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 03/03/2021 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 AFRICA 
AFRICA / La myopie politique de l'Espagne au Sahara et l’émergence du Front POLISARIO
Réponse à quelques affirmations infondées
Date of publication at Tlaxcala: 14/02/2021
Original: La miopía política de España en el Sáhara y el surgimiento del Frente Polisario
Respuesta a algunas afirmaciones sin fundamento

Translations available: English 

La myopie politique de l'Espagne au Sahara et l’émergence du Front POLISARIO
Réponse à quelques affirmations infondées

Luis Portillo Pasqual del Riquelme

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Ci-dessous une réponse à un article publié le 29 janvier dans le quotidien La Verdad de Murcia. Il a été envoyé à ce journal, qui ne l'a pas publié.

Le Front POLISARIO est né du rejet par l'Espagne de Franco d'une solution pacifique et concertée, et d'une répression féroce et à courte vue.

Dans un récent article publié dans le journal La Verdad (« Y aquí todos tan tranquilos”, 29/01/2021), son auteur a affirmé textuellement que « je n’ai rien à cirer du sort des Sahraouis, qui est une conséquence de la myopie politique dont ont souffert leurs dirigeants indépendantistes dans les années 70, lorsqu'ils ont cru qu'en pleine guerre froide on allait permettre la formation d'une république parrainée par l'Union soviétique et l'Algérie sur les côtes atlantiques de l'Afrique ». Et il a ajouté : « Leurs descendants paient aujourd'hui la décision de harceler les autorités métropolitaines au lieu d'attendre une décolonisation pacifique et bénéfique pour les deux parties ».

Quant au fait que le sort des Sahraouis ne préoccupe pas l'auteur de l'article - comme il ne préoccupe pas nos dirigeants et d'autres qui n’éprouvent aucune solidarité ou sont simplement ignorants de la question sahraouie -, c’est évidemment son droit, mais cette expression laisse beaucoup à désirer et dénote une grande ignorance, comme je l'explique dans les lignes qui suivent.

Quant à sa déclaration sur la « myopie politique » des dirigeants sahraouis et leur prétendue culpabilité dans la situation très difficile à laquelle « leurs descendants » sont confrontés aujourd'hui, il est nécessaire d'apporter quelques précisions.



Quichotte sahraoui, aquarelle de Fadel Khalifa

Tout d'abord, il faut préciser que le Sahara occidental est une question de décolonisation tardive, et non de « sécession » comme le prétend le Maroc. Depuis 1963, il est classé par les Nations Unies comme le plus grand et le plus peuplé des territoires non autonomes (c'est-à-dire en attente de décolonisation), et le seul en Afrique. En 1991, la MINURSO (Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental) a été créée spécifiquement et expressément pour organiser ce référendum d'autodétermination.

C'est aussi une décolonisation tardive, car la plupart des pays et territoires coloniaux d'Afrique sont devenus indépendants dans les années 1960, et le Sahara occidental est aujourd'hui, comme je l'ai dit, la seule colonie en attente de décolonisation sur le continent africain.

De fait fait, les colonies portugaises (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau et Cap-Vert) ont été parmi les dernières à obtenir leur indépendance de la métropole portugaise et - comme l'a souligné le secrétaire général des Nations unies lui-même, António Guterres (« le colonialisme doit être éradiqué une fois pour toutes ») - la lutte pour l'indépendance de ces colonies a été à l'origine de la « révolution des œillets » au Portugal, qui a mis fin à la dictature de Marcelo Caetano en 1974, ce que nous autres Espagnols n’avons pas pu ou su faire avec la dictature franquiste.

L'ignorance des Espagnols sur la question du Sahara occidental (alors « espagnol ») a été abyssale pendant de nombreuses années, en raison de la censure imposée sur cette question par la dictature. La même chose se produit maintenant - sous les gouvernements de la démocratie - avec les archives et la documentation relatives à notre ancienne Province 53.

Non seulement l'Espagne n'a pas pris la peine, pendant de nombreuses années, de fournir une éducation à la population sahraouie et de former ses dirigeants en vue d'une future indépendance, mais, contrairement aux exigences de décolonisation par l'ONU, elle a prétendu annexer la colonie sous le nom de « Province 53 » (comme la France l'a fait avec l'Algérie).

Bien avant que les conditions ne soient réunies et que le Front POLISARIO n’apparaisse, les dirigeants les plus lucides et les plus instruits du peuple sahraoui ont proposé aux dirigeants espagnols une voie, un programme et une préparation à une sortie calme, consensuelle et durable, dans laquelle le futur pays serait un allié loyal et préférentiel de l'Espagne (Emboirik Ahmed Omar, « El movimiento nacionalista saharaui»).

La réponse de l'Espagne de Franco a été le massacre de Zemla le 17 juin 1970, l'assassinat du leader Bassiri, une énorme répression populaire et la persécution et le démantèlement du mouvement nationaliste sahraoui, qui aspirait à une transition pacifique vers l'indépendance. L'Espagne y a perdu la confiance et l'amitié sincères du peuple sahraoui, ainsi qu'une excellente et unique occasion de sortir correctement et dignement de la colonie (le Maroc agira de la même manière plus tard, en 2010, avec le démantèlement brutal du « Camp de la dignité » à Gdeim Izik).

Le Front POLISARIO (Front populaire pour la libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) est né en 1973 de ce refus d'une solution pacifique et concertée, et d'une répression féroce et à courte vue. Le peuple sahraoui n'avait plus - comme face au  Maroc aujourd'hui - que la voie de la lutte armée, entérinée par le droit international, comme l'a récemment souligné le professeur de droit international public Juan Soroeta Liceras (« Le droit international est clairement du côté du peuple sahraoui »).

Si bien que celui a été myope, non solidaire et irresponsable n'était autre que le gouvernement espagnol de la dictature, qui a continué à maintenir dans l’ignorance les Espagnols, ceux de la Péninsule, des Iles et de la Province 53.

Le dernier gouvernement de la dictature franquiste n'a réagi que tardivement et mal, très mal - alors que l'invasion marocaine était déjà en cours -, se soumettant aux malhonnêtes manœuvres alaouites, aux pressions de la France et des USA, à la trahison de Juan Carlos de Bourbon et en concoctant les accords tripartites de Madrid, illégaux et illégitimes, par lesquels il a remis le territoire et son peuple aux régimes réactionnaires - dixit Felipe González - du Maroc et de la Mauritanie (Jacob Mundy, « Comment les USA et le Maroc se sont emparés du Sahara espagnol »).

Les responsables de la situation - dans les camps de réfugiés de Tindouf, dans la diaspora et dans la partie du Sahara occupée par le Maroc - et de la guerre contre l'envahisseur que vit aujourd'hui le peuple sahraoui, ne sont pas les dirigeants « indépendantistes » sahraouis, comme le soutient l'auteur de l'article cité, mais le Maroc, l'Espagne, les USA et la France.

Une bonne partie du peuple sahraoui a dû fuir la barbarie marocaine, en traversant le désert sous les bombardements au napalm et au phosphore blanc et la répression brutale du Makhzen dans les villes, les villages et en plein désert.

Fidèle aux principes de sa lutte pour sa propre indépendance, c’est l'Algérie - et non l'Espagne – qui a accueilli fraternellement les réfugiés sahraouis et leur a donné refuge sur son territoire, où ils continuent de vivre mal aujourd'hui, en attendant de pouvoir retourner sur la terre qui leur a été volée. L'Espagne (ses gouvernants) se justifie en leur envoyant des lentilles dans les camps de réfugiés de Tindouf..., comme si c'était là toute « l'aide » dont le peuple sahraoui a besoin.

La responsabilité de l'Espagne et des Nations unies dans cette tragédie (E. Jaén et I. Lourenço, « Suspiros de ida y vuelta») devrait faire réfléchir l'auteur de l'article cité ci-dessus sur son désintérêt et son indifférence à l'égard du sort du peuple sahraoui - autrefois ses compatriotes - et sur ses reproches aux dirigeants sahraouis.

Près d'un demi-siècle après que le dernier gouvernement de la dictature de Franco a abandonné le Sahara « espagnol » et ignoré ses obligations internationales, il n'existe toujours pas de rue, de place, de monument, d'école, de chaire ou d'institut dans lesquels l'Espagne se souvienne du peuple sahraoui frère, de ses héros et martyrs, de ses personnalités les plus marquantes (comme Baxsiri, El Ouali, Aminatu Haidar, Mohamed Abdelaziz, Ahmed Bukhari, Mariem Hassan, ...), de ses hauts faits d’armes, (comme Gdeim Izik, Zemla, El Guerguerat, ...), de ses lieux ou villes. Notre immense dette est toujours en suspens. Nous ne devons pas l'oublier.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=30829
Publication date of original article: 14/02/2021
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=30831

 

 
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