TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı

 04/06/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Mon combat : Athènes contre Jérusalem
Date of publication at Tlaxcala: 27/02/2020
Original: My Struggle: Athens vs Jerusalem

Mon combat : Athènes contre Jérusalem

Gilad Atzmon جيلاد أتزمون گيلاد آتزمون

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

J'ai commencé à étudier l’identité juive il y a deux décennies. Cette étude a commencé en réaction aux attaques incessantes contre les penseurs juifs dissidents qui ne répondaient pas aux critères du « programme révolutionnaire » de la soi-disant gauche juive  « antisioniste ».  J'ai rapidement compris que c'était en fait la gauche juive, les radicaux et les progressistes, qui présentaient les traits les plus inquiétants habituellement associés au sionisme et à l'identitarisme juif.

Sisyphe roulant son rocher, surveillé par Perséphone. Vase attique, VIème s. av. J-C

J'en ai été éberlué : ceux-là mêmes qui pratiquent une politique tribale et évoluent dans des cercles politiques qui pratiquent la  ségrégation raciale prêchaient aux autres l'universalisme.  J'en suis venu à comprendre que rien n'était transparent ou évident dans la culture et l'identitarisme juifs, et que c’était voulu. J'ai décidé d’éclaircir l'énigme juive en partant d’un nouveau point de vue : au lieu de chercher à savoir qui ou ce que sont les Juifs, j'ai demandé à ceux qui s'identifiaient comme Juifs en quoi ils croyaient, à quels préceptes ils adhéraient. Cette question a constitué la première étape de mon combat.

En publiant en 2011 The Wandering Who ? [Le Quoi errant?], j'ai réalisé que ceux qui s'identifient comme Juifs peuvent être divisés en trois catégories non contradictoires. 1. Ceux qui suivent la Torah et les mitzvots [commandements]. 2. Ceux qui s'identifient à leur ascendance juive. 3. Ceux qui s'identifient politiquement comme juifs. Dans The Wandering Who, j'ai soutenu que, si la première et la deuxième catégorie sont innocentes, la troisième catégorie est toujours contaminée par le déterminisme biologique. La troisième catégorie est, en fait, raciste jusqu'à la moelle. Alors que les Juifs ne sont pas nécessairement une race, la politique juive a trop souvent une orientation raciale. Cela vaut aussi bien pour les sionistes que pour les soi-disant « anti »- sionistes. Dans mon travail, je ne fais pas de réelle distinction entre les Juifs sionistes et leurs opposants juifs. J'ai constaté qu'ils sont tous également racistes.

Il y a d’autres enseignements à tirer de cette approche catégorielle. Il apparaît que peu de Juifs qui s'identifient comme tels appartiennent exclusivement à une seule de ces catégories. L'identité juive est une structure à plusieurs étages.  Un colon de Cisjordanie, par exemple, est généralement adepte de la Torah et des mitzvots (catégorie 1), il parle le plus souvent au nom de son ascendance juive et prétend même descendre de personnages de la Bible (catégorie 2). Et il va sans dire qu'un colon juif de Cisjordanie s'identifie et agit politiquement comme juif (catégorie 3). Étonnamment, un militant du JVP[1] de Brooklyn n'est pas si différent. Il ou elle peut ne pas adhérer à la Torah mais s'identifie probablement ethniquement comme juif (catégorie 2) et agit certainement politiquement en tant que Juif (catégorie 3).

Dans The Wandering Who, je soutenais que, si le sionisme est une idéologie raciste, alors les Juifs antisionistes sont au moins aussi coupables du même crime. En fait, à la Knesset israélienne, le troisième parti en nombre de membres est un parti palestinien. Faites le compte des non-juifs : tâchez de savoir combien de Palestiniens ou de « Gentils » font partie du conseil d'administration du JVP ou de la British Jewish Voice for Labour (qui n'accepte même pas les non-juifs comme membres à part entière). Il va sans dire que cette observation ne m'a pas rendu excessivement populaire chez les sionistes et leurs soi-disant opposants.

Le jour de la publication de The Wandering Who, j’ai reçu une volée de bois vert. Ce qui avait commencé comme une quête de la vérité ou, du moins d’une certaine compréhension, s'est transformé en une guerre meurtrière. Bizarrement, personne ne s'est soucié de trouver une erreur dans mon travail ou n'a dit ce qui était faux dans mon raisonnement. Personne n'a prétendu que les faits sur lesquels je fondais mon argumentation étaient inexacts. Tant les sionistes que les « anti » ont utilisé toutes les armes de leur arsenal idéologique pour tenter de me faire taire. On m'a traité de raciste, d'antisémite et de nazi alors que tout mon travail est antiraciste et contraire aux thèses racistes hostiles aux Juifs. 

Depuis 2011, je fais l'objet d'une lâche campagne de calomnies. Mais la guerre qui m'a été imposée m'a en fait aidé à affiner mon point de vue sur la politique identitaire juive. J'ai réalisé que la judéité (yehudiyut) recèle de multiples façons d'être membre du peuple  « élu ». Les juifs rabbiniques célèbrent le fait d'être les enfants préférés de Dieu. Les Juifs athées, dans la pratique, se sont débarrassés du Dieu qui les avait choisis au départ, afin de faire valoir leur propre supériorité en tant qu’athées. Les juifs marxistes se distinguent par leur croyance en l'égalité. Les Juifs adeptes du Tikkoun Olam croient que c'est à eux de sauver les Goyim [« Gentils »]. Ayant poursuivi cette étude quelques années de plus, j'ai compris que le judaïsme n'est qu'une religion juive parmi d'autres, et que ce n'est même pas la plus populaire des religions juives.

Le grand philosophe israélien Yeshayahu Leibowitz a découvert dans les années 1970 que, si les Juifs ont de nombreuses religions et croyances, tous les Juifs croient en l'Holocauste. C'est cette observation de Leibowitz qui est à la racine de la notion de religion de l'Holocauste. Quand j'ai écrit Being in Time, j'ai réalisé que pratiquement chaque précepte peut devenir une religion juive tant qu'il affirme clairement le concept  de l’appartenance au« peuple élu », l'amour de soi ou l'affirmation de sa propre valeur.

Le psychanalyste français Jacques Lacan a révélé que « l'inconscient est le discours de l'Autre » ; la peur que nos secrets les plus intimes soient dévoilés et étalés sur la place publique. En termes lacaniens, l'inconscient des juifs est la peur que les « Goyim sachent ». Leur hantise est que les gens « de l’extérieur » commencent à parler de ce qui se passe sous leurs yeux : qu'il s'agisse de la domination de l'AIPAC[2] sur la politique étrangère usaméricaine, de la destruction du parti travailliste britannique ou de la menace constante pour la paix mondiale que constituent  Israël et son lobby.

À en juger par leurs tentatives désespérées de me faire taire, je suppose que je dois être considéré, au moins par mes détracteurs juifs, comme un vecteur privilégié de cette prise de conscience toujours plus générale - après tout, il y a déjà quelques temps que je donne l'alerte.

Les Juifs n'aiment pas ceux qui quittent la tribu. Jésus en a payé le prix, tout comme Uriel da Costa et Spinoza.  Pour les Juifs, l'ancien Juif (ou l’ex-juif) est une menace, très probablement parce que de nombreux Juifs peuvent être inquiets quant au fondement éthique de leurs croyances, de leur culture et de leur idéologie de base. Les juifs progressistes éclairés sont probablement assez intelligents pour s'avouer à eux-mêmes que le fait de naître dans le « peuple élu » est un concept dérangeant car fondé sur la supériorité raciale. Les juifs honnêtes subodorent peut-être  qu'être choisi par un Dieu que vous avez vous-même inventé pour vous favoriser par rapport au reste de l'humanité est une curiosité. Les Juifs orthodoxes comprennent qu’une grande partie de leurs croyances fondamentales est incompatible avec la tradition occidentale d’humanisme universel. De nombreux sionistes savent que leur revendication d'un droit historique sur une terre où ils n'ont jamais vécu est ridicule.

La stratégie juive pour gérer ces craintes inclut la suppression des libertés élémentaires : Le pouvoir juif, tel que je le définis, est le pouvoir de réprimer les critiques du pouvoir juif. Je crois que c'est moi qui ai inventé le slogan « Nous sommes tous des Palestiniens ». Conformément à ma définition du pouvoir juif, les Palestiniens sont ceux qui ne peuvent même pas prononcer le nom de leur oppresseur. Alors qu'Israël s'appelle l'État juif et se vante d'être juif, les Palestiniens et leur mouvement de solidarité font tout leur possible pour éviter le « mot en J ». Lorsque les institutions juives britanniques, y compris le grand rabbin et la presse juive britannique, ont appelé à une guerre ouverte contre le Labour britannique et son chef, personne au sein du parti travailliste n'a osé prononcer le « mot en J », sauf pour demander aux Juifs leur pardon. La condition des Palestiniens, de ne pas pouvoir nommer leur oppresseur, est aujourd'hui un symptôme global. Cette suppression de la parole et de la pensée a évolué en une tyrannie du « politiquement correct ».

Lorsque j'ai écrit Being in Time, j'ai compris que mon combat avait des implications qui dépassaient de loin mes objectifs intellectuels initiaux.  Ce à quoi nous sommes confrontés en tant que sujets occidentaux est une bataille de masse entre Athènes et Jérusalem, dans laquelle Athènes est le lieu de naissance de la pensée occidentale et Jérusalem la ville de la révélation. Athènes nous apprend à penser, Jérusalem exige notre obéissance. 

Les valeurs humanistes occidentales et les atouts intellectuels dont nous sommes aujourd’hui nostalgiques sont venus d'Athènes : la démocratie, la tolérance, la liberté d'expression, la philosophie, l'Agora[3], la science, l'éthique, la poésie et la tragédie. Jérusalem nous a donné des lois, les « mitzvots », des règles énonçant ce qui est prescrit et proscrit. Athènes nous apprend à penser de manière éthique : à Jérusalem, l'éthique est remplacée par les Dix Commandements, des règles à respecter.

Jérusalem n'est pas seulement un « domaine juif ». La « Jérusalémisation » de notre univers est visible dans tous les recoins de la société : de la culture pop au lieu de travail, au milieu universitaire, et plus encore. C'est la tyrannie du « politiquement correct » adoptée par la « nouvelle gauche » et au moins aussi répandue parmi les identitaires de droite.

Mon combat, tel que je l’entends maintenant, s’est transformé en une quête métaphysique. Je me bats pour rendre à Athènes sa place dans mon âme. Si vous voulez que l'Occident redevienne grand, mon combat est le vôtre.  Défiez Jérusalem, dites non à l'autoritarisme, installez Athènes dans votre cœur : apprenez à dire ce que vous pensez, dites la vérité telle que vous la voyez et assumez-en les conséquences.

NdT

[1] Jewish Voice for Peace, Voix juive pour la paix, organisation de juifs opposés à l’occupation de la Cisjordanie,, Jérusalem-Est et Gaza, fondée en 1996. Elle compte parmi ses parrains  Tony Kushner, Sarah Schulman, Judith Butler, Noam Chomsky, Naomi Klein et Wallace Shawn.

[2]   AIPAC : American Israel Public Affairs Committee, principale organisation de lobbying sioniste aux USA

[3] Agora : équivalent grec du « forum » romain, réunion du peuple afin d’exercer ses droits politiques, puis lieu où ces réunions avaient lieu, en particulier à Athènes.

 

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_21691.jpg





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://gilad.online/writings/2020/2/20/my-struggle
Publication date of original article: 20/02/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28203

 

Tags: Tribalisme juifSuprémacisme juifAthènes contre JérusalemPalestine/Israël
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.