessaire.
 
Qu’une femme ait pris la parole dans une mosquée devant la communauté prouve aussi clairement que l’affirmation de certains clercs, selon laquelle la voix des femmes est awra [terme désignant toute chose restée à découvert ou toute partie du corps que l’être humain cache par pudeur et faisant partie de sa vie privée, car la pudeur est considérée comme "une branche de la foi", NdE]. ou doit être dissimulée ou cachée aux hommes qui ne sont pas de sa parentèle est très douteuse. En outre il a fait mention du rôle des femmes chez les premiers intellectuels musulmans en recommandant un ouvrage récemment paru, « Al-Muhadithat » d’Akram Nadwi, un écrivain indien vivant actuellement à Oxford ; il dresse une liste de plusieurs milliers de musulmanes qui ont fait partie au cours des premiers siècles de l’hégire des savants musulmans connus.
 
Le recueil le plus authentique du corpus hadithique de l’Imam Boukhari a été rédigé par une femme, Karima Bint Ahmad, dont la version est toujours reconnue. La copie du Coran considérée comme authentique et servant de référence aux musulmans a également été réalisée par une femme, Hazrat Hafsa. Tous ces exemples montrent que la pratique de l’exégèse par des musulmanes ou leur accès au statut d’alimas (savantes) n’est en rien une erreur moderne. Il faudrait exiger que les musulmanes reconquièrent le droit que leur garantit le Coran de parler en leur propre nom. Le Maulana prit un exemple pour enfoncer le clou : une femme, Khamsa Bint Hizam, ayant été mariée par son père, alla trouver le Prophète et dit qu’elle ne voulait pas partager la vie de l’homme choisi par son père, car il s’agissait d’une mariage forcé, conclu sans son assentiment. Là-dessus le Prophète avait annulé cette union. Le Maulana compara cette anecdote à l’absence de liberté des femmes dans le choix de leur mari qui continue à assujettir de nombreuses musulmanes indiennes actuelles.
 
Pour encouragerplus fortementencore les femmes musulmanes à jouer un rôle plus actif dans la communauté, le Maulana a cité l’exemple de la première femme du Prophète, Hazrat Khadidja, qui a encouragé le prophète lorsqu’il a reçu sa première révélation et lui a apporté son soutien. Une autre de ses femmes, Hazrat Umm Salamah, a proposé une solutionque le Prophète a acceptée lorsque beaucoup des ses partisans hommes n’ont pas suivi son conseil de retourner à Médine de Hudaibidja. Lors de la conquête de la Mecque par les musulmans sous le commandement du Prophète, une femme, Umm Hani Bint Abi Talib, sœur de l’imam Ali, a offert une garantie jurée de protection pourdeux idolâtres qui avaient combattu les troupes musulmanes en campagne. Lorsqu’elle en informa le Prophète, il répondit : « Nous prêtons collectivement serment de protéger ceux que tu as demandé de protéger, Umm Hani. » Cet exemple prouve que les musulmanes participaient aux affaires publiques jusqu’à l’échelon le plus élevé. Nous avons un exemple analogue dans le Coran, où une fille conseille à son père d’embaucher Moïse [c’est toutefois une réécriture de la Bible, Exode, 3, 16-23, Ndlt.]. Toutes ces femmes, dit le Maulana, ont joué un rôle important dans la mission du Prophète, et il n’y a donc aucune raison d’empêcher les femmes de continuer aujourd’hui à jouer ce rôle - aussi bien dans le domaine de l’érudition que dans celui du militantisme social. Sous ce rapport il encourageait de tout cœur, à l’exemple du Dr Ali, les démarches visant à réserver aux femmes des sièges dans les organes élus et critiquait les exigences de ceux qui voyaient là - comme du reste dans tout rôle public important confié aux femmes - une pratique « non-musulmane ».
 
 

 Shazia Shaikh

Shazia Cheikh, chercheuse au Centre pour l’Étude de la société et la laïcité, a abordé au cours de la troisième séance de l’atelier le thème des fatwas concernant les femmes. Face aux nombreuses fatwas lancées par des maulvis de diverses écoles et dirigées contre les droits des femmes, elle a expliqué qu’une fatwa n’était en aucune manière un édit ou une prescription, comme beaucoup le croient. C’est plutôt une opinion à laquelle on peut si nécessaire en opposer d’autres qui se fondent sur une lecture différente des textes de l’Islam. Il serait urgent de réserver le lancement de fatwas à des muftis très bien formés, profondément sensibles aux besoins sociétaux et conditions de vie actuels, afin que leur fatwas soient appropriées. Il serait primordial qu’ils fassent usage de leur propre raison, au lieu de suivre aveuglément des prescriptions contenues dans des livres de fiqh médiévaux, élaborés dans un contexte socio-historique tout différent.
 
Elle a également souligné la nécessité d’une ijtihad [effort de réflexion que les oulémas ou muftis et les juristes musulmans entreprennent pour interpréter les textes fondateurs de l'islam et en déduire le droit musulman ou pour informer le musulman de la nature d'une action, NdE] créative dans les questions de fiqh, en particulier les règles du fiqh qui concernent les femmes. Contrairement à ce que croient de nombreux maulvis, il existe une grande différence entre la charia et la Voie Divine, qui sont intouchables, et le fiqh, qui est une création humaine et donc susceptible d’être réformé et modifié. Les fatwas doivent être estimées à l’aune de leur conformité aux critères du Coran et à la lumière de l’injonction coranique de justice et d’égalité. Si elles ne satisfont pas à ces tests, elles devraient être rejetées.
   
La quatrième personne importante parmi les intervenants a été Niloufer Akhtar, présidente de l’Association du Barreau de Mumbai pour les tribunaux aux Affaires familiales. Se basant sur plusieurs années d’expérience devant les tribunaux, elle pense que 60% des affaires traitées à Mumbai par les juges aux Affaires familiales concernent des femmes ayant subi des traitements cruels de la part de leurs maris. Beaucoup d’entre elles sont musulmanes. Elle indiqua que peu d’entre ces femmes connaissaient leurs droits légaux, y compris celui de demander le divorce au tribunal.
 
Elle a aussi abordé le sujet brûlant des nombreuses musulmanes que leurs maris ont répudiées arbitrairement par la méthode du triple talaq en une seule fois, ce qui n’est pas conforme au Coran. Elle a déploré que la procédure de divorce correcte selon le Coran - qui exige un jugement pour prononcer un divorce ou l’empêcher- ne soit que rarement appliquée, et pas même mentionnée dans la Compilation des lois islamiques publiée il y a quelques années par le Bureau panindien de Droit musulman des personnes. Elle en a parlé à plusieurs reprises à des réunions du Bureau, mais malheureusement celui-ci n’a pas réagi. Elle déplore le manque de compréhension du Bureau pour les problèmes pratiques auxquels sont confrontées les musulmanes divorcées.
 
La cinquième intervenante notoire était l’experte féministe bien connue, Flavia Agnes. Elle a attaqué l’opinion très répandue selon laquelle les musulmanes étaient privées de leurs droits et les Hindoues avaient des droits légalement garantis dont elles jouissaient. Cette opinion ne résiste pas à l’examen des faitset contribue à renforcer les stéréotypes négatifs malvenussur l’Islam et les musulmans. Tout en approuvant l’exigence d’une réforme à même de mettre en adéquation le droit islamique des personnes avec l’idéal égalitaire du Coran, elle mit en garde les féministes contre la demande d’un droit civil commun à tous,car elles feraient ainsi inconsciemment le jeu du lobby hindoutva (mouvement hindouiste nationaliste, intégriste et xénophobe, Ndlt) qui demandaient la même chose- mais dans un but bien différent : saper l’identité de la communauté musulmane.
 
Dans le climat actuel de montée de l’islamophobie, il est selon elle de plus en plus difficile d’aborder les problèmes auxquels sont confrontées les musulmanes, car même des efforts bien intentionnés pourraient renforcer l’image négative de l’Islam et des musulmans. Elle parla de l’indifférence de nombreux groupes « laïcs » de femmes indiennes (qui d’habitude se lamentent sur ce qu’elles nomment la détresse des musulmanes et les souffrances que leur infligent le patriarcalisme des musulmans, clercs compris) face aux meurtres, viols et mutilations infligés aux musulmanes par la racaille hindutva, souvent main dans la main avec les autorités.
 
Elle évoqua aussi les récits à sensation mettant en scène des musulmanes, dont sont coutumiers les médias, et leurs généralisations brutales et tout à fait infondées de l’oppression que les musulmans font subir à leurs femmes, sur la base de faits divers isolés, alors que tous les aspects positifs de la vie des musulmanes ( par exemple : elles se forment professionnellement et travaillent de plus en plus, et des jugements positifs ont été rendus sur la base de la Loi sur les musulmanes de 2986 (protection du droit au divorce) que le Parlement indien a votée sous la pression de groupes musulmans) sont ignorés.
 
L’atelier s’est déroulé dans une atmosphère vivante et interactive qui a permis aux participant-e-s d’échanger expériences et points de vue. Un nombre important de musulmanes - la plupart du temps très pauvres, souvent venues de bidonvilles ou de villages lointains - ont raconté leur histoire : mariages forcés, refus des parents de leur laisser faire des études, brimades infligées par les beaux-parents au prétexte d’une dot trop faible, peur et insécurité constante où les faisait vivre la crainte d’une répudiation arbitraire, maris qui les battaient ou qui, alcooliques, refusaient de rompre un mariage raté, ou encore maulvis, jamaats et policiers qui se moquaient de leurs problèmes. Tout cela constituait, elles l’avaient compris durant ces trois jours, une grossière violation des principes de l’Islam. Et ce message, elles ont promis de le faire passer une fois rentrées chez elles.




Courtesy of Rehana Khan
Source: http://www.countercurrents.org/rkhan070710.htm
Publication date of original article: 07/07/2010
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=626

 

Tags: Équité de genreDroits des femmesIndiales femmes musulmanes
 

 
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