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 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Les “Indignés” d’Espagne et la Commune de Paris
Date of publication at Tlaxcala: 28/05/2011
Original: España: Los “indignados” y la Comuna de París
Translations available: English  Deutsch 

Les “Indignés” d’Espagne et la Commune de Paris

Atilio A. Boron اتيليوا. بورون

Translated by  Isabelle Rousselot
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Peut-être est-ce une coïncidence de l’histoire si le soulèvement populaire qui déferle aujourd’hui en l’Espagne (et qui est en train de se propager à travers toute l’Europe) a commencé le jour même du 140ème anniversaire de la Commune de Paris, une période héroïque dont la revendication principale était aussi la démocratie. Mais une démocratie conçue comme un gouvernement par, pour et issu du peuple, et non pas comme un régime au service des intérêts du patronat, et dans lequel les intérêts du peuple sont implacablement subordonnés aux impératifs de profit des entreprises.



Les Indignés de la Puerta del Sol à Madrid

C’est précisément la raison pour laquelle les revendications des « Indignés » font écho à ceux qui, armes aux poings, sont sortis pour défendre les Parisiennes et les Parisiens pendant ces jours héroïques de 1871, qui culminent avec la constitution du premier gouvernement de classe ouvrière, même s’il demeure limité à la ville de Paris. Un gouvernement qui n’a pas duré plus de deux mois et qui fut ensuite écrasé par l’armée française, avec la complicité et la coopération ouverte des troupes de Bismarck, qui venaient d’infliger une défaite humiliante aux héritiers des armées de Napoléon. La haine envers les Parisiens qui avaient osé prendre d’assaut la porte du paradis et établir une vraie démocratie fut terrible : on estime à plus de 30 000 le nombre des membres de la Commune de Paris à avoir été passés au fil de l’épée, exécutés sommairement et sans procès. La Commune fut noyée dans un flot de sang et pour expier ses “crimes”, l’Assemblée Nationale décida d’ériger sur la butte Montmartre, la plus haute colline de Paris, la basilique du Sacré-Cœur, financée par des dons collectés dans toute la France, mais dont, pour l’honneur de la cité martyre, seule une petite partie fut récoltée à Paris. Paris avait été vaincu, mais les Parisiens n’étaient pas à genoux.

 

La Commune ne croyait pas aux institutions bourgeoises, à ses yeux une escroquerie rédhibitoire, car l’appareil d’’État, ce dédale de lois, de dispositions et d’organes gouvernementaux n’était conçu, elle le savait, que pour conserver aux classes dominantes leurs privilèges et leurs richesses et asservir le peuple. Elle revendiquait une démocratie directe et participative et l’abrogation du parlementarisme, cette perversion de la politique qui l’avait transformée en une phraséologie creuse, un espace de toutes sortes de transactions et négociations et totalement étrangères au bien du grand nombre. Elle demandait la création simultanée d’un nouvel ordre politique, exécutif et législatif, basé sur le suffrage universel (hommes et femmes traités à égalité, et non pas comme par la suite dans les démocraties capitalistes, où “universel” se référait uniquement au sexe masculin) et avec des représentants directement responsables devant leurs administrés – et de ce fait, révocables par ces mêmes administrés1. Les Communards voulaient pas une démocratie illusoire, mais une vraie démocratie, où les représentants du peuple ne seraient pas une bureaucratie d’État, ne jouiraient d’aucun privilège et percevraient une indemnité égale au salaire d’un travailleur moyen. Et de plus ils étaient partisans, entre autres, de la séparation totale de l’Église et de l’État ainsi que d’une éducation libre, laïque et obligatoire pour tous, hommes et femmes.

Il suffit de jeter un coup d’œil aux écrits des « Indignés » d’aujourd’hui pour constater l’étonnante similitude de leurs revendications avec les demandes de la Commune et aussi pour voir le peu de changements que le capitalisme a apportés à sa politique. Les jeunes et les moins jeunes qui ont occupé presque 150 places en Espagne ne sont pas “apolitiques” ou “antipolitiques” comme une certaine presse veut nous le faire croire, mais au contraire profondément politisés. Ils prennent au sérieux la promesse de démocratie et c’est justement pour cette raison qu’ils se rebellent contre cette fausse démocratie, surgie des entrailles du franquisme et institutionnalisée par le très applaudi Pacte de la Moncloa, qu’on a présenté aux peuples d’Amérique latine comme un parfait exemple de savoir-faire politique et démocratique. Cette démocratie, ceux qui campent sur les places la désignent, la stigmatisent  comme une mystification, une imposture qui dissimule sous de séduisants oripeaux la persistance d’une cruelle dictature qui fait peser sur les épaules des travailleurs les conséquences de la crise déclenchée par les capitalistes. Ce que l’ “exemplaire” démocratie de la Moncloa propose pour faire face à la crise, c’est un despotisme du marché, cet ennemi impitoyable de tout projet démocratique:  faciliter les licenciements, les baisses de salaire, sacrifier le droits du travail, geler les retraites et retarder l’âge de la retraite, réduire le nombre d’emplois dans la fonction publique, rogner les budgets de santé et d’éducation, privatiser les entreprises et les chantiers publics et, pour couronner le tout, réduire toujours davantage les impôts sur la richesse et les taxes des entreprises afin que l’argent superflu puisse être réinvesti dans de nouveaux projets d’entreprises.2 Une fois de plus, on nous sert la fameuse “théorie des retombées bénéfiques” mille fois réfutée qui fait bon marché de l’intelligence des peuples et veut ignorer que, si les riches avaient plus d’argent à leur disposition, ce serait un miracle qu’ils parviennent à résister à la tentation du casino financier mondialisé global et choisissent d’ investir dans la création de nouvelles entreprises, cette fois créatrices d’emplois. L’expérience montre que la tentation est trop forte.
 
La réponse de la fausse démocratie espagnole – en réalité une ploutocratie sordide que les jeunes Espagnols veulent renverser et remplacer par une démocratie digne de ce nom – à la crise provoquée par l’insatiable avidité de la bourgeoisie, c’est toujours plus de capitalisme, c’est d’appliquer les injonctions du FMI jusqu’à ce que la société, saignée à blanc et noyée dans le désespoir et la misère, accepte une “solution néofasciste” pour recréer l’ordre perdu. Aucun changement n’est possible au sein de la pseudo-démocratie espagnole car son célèbre bipartisme a prouvé qu’il n’était rien de plus que les deux visages d’un parti unique : celui du capital. Mais aujourd’hui la collusion entre le Parti Socialiste Ouvrier (PSOE) et le Parti Populaire a rencontré un obstacle inattendu : encouragés par les vents traversant la Méditerranée depuis l’Afrique du Nord, les jeunes –premières victimes du pillage, mais pas les seules – « ont dit “assez !” et ont commencé à bouger », pour citer le célèbre discours du Commandant Ernesto « Che » Guevara à l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1964.
 
Désormais, plus rien ne sera pareil en Espagne. La classe politique discréditée semble avoir atteint le point de non-retour et la crise de légitimité au sein de sa pseudo-démocratie touche à un paroxysme ; si les Égyptiens et les Tunisiens ont été capables de se débarrasser de la clique corrompue de leurs dirigeants, pourquoi les “Indignés ” ne pourraient-ils pas faire de même ? Les obscènes incohérences morales du véritable maître de l’économie espagnole, le FMI, ne peuvent qu’entraîner le mécontentement et la mobilisation croissantes d’un grand nombre de citoyens ; des citoyens à qui l’on fait subir des amputations considérables de leurs revenus et du droit du travail alors que, d’un autre côté, les bandits du FMI décident d’octroyer à Dominique Strauss-Kahn une indemnité de licenciement de 250 000 $ pour avoir démissionné avant l’heure… en raison d’une grave accusation d’agression sexuelle sur une employée africaine d’un hôtel new-yorkais ! Au demeurant, Dominique Strauss-Kahn va bénéficier d’une retraite de luxe, ce qui est refusé à des millions de citoyens espagnols et européens au Portugal, en Grèce, en Irlande et en Islande… Et ce sont ces gens qui disent savoir comment sortir le monde de la pire crise économique de son histoire ! Les “Indignés” n’ont pas besoin d’avoir lu les classiques marxistes, car la vie leur a appris que, dans un régime capitaliste, la démocratie n’est pas possible. Comme le disait Rosa Luxemburg, sans socialisme, pas de démocratie, capitalisme et démocratie sont des ennemis irréconciliables. L’histoire a prononcé son verdict inattaquable : plus de capitalisme, moins de démocratie, c’est valable aussi bien dans un Nord opulent et industrialisé que dans un Sud global. La vie leur a aussi appris que s’ils unissent leurs efforts, s’organisent et pratiquent le débat d’idées afin de s’éduquer et de faire échec à l’abrutissement des masses, programmé par l’industrie culturelle capitaliste, leur action est capable de paralyser la partitocratie et de mettre en échec la pseudo-démocratie qui les a trompés. S’ils continuent leur lutte, ils vaincront également l’arrogance du capital et finiront par ouvrir une nouvelle page d’histoire, pas seulement en Espagne mais aussi dans le reste de l’Europe. Les gens du monde entier ont les yeux fixés sur les rues et les places d’Espagne où se livre une bataille décisive.
 

Notes

1 Rappelons ici que l’Allemagne et le Royaume-Uni ont donné le droit de vote aux femmes en 1918, après la Première guerre mondiale, l’Autriche en 1919, l’Espagne en 1931 et la France en 1944, 73 ans après sa proclamation par la Commune de Paris ! En Italie ce droit ne fut acquis qu’en 1946 et en Suisse, souvent présentée comme LA démocratie modèle , en 1971 !

2 voir Vincenc Navarro, "El movimiento democracia real ya y la hipocresía del establishment mediático" [Le mouvement Une vraie démocratie, maintenant ! et l’hypocrisie de l’establishment médiatique].





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.atilioboron.com/2011/05/los-indignados-y-la-comuna-de-paris.html
Publication date of original article: 21/05/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4884

 

Tags: EspagneLes IndignésMouvement du 15 MaiPuerta del SolCommune de ParisEuropeDémocratieCapitalismeRévolutionRévoltes logiquesUnion européenne
 

 
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