TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı la internacia reto de tradukistoj por la lingva diverso

 18/11/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / 24 mars 1976 : Coup d’État en Argentine
Juan et la mémoire des 30 000 disparus
Date of publication at Tlaxcala: 25/03/2011
Original: Golpe de Estado de 1976
Juan y la memoria de los 30.000

Translations available: Türkçe 

24 mars 1976 : Coup d’État en Argentine
Juan et la mémoire des 30 000 disparus

Rubén Kotler

Translated by  Omar Mouffok عمر موفق
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les disparus qui se cherchent
Avec la couleur de leurs naissances,
La faim et l’abondance qui se rejoignent,
La maltraitance avec sa malsouvenance

León Gieco

Le 16 septembre 1976, Juan a été arrêté et a disparu. C’est à la même date qu’a eu lieu la « Nuit des Crayons » pendant laquelle des collégiens de la ville de La Plata ont été séquestrés par les grupos de tarea, ces détachements spéciaux inter-armes chargés de mener les enlèvements, suivis de tortures et d’exécutions, d’opposants et suspects en tous genres. L’histoire de Juan est celle des 30 000 disparus. L’histoire de Juan, cependant, porte ses propres significations. Juan a été arrêté à l’Université même où il passait un examen. Juan était originaire de Belén, mais pour lui, Tucumán était bien plus qu’un lieu d’études. A Tucumán, Juan militait tout comme des centaines d’étudiants de son époque, un militantisme d’une jeunesse qui se voyait contaminée par l’agitation des jeunes à travers le monde et qui, dans notre pays, a atteint des dimensions particulières à partir des évènements du Cordobazo et du Tucumanazo [grandes révoltes qui ont eu lieu respectivement en 1969 et 1970 en Argentine]. Cependant, le militantisme de la jeunesse des années soixante-dix auquel participait Juan, était un militantisme issu de l’engagement de cette génération pour la construction d’un monde dans lequel il y aurait beaucoup plus d’égalité.
 

Juan Francisco Carreras était étudiant à la faculté de biochimie et faisait partie du groupe de délégués de cette faculté. Presque tous les membres du groupe ont disparu. Juan militait dans le Front Anti-impérialiste pour le Socialisme (FAS), un front organisé par le Parti Révolutionnaire des Travailleurs (PRT) qui réunissait plusieurs tendances socialistes. Ce jeune de la Catamarca, né le 26 juillet 1950 dans la ville de Belén, avait alors 26 ans. Son cas était inédit à Tucumán puisqu’il s’agit de l’une des rares arrestations connues dans la province et qui se soit produite à l’intérieur d’une enceinte universitaire. Ceci montre l’acharnement de la dictature, notamment contre les jeunes étudiants engagés de la génération des « Tucumanazos ».
 


Juan Carreras devait se présenter à un examen final le 16 septembre 1976. Juan avait été signalé par la dictature militaire et figurait sur les listes noires. Lorsqu’au 2 mai de cette même année, un détachement spécial a fait irruption dans sa cité universitaire au 400 rue Chacabuco et il ne l’a pas trouvé, Juan est retourné immédiatement à la maison de ses parents, à Belén, pour sauver sa vie. Cependant, et malgré tous les avis de ceux qui lui conseillaient de ne plus retourner à Tucumán, Juan a décidé de se rendre à l’examen final du 16 septembre.

Peu avant l’examen, Juan devait rencontrer Enrique Sánchez, un ami et camarade d’études. Cependant, Sánchez avait été arrêté la veille de l’examen et leur rencontre n’a pas eu lieu. C’est ainsi que la disparition de Juan implique celle d’Enrique. Le « détachement spécial » qui a arrêté Juan avait utilisé Sánchez comme appât, car il a été ramené par une voiture au moment même où il devait rencontrer Juan. Lorsque Juan est passé devant la voiture, il a salué Enrique qui était à l’intérieur, sans que ce dernier ne lui rende le salut. Par conséquent, Juan avait déjà été « signalé » par son ami.

Carreras est entré passer l’examen sans savoir pourquoi son ami ne l’avait pas salué. Au milieu de l’examen, trois hommes sont entrés dans la salle et ont demandé si Juan Carreras s’y trouvait. Le Docteur Elsa Brauckman, qui menait l’examen, a répondu par l’affirmative. C’est à partir de ce moment que tout a changé pour Juan. Carreras a été le dernier étudiant à sortir de la salle. Dès le moment où ces hommes sont entrés pour le chercher, Juan a commencé à dessiner des lignes sur la feuille d’examen. Lorsqu’il est sorti de la salle, le jeune a demandé de l’aide au professeur maître de conférences, le Dr. Francisco Barbieri qui était dans le couloir de l’édifice universitaire. Barbieri n’a rien pu faire pour l’étudiant qui a été ensuite sorti de la fac par les hommes qui le cherchaient. Le jeune de Belén a été vu, pour la dernière fois, au centre d’extermination Arsenal Miguel de Azcuénaga.
 

"Juan Carreras : nous sommes toujours en train de te chercher"
16-09-76 / 24-02-2006 - Agrupación Noviembre

Le centre universitaire dans lequel Juan a été arrêté porte le nom de Barbieri, qui n’avait rien fait pour empêcher sa disparition, tandis que dans la cour centrale. de la Faculté de Médecine, se trouve une plaque avec un court message qui rappelle « ceux qui auraient pu être vos diplômés », sans donner d’avantage d’explications. Dans la liste des noms, se trouve celui de Juan. C’est là notre mémoire, celle de ceux qui auraient pu être des diplômés de cette chaire si la dictature ne les avaient pas arrêtés et fait disparaître.

Tout ceci m’a été raconté par Felicidad, la sœur de Juan, qui, depuis le jour où son frère a disparu, n’a cessé à aucun moment de poursuivre la tâche douloureuse de perpétuer sa mémoire, une mémoire quelle garde vivante comme un appel à l’espoir. Felicidad garde la mémoire de Juan qui est celle des 30 000, car elle sait que Juan représente les 30 000 et que les 30 000 sont Juan.

Nous rappellerons également ici la mémoire de deux autres personnes disparues et originaires de Belén, Yolanda Borda et Oscar Gervan. Pour la mémoire de ces trois personnes, un buisson a été planté sur la place principale de Belén. Pour tous les trois, Felicidad continue à garder allumée la petite flamme de la mémoire. Pour Juan. Et pour les 30 000.
 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://rubenkotler.com.ar/index.php/en/diario-de-juicio/203-juan-y-la-memoria-de-los-30000
Publication date of original article: 24/03/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4367

 

Tags: ArgentineDisparusCoup d'Etat de 1976Dictature
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.