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 EUROPE 
EUROPE / Il faut protéger les enfants musulmans comme les autres : appel de personnalités juives
Date of publication at Tlaxcala: 27/11/2020
Translations available: Italiano 

Il faut protéger les enfants musulmans comme les autres : appel de personnalités juives

Various Authors - Autores varios - Auteurs divers- AAVV-d.a.

 

TRIBUNE. « L’enfance ne relève pas de la suspicion, mais de la protection », estiment 42 personnalités juives, qui s’inquiètent des signalements et des poursuites judiciaires contre des enfants accusés de complaisance envers le terrorisme.

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Regarder la vidéo surréaliste de "décryptage" du ministère de l'Intérieur sur les  "quatre z'enfants" interpellés en Savoie

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, des centaines d’enfants et d’adolescents se sont vu accuser de complaisance vis-à-vis du terrorisme, signalés aux autorités rectorales, assignés en justice pour apologie du terrorisme. Certains, scolarisés en CM2, ont passé une journée entière en retenue judiciaire, auditionnés dans un commissariat. D’autres ont subi perquisitions et interrogatoires, parfois pour la simple possession d’une feuille avec une inscription en arabe.

Les chiffres rapportés par la presse ne permettent aucun doute. La surveillance, de fait ciblée sur les enfants musulmans, voulue par le ministre de l’Education nationale a été suivie par une partie du personnel de l’Education nationale et s’est traduite par un traitement différencié pour des centaines d’enfants.

En effet, la mise en place d’un tel dispositif de contrôle – soutenu par des discours répétés mettant en cause les musulmans comme des candidats privilégiés de la radicalisation – procède nécessairement d’une suspicion généralisée portée sur une partie de la population et partagée par suffisamment d’acteurs, par ailleurs plus ou moins convaincus.

Pourtant, l’enfance ne relève pas de la suspicion, mais de la protection. L’intérêt supérieur de l’enfant c’est de le protéger contre toute atteinte à sa qualité d’enfant et aux droits qui y sont attachés. C’est précisément de cela dont sont dépouillés les centaines d’enfants signalés et/ou poursuivis pour apologie du terrorisme. Pour eux, il ne sera pas question d’écoute et d’accompagnement, mais de judiciarisation et de sanctions pénales et/ou rectorales.

Les enfants de la République et les autres

C’est une ligne de démarcation qui se trace entre les enfants que l’on continue à protéger, et ceux que l’on sacrifie sur l’autel de l’actualité. Entre les enfants que la République reconnaît comme les siens, et les enfants des autres. La contradiction entre la place accordée à l’enfance dans notre société et le traitement des enfants musulmans révèle la portée politique d’une telle différence de traitement. S’il est nécessaire de tordre jusqu’à la rupture nos principes éthiques, c’est que ces enfants sont dangereux pour nos enfants.

Force est de constater que le ciblage des enfants musulmans s’articule à une politique plus générale de stigmatisation des communautés musulmanes constituées en « corps indésirable », voire en ennemi de l’intérieur. La tentative, partiellement réussie, de mobiliser l’école et le personnel de l’Education nationale dans cette entreprise politique est terriblement inquiétante. Elle dénote la persistance du rejet des musulmans, fonctionnant de plus en plus comme un code culturel diffus dans l’ensemble de la société civile.

Si l’histoire doit participer de notre boussole politique pour le présent, alors il nous est impossible de ne pas évoquer l’expérience de milliers d’enfants juifs, français ou étrangers, dépouillés de leur enfance et de leur dignité par l’agenda politique vichyste et sa suspicion antisémite. S’il a été possible de livrer à la barbarie des milliers d’enfants juifs, c’est que l’antisémitisme était suffisamment ancré dans l’imaginaire collectif français pour que cela ne soulève pas plus de résistance dans la société.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer des séquences historiques fort différentes, ni de faire de l’antisémitisme des années trente et de l’islamophobie d’aujourd’hui des phénomènes similaires en tout point. Cependant, alerter sur les formes de continuités et de transferts entre le passé et le présent nous apparaît, dans la période actuelle, comme essentiel afin d’enrayer et de prévenir toute forme de régression brutale.

Enrayer la logique funeste

La période de crise aiguë que nous traversons alimente notre inquiétude car c’est de la suspicion et du déchirement que naissent les monstres. Même les certitudes les plus solidement tenues pour inébranlables s’érodent. L’émancipation des juifs, au lendemain de la Révolution française, n’a pas empêché le développement et la diffusion d’un antisémitisme parfaitement adapté à la société française moderne et n’attendant qu’un événement suffisamment traumatique pour faire sauter les dernières digues républicaines. Le ressenti social tendait déjà à être redirigé contre les juifs, l’occupation allemande lui ouvrira les portes du pouvoir.

Nous assistons, depuis plus de deux décennies, à une accélération de la stigmatisation des communautés musulmanes en France. Elle prend aujourd’hui une tournure effroyable, dans une période qui n’en finit plus d’accumuler les colères et le ressenti des catégories les plus reléguées socialement. Les positions et les mesures du gouvernement s’inscrivent dans une logique d’accentuation des clivages et des ressentis. Elles procèdent, ainsi, bien plus d’une logique guerrière que d’une démarche d’apaisement et de protection collective. Nous, membres de la société civile, juifs ou d’origine juive, appelons à enrayer cette logique funeste.

En ce sens, nous saluons les nombreux et nombreuses professeurs, enseignants et instituteurs, qui ont su tenir bon et ont dénoncé les incitations à poursuivre la politique du gouvernement dans leurs établissements. Nous saluons également l’ensemble des acteurs de l’éducation populaire et de la protection de l’enfance mobilisés dans l’accompagnement des enfants en ces temps difficiles.

Premiers signataires :

  1. Rony Brauman, médecin essayiste, ex-président de MSF
  2. Gérard Haddad, psychanalyste
  3. Dominique Vidal, journaliste historien
  4. Éric Hazan, éditeur
  5. Ron Naiweld, historien chargé de recherche au CNRS
  6. Joëlle Marelli, traductrice, chercheuse indépendante
  7. Sonia Dayan Herzbrun, professeur émérite université de Paris
  8. Annie Ohayon, productrice
  9. Eyal Sivan, cinéaste
  10. Dominique Natanson, animateur du site mémoire juive et éducation
  11. Mihal Raz, sociologue EHESS
  12. Tal Dor, sociologue Université Paris VIII
  13. Ariella Azoulay, professeur de culture moderne et media, et littérature comparée Université Brown Providence USA
  14. Mariane Vl Koplewicz, Éditions du Souffle
  15. Henri Goldman, revue Politique, Bruxelles
  16. Madeleine Estryn-Behar, médecin
  17. Michel Emsalem, mathématicien
  18. Suzanne Körösi, universitaire
  19. Naruna Kaplan de Macedo, cinéaste
  20. Didier Epsztajn, éditeur chez Syllepse
  21. Leslie Kaplan, écrivaine
  22. James Cohen, Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3)
  23. Gabriel Hagaï, rabbin
  24. Patrick Silberstein, éditeur chez Syllepse
  25. Corinne Sibony, conseillère d’orientation psychologue
  26. Raphaël Cahen, Doctorant en Philosophie Toulouse Jean Jaurès
  27. Elsa Roland, chercheuse ULB Bruxelles
  28. Julien Cohen-Lacassagne, écrivain
  29. Michèle Faÿ, militante associative
  30. Gérard Faÿ, universitaire
  31. Evelyne Reberg, auteure jeunesse
  32. Michèle Sibony, enseignante
  33. Michel Warschawski, militant anticolonialiste
  34. Jonas Sibony, enseignant chercheur
  35. Michel Staszewski, Université libre de Bruxelles
  36. Simon Assoun, éducateur spécialisé en protection de l’enfance
  37. Fabienne Brion, UC Louvain, faculté de droit et de criminologie
  38. Leila Vidal-Sephiha, Assistante à la mise en scène au Schauspielhaus de Zurich
  39. Lorenzo Graf, tourneur
  40. Chilea’s, beatmaker et DJ
  41. Revital Madar sciences po Reims
  42. Adolfo Kaminsky, photographe

 





Courtesy of Nouvel Obs
Source: https://www.nouvelobs.com/idees/20201125.OBS36573/il-faut-proteger-les-enfants-musulmans-comme-les-autres.html
Publication date of original article: 25/11/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=30176

 

Tags: Enfants soupçonnés d'apologie du terrorismeEnfants musulmansDouce FranceSamuel Paty
 

 
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