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 15/08/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Des Palestiniens construisent un village sur leurs terres. Des colons armés d'un avant-poste illégal les sabotent
Date of publication at Tlaxcala: 17/07/2020
Original: Palestinians are building a village on their land. Armed settlers from an illegal outpost are sabotaging them
Translations available: Italiano 

Des Palestiniens construisent un village sur leurs terres. Des colons armés d'un avant-poste illégal les sabotent

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Une organisation d'agriculteurs de la région d'Ariha/Jéricho est en train de construire un village dans la zone A sous contrôle palestinien. Les colons locaux attaquent les ouvriers du bâtiment presque quotidiennement, mais l'entrepreneur croit que son groupe va triompher

La vue depuis le sommet de la colline est spectaculaire. Une vallée fleurie, des bosquets et des champs verdoyants avec quelques bâtiments éparpillés parmi eux, un poulailler et une porcherie - le tout entouré d'une terre autrement aride et blanchie. C'est à cela que ressemble la floraison de la nature sauvage. C'est à cela que ressemble l'apartheid israélien.

Les arroseuses dispersent l'eau en cercles dans la chaleur brûlante de midi ; il n'y a pas de problème d'eau dans ces champs. C'est une hora d'arroseuses, qui dansent et pulvérisent de l'eau. Tout autour, cependant, il n'y a que du sable et encore du sable. Sur les pentes de la colline, comme des chèvres accrochées à des rochers, se trouvent les communautés de bergers bédouins de la vallée du Jourdain, des Jahalines et d'autres tribus. Ils forment un dense groupe de tentes et de cabanes dans lesquelles des milliers de personnes vivent sans eau courante ni branchement au réseau électrique dans une chaleur étouffante.

Les cloches des moutons sonnent : les bergers font paître leur bétail ici, derrière les collines, parce qu'ils sont terrifiés par les colons, qui les chassent de presque partout. De temps en temps, l'administration civile du gouvernement militaire émet également des ordres de démolition, et les baraques des bédouins sont écrasées sous les chenilles des bulldozers israéliens, qui font respecter la loi.

Les communautés d'Al-Kaabneh, Rashidiya, Al-Maajath et Ras al-Auja se battent pour leur survie ici. Mais aucun mal ne sera fait à l'immense ranch situé au cœur de la vallée fleurie, avec ses maisons, ses champs, ses bosquets et ses animaux. Il est d’une illégalité flagrante, mais qui s'en soucie ?



Mouwafek Hachem, l’âme de la nouvelle entreprise. Au moins trois fois, dit-il, les colons ont pointé des fusils sur sa tête.

C’est Havat Omer (la Ferme d'Omer), alias Einot Kedem. Elle a été créée ici en 2004 par Omer Atidiah, un colons alors devenu religieux du Moshav Ein Yahav dans la région d'Arava centre, et sa partenaire, Naama, sur les ruines d'une base militaire abandonnée. Elle s'est étendue à un rythme effréné. Les groupes de visiteurs se voient désormais proposer une étrange variété de programmes et d'activités. Il y a "Desert Lite" ("Pour entendre notre histoire + thé et grignotines + visite à pied de la ferme") ; "Tranquillité dans le désert" ("Notre histoire + un repas dans le désert en face du paysage de la ferme") ; "Le jardin de Naama" ("Site d'ateliers et d'hospitalité pour couples") ; et même "La tente rouge" ("Site de femmes sous la lune"). On n’a qu’à choisir.

 

Un de complexes de l’avant-poste de Havat Omer

Mais la véritable merveille, aux proportions presque miraculeuses, est en train de se produire sur les collines à l'est de la ferme, au nord de Jéricho. Un rêve y est en train de se matérialiser : les Palestiniens construisent un nouveau village pour eux-mêmes, pour leurs propres agriculteurs et les bergers bédouins de la région, sur les collines qui surplombent Einot Kedem de l'est.

Pendant ce temps, Omer Atidiah, avec les colons de Mevo'ot Yericho et d'autres communautés voisines, font tout ce qu'ils peuvent pour arrêter et saboter les travaux de construction afin d'empêcher les Palestiniens de construire un village - à Dieu ne plaise ! - sur leur propre terre, dans un territoire qui est censé être sous leur contrôle. Pourtant, miracle des merveilles, il semble que cette fois, la main violente des colons ne l'emportera pas et que le village verra le jour.

Il y a quelques semaines, l'organisation Regavim, dont le but est de « protéger les terres nationales d'Israël », a publié sur sa page Facebook en hébreu une vive réaction aux tracteurs effronté des Palestiniens : « C'est honteux. Quand les gens de l'Autorité palestinienne se moquent de la police israélienne ». Regavim a affirmé que les travaux de terrassement s'étaient étendus au-delà de la zone A (qui, selon les Accords d'Oslo II, est sous le contrôle total des Palestiniens en matière de contrôle civil et sécuritaire).

« C'est bien sûr une effronterie de premier ordre de l'Autorité palestinienne, mais on laisse faire grâce à l'État d'Israël qui ferme les yeux, et à son grave manque de détermination. Aujourd'hui, nous avons donc bloqué les travaux. Nous continuerons à être sur le terrain afin d'empêcher leur reprise »,  écrit Regavim.

Il serait difficile d'imaginer une manifestation plus impudente d'hypocrisie et de manque de conscience de soi lorsqu'il s'agit de « fermer les yeux » sur un tracteur palestinien, face à l'intimidant Einot Kedem, qui s'étend sur au moins 2 400 dounams (240 hectares) - 4 000 dounams, selon les Palestiniens - et contre lequel aucune action légale n'a jamais été entreprise.

Quant à la légalité de l'exploitation agricole, un porte-parole de l'unité du coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires a déclaré à Haaretz cette semaine : « En ce qui concerne Havat Omer, la construction a été réalisée sans les permis et autorisations nécessaires ».  Alors, quand la force de la loi sera-t-elle appliquée à la ferme ? « L'application de la loi y sera effectuée conformément aux pouvoirs et procédures appropriés, et sous réserve de l'ordre des priorités et des considérations opérationnelles. »

Lors de notre visite cette semaine, d'énormes bulldozers soulevaient des nuages de poussière à l'est d'Einot Kedem, nivelant la zone et la préparant pour l'établissement du nouveau village, encore sans nom. Les 200 premiers dounams seront divisés en parcelles destinées à accueillir des centaines de familles. Ces familles sont membres de l'Association de Jéricho pour l'aide agricole, une sorte de groupe d'investissement immobilier composé de fellahs et de bédouins palestiniens qui construisent la nouvelle communauté avec leur propre argent et sans aide extérieure.



Des daims sur le site du village en construction, dans la vallée du Jourdain.

Au fond de cet endroit isolé et désolé, un sentiment de Far West flottait dans l'air cette semaine, sur fond d'attaques des colons. Ce sentiment s'est encore intensifié lorsqu'un fourgon avec des plaques d'immatriculation israéliennes est soudainement apparu dans la zone où sont garés les gros engins de terrassement, cachés derrière les collines de cet endroit du bout du monde. Du véhicule est sorti un jeune homme dodu et souriant, portant un chapeau à large bord, qui s'est présenté comme « Sufian Sawaad de Dimona ».

Le fantasie était maintenant complète : un Arabe israélien, de retour de 13 ans d'exil en Caroline du Nord, qui exploite les énormes  Caterpillars D10 appartenant à son père. Que faisait-il à l'étranger ? « Ce que font tous les Israéliens en Caroline du Nord. Je travaillais dans les kiosques des centres commerciaux et avec des téléphones portables », dit-il en riant au vent du désert.

Sawaad, qui a grandi à Dimona, vit aujourd'hui à Shfaram, une ville majoritairement musulmane du nord d'Israël. Avec l'ingénieur Tahar Hanani, originaire de Naplouse, il construit actuellement un village palestinien dans la vallée du Jourdain occupée et presque annexée. Il a lui aussi ressenti la colère des colons.

Armés de pistolets et de fusils, ils lui bloquent fréquemment le passage sur le chemin de terre qui mène au chantier, le forçant à faire demi-tour, explique-t-il. « Nous n'avons pas de problème avec toi, nous avons un problème avec les autres », lui disent-ils avec magnanimité.

La scène se répète constamment. Les colons affirment que les travaux de terrassement sont illégaux, ils convoquent l'armée et l'administration civile, l'ingénieur et l'entrepreneur leur montrent sur des cartes qu'ils sont dans la zone A, et les colons partent. Sawaad dit qu'il essaie d'éviter les confrontations avec eux, mais ils lui font aussi peur.

Mouwafek Hachem est l’âme de cette entreprise audacieuse et ambitieuse. Agé de cinquante ans, membre d'une des communautés bédouines de la région de Jéricho, il dirige l'association agricole qui construit le village sur les terres du Waqf (trust religieux musulman). Les travaux d'arpentage ont commencé en 2017 et les travaux sur place ont été lancés le 11 septembre 2019. Le vent arrache les cartes et les photographies aériennes qu'il a apportées pour nous les montrer. Il court pour récupérer les documents envolés et parvient finalement à les rassembler tous.

 

Bulldozer au travail sur le site

Les colons ont convoqué l'armée dès le premier jour de travail, mais après qu'Hachem leur eut prouvé que le projet était confiné à la zone A, il a été autorisé à poursuivre.

L'unité du coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires l'a dit à Haaretz cette semaine : « Les travaux de construction mentionnés dans votre requête sont effectués dans la zone A. Comme on le sait, l'administration civile est responsable de la mise en œuvre des pouvoirs civils dans la zone C uniquement, conformément aux accords d'Oslo. Les constructions palestiniennes qui n'ont pas lieu dans cette zone ne sont pas sous la responsabilité de l'administration civile ».

Au moins trois fois, dit Hachem, les colons ont pointé des fusils sur sa tête. Une douzaine de fois, ils ont arraché les poteaux d'acier mis en place par les géomètres, et les ouvriers ont dû tout recommencer. Deux conteneurs de diesel ont été vandalisés et les quatre conteneurs d'eau ont été volés. Mais l'esprit d'Hachem est resté inébranlable. Deux gardes bédouins sont sur le site 24 heures sur 24, pour surveiller le matériel. Mais lorsque les colons descendent dans leurs menaçants véhicules tout-terrain, les gardes (qui sont bien sûr désarmés) laissent tout tomber et s'enfuient pour sauver leur vie dans les collines.

Les parcelles des 200 premiers dounams nettoyés s'étendront de 400 à 2 000 mètres carrés (1 dounam équivaut à 1 000 mètres carrés), en fonction de la taille de chaque famille. Les habitations ne seront pas faites de pierre - il n'y a pas d'argent pour cela – mais seront  plutôt des huttes et des mobile homes. L'un des principaux défis sera de raccorder le nouveau village au réseau d'eau et au réseau électrique dès que possible. Il n'y a pas de financement extérieur pour ce projet, souligne Hachem, ni de l'AP ni de l'Union européenne. Le financement provient entièrement des 600 familles de l'association. Le budget des travaux de terrassement est d'environ 2 millions de shekels (=510 000€), et la pose de la ligne d'eau coûtera un autre demi-million de shekels.

Le plan pour la prochaine étape du rêve prévoit le défrichage de 3 800 dounams de terres du Waqf dans la zone C (contrôle israélien total), ce qu’Hachem ne sera évidemment jamais autorisé à faire. En attendant, il rêve des récoltes que le nouveau village produira : papaye, oranges, pomelos, citrons et, bien sûr, dattes.

Cette semaine, trois énormes D10 travaillaient à plein régime. Ils laissent une dernière section de 10 dounams pour la fin. C'est la section la plus proche de la Ferme d'Omer, et ils ont peur.

Photos d'Alex Levac, Ha'aretz

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.haaretz.com/israel-news/.premium.MAGAZINE-settlers-are-violently-sabotaging-the-dream-of-a-new-palestinian-village-1.8999723
Publication date of original article: 17/07/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=29337

 

Tags: Colons sionistesRésistance palestinienneVallée du JourdainPalestine/Israël
 

 
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