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 24/11/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / L'Italie face à l'insurrection méditerranéenne : le pays provincial que nous sommes devenus
Date of publication at Tlaxcala: 01/02/2011
Original: L'Italia di fronte all'insurrezione mediterranea: Il Paese provinciale che siamo diventati

“Berluska dégage!”
L'Italie face à l'insurrection méditerranéenne : le pays provincial que nous sommes devenus

Annamaria Rivera

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

“Je veux participer à la manifestation, même si ça sera la dernière chose que je ferai dans ma vie”. Ce sont les mots d'un Égyptien de 90 ans, recueillis par l’envoyée spéciale de Libération, Élodie Auffray, recueillies lors de la grande manifestation du 28 janvier au Caire, comme toujours violemment réprimée.

Ce serait beau de trouver un nonagénaire italien (un quidam, pas un ancien partisan) qui, empoignant une pancarte "Berluska dégage!", n’aurait qu’une hâte : rejoindre un défilé de protestation. Nous pourrions mourir heureux.
 
Malheureusement, il ne semble pas qu'il y ait en Italie de vieillards prêts à défier balles et gaz lacrymogènes pour chasser le despote médiocre et dépravé. Même les jeunes qui, le 14 décembre dernier, avaient chamboulé la bonne ville de Rome “avec leur colère” semblent peu sensibles face au grand bouleversement politique qui secoue la zone méditerranéenne et au-delà : de la Tunisie à l'Égypte, de l'Algérie au Yémen, de la Jordanie à l’Albanie.
 
Et pourtant, ils partagent avec leurs frères d’âge en révolte non seulement "la colère", mais aussi la condition sociale : force de travail instruite, déclassée, humiliée, destinée à la précarité ou au chômage.
 
Descendre dans la rue, peut-être appeler à une grève générale en solidarité avec le grand soulèvement populaire qui serpente dans la zone sud-est du Mare Nostrum voudrait dire, ici et maintenant, saisir l'occasion historique de renouer les liens, ignorés, oubliés ou coupés, qui lient notre sort à celui des autres pays méditerranéens.
 

 
 

Cela signifierait, dans le même temps, défier notre régime, “équivalent fonctionnel et postmoderne du fascisme” (cette belle formule synthétique est  de Paolo Flores d'Arcais): pas très différent, sinon dans la forme, les régimes qui sont en train de s’effondrer ou de vaciller, sous les coups des grands soulèvements populaires.
 
Bien sûr, chez nous, la confiscation de la démocratie, les méthodes de la pègre comme système de gouvernement, en particulier l'appareil de propagande ont pris des formes plus indirectes et subtiles. Mais peut-être ces formes sont-elles plus envahissantes que celles d'un Ben Ali ou d’un Moubarak, vu qu’elles ont réussi à brouiller la conscience collective du pays, à en pervertir l'imaginaire et la vie sociale, à en annuler la capacité de désirer et donc de combattre.
 
Comme dans tous les systèmes à tendances totalitaires, ces formes de propagande ont diffusé une sorte de novlangue orwellienne, de laquelle participe la tendance, également présente à gauche, à percevoir et à classer tout ce qui concerne les autres, surtout les voisins de l'autre rive de la Méditerranée selon des clichés et des lieux communs.
 
Parmi ceux-ci, le mot-clé - utilisé même par certains spécialistes -, est «islamique», qui permet de fourrer dans le même sac les gens de foi ou simplement de culture musulmane, avec les islamistes, les djihadistes, les terroristes...
 
Et l'icône, c’est le " voile ", qui permet d'attribuer à aux autres le monopole de l'assujettissement des femmes et de l’oppression de genre. Alors que les “islamiques” défient, avec courage et dignité des régimes de terreur qui semblaient inébranlables et leurs féroces appareils de répression ; alors que ce qu’ils demandent, c’est la démocratie et la participation, la justice sociale et l'égalité, la liberté et le respect ; alors qu'ils s'approprient la rhétorique que nous avons oubliée, le pays provincial que nous sommes devenus ne sait pas quoi dire.
 
Même une certaine gauche écarquille les yeux face des événements qu’elle n'avait même pas imaginé, digne en cela d'autres gauches “réformistes” en Europe: il suffit de dire que c’est seulement il ya quelques jours, après la fuite de Ben Ali, que le RCD, son parti, a été expulsé de l'Internationale socialiste.
 
Certaines de nos féministes se livrent aussi à des bafouillements ; elles sont certes eurocentriques, mais pas au point d’avoir appris d’autres pays européens à user les mots corrects et à éviter les clichés : leurs misérables préjugés sont mis à mal par les images des révoltes, qui, en Tunisie comme en  Égypte, montrent des femmes de tous âges à la tête, couverte d'un hijab, de manifestations.
 

 Que  “notre” ineffable ministre des Affaires  étrangères tombe des nues ou profère des non-sens était prévisible. Ce qui est moins évident, c’est qu’il ait fallu quelques semaines à certains journaux italiens pour donner aux événements l'importance qu'ils méritaient. Pendant plusieurs jours, ceux qui voulaient s’informer d’une manière digne ont du recourir aux télévisions arabes et aux journaux anglais, américains et surtout français, en premier lieu Libération et Le Monde, qui une fois de plus nous enseignent ce qu'il faut entendre par information. Et l’excuse, qui nous vient souvent opposée - l’intérêt français envers les anciennes colonies françaises -, ne vaut pas ici : ces deux quotidiens ont accordé le même espace et traitement à la révolte égyptienne qu’à la révolution tunisienne.

Même si nous continuons à l’espérer, il est douteux que dans un pays devenu si provincial et inculte, on soit en mesure de percevoir la dimension d’évènement historique de l'insurrection méditerranéenne. Mais nous nous obstinerons à répéter, au moins pour notre faible lectorat : quelle que soit leur issue, les mouvements populaires des autres ont infligé un sacré coup à la realpolitik myope, nourrie de racisme postcolonial, qui a poussé à utiliser des régimes tyranniques et corrompus comme chiens de garde de l’Europe-forteresse, come digues contre le soi-disant raz-de-marée de l’islamisme politique, comme associés mineurs et méprisés dans des affaires plus ou moins licites. Quelle que soit l’issue, les équilibres postcoloniaux ont été rompus, donc plus rien ne sera comme avant, même pour ce pays marginal qu’est devenue l’Italie.
 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://liberazione.it/news-file/Il-Paese-provinciale-che-siamo-diventati---LIBERAZIONE-IT.htm
Publication date of original article: 01/02/2011
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=3653

 

Tags: ItalieTunisieÉgypteInsurrectionProvincialismeIslamFranceFemmesBen AliBerlusconiMoubarak
 

 
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