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 23/03/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Appel de la liberté dans le royaume du silence syrien
Date of publication at Tlaxcala: 30/04/2011
Original: نداء الحرية في مملكة الصمت السورية

Appel de la liberté dans le royaume du silence syrien

Burhan Ghalioun برهان غليون

Translated by  Mariem Eddaaliti مريم الدعليتي

 

 

Il n’y a plus de doute qu’un grand bouleversement historique s’est produit dans le monde arabe après le déclenchement simultané de révolutions dans plusieurs pays et la victoire des deux révolutions tunisienne et égyptienne. De plus, aucun régime tyrannique ne pourra échapper à l’impact de ce bouleversement s’il n’entreprend pas lui-même des réformes pour mettre le pays sur la voie même qui a été tracée par la révolution, et s’il ne commence pas à réaliser les engagements mêmes dont l’absence a provoqué les explosions populaires successives et continues comparables à un volcan dont l’éruption ne veut guère se calmer.

 
Les Arabes sont entrés, psychologiquement et idéologiquement, dans une nouvelle ère historique, l’ère de la liberté de laquelle ils ont été séparés pendant  plusieurs décennies. Celui qui ne réalise pas la signification de cette transformation et refuse de la voir, ne deviendra qu’un produit de la préhistoire, et vivra dans un monde qui, désormais, n’aura plus rien à voir avec le monde actuel, ni dans ses valeurs, ni dans ses objectifs. En effet, aujourd’hui nous avons, dans notre politique, une époque préhistorique, une époque historique ainsi qu’une époque post-historique. La répression des révoltes populaires, y compris l’affrontement des petites protestations par le fer et par le feu, ne fait qu’augmenter la conviction des gens sur cette réalité logique, aggravant, ainsi, leur dépit vis-à-vis de leur situation et de ceux qui sont devenus un obstacle pour leur progrès, l’indépendance de leur volonté et leur intégration dans l’ère historique dans laquelle ils vivent.

Puisque aucun peuple arabe n’acceptera, désormais, de vivre dans les conditions de l’ère précédente (et ceux qui accepteraient de le faire ne reflètent qu’une image de déchéance morale et politique, signe de leur manque d’intelligence, d’absence de dignité, d’inertie ou de lâcheté, voire même un signe de sa mort), tous les régimes tyranniques se trouveront inévitablement menacés par les mouvements de protestation, et ils seront exposés à des pressions continues exercées par un nombre croissant de catégories de l’opinion publiques, ce qui multipliera la volonté de ces peuples de prendre part à ce courant continu des peuples qui militent pour leur liberté. Devant la volonté de se libérer, la détermination et l’acceptation du sacrifice, voire le désintéressement dans la lutte qui vise à faire entrer la société dans une nouvelle ère de liberté, la répression de ces régimes ne servira qu’à alimenter les flammes de l’esprit de révolution qui brûle dans les cœurs de ces peuples.

Par conséquent, et après ce qui s’est passé et se passe partout dans la scène arabe, après les victoires indéniables, quels que soient les risques et les sacrifices à consentir, les peuples ne pourront pas résister à la tentation d’essayer de provoquer l’ordre établi et de l’attaquer. Quant aux régimes tyranniques, ils ont perdu l’image de respect et de crainte qu’ils inspiraient après les révélations d’une corruption qui a atteint des proportions horrifiantes, et avec leur aveuglement politique et leur disponibilité à exposer leurs pays à tous les risques et ingérences pour préserver les intérêts et les privilèges de leurs dirigeants illégitimes et leur recours facile à la violence sauvage, ils sont devenus la cible directe de la vindicte populaire qui n’a pas eu de précédent dans l’histoire moderne des peuples arabes, et devant cette situation, ces régimes n’ont que deux choix : éviter la confrontation avec les forces des manifestants, ce qui sera rapidement interprété comme une faiblesse et encouragera les masses de tous les milieux populaires - qui ont encore peur - à sortir dans les rues et les places publiques pour participer à la fête de la liberté et concrétiser leur citoyenneté en communiquant entre elles, ou bien réprimer les manifestants en leur infligeant de lourdes pertes. Dans les conditions que nous vivons actuellement, à savoir, l’entrée dans une nouvelle ère historique et un nouveau calendrier révolutionnaire qui touche le monde arabe en entier, la répression ne conduira qu’à renforcer la conviction des citoyens quant à leur humiliation et l’absence de liens entre les régimes et leurs peuples, ce qui conduira à amener davantage de sympathisants aux côtés des victimes tombées sur le terrain.

Il est alors clair que dans des moments exceptionnels comme ceux-ci, le pouvoir de dissuasion des régimes qui opprimaient pendant l’ère ancienne, cessera d’exister. Quant au dialogue et aux réformes auxquels font appel les régimes tyranniques aujourd’hui, ils n’ont, actuellement, aucune valeur politique, et seuls ceux qui font ces appels pourraient se duper eux-mêmes, eux qui, pendant de longues décennies, n’ont daigné ni dialoguer, ni réformer quoi que ce soit pour leurs peuples, alors qu’ils ne cessaient de dialoguer avec Israël, y compris avec ses gouvernements les plus racistes et le plus à droite alors que la colonisation juive se poursuivait. Le dialogue ne suscite plus l’appétit de personne, et n’a aucun autre sens si ce n’est la volonté des dirigeants de gagner du temps en attendant que la tempête passe sans faire de dégâts, ce qui leur permettra de reporter les transformations réclamées et qui ne peuvent désormais plus attendre.

A partir du moment où l’individu se sent libre, les conditions de la servitude ainsi que les régimes qui l’ entretiennent tombent, et tous les Arabes, sans exception, sont devenus libres au moment même où les Tunisiens, puis, et dans une proportion plus grande, les Égyptiens, arrachaient sur la Place Tahrir et sous les yeux du monde, leurs libertés et leurs droits, imposant leur volonté au système. C’est ce qui est arrivé à tous les Arabes aujourd’hui, quels que soient leurs pays, leurs particularités, leur niveau de développement ou leurs appartenances religieuses, confessionnelles ou politiques ou leur sexe, car la liberté ne peut pas vivre un instant avec la servitude. Cela pousse également les gens à dépasser leurs problèmes quotidiens, leurs sensibilités sectaires et leurs spécificités tribales et religieuses. Mais les régimes qui ne sont pas conscients de cela, se condamnent à mort sans que le peuple ne tire la moindre balle sur eux. Ces régimes deviendront des cadavres même si aucun être humain de chair et de sang ne sort pour les combattre.
 
 

A partir du moment où l’individu se sent libre, les conditions de la servitude ainsi que les régimes qui l’ entretiennent tombent, et tous les Arabes, sans exception, sont devenus libres au moment même où les Tunisiens, puis, et dans une proportion plus grande, les Égyptiens, arrachaient sur la Place Tahrir et sous les yeux du monde, leurs libertés et leurs droits, imposant leur volonté au système. C’est ce qui est arrivé à tous les Arabes aujourd’hui, quels que soient leurs pays, leurs particularités, leur niveau de développement ou leurs appartenances religieuses, confessionnelles ou politiques ou leur sexe, car la liberté ne peut pas vivre un instant avec la servitude. Cela pousse également les gens à dépasser leurs problèmes quotidiens, leurs sensibilités sectaires et leurs spécificités tribales et religieuses. Mais les régimes qui ne sont pas conscients de cela, se condamnent à mort sans que le peuple ne tire la moindre balle sur eux. Ces régimes deviendront des cadavres même si aucun être humain de chair et de sang ne sort pour les combattre.



Ceux qui croient qu’ils peuvent échapper aux réalités historiques parce qu’ils ont un espace de force et de violence, et que rien de les empêche de l’utiliser, ou bien qu’ils disposent de moyens impressionnants pour déformer la vérité, pratiquer le mensonge et la fraude, se trompent vraiment. Tous ces moyens n’ont plus aucun effet, et au lieu de tromper leurs ennemis, à savoir les gens libres, ces moyens transforment leurs détenteurs eux-mêmes en des autruches qui enfoncent leurs têtes dans le sable pour échapper à un danger immédiat.



L’expérience libyenne est, sans doute, le meilleur exemple dans ce domaine. L’usage de la force qui a poussé le « Guide de la Révolution conquérant » - inventeur de la théorie de la djamahiriyya et du pouvoir des comités du peuple - à faire une déclaration de guerre officielle contre son peuple et à ne pas hésiter à bombarder ses villes et villages avec les avions et l’artillerie, cependant, ceci n’a pas renforcé le régime tyrannique de Libye, ni la crainte qu’il inspirait, mais cela a plutôt accéléré la chute politique et morale de ce régime, et a fait de la coopération arabe et internationale pour se débarrasser de lui un objectif commun pour tous les pays, y compris ceux qui n’ont aucun intérêt dans la révolution actuelle, de plus, ceci a poussé beaucoup d’Arabes a accepter le pari qu’une intervention étrangère rendrait un service à l’humanité. 

 
Un régime qui s’est habitué à traiter son peuple comme des esclaves, des sujets et des clients, qui se glorifie de leur humiliation, dont les dirigeants amassent leurs fortunes grâce aux sueurs quotidiennes de la servitude du peuple, comment peut-il se renverser lui-même et faire une révolution contre lui-même ? Ce qui épargnerait aux peuples leur sang, et au pays les dégâts matériels et les risques de l’effondrement économique, et, peut-être même, de l’intervention étrangère ?

C’est cela le défi que lancent les peuples et que lance l’histoire d’aujourd’hui à ces dirigeants qui, trois mois après l’éruption volcanique qui continue dans toutes les capitales et les villes arabes, parient sur les capacités de leurs systèmes de sécurité et leurs alliances régionales, pour pouvoir résister au raz-de-marée de la liberté. Ces dirigeants n’ont pas compris ou refusent de comprendre le sens de ce qui se passe dans des pays qu’ils gouvernent depuis des décennies sans accorder le moindre intérêts à leurs peuples, et je ne sais pas si ceci est une chance ou une malchance pour ces peuples. S’ils avaient fait le contraire, ils réaliseraient sans doute, comme l’ont fait tous les gens qui les entourent, cette vérité logique, que des millions d’Arabes n’ont pas cessé de répéter depuis des mois : le peuple veut le changement du système, c’est-à-dire, et tout simplement, il veut le changement de la méthode de gouvernance, il veut la participation, il veut la liberté, il veut la dignité, il veut le respect. Est-ce si difficile à comprendre, et est-ce que la réponse à ces revendications a besoin de sortir tous ces soldats et ces agents de la sûreté, de tuer des gens innocents et de remplir les prisons d’enfants, de femmes et d’hommes ? Et est-ce que c’est avec ces moyens que sera comblé le profond fossé qui sépare les gouvernements arabes de leurs peuples ?

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://critique-sociale.blogspot.com/2011/03/blog-post_7527.html
Publication date of original article: 23/03/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4424

 

Tags: SyrieOummaDeuxième révolte arabeRévolution arabeLiberté
 

 
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