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 18/10/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 ABYA YALA 
ABYA YALA / Du Guatemala à la Patagonie : tous les ensevelis ne sont pas sous terre
Date of publication at Tlaxcala: 15/03/2011

Dans le désert d'Atacama, l'épopée des “33” a caché la forêt des ensevelis
Du Guatemala à la Patagonie : tous les ensevelis ne sont pas sous terre

Michel Porcheron

 

Au Chili- personne n’oubliera- les Trente-Trois ont tous été remontés sains et saufs de la mine de cuivre de San José, dans le désert d’Atacama, au terme d’un spectaculaire [1] sauvetage de 69 jours suivi jour après jour par le monde entier. Aucun détail n’a échappé aux 1500 cameramen et journalistes de la presse chilienne et internationale, massés dans le Camp Espoir. Mais tout est bien qui finit bien ? 

 

Certes, l’histoire des Trente-Trois et de tous leurs sauveteurs est écrite en lettres d’or. Pendant 69 jours l’épicentre de l’émotion mondiale, mondialisée, a été le Camp espoir et l’Opération San Lorenzo du nom du saint patron des mineurs. A San José, à quelque 850 km au nord de Santiago du Chili, à 250 km à l’est du port de Caldera et à une heure de route de la ville de Copiapo, située au centre de la région d’Atacama, s’est jouée une incroyable aventure humaine avec happy end. Y compris pour le président médiatique chilien, Sebastian Pinera, qui crédité de 46 % d’opinions favorables avant le 5 août 2010, soit le plus bas niveau pour un président au Chili depuis 20 ans, est remonté, lui, dans les sondages. Comment ne pas exploiter un tel filon politique ? [2]

D’autres incroyables aventures humaines : chaque fois s’affrontent deux rhétoriques inconciliables.
 

Le Chili a offert aux capitaux étrangers la plus grande réserve d’or au monde

Un peu plus au sud du Chili, à 150 km au sud est de Vallenar, d’autres hommes vivent une autre histoire, qui vaut aussi son pesant d’or. L’or vierge, pur, contre l’or bleu : La plus grande multinationale d’exploitation d’or au monde, la Barrick Gold, contre les Indiens de la vallée du Huasco. Une autre incroyable aventure humaine Là le happy end n’est pas garanti.

Ici, dans cette partie de la Cordillère, à la jonction du Chili et de l’Argentine, se trouve la plus grande réserve d'or au monde, objet d'un conflit sans merci, loin des télévisions de la planète y compris celles du Chili du président Sebastian Pinera. [3]

Seule une équipe de la réalisatrice franco-chilienne Carmen Castillo est allé voir et enquêter, pendant quatre ans. En donnant la parole à tous les protagonistes de cette guerre ignorée, dont on entendra parler quand les pelleteuses et les excavatrices commenceront à charger l’or d’une mine à ciel ouvert, qui devrait être creusée à plus de 4500 mètres d’altitude. La compagnie canadienne, fondée par Peter Munk, d’origine hongroise, prévoit là un chantier pharaonique : le Pascua Lama. Carmen Castillo a titré son film-documentaire (90 mn, 2010) « Pour tout l’or des Andes ». [4]

Carmen Castillo

Face à Munk et ses bulldozers géants, que pèseront les paysans andins, dont la seule richesse est la culture de vergers irrigués jusqu’ici par l’eau des glaciers ? Car la Barrick Gold est même décidée à faire sauter à son profit les énormes glaciers proches du Pascua Lama…

L'extraction de l’or nécessitant le recours à l'eau en très grandes quantités et occasionnant le rejet de nombreuses matières toxiques type métaux lourds (cyanure, mercure, arsenic, etc.), les terres et les eaux des agriculteurs sont menacées de pollutions irréversibles. La plupart des Indiens ont décidé de résister, d’autres, moins nombreux, ne veulent voir dans Pascua Lama qu’une source d’emplois et de développements pour la région, selon les promesses de Peter Munk.

« Ce docu­mentaire a le mérite de confronter deux rhétoriques. Chacune exprime des intérêts matériels bien réels et irréconciliables. Et c'est le nœud du drame ! » considère Bruno Birolli (BB) de TéléObs, supplément de l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur.

« Pour défendre leurs champs, les Indiens ont-ils le droit de bloquer ce projet pharaonique ?

Pour tenter de sortir de leur pauvreté, les autochtones doivent-ils accepter un emploi dans la mine, potentiellement dévastatrice pour l'environnement ?

Au nom de la soi-disant rationalité économique, Munk peut-il effacer d'un trait un mode de vie ? Il parle comme on discourt à Davos. S'il prétend connaître la vérité, ce n'est que celle des multinationales. » (BB)

Carmen Castillo filme Peter Munk comme il est : cynique, quand il déplore que « ceux qui mouillent leurs chemises » pour créer des emplois ne reçoivent que des critiques de ces « foutus universitaires » [nda : c'est-à-dire les opposants] ou quand il affirme qu'il n'y a pas de free lunch, qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs ! « En somme, il y a toujours des perdants, et ce sont les paysans de la vallée. Et des gagnants » (B.B) Soit le pays tout entier, selon le cynique Peter Munk.
 


A travers l'or de Pascua Lama, c'est une histoire universelle que raconte Carmen Castillo. Pour Virginie Félix (Télérama) « s’y entrechoquent, dans une complexité très moderne, enjeux économiques et écologiques, respect des traditions et course inéluctable du progrès ». Carmen Castillo [5], « femme d'engagement soucieuse d'échapper au simplisme, se livre à une enquête fouillée, en prenant soin de donner la parole à tous les acteurs de l'histoire ».

« Elle ne craint pas de mettre en scène ses propres vacillements, d'interroger à haute voix ses doutes. Elle fore et creuse son sujet, jusqu'aux racines du modèle économique chilien, ce « laboratoire du néolibéralisme » qui, au nom de la croissance, a offert aux capitaux étrangers les ressources naturelles du pays sans contrepartie financière.

Carmen Castillo raconte ainsi l'histoire de cette "guerre" entre une multinationale canadienne pour qui le progrès, inexorable, est seule source de richesse, et des paysans entretenant un rapport sacré à la terre, mais partagés entre la peur de cette machine sans visage ni scrupules et le besoin de travailler. Ensevelis déjà sous des aconcaguas d’indifférence, les Indiens de la Vallée du Huasco auront le choix entre le déplacement forcé, la mort lente par contaminations et un travail de tous les dangers y compris les éboulements. Ce jour là, les télévisions du monde entier reviendront. On ne sait jamais, et si cette fois 34 ensevelis revoyaient la lumière…

"Nostalgia de la Luz" (Nostalgie de la lumière), film long métrage du Chilien Patricio Guzmán

Dans ce même désert d’Atacama, à trois mille mètres d'altitude, les astronomes venus du monde entier sont réunis 24 heures sur 24 heures pour observer les étoiles. C'est leur travail. Le ciel d’Atacama est particulièrement propice pour leurs recherches. Au même endroit, mais au sol, la sécheresse de la terre d’Atacama est réputée pour conserver intacts les restes humains : plus ou moins dans l’ordre, ceux des momies, cadavres d’Indiens qui ont habité la région au temps des civilisations précolombiennes, des explorateurs et des mineurs du XIXe siècle, mais aussi les ossements des prisonniers politiques de la dictature d’Augusto Pinochet.

D’un côté, les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d'une probable vie extraterrestre, de l’autre, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, fouillent le sol, à la recherche de leurs parents « disparus. ».

Patricio Guzman

Le film de Patricio Guzman « Nostalgie de la lumière » [6] ilustre un terrible paradoxe. Dans cette partie du désert ocre d’Atacama, on en sait beaucoup plus sur l’Univers et ses 13,7 milliards d'années que sur les centaines de Chiliens et Chiliennes portés « disparus » sous la dictature d’Augusto Pinochet dont la nuit aura duré 15 ans (1973-1989).

A 3000 mètres d’altitude, grâce au plus grand observatoire au monde, les plus grands professionnels de l’astronomie, visent en permanence un ciel pur et transparent.

3000 mètres plus bas, des femmes plus très jeunes, pelle à la main, continuent depuis 28 ans de creuser la terre, à la recherche du moindre reste humain, qui appartiendrait à un membre « desaparecido » de leurs familles, en réalité assassiné dans les camps d’internement proches, puis à peine enfoui dans les sables devenus charniers. Dans le désert, la junte militaire avait installé un camp de concentration, à Chacabuco. Elle y enterrait des cadavres. Il existe au moins un charnier avéré, entre 400 et 500 corps ensevelis près de Calama, puis exhumés au bulldozer par les militaires pour être jetés dans la mer, ou ailleurs. Des pelles métalliques ont laissé sur place des restes, pieds ou débris de crânes, dont certains ont été identifiés vingt ans plus tard.

« J'aimerais que ces appareils, qui scrutent notre lointain passé, balaient aussi le désert pour y retrouver les corps », déclare une femme. Un peu plus loin, des archéologues font leur travail traditionnel d’archéologues.

Affiche version française

« Avec douceur et sensibilité, le réalisateur est allé à la rencontre de ceux qui ont la tête dans les étoiles et qui n'ont jamais vécu cette terrible époque, et de celles qui ont les pieds sur terre et qui ne peuvent plus oublier ces années noires. Ensemble, ils parlent de la mémoire, de sa force et des plaies qu'elle empêche de se refermer », a écrit ce critique français pour qui Nostalgie de la lumière « se pose en « piqûre de rappel, en vertige cosmogonique et en documentaire très émouvant. Tout ça à la fois, oui ».

Pour le quotidien Le Monde, le film de Guzman est «un chef-d’œuvre à la sérénité cosmique(…) Il n'est pas seulement le chef-d’œuvre de Guzman, il est un des plus beaux essais cinématographiques qu'on a vus depuis longtemps ». Le génie de Patricio Guzman a été de mettre en relation toutes ces recherches et leurs protagonistes, Gaspar l'astronome, Lautaro l'archéologue et les veuves Victoria et Violeta.

D’où dit Jacques Mandelbaum, « une science insolite du montage, une magie de l'association entre les choses et les êtres, un art de mettre au jour des connexions insoupçonnées ». Le film montre d’autres personnages forts, comme Luis, qui fut détenu dans une prison où il eu l’occasion de découvrir l'astronomie qui lui permit de survivre ou comme Valentina, jeune astronome, dont le père et la mère furent assassinés. « Il aura fallu à Patricio Guzman quarante ans de lutte pied à pied, de mémoire à vif et de souffrance intime, pour aboutir à cette œuvre d'une sérénité cosmique, d'une lumineuse intelligence, d'une sensibilité à faire fendre les pierres (…) . Une leçon de vie. Silence et respect ».

Pour l’hebdomadaire Le Point , « depuis son exil en 1973 Patricio Guzman ne cesse de confronter son pays à son passé. Jamais il ne l’a fait avec une telle sensibilité et une telle élévation d’âme ».

« Reliant ciel et terre, métaphysique et politique, histoire et géographie, intime et collectif, Guzmán invente le documentaire méditatif, dont la beauté surgit d’un agencement d’idées, d’images et de sons absolument inclassable » (Les Inrockuptibles).

Pour le quotidien Libération (René Solis), « le calme du film et la beauté de ses images fonctionnent alors comme un antidote au déferlement d’émotion. Nostalgie de la lumière permet sans doute aussi de mieux comprendre un événement récent : le sauvetage des mineurs de San José, toujours dans le désert d’Atacama. Comme si derrière cette histoire de vivants arrachés des entrailles de la terre - et la mise en scène exacerbée de la solidarité et de la compassion sous les caméras du monde entier -, affleurait la mauvaise conscience pour tous les morts sans sépulture ».

Simple coïncidence : au moment où 33 Chiliens sortent intacts et indemnes d’une nuit de 69 x 24 soit 1656 heures, Patricio Guzman rappelle que des centaines d’autres Chiliens et Chiliennes resteront toujours ensevelis pour une nuit sans fin. [7]

Plus au sud dans le continent un autre « conte » du néolibéralisme

« Patagonie, les couleurs de la discorde » Documentaire de José Maldavsky (France, 2010). 52 mn. Inédit. [8]

Plus au sud du continent latino-américain, un autre « conte » dit communément néolibéral, réunit dans un face à face désormais monnaie courante, une communauté aborigène et les « lois » du commerce mondialisé.

Encore deux rhétoriques, les mêmes, toujours inconciliables.

Cette fois c’est le réalisateur José Maldavsky qui en 52 minutes « met en scène »  le conflit qui oppose Luciano Benetton, qu’on ne présente plus et des Indiens de Patagonie argentine, représentés par les époux Mapuche, Curiñanco, Atilio, 52 ans et sa femme Rosa Nahuelquir. En langue mapuche, ils ont pour nom, « L’Aigle noir au ventre blanc » et « La Tigresse qui est sortie ».
 

Photo Diego Guidice

Benetton, la firme italienne de Trévise, le plus grand propriétaire terrien d’Argentine, avait acquis en 1991 un million d’hectares patagoniennes, achetés plus de 50 millions de dollars, au gouvernement argentin à l’époque de l’hyper-libéral président Carlos Menem (1900-1999). Un dixième de la laine utilisée par United Colors provient d’immenses troupeaux de moutons – 250.000 et 16.000 vaches-- paissant sur cette « propriété » du milliardaire italien. Leur laine -1000 tonnes par an- sera utilisée pour fabriquer, en Tunisie et en Roumanie, les produits United Colors vendus dans 120 pays. [9]

Or le 23 août 2002, pour être précis, les Mapuche (« Gens de la terre ») revendiquent un confetti de 525 (« Santa Rosa de Leleque, territoire Mapuche récupéré »), de ce million d’hectares, sur lesquels ils décident de revenir vivre et travailler. Sur leur terre. La terre de leurs ancêtres depuis toujours [10]. « Avec une conviction communicative, le réalisateur José Maldavsky retrace l'audacieuse lutte de cette communauté contre le géant du textile, insensible aux ar­guments culturels avancés par les avocats des Mapuche. Porté par une grande sincérité, Pata­gonie, les couleurs de la discorde tient à la fois du film militant et du conte moral, qui se déroule sur fond de mondialisation. Là résident la force et le vif intérêt de ce documentaire », a souligné François Ekchajzer. (Télérama)

Que pourront faire les modestes Curiñanco face aux bulldozers du magnat du textile pour qui, dans un monde mondialisé, la propriété physique doit appartenir à celui qui peut la faire prospérer avec compétence et travail, tout en favorisant la croissance et le bien-être d’autrui (sic) ?

Une fois de plus, comme le montre José Maldavsky, le dialogue n’existera pas, il ne sera même pas un dialogue de sourds. Luciano Benetton aura seul la parole.

Mais ce David contre Goliath est suivi de près par les médias argentins.

« Comme toujours on s'est mis au travail. On a bâti une étable, on a nettoyé le sol pour faire un potager. On ne craignait pas qu'ils viennent nous expulser. Et pourtant c'est arrivé... » Les Benetton, en effet, n'ont pas accepté la présence de ces « intrus » sur leur domaine. Ils ne veulent pas dialoguer, ils ont fait jouer l’artillerie lourde judiciaire, convoquer des juges, des avocats et multiplier les sommations.

Mais les Benetton, s’ils maîtrisent et contrôlent leurs propres lois, semble ignorer certaines lois nationales argentines. Depuis 1994, la Constitution du pays protège en partie les droits des aborigènes. Et depuis 2000, l’Argentine a adhéré à une convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) accordant aux Indiens le droit de se regrouper en communautés juridiques et d'être consultés sur toute activité productive menée sur leur territoire.

Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix 1980, explique: « Mapuch signifie " les gens de la terre". Si on arrache leur terre aux communautés indigènes, on les tue. Ils ont besoin d'être en communion avec elle. Pour le système capitaliste, en revanche, la terre est un objet qu'on achète et qu'on vend. C'est une différence fondamentale de conception de la vie. Et c'est ce que Benetton ne peut pas comprendre. »

«Je dis que ces valeurs ne peuvent pas être utilisées pour violer le droit de propriété », a plaidé l'avocat des Benetton qui veut oublier que les Mapuches vivent ici depuis treize mille ans.

Adolfo Pérez Esquivel: « On a changé de conquistadors. Il y a eu les Espagnols, puis les Anglais, à présent ce sont les multinationales... »

Avec ce qui va avec. Pots-de –vin, dessous-de-table, combines et corruption. « L'entreprise contrôle la région bien davantage que l'Etat lui-même ! » affirment les Mapuche dont une délégation s’est rendue en Italie pour rencontrer Luciano Benetton.

« Nous lui avons expliqué l'importance de ce lieu pour nous. Il nous a dit qu'il ne comprenait rien, que c'était un caprice de vouloir revenir ici ! Il a dit qu'il allait régler l'affaire, que ce serait fait dans le mois. Et il a tout embrouillé ! »

Les Mapuches affirment qu'ils ne partiront jamais. « On veut bien les croire. Leur sincérité, leur foi en leur cause, cet élan vital qui les anime semblent inébranlables. C'est un film grave et beau, d'une vérité et d'une profondeur rares. Son auteur, José Maldavsky, a mené une enquête remar­quable. C'eût pu être un brûlot ; son ton mesuré donne toute sa force à ce document qui nous incite à la réflexion sur les droits des minorités et sur une autre manière de concevoir le monde et son développement durable ». ( Richard Cannavo, TéléObs)

Le journaliste français Olivier Ubertalli (O.U) a signé pour l’hebdomadaire « Le Point » (10 février 2011) un reportage où il est parti à la rencontre du couple Curiñanco « sans le sou » dans leur « baraque de glaise et de tôle » et d’Argentins, (très) concernés par la présence de la multinationale. Son titre « Les Indiens Mapuche contre l’Empire Benetton ».

« Dans cette sorte de Far West argentin, domaine public et propriété privée se confondent sous le regard bienveillant des politiques locaux ». Ubertalli cite la construction d’un commissariat de Police, à moins de 10 km du terrain récupéré par le couple Mapuche. A El Maiten (4000 habitants), le maire, péroniste, Juan Manuel Cociolo déclare que « Benetton est un acteur indispensable et primordial pour la vie du village ». Le gouverneur de la région, Mario das Neves qui « durant son mandat a redynamisé la région de Chubut en stimulant les investissements privés, et pas seulement ceux des Benetton » est très clair : « Je n’ai absolument rien contre les Benettonrien. J’ai souvent célébré leurs investissements ». Avec ce « modèle Chubut », Mario das Neves sera candidat à la présidentielle de 2011.

Selon l’envoyé spécial du Point, pour les attachés de communication des Benetton, des Argentins, « il s’agit d’un investissement productif. Mais nous ne sommes qu’une victime de plus dans cette affaire ». « Une victime... Exagéré ?  » interroge le journaliste français. « Pas tant que cela. L’aventure argentine depuis des années tourne au cauchemar pour les Benetton, qui supportent mal qu’on ternisse leur image ».

Ce fut Adolfo Perez Esquivel qui porta le coup le plus fort contre les Benetton. En 2004, il publia dans la Repubblica un texte où il écrivait notamment : « Je vous avoue ma consternation et ma douleur en découvrant que, comme entrepreneur de notoriété internationale, vous vous êtes servi de votre argent et de la complicité d’un juge sans scrupules pour retirer des terres à une humble famille de Mapuche »…

Photo du dessus : Atilio et Rosa

Cette affaire n’est qu’un exemple de « la lutte pour la terre, sujet ultrasensible en Argentine » (O.U). Fernando Kosovsky, qui défend Atilio et Rosa, cite le cas du GAJAT (Groupe d’aide juridique pour l’accès à la terre) où « les plaintes vont d’un refus de connexion au réseau électrique à la réclamation d’un terrain ancestral dont on les a expulsés »

Il sort « l’artillerie lourde » écrit Ubertalli à propos des Benetton. « Il s’agit dit, l’avocat, d’un véritable génocide économique. Les Benetton spolient les Mapuche de la même manière que les entreprises allemandes les juifs durant la Seconde Guerre mondiale » Trop énorme ? Probablement oui.

Pour le spécialiste Gonzalo Sanchez, auteur du livre «La Pata­gonia vendida » (« La Patagonie vendue », éditions Marea), cité par Le Point, «le conflit Benetton symbolise tous ceux qui op­posent les peuples indigènes aux grands propriétaires qui décident d'entourer de barbelés des terrains considérés par les Indiens comme communautaires ».

«Ils peuvent clôturer l'espace, mais pas les ondes radio» commente pour ses auditeurs, au micro de la petite radio FM Petü Mogelein, aux murs ornés du drapeau jaune, blanc et bleu des Mapuche, Mauro Millan, le porte-pa­role des Mapuche.

De la Patagonie argentine on remonte jusqu’à la Vallée colombienne de Muzo, au nord de Bogota

Ici, l’exploitation c’est celle de « la verte », l’émeraude, totalement contrôlée par une entreprise multinationale. Or la Colombie est le plus gros producteur mondial d’émeraude. Là encore les autorités nationales ont accordé toutes les dispositions pour que la multinationale fonctionne le mieux possible, en toute légalité, bénéficiant de toutes les protections…. Avec tous les outils modernes appropriés (le marteau piqueur a remplacé la dynamite, la feuille de paye le « gun » et les ouvriers mondialisés les aventuriers) et toutes les contreparties financières qui en découlent. En toute légalité. Tant de profits pour la multinationale, tant pour l’Etat colombien, tant pour les esmeralderos, et des miettes pour ceux qu’on appelle les guaqueros.

La compa­gnie américaine vient de rache­ter la mine Muzo au «tsar des éme­raudes », Don Victor, alias Victor Carranza, qui a fait son temps et sa fortune sur le dos des « esmeralderos ».

Une équipe de reporters de Paris-Match (texte de Pierre Delannoy, photos de Serge Sibert) a démontré comment une énorme exploitation sauvage s’est transformée en une gigantesque société « clean » ayant pignon sur rue, respectant toutes les lois, du marché, du travail, de la protection de l’ouvrier. « Des salaires décents, des conditions de sécurité optimisées, un système de santé efficace, c'est la politique de Muzo International », écrit Pierre Delannoy.

Un concept nouveau dans cette jungle de montagne.

Gilles Haumont, le directeur de la diffusion de Muzo International, parle même d'« éthique de la filière émeraude. Nos trois piliers essentiels sont la traçabilité des gemmes de la mine jusqu'au consommateur, l'amélioration des conditions de travail et le respect de l'environnement. Nous avons fermé toutes les mines à ciel ouvert. »

« Des entrailles de la terre, à 150 mètres sous terre, aux joailliers les plus prestigieux du monde, en passant par les banques de Bogota, la route des émeraudes colombiennes a été sécurisée au maximum (…) L'exploitation de la mine de Muzo obéit aux critères internationaux les plus stricts. Le temps de la légende est mort, l'émeraude de Colombie est entrée dans celui du marché », écrit Delannoy (P.D).

L'ordre règne désormais dans les petits villages de la vallée de Muzo, dans le département du Boyaca. Les vigiles de la Muzo International, la nouvelle société propriétaire des lieux (plus de 200 hectares), sont omniprésents.

« Longtemps, selon Paris-Match, le commerce de la «verde» a été aux mains des barons de la «blanche», la cocaïne. Avec l'appui tantôt des gué­rilleros, tantôt des paramilitaires. Des fortunes démentes se sont faites et défaites à grand renfort de règlements de comptes sanglants. Dans les années 90 et 2000, la «guerre de la verde » s'est soldée par des milliers de morts. Don Victor a survécu à deux attentats. Le dernier, en mars 2010, était carrément à la roquette ! Le vieux lion, qui avait commencé tout en bas de l'échelle comme «guaquero », littéralement «pilleur de tombes », s'est décidé à temps à passer la main. La légende et son cortège de morts et de nuits d'ivresse foutent le camp. Place à la modernité » (P.D.)

Donc tout est bien qui finit bien ? Pas exactement. Il fallait bien une petite ombre au tableau de cette rénovation du site minier de Muzo. On les appelle les «guaqueros». C'est le petit peuple des chercheurs d'or vert. Un tamis et une batée à la main, ils pataugent dans le lit boueux du rio Minero.

 « Guaqueros » rappelle Pierre Delannoy, ce sont les pionniers de la «fièvre verte». Il y a un quart de siècle, ils étaient des dizaines de milliers à tenter leur chance sur des terrasses à ciel libre, ouvertes dans les berges du rio. A mesure que l'extraction des émeraudes est devenue souterraine ils ont disparu. Dans les trois villages de Mata de Cafe, Coscuez et Otanche, on ne dénombrerait plus que 5000 familles environ.

Restent ce que Pierre Delannoy appellent les irréductibles: Ernesto, une trogne de soudard et les yeux jaunes, a trouvé en 1998 une émeraude qu'il a vendue 25 000 dollars. Rodrigo s’est offert, en 1992, une petite ferme avec les 30 000 dollars d'une belle pierre. Mais rien à faire, l'appel de la «verde» est trop fort, il patauge à nouveau dans la gadoue. Mais pas question qu'il aille travailler à la mine.

«Ici, quand je trouve une émeraude, elle est à moi. Là-bas, de l'autre côté des barbelés, sous terre, elle est pour "eux". » Le rio Minero est de plus avare de ses «larmes», et les «guaqueros» vivent essentiellement des résidus rejetés par la mine.

La Muzo a tout prévu, dans sa grande bonté, jusqu’à organiser elle-même le travail des guaqueros : ré­gulièrement, raconte Paris-Match, les gardes armés de la compagnie ouvrent les grilles pour laisser passer des bulldozers qui repoussent devant eux, des tonnes de « material», la roche-mère qui contient les fameuses pierres. Certaines ont pu échapper aux triages successifs.

Un jour, la rumeur a enflé sous les toits de tôle des baraques en planches de Mata de Cafe. Muzo International aurait extrait des quantités record de «verde». « Les damnés de la vallée des émeraudes veulent leur part du festin ». A l'aube, pelle sur l'épaule, ils prennent le chemin de la mine.

Au même moment, poursuit Pierre Delannoy, dans le réfectoire de la compagnie minière, Ricardo Espi­nosa, directeur du gisement, donne ses consignes à Fernando Guerrero, chef de la sécurité du site, revolver rutilant à la ceinture. «Les "guaque­ros" vont affluer. Renforcez la sécu­rité et donnez-leur le maximum de déchets.»

Laisser un minimum d'es­poir aux «guaqueros » est l'une des priorités de Muzo International. Quand les «pilleurs de tombes» arrivent, une montagne de caillasses et de boue les attend. Quand « la suerte » est au rendez-vous, les morceaux de «verte » « disparaissent sous les langues, la meilleure cachette ».

Ailleurs, près de là, rapporte Paris-Match, dans les mines d'or d'Equateur, au sud de la Colombie, quand les mineurs balancent aux pauvres des pleins wagonnets de déchets de terre aurifère, les gardes enfouraillés hurlent à l'attention de la foule: «C'est à vous. C'est la "puta" ! Profitez-en. »

La Muzo n’ignore rien du réseau des guaqueros. Dont les intermédiaires s’appellent les « planteros ». Personnel ou collectif. Lesquels vendent leur verde aux grossistes de Bogota lesquels la revendront à des courtiers spécialisés.
 


La Pachamama, déesse amérindienne de la terre, est très sollicitée.

Au Pérou, à Olmos, on creuse un des tunnels les plus profonds au monde, sous la Cordillère, un tunnel à hauts risques, de dérivation des eaux de la rivière Huancabamba qui seront retenues dans un lac artificiel et par un barrage. C’est que la Cordillère bloque les pluies : sècheresse à l’est du pays, inondations à l’ouest. Si ce projet réussit deux tiers des terres de l’est deviendront cultivables et 100.000 emplois pourraient être créés.

Toutefois, les dangers rencontrés par les ouvriers sont multiples : tremblements de terre, glissements de terrain, sécurité insuffisante, délais des travaux.

Un documentaire « Un barrage au cœur des Andes » (44 mn) écrit et réalisé par Sivan A. Ilamathi fait l’inventaire –technique et humain- de cette construction, parmi les plus impressionnantes de la planète. Tout est prévu. Du matériel le plus sophistiqué au pourcentage scientifique de mineurs qui ne seront plus là lors des cérémonies officielles d’inauguration.

Le Business de l'or au Guatemala : chronique d'un conflit annoncé

Au Guatemala, 14 ans après la fin officielle de la guerre civile, officiellement signée, les oligarques au pouvoir ont vendu les richesses du sous-sol au secteur privé national et aux entreprises internationales. En toute légalité : la loi minière de 1997 les autorise à exploiter à leur profit le sous sol, en reversant un pour cent des bénéfices à l’Etat. La « paix » dans le pays – plus violent encore que lors de la guerre civile- est celle d’un pays du libre-échange et de l’arrivée massive des capitaux étrangers.

Les deux cent mille morts et disparus du conflit armé (la plupart des Mayas) n’avaient pas combattu pour que grâce à trois cents concessions (2001) des sociétés privées, exploitent les richesses minières, essentiellement sur des territoires habités par des populations indigènes. Le film (54 mn) de Gustavo Zaracho Le Business de l'or retrace une lutte contre la colonisation et la spoliation : celle de la communauté de San Miguel Ixtaguacan face au colosse canadien Goldcorp [11].

Notes

  1. Délivrance, joie, fin du calvaire, déclarations répétées (l’opération de sauvetage est "sans précédent dans l'histoire de l'humanité", a dit le président Pinera), images bouleversantes des « miraculés ». Le sauvetage, rappelle—on, a été suivi en continu notamment par CNN International et BBC World en GB, par iTélé et BFM en France, Euronews en Europe et les principales chaînes japonaises. Ces TV ont captivé des millions de gens dans le monde. Même les télés chinoises étaient sur place.

    Sociologue à l'Université catholique, René Rios faisait part de ses craintes face à cette gloire éphémère : "Les médias vont les oppresser. Nombre d'entre eux se verront bombardés d'offres de télévision, pourraient même y faire carrière. Mais cela va durer quelques mois. En mars, ce sera déjà un souvenir."

    Dans son épicerie à Copiapo, Patricia Robles a souligné que l'odyssée des "33" ne fasse oublier "d'autres drames, comme celui des centaines de sinistrés du tremblement de terre qui sont toujours sans abri. Ou celui des Indiens Mapuches qui réclament les terres de leurs ancêtres, expropriés par la dictature de Pinochet".

  2. Un film de fiction (87 mn) de l’Espagnol Antonio Recio, immortalisant leur épopée, « Atacama’s 33 » a été projeté (le vendredi 11 janvier 2011) à la Berlinale, le marché européen du film. Un record, il a été réalisé en moins de quatre mois (distribué par America Video Films, Argentine). Consulter http://atacamas33.com/-

  3. M. Sebastian Piñera –qui gouverne aujourd’hui avec l’extrême droite, après avoir été élu aussi par les pinochetistes- a su parfaitement tirer profit de l’heureux dénouement à San José, comme il sut le faire dès le lendemain du putsch d’Augusto Pinochet le 11 septembre 1973, date à partir de laquelle il bâtit une fortune qui lui permet aujourd’hui de figurer dans le gotha des 100 plus grandes fortunes du monde.

  4. Réalisation : Carmen Castillo • Montage : Eva Feigeles-Aimé • Photographie : Ned Burgess • Vina Bernfeld • Son :Laurent Rodriguez • Coproduction : ARTE France • EX NIHILO

  5. Virginie Félix a rencontré cette ancienne militante chilienne du MIR, exilée en France à la fin des années 1970 après avoir vécu l'horreur et la défaite de ses idéaux, laminés par la dictature de Pinochet. Pour elle, «  il y a, encore et toujours, mille raisons de s'engager ». Veuve de Miguel Enriquez (mars 1944 – 5 octobre 1974) elle évoque pour la journaliste française ses derniers combats avec une « ardeur que ni les années ni les drames ne semblent pouvoir éteindre ».

    Carmen Castillo est une mili­tante « sans nostalgie, qui cherche et s'interroge ». Si elle résiste, c'est aussi « au simplisme » à « la dénonciation facile », parce que les faits sont toujours compliqués ». Ces dernières années elle a trouvé une aide précieuse dans l’idée de « l’écologie socialiste » vue par Daniel Bensaïd, théoricien français de la gauche radicale, dans les réflexions du philosophe John Berger et les poèmes du palestinien Mahmoud Darwich. « Les Indiens des Andes sont comme les Palestiniens : dans la posture du désespoir invin­cible », explique-t-elle.

    Carmen Castillo qui, dès ses débuts de réalisatrice, a eu à son actif diverses œuvres majeures , comme La Flaca Alejandra (1994) , La véridique légende du Sud-Comandante Marcos (1995) ou Inca de Oro (1996) puis plus tard Calle Santa Fe (2007) , se rendra pour son prochain film en Bolivie pour y examiner l’expérience politique inédite du président Evo Morales.

  6. « Nostalgie de la lumière » - Scénario : Patricio Guzmán • Photographie : Katell Djian • Stéphane Guisard. Montage Patricio Guzmán • Emmanuelle Joly • Ewa Lankiewicz • Son Freddy Gonzalez Jacques Quinet • Musique Miranda & Tobar • Production Atacama Productions - Bande-son 2mn 05 sur (notamment) : http://www.lexpress.fr/culture/cinema/nostalgie-de-la-lumiere-bande-annonce_930882.html

  7. Patricio Guzmán, un des plus grands réalisateurs de documentaires, est né en 1941 à Santiago et a fait des études de cinéma à Madrid, Après le coup d'état du général Pinochet, emprisonné il parvient à s’exiler et s'installe à Cuba puis en Europe. Entre 1973 et 1979, il réalise La Bataille du Chili, une trilogie sur le gouvernement de Salvador Allende et plus récem­ment Le cas Pinochet (2001) et Salvador Allende (2004). CONTACT : distribution@pyramidefilms.comwww.pyramidefilms.com

  8. "Patagonie, les couleurs de la discorde". Documentaire de José Maldavsky (France, 2010). 52 mn. Inédit. Production : ETHAN PRODUCTIONS, LA REALIDAD, MOROCHA FILMS

  9. Mais pour les Benetton, ce n’est pas la laine qui fait leur bas du même nom. La culture de céréales dans la province de Buenos Aires, et la production de bois, des pins à bois lourd dans la province de Chubut, constituent les objectifs majeurs. Dans le Chubut, les Benetton de « United Colors of Benetton », possèdent deux estancias, Leleque et El Maiten sur 340.000 hectares. Le groupe français Chargeurs est loin devant Benetton dans la production de laine.

  10. Aux XIXe siècle, alors que la Patagonie figure en dehors des limites du pays, le président Julio Ar­gentino Roca lance la «campagne du dé­sert ». Euphémisme pour évoquer une conquête militaire visant à soumettre et exterminer les peu­ples indigènes. Parmi eux, les Mapuches. Ils ont la résistance dans le sang. Les Es­pagnols le savent bien: ils n'ont pas réussi à les vaincre. Aujourd'hui, il reste environ 75 000 Ma­puches sur 4o mil­lions d'Argentins.

  11. Le film (54 mn) de Gustavo Zaracho Le Business de l'or est disponible en DVD, 15 euros. Le film est produit par le Collectif Guatemala qui en assure la diffusion (ajoutez 3 euros de frais de port) : 21 ter, rue Voltaire, 750 1 1 Paris, 01-43-73-49-60 ou collectifguatemala@gmail.com.

 





Courtesy of Michel Porcheron
Publication date of original article: 31/01/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=4166

 

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