TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı

 16/01/2021 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ASIA & OCEANIA 
ASIA & OCEANIA / Un filet de sécurité pour les agriculteurs :
Pourquoi l'agriculture devrait-elle être libéralisée en Inde alors que dans la plupart des pays, les gouvernements la subventionnent ?
Date of publication at Tlaxcala: 04/12/2020
Original: A safety net for farmers:
Why should Indian agriculture be liberalised when in most countries governments subsidise it?

Translations available: Italiano 

Un filet de sécurité pour les agriculteurs :
Pourquoi l'agriculture devrait-elle être libéralisée en Inde alors que dans la plupart des pays, les gouvernements la subventionnent ?

Christophe Jaffrelot ख्रिस्तोफ जाफ्रेलॉट
Hemal Thakker हेमल ठक्कर


 

Sans un certain soutien de l'État, les plus petits paysans indiens seraient encore plus vulnérables.
Les paysans indiens, en particulier, craignent que les lois agricoles n'ouvrent la voie aux méga-entreprises indiennes.

Le 27 septembre, le président Ram Nath Kovind a donné son accord à trois projets de loi agricoles litigieux adoptés par le Parlement : la loi de 2020 sur l'accord sur la garantie des prix et les services agricoles (FAPAFS), la loi de 2020 sur la promotion et la facilitation des échanges et du commerce des produits agricoles (FPTC) et la loi de 2020 sur les produits de base (amendement) (EC). Ces projets de loi ont été adoptés par la Rajya Sabha (Conseil des États, chambre haute du Parlement) par un vote oral, malgré le fait que l'opposition ait demandé qu’on procède à un vote enregistré.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_23726.jpg

Ces projets de loi modifient essentiellement les règles relatives à la vente, au stockage et à la fixation des prix des produits agricoles. Ils permettront aux acheteurs privés de stocker des produits essentiels pour les ventes futures, ce que seuls les agents agréés par le gouvernement pouvaient faire jusqu’ici, tout en modifiant les règles relatives à l'agriculture contractuelle. Le Premier ministre a qualifié ces projets de loi de tournant pour l'agriculture indienne, le gouvernement affirmant que les réformes permettraient de supprimer les entraves du secteur agricole et de libérer les agriculteurs de l'emprise des intermédiaires en créant un marché unique.

Toutefois, les syndicats et les groupes d'agriculteurs sont préoccupés par deux questions majeures : Premièrement, comme le prix de soutien minimum (PSM) n'est pas mentionné dans les projets de loi, ils craignent de perdre l'option assurée de vendre aux mandis (marchés) des APMC (Comités (étatiques) du marché des produits agricoles) et que cela conduise à l'exploitation par les entreprises. Deuxièmement, ils appréhendent un processus de corporatisation [mainmise des entreprises capitalistes] de l'agriculture en l'absence de réglementation, car les entreprises agroalimentaires pourraient bien être en mesure de dicter à la fois les conditions du marché (y compris les prix) et les conditions de l'agriculture contractuelle, les petits agriculteurs n'ayant pas le même pouvoir de négociation.

Les agriculteurs indiens, en particulier, craignent que les lois agricoles ne libèrent la voie pour les grandes entreprises indiennes. Lorsque la dirigeante du parti Shiromani Akali Dal, Harsimrat Kaur Badal, a démissionné de son poste de ministre de l'Industrie agro-alimentaire dans le gouvernement de Narendra Modi, elle a déclaré, en citant un agriculteur du Pendjab : « Jio (géant des Télécom) est arrivé, ils ont donné des téléphones gratuits. Quand tout le monde a acheté ces téléphones et est devenu dépendant de ces téléphones, la concurrence a été anéantie et Jio a augmenté ses tarifs. C'est exactement ce que les entreprises vont faire [avec l'agriculture] ». Certains groupes d'agriculteurs du Pendjab ont forcé la fermeture des magasins du groupe Reliance [conglomérat multinational tout-terrain] en signe de protestation, son PDG Mukesh Ambani ayant exprimé son intérêt pour l'agriculture. En 2017, il avait déclaré : « Agriculture, éducation et santé : les trois sont sur notre feuille de route... »

Le groupe Adani [autre conglomérat multinational tout-terrain] a également fait quelques investissements dans l'espace des infrastructures de l'agrobusiness. « Chez Adani, nous voulons être connus comme le grand acteur de l'agro-infrastructure et Adani Wilmar comme une grande entreprise alimentaire dans le pays », a déclaré Atul Chaturvedi, PDG de la branche agrobusiness du groupe Adani, dans une interview. Adani Agri Logistics a investi dans le réseau de stockage, de manutention et de transport des céréales, tandis que la coentreprise Adani Wilmar cherche également à se développer dans les produits alimentaires.

 

 Des membres de la Bharatiya Kisan Union (BKU : Syndicat des agriculteurs indiens) protestent après que la police a établi un blocus à la frontière de Ghazipur (frontière Delhi-Uttar Pradesh), lors de leur marche « Dilli Chalo » (En route pour Delhi !) contre les nouvelles lois agricoles, à New Delhi, lundi 30 novembre 2020. Le syndicat panindien des taxis a menacé de se mettre en grève si les demandes des agriculteurs n'étaient pas satisfaites dans les 2 jours (PTI)

La méfiance des agriculteurs est compréhensible. Non seulement parce que les grands acteurs ont beaucoup d'influence, mais aussi parce que les expériences passées n'ont pas été gratifiantes. Par exemple, la gestion du régime d'assurance récolte contre les catastrophes naturelles, introduit en 2017, a été confiée à l'une des entreprises d'Anil Ambani, entre autres. Comme l'a constaté P Sainath, les agriculteurs n'en ont pas profité.

Pourquoi d’abord l'agriculture devrait-elle être libéralisée alors que dans la plupart des pays, les gouvernements subventionnent ce secteur ? Aux USA, le secteur agricole devrait recevoir 46 milliards de dollars de subventions fédérales cette année. Cela représente environ 40 % du revenu agricole total et, sans ces subventions, le revenu agricole usaméricain serait sur le point de diminuer en 2020, selon un article du New York Times. De même, les dépenses de la politique agricole commune de l'Union européenne se sont élevées en moyenne à 54 milliards d'euros par an depuis 2006. Sans un certain soutien de l'État, les plus petits paysans indiens seraient encore plus vulnérables. Selon les chiffres provisoires du 10e  recensement agricole 2015-2016, en Inde, les « petits exploitants et les agriculteurs marginaux » (ceux qui possèdent moins de deux hectares de terre) représentent 86,2 % de l'ensemble des cultivateurs, soit près de 126 millions de personnes. Pour eux, il est inconcevable de transporter leurs produits vers d'autres États ou des endroits éloignés pour les vendre. Ils ne résisteront pas facilement aux accords « proposés » par les entreprises agroalimentaires. Faut-il les faire disparaître au nom de la modernisation de l'agriculture, qui passe par la concentration des terres et la mécanisation ?

Cela pourrait être une bonne idée si le secteur industriel pouvait leur offrir des emplois. Mais la part du secteur secondaire dans l'emploi total a stagné autour de 26 % (contre 41 % pour l'agriculture) et sa part dans le PIB est en baisse. Le secteur tertiaire n'a pas non plus été en mesure de créer suffisamment d'emplois et la plupart des travailleurs migrants des villes vivent dans des conditions précaires, comme l'a clairement démontré la migration inverse due au confinement pour cause COVID-19. Les paysans devraient-ils être plus nombreux à quitter leurs terres pour se retrouver dans les villes sans véritable emploi ? Déjà, le fossé entre l'Inde urbaine et rurale en termes de ressources par habitant se creuse.

Il serait bien plus prudent d'augmenter les investissements publics dans l'agriculture en termes d'infrastructures et sous la forme de programmes de soutien aux revenus comme le Rythu Bandhu au Telangana ou l’Aide à l'amélioration des moyens de subsistance et des revenus des paysans dans l’Odisha. Cela, associé à la garantie qu'aucune transaction ne peut être effectuée en dessous du MSP, contribuerait à soulager quelque peu la détresse rurale.

Mais l'argent n'est pas le seul problème (ou la seule solution). Pour rendre l'agriculture durable, le gouvernement devrait s'inspirer du modèle d'agriculture gérée par la communauté de l'Andhra Pradesh qui promeut les principes agroécologiques avec l'utilisation d'intrants produits localement et écologiquement durables, en se concentrant sur la santé des sols, au lieu de dépendre des engrais chimiques. Ce modèle est plus résilient et plus riche en biodiversité, et offre un filet de sécurité aux agriculteurs.

Lire aussi  ►Revue de presse agricole en Inde du 19 au 25 septembre 2020

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://indianexpress.com/article/opinion/columns/farm-bills-protets-indian-agriculture-sector-7078237/
Publication date of original article: 03/12/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=30207

 

Tags: Réforme néolibérale agricultureFeu vert agrobusinessConcentration capitaliste de la terrePaysans indiensRévoltes logiquesInde
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.