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 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Jusqu’au bout, le monde sordide et secret de John le Carré est resté très prisé des lecteurs
Date of publication at Tlaxcala: 17/12/2020
Original: The secret and sordid world of John le Carré remained much loved till the end
Translations available: Español 

Jusqu’au bout, le monde sordide et secret de John le Carré est resté très prisé des lecteurs

Sidharth Bhatia सिद्धार्थ भाटिया

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

La fin de la guerre froide n’avait pas émoussé son envie farouche d’en découdre avec les méchants de la terre.

Lorsque le mur de Berlin est tombé en 1989 et que la guerre froide a pris fin, les fans de  John le Carré (de son vrai nom David Cornwell) se sont demandé comment il allait affronter cette nouvelle réalité - après tout, ses romans et toute sa carrière littéraire reposaient sur l’histoire du conflit entre l'Occident et l'Union soviétique.

Ses premiers livres publiés après ce moment historique semblaient confirmer leur opinion. La Maison Russie, paru la même année, était tout juste passable, bien qu'un le Carré en forme moyenne soit toujours bien supérieur à tout autre auteur de romans d’espionnage. The Secret Pilgrim  (Le Voyageur secret, 1990), paru peu après, était une compilation des discours que tient un agent secret aux nouvelles recrues, ce qui offrait des aperçus de la guerre froide.

Mais John le Carré est revenu en force avec The Night Manager [Le Directeur de nuit] (1993) en contant l’histoire sordide d'un marchand d'armes qui gagne beaucoup d'argent en faisant le commerce de la mort. John le Carré, toujours aussi inventif, avait découvert de nouveaux thèmes et de nouveaux méchants.

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Par la suite, ses livres se sont attaqués aux grandes entreprises pharmaceutiques (dans l'excellent The Constant Gardener, en français La Constance du jardinier), au terrorisme (dans A Most Wanted Man [Un homme très recherché]) et à l'ingérence occidentale en Afrique (The Mission Song [Le chant de la mission]), exprimant très souvent sa colère face à l'hypocrisie de l’Occident. Mais il gardait surtout une profonde rancœur envers les USA, dont il critiquait vivement l’intrusion dans d'autres pays. Son dernier roman publié, Agent Running in the Field [Retour de service], portait ostensiblement sur le Brexit, mais il s'en prenait non seulement à Boris Johnson et aux militants britanniques du Leave [Quittons l’Union européenne], mais aussi aux USA et à Trump.

Pour les vrais fans et les mordus de John le Carré, rien de tout cela n'avait d'importance. Ils lisaient et aimaient chacun de ses livres, savourant chaque ligne, chaque mot. Ses livres sur la Guerre froide et la Trilogie des Smiley restent bien sûr un grand favori, mais des ouvrages comme L'Espion qui venait du froid et Un parfait espion sont également très appréciés, tout comme Une petite ville en Allemagne et L'Amant naïf et sentimental.

La vie de John le Carré fut presque aussi pittoresque que le monde dont il parlait. Son enfance fut turbulente. Son père était impliqué dans de vastes combines louches et se retrouvait de temps à autre en prison. Sa mère l’abandonna quand il avait cinq ans. Il fréquenta le Sherbourne College, une  public school qu'il détestait, puis étudia en Suisse, à l'Université de Berne, où il acquit  l’amour éternel de la langue allemande – il a souvent fait référence à la passion de Smiley pour la littérature allemande - et finalement à Oxford.

Recruté par le MI5, le service secret britannique, puis transféré au MI6 nouvellement créé, il y apprit les ficelles de l'espionnage - écoutes téléphoniques, techniques d'interrogatoire et traitement d'agents - qui lui étaient utiles pour écrire ses romans d'espionnage. Le Carré a popularisé plusieurs termes d'espionnage aujourd'hui d'usage courant, tels que moles [taupes], lamplighters [allumeurs de réverbères] et cousins, le terme utilisé par les Britanniques pour désigner leurs collègues de la CIA.

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Le monde qu'il peignait était terne, plein de dossiers et de rivalités internes au service, loin de l'univers glamour de James Bond - presque pas de sexe et de cocktails, encore moins d'armes et de voyages dans des lieux exotiques. Graham Greene, qu'il admirait et qui avait lui aussi travaillé dans les services secrets, les a décrits avec une bonne dose d'humour noir et d'observations caustiques. Le Carré était tout aussi mordant, mais plutôt compréhensif dans l’ensemble. Ses personnages sont réalistes, ils font de leur mieux et gardent un certain idéalisme . Ils ont du mal à concilier leur mission avec les moyens qu'ils emploient pour l'accomplir, mais restent convaincus que la démocratie occidentale est préférable, voire moralement supérieure, au communisme de type soviétique.

Smiley, son personnage le plus célèbre, un personnage falot mais suprêmement intelligent, est un jour décrit par ses patrons comme possédant la ruse de Satan et la conscience d'une vierge. Il préfère rester en retrait, entouré de ses livres et de sa poésie, cocu dans le privé mais fort admiré pour sa capacité à dénicher des taupes et à concevoir des plans complexes pour combattre l'ennemi. Dans la Trilogie, il démasque l'agent double et réussit également à retourner son ennemi de longue date, Karla, mettant un point final satisfaisant à une longue rivalité.

Alec Guinness a joué Smiley dans deux séries télévisées, Tinker Tailor Soldier Spy et Smiley's People. L'un de ses meilleurs romans à mon avis, The Honorable Schoolboy, n'a jamais été porté à l’écran. On pensait généralement que Guinness avait incarné Smiley à la perfection et qu’il ne pourrait jamais être surpassé, mais Gary Oldman, dansla version cinématographique , a réussi à s’affirmer, donnant même à Smiley la froideur et le caractère impitoyable du personnage des romans.

De nombreux films ont été réalisés à partir des livres de le Carré, pas tous bons - The Russia House était tiède et The Tailor of Panama un vrai massacre, mais The Constant Gardener, avec Ralph Fiennes et Rachel Weisz, est un chef-d'œuvre en soi. A Most Wanted Man, le dernier long métrage de Philip Seymour Hoffman, reste une oeuvre convaincante. Aujourd'hui encore, plus de 50 ans plus tard, The Spy Who Came in From the Cold est un thriller captivant, avec une interprétation parfaite de l'espion lessivé Alex Leamas par Richard Burton et l'évocation des tensions de la guerre froide et de Checkpoint Charlie à Berlin.

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Le Carré s'est mis de plus en plus en colère contre la façon dont la Grande-Bretagne et le reste des pays occidentaux se comportaient après la fin de la guerre froide. En vieillissant, il est devenu plus à gauche et antiaméricain - et méprisant pour les politiciens de son propre pays.

Mais il était très conscient que les histoires devaient être bonnes - et quelles histoires c’étaient, écrites dans un style qui vous faisait lire et relire ses phrases. C'était un écrivain littéraire, pas un simple écrivain de genre. Ses livres se situent dans le monde de l'espionnage, mais ils parlent d'êtres humains imparfaits, de héros improbables et du petit homme qui devient inévitablement un pion dans des jeux plus importants et cyniques. Ils traitent surtout de la trahison - trahison d'amis, de pays et surtout d'êtres chers. « L'amour est tout ce qu’on peut encore trahir », a-t-il écrit un jour. Ses légions d'admirateurs s'étaient habituées aux nouveaux livres qu'il avait écrits jusqu’à quatre-vingts ans passés – il n’y en aura plus, mais le plaisir de lire encore et encore ceux qu’il nous a laissés sera toujours là.

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Courtesy of Tlaxcala
Source: https://thewire.in/books/john-le-carre-tribute-cold-war-spy-genre-books-films
Publication date of original article: 14/12/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=30300

 

Tags: John le CarréLittérature anglaiseGuerre Froide
 

 
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