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 28/09/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Peace and Love : rencontre du troisième type avec des colons juifs baba cools
Ne leur dites surtout pas qu’ils sont sur des terres volées
Date of publication at Tlaxcala: 02/09/2020
Original: These settler farmers are all about peace and love – just don't mention land theft

Peace and Love : rencontre du troisième type avec des colons juifs baba cools
Ne leur dites surtout pas qu’ils sont sur des terres volées

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Avec ses bosquets d'arbres, ses pataugeoires et ses paons, la Ferme d'Omer se trouve en face d'un site que nous avons visité récemment, où des Palestiniens essayant de construire un nouveau village sont sabotés par des colons. Nous avons rencontré ces derniers

Naama et Omer Atidiah

Voilà la Polaris, garée à côté des véhicules de la ferme. Omer Atidiah utilise-t-il son véhicule tout-terrain pour menacer les travailleurs palestiniens qui tentent de construire un nouveau village en face de lui, comme on nous l'a dit ? Est-ce ce qu'il utilise pour chasser les bergers et les militants de gauche qui osent s'approcher trop près de sa ferme ? Qui sont en fait Omer Atidiah, le fléau de la région, et sa femme Naama, fondateurs d'Einot Kedem (Vieilles sources)), alias la Ferme d'Omer ? Il s'agit d'un avant-poste de colons dans la vallée du Jourdain dont même le bureau du Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires a admis qu’il a été construit sans autorisation et sans permis - en un mot, illégalement.

Le 17 juillet, nous avons raconté l'histoire du village palestinien en construction à proximité, financé par une association d'agriculteurs de la région de Jéricho, et de la terreur qu'Atidiah  exerce contre eux. La vision du côté palestinien montre l'apartheid israélien dans toute sa laideur : des communautés de bergers palestiniens s'accrochent aux collines environnantes, dans une misère noire, et en face d'eux la vaste étendue de la ferme d'Omer, verdoyante, florissante, provocante.

Quelques jours plus tard, un courriel : « Je suis Naama Atidiah, propriétaire de la ferme, épouse d'Omer Atidiah. Je suis donc ravie de vous rencontrer. Nous ne nous connaissons pas. Quand j'ai lu votre article, j'ai vu beaucoup d'informations erronées (par exemple, sur les vols et les menaces que nous leur faisons subir, ce qui n'est absolument pas notre truc). J'ai ressenti une énergie négative et j’ai pensé : Intéressant, qui est ce Gideon ? Intéressant de savoir si la vérité est importante pour lui, et s'il serait prêt à me rencontrer et à me parler. Je suis une personne très gentille, sociable, voire très agréable. Et je me suis dit que ce serait bien si nous pouvions tous prendre un café et un morceau de gâteau, parler de la vie avec bonheur et réussir à mener un dialogue fascinant et fructueux entre nous - au lieu de l’égarement, de l’aversion et des pensées négatives.

« J'étais très curieuse de savoir qui est cette personne qui recherche la vérité et la justice et qui s'engage dans le sud de la vallée du Jourdain pour servir la vérité au reste de l'humanité. J'imagine qu'un journaliste est une personne qui est motivée par la vérité, la justice, la bienveillance et la curiosité. Parce que le sujet est vraiment chaud, plein et brûlant, le plus beau serait de se rencontrer et de discuter. Après tout, nous sommes frères. Il y a un café formidable à Mifgash Habika », une aire de repos le long de l'autoroute 90 dans la vallée du Jourdain.

Nous nous sommes rencontrés quelques jours plus tard. La personne qui servait le smoothie au café était armée d'un pistolet. Notre longue conversation s'est déroulée entre la foi religieuse changeante de Naama et son droit à la terre sur laquelle elle vit. Je lui ai dit qu'elle vivait sur une terre volée, et elle a gloussé. Elle a dit qu'il ne fallait pas faire cuire un chevreau dans le lait de sa mère, et je lui ai demandé pourquoi il fallait faire cuire un chevreau. Elle m'a frappé comme une femme qui cherche ses réponses dans le domaine spirituel - faites l'amour, pas la guerre - et qui fuit aussi loin qu'elle le peut de la politique, dans un endroit où on ne peut pas échapper à la politique. Elle préférait parler de l'amour, moi de la guerre.

Nous nous sommes mis d’accord pour que je visite Einot Kedem deux semaines plus tard.

Des paons errent librement dans la cour, un vase dans la maison familiale exhibe leurs plumes. C'est une grande maison de campagne avec un salon spacieux et une véranda en bois qui donne sur le paysage désertique. Les Atidiah ont sept enfants. Yardena Arazi chante sur le sound system, un parfum de plaquettes d'encens traverse le salon. Il y a quelques livres religieux sur l'étagère. Il y a aussi un exemplaire de The Fountainhead d'Ayn Rand et quelques autres volumes, mais pas beaucoup.

 

Naama

Naama, 36 ans, a grandi dans un foyer religieux sioniste à Ramat Gan et a été serveuse à Tel-Aviv ; son père est médecin et a immigré d'Afrique du Sud, sa mère est coach personnelle. Omer, 44 ans, a grandi au Moshav Ein Yahav dans le Wadi Arabah (hébraïsé en Ha’Arava), dans le sud. Il a servi dans la force ultra-élitaire d'opérations spéciales Sayeret Matkal des Forces de défense israéliennes et dans l'unité de commandos parachutistes et est devenu religieux. Aujourd'hui, seuls des restes de religiosité sont visibles chez tous les deux.

Le premier-né du couple, Akiva, 15 ans, n'est plus un enfant. Il a quitté l'école en sixième année au profit de l'enseignement à domicile et travaille depuis lors à la ferme du matin au soir, portant des vêtements de fermier tachés de boue, conduisant un véhicule tout-terrain, consultant son père sur la façon de réparer un tuyau fêlée. Six des sept enfants du couple sont nés à la maison.

La ferme est immense, couvrant plus de 2 200 dunams (220 hectares). On y accède par une nouvelle route asphaltée qu'ils ont eux-mêmes pavée ; il n'y a ni clôture ni portail. Des mangues, des dattes et des olives, un troupeau de 550 moutons et des agneaux bêlants. Ils ont acheté une moissonneuse-batteuse d'occasion au Moshav Kfar Yehoshua, dans le nord d'Israël. Une agriculture avancée avec un approvisionnement en eau illimité. Deux pataugeoires et un « Jardin d'Eden », où nous irons plus tard.

Il y a ici 17 jeunes qui ne se sont pas débrouillés dans divers autres cadres, certains d'entre eux étant d'anciens ultra-orthodoxes ou des « jeunes des collines » (colons fanatiques] de Cisjordanie, le reste venant de tout Israël. Devora, de Betar Ilit, une ville haredi [otthodoxe] en Cisjordanie, est ici depuis deux ans. Et il y a aussi Nevo, qui a servi dans l'armée et vient de la colonie de Kfar Ha'oranim, qui est ici avec quelques amis pour apprendre comment établir un avant-poste agricole. Leur but est d'en créer un sur les ruines d'une ancienne forteresse jordanienne abandonnée dans le village palestinien d'Al-Jiftlik, dans la vallée du Jourdain.

Certains des jeunes gens ici font un an de service volontaire, avant de s'engager dans l'armée ; ils viennent entre autres du Moshav Nehusha, de Petah Tikva et de la colonie de Alon Shvut. La ferme compte également dix ouvriers salariés, tous juifs. La synagogue n'est pas utilisée régulièrement, les terrains de la ferme sont bien entretenus et agréables ; le vert vif se détache sur le fond du désert jaune qui l'entoure. « Donner, c'est recevoir » est l'inscription qui figure sur le mur de la salle à manger des jeunes - ils reviennent tout juste en tracteur du travail dans la datteraie.

Les communautés de bergers bédouins de Rashidiya et Ras al-Auja se trouvent à l'ouest. À l'est se trouvent deux monuments militaires, à la mémoire des victimes de l'accident d'hélicoptère de l'armée de l'air qui a tué 54 soldats en 1977, et à la mémoire des morts de l’unité de reconnaissance Haruv de la Brigade Kfir d’infanterie. Deux victimes du syndrome de stress post-traumatique de la guerre du Yom Kippour de 1973, vétérans de Haruv, qui se sont entraînés ici avant la guerre, travaillent et vivent à la ferme.

Nous sommes allés dans le « Jardin d'Eden » pour parler. Derrière la maison familiale, le couple a aménagé cette « zone de recueillement », une fusion design d'un centre de villégiature et d'un ashram. Cérémonies chamaniques du cacao sacré et cercles de chants ; espaces pour la prière et la solitude ; 12 pierres prises sur les terres des 12 tribus, disposées en forme de char ; une porte en bois avec un tableau de deux chérubins et une épée flamboyante dessus - comme la porte du Paradis - et une hutte en terre qui s'appelle la « tente rouge ». C'est ici que Naama entend amener les femmes pendant leurs règles, pour la détente et la contemplation. Son rêve est de faire venir ici aussi des femmes palestiniennes de la région. Le couple multi-orgasmique est le titre d'un des rares livres sur l'étagère.

 

Omer

Naama est la force motrice de la spiritualité ici, avec un enthousiasme qui peut faire fuir certaines personnes. Omer porte une chemise bleue bonne à jeter qui appartenait à son père, tué il y a deux ans dans une chute du toit de sa maison dans l’Arabah, un short, des chaussures à talons compensés et dégage un charisme à haute tension. Il est très facile de tomber sous le charme de ces deux-là ; les mangues qu'ils cultivent sont aussi plus sucrées que le miel.

« L'idée est de guérir le sol chargé de cette terre », explique Naama, une petite boucle d'oreille en forme d'étoile de David piquée dans un lobe d'oreille, un foulard enroulé négligemment autour de sa tête. Le moment est venu de parler de cette terre, la terre pillée et volée.

Après son service militaire, Omer a travaillé pendant deux ans à Sde Bar, une ferme pour jeunes près de L’Herodium (Hérodion/Jebel Al Foureidis), l'ancien site du désert de Judée en Cisjordanie. C'est là, dit-il, qu'il a appris pour la première fois l'histoire des colonies. « À Ein Yahav, nous pensions qu'il n'y avait que nous, et s'il y en avait d'autres, à quoi servaient-ils ? » Il a commencé à rêver de créer une ferme à l'âge de 12 ans. Il comprenait maintenant qu'il l'établirait dans les territoires occupés. Entre-temps, il est également devenu religieux et étudiait une fois par semaine à la Yeshiva Netiv Bina à Jérusalem.

En 2004, dit Atidiah, il a été approché par le département des colonies de l'Organisation sioniste mondiale, qui lui a offert des terres d'une base militaire et des « propriétés » auxquels la colonie de Yitav avait renoncé. Il s'agissait de terres de Waqf [biens habous] qu'Israël a expropriées en tant que « domaine de l'État », en fait juste une couverture pour la dépossession et la colonisation.

Atidiah a reçu les coordonnées géographiques de la propriété du département des colonies, raconte-t-il, et est parti en excursion en jeep pour voir l'endroit qui allait devenir sa maison. Au cours de ce voyage, il a également rencontré la femme qui allait devenir son épouse. Il a fait du thé de marguerite parfumée, une herbe de l'Arabah, et l'a servi à Naama. Le mariage en blanc a eu lieu ici quelques mois plus tard. Au début, le couple a vécu sous une tente. Naama était serveuse dans un café du quartier branché de la place de Bâle à Tel-Aviv et descendait pour les week-ends.

Omer a commencé à construire une ferme. Son père, Micah (Mimi), l'un des fondateurs du Moshav Ein Yahav, et une figure bien connue dans la région de l’Arabah, a travaillé en étroite collaboration avec eux et les a soutenus financièrement.

Un jour, un commandant de bataillon qui était en service de réserve dans la région est arrivé à la ferme et a refusé de serrer la main de Micah. « Je ne serre pas la main des colons », a déclaré l'officier, et le père a pleuré.

Einot Kedem

« J'ai soudain compris que nous entrions dans une situation différente ici », dit Atidiah maintenant. « Soudain, j'ai senti un mur. J'ai compris que j'entrais dans une lutte de pouvoir et que je devais prendre parti. Papa a dit : Quand nous avons fondé Ein Yahav, tout le monde nous a soutenus. Mais cela n'arrivera pas ici ; réfléchissez encore. Je ne peux pas supporter l'idée que les gens ne se serrent pas la main à cause d'un point de vue ».

Pas à cause d'un point de vue, mais à cause des actes, lui ai-je dit. « Les actes étaient très agréables. Le contact avec le sol. Nous n'avons expulsé personne. C'était pratiquement pastoral ».  Aux yeux d'Atidiah, il n'y a pas de différence entre Ein Yahav et Einot Kedem.

« Ma mère m'a demandé : Que vas-tu faire ici ? J'ai répondu : je vais construire un bel endroit ici. Papa est allé à Ein Yahav et je suis venu ici. Je veux continuer le chemin de papa. Maman m'a demandé : qu'est-ce qu'il y a pour toi ? J'ai répondu que lorsqu'ils sont venus à Ein Yahav, ils auraient pu aussi poser cette question. La Ligne verte n'était pas un problème pour moi. Je n'ai pas grandi dans un foyer politique. J'ai signé un accord avec le Département des colonies, un shekel par dunam et par an [=2,50€ par hectare], pendant 49 ans ».

La terre est presque libre de bâtiments, il est interdit d'y construire. Atidiah a invoqué la loi jordanienne, qui autorise la construction d'une hutte agricole tous les 10 dunams, mais il n'a bien sûr pas construit de huttes agricoles mais un avant-poste aux structures multiples, toutes illégales.

« Ne me mêlez pas aux questions politiques. Nous n'avons pas d'approche politique. Je n'expulse aucun Arabe et je n'ai pas l'intention de laisser quiconque m'expulser », dit-il.

Y a-t-il une égalité ici ? « L'égalité est un mot qui pose problème. Y a-t-il une égalité entre les femmes et les hommes ? Je crois que dans dix ans, nous verrons une forme de vie plus égale ici. Nous sommes venus ici dans des conditions bien pires que celles de tous les Bédouins ici - et nous avons réussi ».

Vous jouez aux innocents. Vous avez un État et une armée derrière vous. « Au début, nous avons dû fuir l'armée. Les Bédouins sont des gens différents. C'est une culture différente ».

Avez-vous un seul ami non-juif de la région ? « C'est une partie de notre objectif ici ».

Peu à peu, Atidiah a abandonné les belles paroles et est devenu un peu plus extrême. Il a qualifié les activistes de Ta'ayush - une organisation de partenariat arabo-juive - d'anarchistes. Qu'est-ce qui fait d'eux des anarchistes ? Un jour, ils lui ont crié « terroriste ».

Pour sa part, Ta'ayush dit qu'Atidiah a expulsé des bergers palestiniens par la force et les a menacés à plusieurs reprises avec une arme. Le couple nie toute accusation de violence.

La semaine dernière, l'avocat Tawfiq Jabareen a déposé une pétition contre le ministre de la défense et l'IDF, demandant un jugement conditionnel ordonnant l'évacuation de la ferme d'Omer, au nom du Waqf musulman de Jéricho, propriétaire de la terre. Atidiah dit qu'il n'a rien contre la construction d'un village palestinien en face de sa ferme - raison de notre visite ici il y a un mois - si ce n'est le fait qu'elle endommage la montagne. Les Juifs endommagent aussi les montagnes, lui ai-je dit. Ils ont peur de vous ici.

« C'est l'un des obstacles au dialogue », dit-il. « C'est comme quand les gens ont peur d'une femme qui est très féminine, ou d'un homme qui est très masculin. C'est interdit d'être ici ? Tout comme je n'empêcherai personne de vivre sur un territoire particulier, tout comme mon père s'est battu au nom des Bédouins dans l'Arava,  nous ne voulons pas non plus expulser quelqu'un ou être expulsés nous-mêmes. Nous ne sommes pas en guerre ».

Après coup, j'ai pensé aux fermes appartenant à des Blancs en Afrique du Sud, et à quel point il devait être agréable de les visiter, tant que vous ne regardiez pas autour de vous.

Photos Alex Levac

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://cutt.ly/mfoL3YZ
Publication date of original article: 15/08/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=29465

 

Tags: Einot Kedem/Ferme d'OmerColons sionistesWadi ArabahCisjordanieCisjordanieVol de terresPalestine/Israël
 

 
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