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English  
 USA & CANADA 
USA & CANADA / Les deals financiers du régime Kadhafi : Comment Wall Street a pris le despote libyen dans ses filets
Date of publication at Tlaxcala: 08/03/2011
Original: Finanzdeals des Gaddafi-Regimes: Wie die Wall Street Libyens Machthaber umgarnte

Les deals financiers du régime Kadhafi : Comment Wall Street a pris le despote libyen dans ses filets

Marc Pitzke

Translated by 
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les grosses pointures de la finance US ont fait la   fête dans le désert libyen et ont envoyé Tony Blair négocier avec Kadhafi: depuis les jours de George Bush, Wall Street faisait les yeux doux à la rente pétrolière libyenne - et s’est assuré des contrats de milliards de dollars. C’est aujourd’hui seulement qu’on découvre à quel point les temples de la finance sont allés au devant du   despote fou.

En juillet 2010 un jet de location atterrissait à Mitiga, à l’est de Tripoli, un aéroport réservé aux VIP. Selon une « source bien informée » du magazine US Vanity Fair, une limousine a emmené le passager d’abord chez un ministre pour discuter « d’affaires privées ». « De là, il s’est directement rendu chez Kadhafi ».
 
Selon le journal, le passager n’était autre que Tony Blair,  qui, lorsqu’il était Premier Ministre britannique faisait déjà la cour à Mouammar Kadhafi. Depuis son départ de Downing Street, Blair s’est reconverti dans le privé. L’un de ses employeurs est JPMorgan Chase, la grande banque de Wall Street.
 
 
Durant sa visite en Libye de l’été dernier - il y en a eu de nombreuses autres, dit-on, depuis son retrait de la politique il y a trois ans - Blair, selon les investigations de  Vanity Fair,  a passé la nuit dans la résidence de l’ambassadeur de Grande-Bretagne. Et informé Kadhafi de la ligne politique adoptée par Cameron, le nouveau Premier ministre, mais aussi « au moins en partie traité des affaires de la banque.»
 
De fait, il semble que JPMorgan Chase ait entretenu récemment encore d’étroits contacts financiers avec Kadhafi. Selon des allégations convergentes de plusieurs médias US, la seconde banque usaméricaine d’affaires et d’investissement gérait des centaines de millions de dollars appartenant au fonds souverain libyen Libyan Investment Authority (LIA).
 
« JPMorgan Chase gèreune partie des dépôts de la LIA et une partie des réserves de la Banque centrale libyenne », écrit le Vanity Fair , en se fondant sur les dires de banquiers US. Le  Huffington Post ajoute que « les relations entre JPMorgan et la Libye datent de 2008, l’année même où Blair a été engagé par la banque comme ‘conseiller aux affaires politiques et stratégiques mondiales’», pour le salaire de misère annuel d’un million de dollars environ.
 
Tous deux – Blair et la banque – se retrouvent maintenant Gros-Jeans comme devant, et pas qu’eux. Fin février le président Obama a fait geler tous els avoirs de la famille Kadhafi dans les banques et institutions US, y compris l’argent de la LIA. D’après le secrétaire d’État aux Finances David Cohen, il s’agit en tout de 30 milliards de dollars, la plus grosse sanction bancaire de toute l’histoire US.
Le ministère des Finances ne souffle mot sur l’identité des banques détenant de l’argent libyen. La LIA garde ses affaires secrètes. Les informations sur l’ampleur exacte des avoirs et dépôts libyens aux USA sont donc maigres.

 

Frank Carlucci                                   David Rubenstein

Un lunch sur Park Avenue

Selon des investigations du New York Times et du Huffington Post la filière libyenne ne concerne pas seulement JPMorgan Chase, mais aussi d’autres grosses pointures de la finance, par exemple Goldman Sachs, Citigroup et le géant new-yorkais du capital-investissement (private equity) Carlyle.
 
Selon le New-York Times, c’est surtout le vice-président de LIA, Moustafa Zarti, qui a fait preuve d’un grand enthousiasme pour Wall Street : « Le banquiers qui ont eu affaire à Moustafa Zarti disent que c’est un homme d’affaires super - grand admirateur des starsde Wall Street, par exemple Goldman Sachs ». En 2009, Zarti a également invité à son mariage, selon le Financial Times et le New York Times, Stephen Schwarzman, le légendaire investisseur US fondateur de la Société de capital-investissement Blackstone, ainsi que l’administrateur délégué de Carlyle, David Rubenstein. L’un comme l’autre auraient participé à la noce sous une tente gigantesque dressée à l’extérieur de Tripoli.
 
Schwarzman aurait également accueilli Saïf Al Islam, l’un des fils de Khaddafi, à un lunch offert en novembre 2008 dans son penthouse de Park Avenue. À l’occasion de cette visite Frank Carlucci, ex-PDG de Carlyle et ex-Secrétaire d’État à la Défense, aurait également donné un dîner en l’honneur de Kadhafi junior au City Club, un hôtel de luxe de petite taille, mais raffiné de Midtown (Manhattan).
 
Blackstone a démenti avoir des fonds libyens en gestion. Carlyle et les autres banques US ne se sont pas exprimées à ce jour.
 

Dans le maelström de la crise financière US

Bon, Kadhafi a planqué ses richesses en partie à Wall Street, et ce n’est pas un secret pour les diplomates US. Une dépêche publiée par WikiLeaks dévoilait cette communication de l’ambassade des USA à Tripoli après une rencontre avec Mohammed Layas, le banquier en chef  de la LIA, remontant à janvier 2010: « Layas affirme que la LIA détient 32 milliards de dollars en liquideet a fait remarquer que plusieurs banques US géraient chacune entre 300 et 500 millions de dollars de la  LIA. »
 
La dépêche contient d’autres citations du top-banquier libyen: « Nous détenons des milliards de dollars de liquidités, en général sous forme de dépôts bancaires, qui nous offrent de bons rendements à long terme». Suivait un détail particulièrement piquant: la LIA a en ce moment « un contentieux juridique », portant sur un gros investissement «mal géré », avec la banque d’investissement Lehman Brothers, mise en faillite en 2008. Donc même Kadhafi a été entraîné dans le maelström de la crise financière US.
 
Depuis les débuts des troubles en Libye l’attention se porte surtout sur les avoirs de Khaddafi en Europe ; les investissements « primaires » de la LIA se trouvent en effet, selon la dépêche citée plus haut, à Londres, sous forme « d’investissements bancaires et dans l’immobilier privé et professionnel »
 
Mais les grosses firmes bancaires de Wall Street faisaient elles aussi les yeux doux à Kadhafi dès 2004. À l’époque, George Bush a levé les sanctions contre la Libye en échange du versement de plus d’un milliard de dollars aux ayants droits des victimes de l’attentat de Lockerbie. C’est ainsi que Wall Street s’ouvrit à la Libye.
 



Saïf Al Islam et Mustapha Zarti au bal de l'Opéra à Vienne

En toute hâte, une opération « Nuit et brouillard »

«  Les grandes entreprises ainsi et les sociétés privées de capital-investissement US ont effectué un pèlerinage en Libye, afin de courtiser le gouvernement et les employés de la LIA », raconte le Huffington Post. « Nous avons été littéralement assiégés», se souvient un financier libyen dans Vanity Fair. La LIA a fini par confier la « gestion de ces liquidités » à « quelques firmes bancaires internationales», parmi lesquelles JPMorgan Chase.
 
Selon le Huffington Post, Goldman Sachs a été en 2008 la première banque US à entrer officiellement en affaires avec la Libye, comme intermédiaire entre Tripoli et les agences de notation US. La LIA aurait fini par investir « des centaines de millions de dollars en fonds d’investissements chez Goldman Sachs.»
 
Certes la Libye a hésité à s’ouvrir à Wall Street. En février 2008, le n° 1 du pétrole national libyen, Choukri Ghanem, se plaignait dans une interview accordée à Bloomberg TV que le marché US «ne soit pas « aussi agréable » pour son pays que « le marché européen, par exemple. » « Il regorge de politique et de manœuvres déplaisantes. » Le banquier de la LIA, Layas,  se plaignait en outre de la fiscalité aux USA, selon la dépêche publiée par WikiLeaks.
 
Le gel des milliards de Kadhafi investis à Wall Street s’est déroulé comme un véritable drame. Il a été annoncé en urgence un vendredi, pour ne pas permettre à la Libye de mettre ses fonds à l’abri dans des banques non US. De toute évidence cette opération « Nuit et brouillard » a été un succès : « Rien ne nous indique qu’on ait essayé de liquider ces dépôts dans les jours qui ont précédé la décision», a déclaré le Secrétaire d’État Cohen.
 
Au cours d’une communication téléphonique établie en urgenceet un dimanche, le Ministère des Finances a informé les institutions concernées des modalités du blocus. Les fonds de Kadhafi ont été transférés sur des comptes bloqués. Les dépôts ne peuvent désormais plus être traités comme de actifs - et les banques perdent des millions d’agios.
 
Le décret présidentiel n° 13566, flanqué de la dernière résolution de l’ONU relative à la Libye, restera en vigueur aussi longtemps que la Maison Blanche le voudra. En gelant ces milliards de dollars, l’administration US s’assure une influence indirecte sur tout successeur potentiel de Kadhafi.
 
Mais l’appétence de la LIA pour Wall Street avait des limites. Par exemple, l’escroc de grande envergure Bernard Madoff, entre temps démasqué, lui avait offert un bon investissement, selon la même dépêche de l’ambassade US en 2010. Mais Layas aurait répondu : « Nous avons décliné l’offre ».




Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.spiegel.de/wirtschaft/unternehmen/0,1518,749363,00.html
Publication date of original article: 07/03/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4176

 

Tags: LibyeUSA KadhafiPétrodollars libyensBankstersObama
 

 
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