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 EUROPE 
EUROPE / Le crime de solidarité d'Egidio Tiraborrelli, un héros de notre temps
Date of publication at Tlaxcala: 24/01/2020
Original: Il crimine di solidarietà di Egidio Tiraborrelli, eroe del nostro tempo

Le crime de solidarité d'Egidio Tiraborrelli, un héros de notre temps

Annamaria Rivera

Translated by  Rosa Llorens Ρόζα Λιώρενς
Edited by  Fausto Triana

 

L'histoire dont je vais parler ressemble à un récit plein de péripéties avec une fin tragique : elle a été rapportée en son temps par Rete Diritti in Casa [Réseau Droits à la Maison] – un collectif qui se bat pour le droit au logement – de même que par quelques titres online de gauche, puis rediffusée par l'agence ACI et le quotidien Avvenire, mais plus aucun autre média de dimension nationale.

Son protagoniste, Egidio Tiraborrelli, était né en 1937 à Casalbordino, dans la province de Chieti. Dans son enfance, il fut gravement blessé à la tête par l'explosion d'une mine destinée à détruire un tank allemand. Plus tard, à 16 ans, il dut émigrer en Argentine par bateau, avec sa mère, un frère et une sœur pour rejoindre son père et un frère aîné, qui étaient installés là depuis quelques années.

Après avoir circulé à travers le monde pendant des décennies comme ouvrier soudeur pour la SNAM, la SAIPEM, et d'autres entreprises, il revint finalement en Italie. Il passa quelques années à Pavullo nel Frignano, une commune de la province de Modène, où il tenta de créer une petite entreprise, et finit par arriver à Parme, pour se faire soigner d'un cancer du poumon, alors qu'il relevait par ailleurs d'une intervention cardiaque. Sa retraite étant si modeste qu'il bénéficiait d'une allocation complémentaire, il fut d'abord accueilli par une famille marocaine, dans une maison minuscule, puis finit dans un logement du Secours Catholique. En 2015, il entre en contact avec la Rete, mais comme il n'y avait pas de place ailleurs, et qu'il ne supportait pas les règles et horaires fixes, il sollicita et obtint de pouvoir « habiter » dans sa roulotte, garée dans la cour d'un des immeubles occupés, celui de via La Spezia.

Egidio à 18 ans, en 1955, à Buenos Aires. Il a vécu la plus grande partie de sa vie adulte à Comodoro Rivadavia, dans la province de Chubut, en Patagonie

Il s'intégra dans cet environnement au point de cultiver un petit jardin, qu'il avait lui-même créé, et dont il offrait les produits aux autres locataires, avec lesquels il entretenait des relations d'amitié, de solidarité et de soutien réciproque. Cela l'aidait à supporter avec courage, et même sérénité, les nombreux maux qui l'affligeaient, résultat d'une vie aussi intense et mouvementée que dure et difficile : d'une hernie à des veines variqueuses, de problèmes de circulation au cancer. Quelques mois avant la fin tragique de son histoire, il avait subi une opération de l'aorte, affrontée elle aussi avec courage, force d'âme et même sens de l'ironie : c'était les qualités qui le caractérisaient, en même temps qu'un certain esprit bon vivant, le goût de l'aventure et de la séduction, comme le soulignent ceux qui l'ont connu et fréquenté.

Malgré son piètre état, Egidio fut arrêté le 18 décembre 2018 dans le petit logement populaire où il s'était installé depuis trois mois, pour être conduit dans la prison de Parme. De quel crime était-il coupable, jugé assez grave pour qu'on traîne en prison une personne âgée et gravement malade ? Ce n'est qu'au moment de son arrestation qu'il apprit qu'en 2017 le tribunal d'Ancône l'avait condamné – par contumace et par une sentence définitive – à trois ans et six mois de prison pour un délit de solidarité commis en 2012 : se rendant par ferry de Grèce en Italie, il aurait laissé – ou n'aurait pas empêché – un « extracommunautaire » se cacher dans sa camionnette, lui permettant ainsi de violer les frontières sacrées de la patrie, d'où il devait être promptement expulsé.

C'est ce délit que le droit pénal de l'ennemi et de ses présumés complices – ainsi pourrait-on s' exprimer – définit comme « action de favoriser l'immigration clandestine » : c'est en fait une façon de criminaliser toute forme d'aide à qui tente d'atteindre ou atteint effectivement notre pays, ou y séjourne « de façon irrégulière » - même s'il s'agit d'actions uniquement guidées par un esprit de solidarité et d'altruisme. C'est un délit considéré comme particulièrement condamnable, au point d'être rangé parmi les délits rédhibitoires : ceux/celles qui y sont condamnés ne peuvent bénéficier ni de la suspension de l'ordre d'incarcération ni de mesures alternatives à la détention.

C'est pourquoi, malgré son âge avancé et son état de santé de plus en plus grave, Egidio restera en prison pendant près de neuf mois, dans des conditions très difficiles : pour donner un seul exemple, la prison de Parme n'était dotée que d'un respirateur artificiel, que les détenus malades étaient obligés d'utiliser à tour de rôle. Enfin, une des conséquences de la condamnation, c'était le blocage de sa pension de retraite et l'obligation de restituer ce qu'il avait perçu.

Cinq mois après son incarcération, son avocate, une bénévole, avait présenté une instance pour bénéficier de mesures alternatives, obtenant seulement la possibilité, si c'était nécessaire, de séjours temporaires dans une section surveillée du Grand Hôpital. Au cours d'un de ces séjours, l'état d'Egidio s'aggrave, peut-être à cause de ce qu'on appelle une infection nosocomiale, pensent certains : il meurt le 6 septembre 2019.

 
Egidio dans la deres derniers temps de sa vie en liberté

Son histoire illustre de façon tragiquement exemplaire au moins trois points importants et très actuels. Avant tout, le fait que -comme nous le disions il y a quelque temps – la justice est toujours une justice de classe, qui tend à montrer son visage le plus sévère, sinon féroce, envers les plus pauvres et/ou vulnérables.

En second lieu, il semble que domine une vision de la peine de prison comme cruelle punition, au point qu'elle peut être infligée même à des personnes âgées, et même gravement malades ; et cela en contravention manifeste à la Convention des droits humains, à notre Constitution et à la législation italienne elle-même. L'article 47ter de la loi sur l'organisation pénitentiaire prévoit en fait la détention domiciliaire pour ceux qui, condamnés à une peine de prison, ont 70 ans révolus ou sont dans un état de santé particulièrement grave. Malgré cela, selon Stefano Anastasia, de l'association « Antigone », dans la décennie 2007-2017, le nombre de détenus de plus de 70 ans a plus que doublé.

Enfin, au centre de cette histoire, il y a le délit d'action favorisant l'immigration clandestine qui, comme on l'a dit, étant considérée comme rédhibitoire, ne prévoit pas de mesures alternatives à la détention, sauf si le condamné souffre de graves problèmes de santé. Un tel délit – on le sait bien- permet aux autorités, gouvernants, hommes politiques de perpétrer les pires infamies, à commencer par la criminalisation des ONG engagées dans des opérations de recherche et secours en mer – contribuant ainsi notablement à ce que nous avons à diverses reprises défini, à la suite de Michel Foucault, comme la thanatopolitique de l'Union Européenne.

Grâce à l'existence de ce délit, même les actes de solidarité les plus évidents et spontanés – comme ceux inspirés par le devoir moral primaire de « donner à manger aux affamés » et « à boire à ceux qui ont soif » peuvent tomber sous le coup de la répression, comme c'est arrivé bien des fois, y compris en Italie, dans des zones frontalières. Pour citer un seul exemple parmi tant d'autres, rappelons seulement l'ordonnance émise – ou plutôt renouvelée – en août 2016 par le maire de Vintimille, du PD, Enrico Joculano, qui interdisait la distribution de nourriture, et même d'eau, aux réfugiés qui, dans des conditions très précaires, attendaient le moment de franchir la frontière vers la France. C'est sur la base de cette ordonnance que furent arrêtés et inculpés, le 20 mars 2017, trois volontaires de l'association Roya Citoyenne, « surpris » alors qu'ils leur distribuaient, justement, eau et nourriture.

Il ne faut donc pas croire que les infamies commises dans le cadre de l'immigration et du droit d'asile soient l'œuvre exclusive de Salvini . La Loi 40, du 6 mars 1998, plus connue sous le nom de « Turco-Napolitano », établissait déjà, dans son art.10 (« Dispositions contre les immigrations clandestines ») que quiconque favorise « l'entrée des étrangers sur le territoire de l'Etat en violant des dispositions de la présente loi est puni d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à trois ans, et d'une amende pouvant aller jusqu'à trente millions ».

Egidio – un héros de notre temps, au fond – est une des victimes d'une ignominie qui s'inscrit dans la longue durée.

Je dois les informations sur la biographie d'Egidio à son frère Amedeo et à Filippo Adorni, dit Ado, activiste de Rete Diritti in Casa.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://temi.repubblica.it/micromega-online/il-crimine-di-solidarieta-di-egidio-tiraborrelli-anziano-e-infermo-incarcerato-a-81-anni-morto-da-detenuto/
Publication date of original article: 23/01/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27926

 

Tags: Egidio TiraborrelliReato favoreggiamento immigrazione clandestinaCriminalizzazione della solidarietàItaliettaUEropa
 

 
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