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 31/05/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Une Allemagne autre? Pas avec une telle politique vis-à-vis d’Israël
Date of publication at Tlaxcala: 16/02/2020
Original: A different Germany? Not with its Israel policy
Translations available: Deutsch 

Une Allemagne autre? Pas avec une telle politique vis-à-vis d’Israël

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Eve Harguindey

 

Vendredi, l'Allemagne a prouvé qu'elle est sur une pente savonneuse par rapport à son passé. Sa décision d'être un ami de l'occupation israélienne à la Cour pénale internationale de La Haye, aux côtés de parangons de la morale comme les gouvernements de Hongrie, d'Autriche et de la République tchèque, devrait inquiéter tous les Allemands hantés par le passé.

 

À la fin de son impressionnante carrière, sous la menace de l'antisémitisme dans son pays, Angela Merkel est prête à tout pardonner à Israël dans une réaction pavlovienne. Elle abuse ainsi de sa fonction de chancelière de l’autre Allemagne et de sa position comme l'une des derniers défenseures des droits humains dans le monde. Il nous reste Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping.

Une Allemagne qui n'autorise pas d'enquête sur les crimes de guerre, quel que soit le pays, n'est pas une Allemagne différente mais une Allemagne qui provoque des crimes de guerre. Parfois, il semble que tant qu'Israël n'aura pas adopté les méthodes des nazis - et bien sûr, c'est très loin d'être le cas - l'Allemagne légitimera toutes les actions d'Israël.

L'Allemagne pense faire cela pour expier son passé, mais la vérité est tout le contraire : tant que l'Allemagne ne se tient pas aux côtés des opprimés et des occupés, elle trahit les leçons du passé. Cela est particulièrement grave pour Israël, le pays de ses victimes directes, et pour les Palestiniens, ses victimes secondaires.

Dans sa demande d'adhésion en tant qu'ami de la Cour, l'Allemagne a accepté les revendications d'Israël selon lesquelles la CPI n'a pas le pouvoir d'entendre les soupçons de crimes de guerre dans les territoires palestiniens occupés en 1967. L'explication que l'Allemagne a donnée pour justifier sa position est particulièrement étrange : l'Allemagne est un fervent partisan de la solution à deux États et la CPI n'a aucune compétence en la matière.

Nous avons vu le ferme soutien de l'Allemagne au fil des ans ; à son apogée, elle a atteint un niveau de soutien de pure forme. L'une des questions dont la Cour est saisie est celle des colonies : aucune autre question n'a détruit plus profondément la possibilité d'une solution à deux États. Aujourd'hui, l'Allemagne dit à La Haye de laisser les colonies tranquilles. Alors qui va arrêter les colonies ? Le Conseil de Yesha [organe représentatif des colons juifs de Cisjordanie, appelée Judée-Samarie, NdT] ? Le gouvernement israélien ? La Maison Blanche ? Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, partenaire de Merkel en tant qu'ami de la cour ?

Une question pour l'Allemagne : si ce n'est pas La Haye, qui devrait enquêter sur ce qui s'est passé à Gaza entre le Vendredi noir à Rafah et le meurtre de manifestants à la barrière frontalière ? L'armée israélienne ? L'AIPAC ? Peut-être cet expert renommé en droit international, Donald Trump, par l'intermédiaire de son gendre, cet honnête courtier de Jared Kushner ?

Il a fallu cinq ans à la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, pour conclure qu'il y a des soupçons de crimes de guerre concernant les colonies, la guerre de Gaza de 2014 et les protestations à la barrière frontalière de Gaza. Le gouvernement Merkel pense-t-il que ces soupçons ne devraient pas faire l'objet d'une enquête ? Pourquoi ? Parce que le suspect est Israël ?

Après la décision du Bundestag selon laquelle le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions est antisémite, voilà que l’Allemagne soutient l'occupation israélienne à La Haye, ce qui jette une lourde ombre morale sur elle. L'obligation de l'Allemagne est de tout faire pour la sécurité et la prospérité d'Israël. Elle devrait également être prudente dans sa critique d'Israël, plus que tout autre pays.

Mais se précipiter en tête de la file de ceux qui soutiennent l'immunité complète d'Israël est un pas de trop qui va dans le sens exactement opposé des leçons de l'Holocauste. L'immunité pour Israël n'est pas un geste d'amitié, ni un souci pour son image. Les fondateurs de l'Allemagne différente auraient honte. Dans la première moitié des années 70, le chancelier allemand Willy Brandt n'aurait pas prêté main forte à une telle démarche. Et son homologue autrichien, Bruno Kreisky, n'aurait pas laissé son pays défendre l'occupant et s’en prendre à la victime.

Vendredi, l'Allemagne a dit à Israël : développez les colonies à votre guise, bombardez Gaza autant que vous le souhaitez, continuez à tirer sur les manifestants avec de vraies balles, sans retenue. Vous êtes à l'abri de toute critique et certainement des poursuites judiciaires à La Haye. La Haye, c'est pour les faibles. La Haye est pour les Yougoslaves et les Africains, pas pour les dirigeants politiques et les officiers israéliens.

L'Allemagne dit à Israël : vous êtes un pays au-dessus de tout soupçon. Voilà jusqu'où la culpabilité a conduit la dirigeante la plus éclairée d'Europe aujourd'hui. Lorsqu'il s'agit d'Israël, Merkel et Trump, c’est bonnet bleu et blanc bonnet. Ni plus ni moins.       

 

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Courtesy of Tlaxcala
Source: https://cutt.ly/MrVzi6f
Publication date of original article: 16/02/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28104

 

Tags: Allemagne-IsraëlCrimes de guerre siraéliensImpunité sionisteCPIPalestine/Israël
 

 
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