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 29/05/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Économie sépulcrale : les entreprises funéraires israéliennes exploitent les Juifs de la diaspora
Date of publication at Tlaxcala: 21/05/2020
Original: Underground economy: Israel's burial societies exploit Diaspora Jews

Économie sépulcrale : les entreprises funéraires israéliennes exploitent les Juifs de la diaspora

Liat Levi ליאת לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Les exploitants de cimetières israéliens pratiquent des prix exorbitants en violation de la loi, bafouent les règles et entassent les tombes dans tous les espaces disponibles. La réglementation est lacunaire. 

Le cimetière Ganei Ester à Rishon Letzion. Photo Eyal Toag

 

En août dernier, la santé de Simcha Plisner a commencé à se détériorer. Ce juif usaméricain de 71 ans, marié à Rachel, une ancienne israélienne, a commencé à préparer son enterrement à Ashdod. La ville portuaire israélienne était la ville natale de Rachel, et elle avait prévu d'y retourner.

Quelques jours avant la mort de Simcha, Rachel a commencé les procédures pour acheter un terrain et à organiser le transfert de son corps en Israël. Elle a contacté le conseil religieux d'Ashdod, qui propose les services d'une hevra kadisha [litt. Assemblée sainte, trad. par confrérie funéraire en Israël et société du dernier devoir en France], une société religieuse d'inhumation. Celle-ci lui a offert un terrain, tous frais compris, pour 52 000 shekels (14 800$, 13 500€).

« Un terrain dans le cimetière est cher », a déclaré le conseil à un parent des Plisner, expliquant que cela était dû à la forte demande des Juifs français.

Coûteux à quel point ? Il s'avère que Rachel Plisner a payé près de 50% de plus que le prix que la hevra kadisha d'Ashdod est autorisée à demander à un résident étranger. La facture qu'elle a reçue comprenait 2 000 shekels [520€] pour le trajet d'une demi-heure pour transporter le corps de l'aéroport international Ben-Gourion au cimetière ; 6 300 shekels [1 640€] pour « s'occuper du corps »  et 43 600 shekels [11 300€] pour le terrain lui-même.

Mais dans une circulaire, le ministère des Services religieux indique que pour une parcelle en plein air, une société d'inhumation peut faire payer aux résidents étrangers au maximum cinq fois les frais légalement fixés pour un résident juif d'Israël qui achète une parcelle avant sa mort, mais pas moins de 30 000 shekels. Le tarif normal à Ashdod est de 5 726 shekels, donc cinq fois plus, ça ferait 28 630 shekels, mais on ne sait donc pas pourquoi Plisner a payé beaucoup plus que 30 000 shekels pour le terrain.

En réponse, le Conseil religieux d'Ashdod a déclaré qu'il préférait réserver son terrain aux résidents locaux, qui sont enterrés gratuitement. « Néanmoins, si nous recevons une demande d'achat d'une parcelle, elle est soumise à un comité qui détermine si elle répond aux critères », a déclaré le conseil.

Les cimetières israéliens sont gérés par des sociétés d'inhumation - des organisations à but non lucratif qui administrent et développent les cimetières, et fournissent des services funéraires. Tout Israélien a le droit d'être enterré gratuitement près de son lieu de résidence, les frais de 5 000 à 7 000 shekels étant pris en charge par la Caisse d’Assurance Nationale

Ces revenus ne suffisent pas à couvrir tous les frais des cimetières et, comme le gouvernement ne les finance pas régulièrement, la loi autorise les hevra kadishas à vendre des parcelles « spéciales » pour des sommes allant de 4 000 à 80 000 shekels. Dans le cas des étrangers, une hevra kadisha peut vendre jusqu'à 10% de ses parcelles régulières à un prix cinq fois supérieur à celui fixé par la loi pour les Israéliens.

Des employés de la Hevra Kadisha portant des vêtements de protection, conduisent le corps d’un homme décédé des suites de complications d’une infection au Coronavirus (COVID-19), au salon funéraire Shamgar à Jérusalem, le 29 mars 2020. Photo Yonatan Sindel/Flash90

Ces dernières semaines, le sujet de la vente de parcelles funéraires aux Juifs de la diaspora a reçu beaucoup d'attention, car la pandémie de coronavirus a provoqué une augmentation de 30% du nombre de corps transportés par avion vers Israël. On s'attend à ce que ce chiffre augmente, car de nombreuses familles ont enterré temporairement leurs proches dans leur pays de résidence et prévoient de les enterrer à nouveau en Israël lorsque le service aérien régulier vers Israël reprendra.

Même en temps normal, des centaines de Juifs de la diaspora sont enterrés en Israël. Les origines de cette pratique remontent à la croyance que les premiers des morts qui se réveilleront avec la venue du Messie seront ceux qui sont enterrés près du Mont du Temple à Jérusalem. Les Juifs sont donc prêts à payer jusqu'à 80 000 shekels pour un terrain en plein air sur le Mont des Oliviers tout proche.

Non seulement la vente des tombes aux étrangers est chaotique, mais pendant des années elle s'est faite sans surveillance, encourageant l'exploitation des familles des morts et la vente de terrains publics au plus offrant. Les sociétés funéraires vendaient les parcelles à des prix non réglementés et sans procédures ordonnées et transparentes.

Une décennie s'est écoulée depuis la première tentative d'adoption d'un statut de sépulture juive en Israël et, à ce jour, le ministère des Services religieux attend les derniers commentaires sur le plus récent projet de loi.

 

Transport aérien de corps vers Israël.  Photos Michael Gutwein/AP

 

Des groupes puissants et influents, notamment les sociétés d'inhumation et les ministères concernés, ont exploité les lacunes de la réglementation. Même lorsqu'il y a eu des règlements clairs, ils n'ont pas été appliqués. Dans de nombreux cas, des parcelles d'inhumation coûteuses sont dealées au marché noir, des tombes sont construites illégalement et les prix sont fixés arbitrairement.

Plus récemment, le ministère des Services religieux a édicté des règlements visant à rétablir un semblant d'ordre et s'efforce de les faire appliquer plus activement. Mais il se heurte à un déséquilibre entre l'offre et la demande qui ne cesse de s'aggraver, car la quantité de terrains disponibles pour les cimetières n'a pas suivi le rythme du nombre de tombes nécessaires chaque année.

Un rapport publié en mars par le bureau du Contrôleur d'État sur les enterrements en Israël prévoit que d'ici quelques décennies, rien que dans le centre du pays, il manquera 1,5 million de parcelles et que peu de choses sont faites pour relever ce défi.

Le rapport note que seulement 24% des cimetières ont des plans détaillés approuvés, que des dizaines de sociétés funéraires opèrent sans licence et que dans certains cas, les défunts ont été enterrés sur des terres qui n'ont pas été désignées à cet effet. Il a constaté que les autorités ne disposent d'aucune information sur les infractions en matière de planification et de construction et qu'elles utilisent rarement les outils dont elles disposent pour faire respecter la loi.

Le contrôleur a également constaté qu'environ un quart des étrangers qui ont reçu l'approbation du ministère des Affaires étrangères pour être enterrés en Israël entre 2015 et 2017 ont été traités par des organisations qui n'étaient soumises à aucune surveillance.

Selon le rapport du contrôleur, la hevra kadisha qui gère le cimetière Eretz Hachaim à l'ouest de Jérusalem à Beit Shemesh, un cimetière destiné principalement aux Juifs de la diaspora, travaille apparemment depuis 18 ans sans licence valide.

 

Le cimetière Eretz Hachaim

Shamshi Mozes, dont l’entreprise Mozes Travel est l'une des principales sociétés britanniques organisant des enterrements en Israël, a déclaré qu'il n'était pas au courant de cela et a déclaré que de nombreux Juifs de sa communauté avaient déjà acheté des parcelles dans le cimetière de Beit Shemesh. Il a ajouté qu'il n'était pas non plus au courant du fait que les règlements exigent qu'une société d'inhumation sans licence révoque les ventes de parcelles et rembourse l'argent.

Les avocats d'Eretz Hachaim ont déclaré que les tribunaux ont décidé que les accords ne peuvent pas être révoqués rétroactivement, malgré la directive du ministère. D'autre part, ils ont déclaré qu'Eretz Hachaim n'a pas vendu de nouvelles parcelles depuis que la directive a été émise.

Bien qu'Eretz Hachaim opère apparemment sans licence, elle continue à enterrer des Juifs de l'étranger. L'ambassade d'Israël à Londres continue d'approuver le transfert des corps à Eretz Hachaim même si elle sait que la société opère sans licence. Le rabbin Gideon Sylvester, de la Synagogue Unie de Grande-Bretagne, qui vend des parcelles à Eretz Hachaim, a participé récemment à des funérailles à cet endroit et a déclaré qu'il n'était pas au courant que la hevra kadisha fonctionnait apparemment en violation des règlements.

Selon son rapport financier de 2016 (la dernière année où il en a remis un au Registre des organisations sans but lucratif, après quoi sa certification de « bonne gestion » a été retirée), Eretz Hachaim a vendu 211 parcelles en 2015 pour 4,1 millions de shekels [1,062 million d’€] soit environ 19 500 shekels [5 000€] par parcelle.

Néanmoins, une brochure publiée en décembre 2016 par United Synagogue proposait des parcelles à vendre pour 29 000 shekels (6 000 livres sterling, au taux de change de l'époque). En outre, elle indique que la société de Mozes facture environ 18 000 shekels pour transporter le corps en Israël, tandis que le cimetière facture environ 5 500 shekels pour l'entretien et 6 800 shekels pour les funérailles - soit un total de près de 60 000 shekels.

Le contrôleur a souligné que les sociétés funéraires ne sont pas autorisées à déléguer le pouvoir de vendre des parcelles à un autre individu ou une autre société, ce qui serait en violation de la loi interdisant le commerce des parcelles. Eretz Hachaim a répondu qu'il n'avait pas délégué son pouvoir de vendre des parcelles depuis que la réglementation interdisait cette pratique, mais a fait remarquer que la réglementation permettait d'attribuer des parcelles aux communautés juives à l'étranger.

« Eretz Hachaim n'a jamais agi par l'intermédiaire de médiateurs. Tout groupe qui se présente ainsi le fait sous sa propre responsabilité », a-t-il déclaré. « Eretz Hachaim ne vend pas de tombes depuis l'époque où le ministère des Services religieux lui a demandé de ne pas le faire. Dans le même temps, il y a des revenus provenant de la vente de parcelles de terrain négociées antérieurement, principalement des paiements échelonnés et des services d'inhumation liés aux tombes vendues dans le passé. Eretz Hachaim a vendu les tombes sur la base d'une liste de prix conforme aux directives du ministère des services religieux3, a-t-il déclaré, ajoutant qu'il n'était pas responsable des brochures publiées par des organisations extérieures.

Sur la question de l'absence de licence, Eretz Hachaim a déclaré qu'il était en contact permanent avec le ministère, lui fournissant des rapports, des plans, des données et tout ce que le ministère demandait.

Au cimetière de Hadarom, à la frontière entre les banlieues de Holon et Bat Yam à Tel-Aviv, de nombreuses pierres tombales noires élégantes du bloc 14, zone 3, semblent avoir été construites de manière sporadique sur un terrain qui était autrefois un sentier.

Hadarom, le plus ancien des cimetières de la région de Tel-Aviv, compte officiellement 200 000 tombes. Même s'il a été déclaré « fermé » il y a quelques années, ce qui signifie que seulement 1% des parcelles sont encore disponibles à la vente, de nouvelles tombes continuent d'être construites. Il y a une incitation financière à le faire car dès qu'un cimetière est déclaré « fermé », la hevra kadisha est autorisée à vendre les parcelles restantes au plus offrant, quel que soit le prix qu'elle peut obtenir.

Certaines parcelles semblent avoir été construites récemment au milieu des chemins et près des toilettes et ne figuraient probablement pas sur le plan original du cimetière. Malgré cela, il n'y a pas d'informations publiques sur le nombre de parcelles restantes. L'Institut national d'assurance n'a pas répondu aux demandes d'accès aux plans, et le directeur de Hadarom a refusé de le dire. « Ce n'est pas une information que nous souhaitons rendre publique », a-t-il expliqué.

La hevra kadisha de Tel-Aviv a également évité de répondre. « Selon nos conseillers juridiques, la société n'a aucune obligation de vous fournir les informations demandées. L'information demandée nécessiterait en partie la remise de données qui ne sont pas censées être révélées à des tiers ... et qui pourraient nuire à la société et à l'objectif qu'elle poursuit », a-t-elle déclaré.

Depuis que le cimetière de Ganei Ester [Jardin d’Esther], qui appartient à la hevra kadisha de Rishon Letzion, a été déclaré fermé au début des années 2000, un grand nombre de parcelles ont été vendues à des prix non surveillés - bien plus que le nombre de parcelles déclarées le jour de sa fermeture. Le contrôleur d'État estime le chiffre à environ 2 000 parcelles, générant un total de 76 millions de shekels [20 millions d’€].

Aujourd'hui encore, certaines parcelles doivent être vendues au plus offrant. Dans un enregistrement obtenu par TheMarkerWeek, l'hebdomadaire économique de Haaretz, on entend Yehuda Weiss, un greffier qui travaille pour la société funéraire de Rishon depuis 1996, mener des négociations par téléphone avec un enquêteur privé sur cinq doubles parcelles - trois pour des étrangers et deux pour des Israéliens, dans une zone désignée comme fermée.

« Comment payez-vous ? » demande Weiss, qui précise ensuite les modalités de paiement : « Pour les Israéliens, vous payez environ 59 000 shekels pour chaque double parcelle. Pour les "étrangers", c'est 111 000 shekels pour une double parcelle. » Après que Weiss a demandé si l'acheteur était intéressé par des tombes adjacentes, et avant qu'ils ne concluent la conversation, il a ajouté : « Elles peuvent ne pas être adjacentes, parce que s'il y a une demande, je les transfère d'un endroit à l'autre ... premier arrivé, premier servi. Celui qui vient, paie, achète, a acheté. Vous comprenez ? Pour moi, vous êtes un [acheteur] potentiel. »

Quelques minutes plus tard, dans une nouvelle conversation téléphonique, Weiss a demandé plus pour un double terrain pour un résident israélien. « Le prix que j'ai proposé tout à l’heure est pour un résident de Rishon », a dit Weiss, « donc il n'y a pas de malentendu ».

« Quel est le prix pour un Israélien qui n'est pas de Rishon ? » demande l'enquêteur. Weiss répond : « 74 658 shekels. » [19 394€]

« C'est de l'exploitation grossière et de la tromperie vis-à-vis gens dans leurs moments les plus difficiles. Les gens ont été obligés de payer des sommes très élevées, des dizaines de milliers de shekels, pour enterrer leurs proches après avoir été trompés en pensant que tout allait bien », déclare Paz Moser du cabinet d'avocats Lieblich-Moser de Tel-Aviv, dont le cabinet cherche à faire certifier une action collective contre la hevra kadisha de Rishon Letzion au nom des personnes qui ont acheté des tombes dans des zones fermées.

En réponse, la hevra kadisha de Rishon Letzion a déclaré que les zones publiques de son cimetière sont accessibles aux habitants de la ville, qui, en vertu de la loi, ont le droit d'être enterrés dans leur ville natale. D'autres zones sont allouées aux étrangers, qu'il s'agisse d'Israéliens vivant en dehors de la ville ou de Juifs de la diaspora.

« La vente des tombes aux étrangers se fait conformément à la loi, ce qui permet à la hevra kadisha d'aménager des parcelles où l'enterrement est gratuit. L'argent qu'elle reçoit de la vente des parcelles est utilisé pour acheter des terrains pour de futures parcelles et pour développer les zones publiques [du cimetière] pour les résidents de la ville », a-t-elle déclaré.

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Courtesy of Tlaxcala
Source: https://cutt.ly/2yU9jYl
Publication date of original article: 15/05/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28985

 

Tags: Business funéraireIsraël/DiasporaCrise du coronavirus
 

 
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