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 20/10/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Agro-industrie, pollution généralisée, alimentation végan, profit et réchauffement global : un plat indigeste
Date of publication at Tlaxcala: 22/01/2020
Original: Agroindustria, contaminación generalizada, alimentación vegana, lucro y calentamiento global: un plato indigesto

Agro-industrie, pollution généralisée, alimentation végan, profit et réchauffement global : un plat indigeste

Luis Ernesto Sabini Fernández

Translated by  Rosa Llorens Ρόζα Λιώρενς

 

Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les dispositifs technologiques ont rétréci chaque pays, chaque région et la planète elle-même, et où le pouvoir est concentré comme jamais auparavant, d'une façon que même les plus grands despotes de notre histoire humaine n'avaient pas pressentie, il ne fait pas de doute que l'hétéronomie s'est progressivement installée dans la plus grande partie des actions humaines.

Le processus d'informatisation forcée auquel nous sommes soumis et qui conduit de plus en plus, de façon impitoyable, vers de pseudo-paradis cybernétiques, se déroule en même temps que la nature tombe en ruines sous nos yeux sur des points de la planète de plus en plus nombreux, au milieu d'une ignorance et d'une indifférence... humaines, justement.

Propagande de Syngenta

Le déclin culturel et conceptuel est tel que des amis de la nature nous révèlent, à travers, par exemple, Paysages Multifonctionnels [1], un « changement de mentalité » et un « soin de l'environnement » en nous offrant cette « nouveauté » que les insectes pollinisent les plantes.

Vous avez bien entendu. Un vieux paysan analphabète sait depuis toujours que les insectes pollinisent et que, sans eux, une bonne partie du règne végétal ne donnerait pas de fruits. Mais à présent, il y a une entreprise qui prend à tâche de nous rendre conscients d'une telle réalité. Cet exemple traduit la triste réalité de la crise culturelle dans laquelle la société moderne, hypermoderne, nous a installés.

Comunidad Científica sait de quoi elle parle : ils ont entendu dire que les monocultures atrophient la pollinisation par le simple fait de réduire la diversité biologique de l'environnement.

Faudra-t-il suivre des cours à l'Université de longue durée pour le savoir ? Pour savoir quelque chose qu'une paire d'yeux (et le regard qui en découle, bien sûr) suffisait, depuis un temps immémorial, à nous faire voir ?

Il faut intégrer ce type de régressions culturelles à la somme algébrique de tout ce que la modernité nous a donné dans de nombreux domaines, et à la fois ôté dans d'autres.

Tandis que nous apprenons cette « nouveauté » que serait la pollinisation par des insectes, des oiseaux et autres « transporteurs » du pollen, il est utile de rappeler que, alors que les produits phytosanitaires décimaient de plus en plus la microfaune, un laboratoire précurseur dans le pari sur la chimie et les transgéniques dans les productions agricoles, Monsanto, proposa - après avoir tacitement reconnu l’apicide en cours – d'effectuer le travail de pollinisation par drones. Un exemple de sophistication technologique et d'imbécillité en ingénierie et quant aux coûts : il suffit de penser à ce que coûte le voyage des abeilles et celui des drones...

Jugogris

Il y a un conflit qui semble prendre une place centrale dans cette question de la vie, des aliments, des cultures et de l'échelle de production. Depuis que les élites de pouvoir, principalement celles des USA, ont décidé d'employer les aliments comme « armes de destruction massive », pour reprendre la judicieuse expression de Paul Nicholson [2], l'agro-industrie a encore accru ses déjà énormes dimensions. En même temps que cet agrandissement des unités productrices, on peut observer l'augmentation qu'elle provoque de la pollution planétaire, de plus en plus, justement, hors de contrôle.

Martin Cohen et Frédéric Leroy [3] signalent le rapport entre agro-industrie et succès du régime végan : un essor idéologique qui semble indissolublement lié à l'expansion des phytosanitaires.

Et, cela, bien qu'il y ait de nombreux végans totalement engagés dans une production à petite échelle et des tendances à l'auto-suffisance. De quelle façon la fièvre végan est-elle donc devenue le principal allié de l'agro-industrie ?

L'option végan pose, avec une exactitude arithmétique, que, en supprimant l'alimentation animale, les végétaux produisent 10 fois plus d'aliments. L'humanité croissante, en surpopulation, ne peut qu'être reconnaissante.

Au lieu de consacrer 10 kilos de maïs ou soja à l'alimentation d'un porc ou d'une vache, moyennant quoi on pourra consommer un kilo de viande, c'est-à-dire un dixième du poids des végétaux qui l'ont préparée pour la consommation humaine, si on saute l'étape de l'animal, nous aurions à peu près dix fois sa production en aliments directement destinés aux humains.

Ce calcul est providentiel pour les grands producteurs agro-industriels. Il existe une tendance à « laisser de côté les petits et moyens producteurs en faveur de la production agricole à échelle industrielle et d'un marché alimentaire global où les aliments sont produits à partir d'ingrédients bon marché achetés sur un marché de matières premières ».[ 4]

Cohen et Leroy associent cette tendance à un marché croissant de « fausses viandes » (faux produits lactés, faux œufs) aux USA et en Europe dont on fait souvent l'éloge du fait qu'il favorise le mouvement végan ». Autre facteur, donc, qui induit l'avantage du végétal sur l'animal...

La production rurale et fermière traditionnelle était rigoureusement au service d'une alimentation omnivore : des fruits et produits de la terre, bien sûr, mais aussi des œufs, du miel, la viande des animaux de ferme.

D'autre part, l'humanité a toujours été omnivore, avec des variations, parfois de grandes variations régionales, mais les humains se sont toujours nourris de façon omnivore – comme certaines espèces de mammifères : ours, coatis, porcs, rats, et d'autres animaux comme les lézards et les piranhas par exemple.

Mais le régime actuel d'alimentation, de plus en plus régulé depuis les gondoles des supermarchés, nous mène vers un univers de produits synthétiques et ultra-élaborés, de plus en plus éloignés des aliments que la nature nous fournissait depuis une époque immémoriale – époque pendant laquelle nos corps se sont construits, tout au long de millénaires, et peut-être de centaines de milliers d'années.

Il y a environ quinze mille ans, se produisit une révolution alimentaire, du nomadisme à la sédentarisation, de la cueillette et la pêche à l'agriculture et l'élevage d'animaux domestiques. Selon certains historiens, nous avons alors perdu en taille, mais gagné en dynamisme démographique. Il s'agit de savoir si l'actuelle « révolution alimentaire », qui sucre et graisse notre vie comme jamais auparavant, et nous fournit maintenant des produits ultra-élaborés à la place des produits naturels, aura des effets bénéfiques ou nuisibles. Les données sur une augmentation presque incontrôlée des cancers, affections de la peau, troubles endocriniens, floraison de myalgies, et une longue et douloureuse liste de maladies, nous avertit clairement que nous sommes sur une mauvaise voie, malgré d'incontestables progrès de la science médicale. Voie très lucrative pour les grandes pieuvres alimentaires mondiales, tels Nestlé (tristement célèbre pour son génocide africain des années 60), Coca-Cola (qui, de producteur d'eau sucrée stimulante, est devenu accapareur d'eau potable dans des pays et régions manquant d'eau, comme l'Inde), Unilever, avec son pari sur le végan, Monsanto-Bayer, champions mondiaux des transgéniques et des monopoles qu'ils entraînent aux dépens des paysans... Je ne pense pas que ces entreprises géantes fassent quoi que ce soit de bon pour nous... simples mortels. [5]

L'alimentation végan est un des mouvements idéologiques les plus récents et, peut-être justement du fait de sa jeunesse, elle se caractérise chez ses pratiquants par un culte intense et dogmatique. Sa position « pro-vie » cache son sens profond réel dans l'ensemble de l'alimentation humaine : effacer, par exemple, le concept de ferme et, par conséquent, celui d'une production polyvalente et à petite échelle ; et, plus généralement, rejeter ou ignorer tout notre passé humain, omnivore.

Pourtant, ses adeptes sont souvent des militants engagés dans de petites parcelles de production végétale et se refusent à admettre que l'attrait du végan va comme un gant à la monoproduction agricole à grande échelle. Elle tient pour acquis qu'elle est le meilleur marché, bien que, pour ce calcul, on laisse de côté toute externalisation de coûts en rapport avec la pollution par des phytosanitaires, par exemple, caractéristiques de la production agro-industrielle.

Car comment l'agro-industrie calcule-t-elle les coûts ? Nous l'avons dit : en externalisant. Les comptes qu'elle présente sont de ce genre : l'hectare de monoculture donne 3 tonnes, mettons, de maïs ; celui du paysan traditionnel artisanal produit 2 tonnes, parfois une et demie...

Vandana Shiva a déjà montré le caractère trompeur de ce raisonnement : d'abord, le paysan à petite échelle soigne sa terre et, spontanément, pollue moins. Mais, en plus des différences qualitatives, il produit  au terme de l'année, sur ce domaine – disons toujours un hectare -, toute une série de cultures dont le total matériel, physique, dépasse largement les 3 tonnes dont s'enorgueillit la monoculture : le paysan produit, pour le marché ou pour sa propre subsistance, les légumes de saison, divers arbres fruitiers, l'alimentation pour l'élevage d'animaux domestiques ou sylvestres comme les chèvres, les moutons ou les grenouilles..., des plantes médicinales, et même des fleurs, explique Shiva. Tout cela, ajouté à la production de l'objet de notre comparaison initiale, le maïs, atteint un volume et un poids bien supérieurs à ceux de la production soi-disant record de l'agro-industrie.

D'autre part, l'agro-industrie augmente la dépendance et réduit les marges de revenus pour le travailleur rural, le paysan, le producteur qui, enfermé dans sa ligne de production, est privé d'autres moyens de subsistance et de résistance. Nous savons bien qu'une extrême dépendance ne mène qu'à la servitude.

Cohen et Leroy signalent qu'Unilever, peut-être la plus grande entreprise alimentaire de la planète, mise fortement sur des aliments végétaux ultra-élaborés (huiles, amidons, protéines), et « offre plus de 700 produits végan en Europe ».

À ce stade, nous ne saurions dire si le véganisme profite de la production agro-industrielle ou si celle-ci, agent de la plus grande pollution planétaire (comme la concurrence avec toute une série de branches industrielles hautement polluantes est énorme, il serait peut-être plus prudent d'indiquer que c'est une des plus grandes pollutions planétaires) stimule et utilise le véganisme dans son action pour arracher la production alimentaire des mains des paysans.

Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit en tout cas d'une production à fort contenu idéologique, non nécessaire, ni objective, ni fatale, qui construit un monde plus linéaire et homogène – et par conséquent plus fragile. Et plus dépendant.

Il suffit de penser à une population qui tire d'une ferme l'essentiel de sa subsistance, et à une population qui dépend des gondoles – ce qui est le type de société que nous sommes en train de forger, ou plutôt que forgent pour nous des fournisseurs de plus en plus énormes, qui, maintenant que « nous avons cessé d'utiliser la canne à pêche », s'efforcent de nous donner « le poisson tout frit et rôti », et, de plus en plus souvent, quelque chose qui est bien frit et rôti mais qui n'est même pas du poisson...

S'il fallait des preuves de la dangerosité des gondoles, du monde servi sur un plateau et grâce au travail caché, hautement automatisé, nous les voyons partout : la production d'aliments au moyen d'une agriculture basée sur des poisons ; la pollution de tous les océans de la planète par les plastiques ; la multiplication de plus en plus menaçante des incendies, d'abord en Californie, Portugal ou Brésil, maintenant en Australie...

Nous connaissons depuis ces derniers mois une frénésie d'alarme aux microplastiques, que nous trouvons littéralement à chaque pas... Mais il faut savoir que ces particules ont été dénoncées pendant des années sans grand résultat. Notre état de conscience ne suit pas nos connaissances, mais l'inconstante opinion médiatique, qui se forme en accord avec les intérêts du grand capital.

Les récents événements en Australie sont très significatifs, puisqu'il s'agit d'un Etat très lié à la production de charbon, dont les propriétaires, privilégiés en Australie du fait de leur pouvoir industriel, ne veulent pas se retirer. [6]

L'Argentine a le triste privilège d'avoir été, avec les USA, les seuls Etats produisant des transgéniques au XXème  siècle ; et cette période (qui a déjà duré un quart de siècle) a permis à des chercheurs prêts à rompre avec le discours officiel et dominant, comme le Réseau des Peuples victimes des Fumigations et d'autres résistants [7], de constater que l'augmentation des cancers dans des zones productrices, par exemple, de soja, est indéniable, et que la maladie cœliaque, par exemple, s'est propagée comme jamais auparavant ; plusieurs chercheurs associent cette fréquence au glyphosate, l'herbicide vedette des cultures transgéniques. [8]

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Il faudrait rechercher les causes de l'augmentation disproportionnée d'écoles différenciées pour enfants « ayant des capacités différentes », par exemple dans la province argentine de Misiones, car il y a de nombreux indices de troubles du système nerveux et de tout notre corps, comme le montre la saisissante exposition photographique de Pablo Piovano. [9]

La table est mise – mais dans l'assiette il y a la guerre.

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"Arrêtez les fumigations"

Notes

[1] Lucio Gandolfi, Comunidad Científica, 12 déc. 2019

[2] Secrétaire, au tournant du siècle, de Vía Campesina (organisation internationale rurale opposée    au paysannicide en cours).

[3] »Veganos en guerra. El lado oscuro de los alimentos a base de plantas » [Végans en guerre. Le côté obscur des aliments à base de plantes], lanacion.com, 4 jan. 2020

[4] Cohen et Leroy, op. cit.

[5] Excellent compte rendu d'Ignacio Conde dans « Comida replicante » [Nourriture répliquante], Convivir, n°289, Buenos Aires, mai 2018

[6] Jerome Small, « Las ganancias en Australia conducen al apocalipsis » [Les bénéfices en Australie mènent à l'Apocalypse], Socialist Alternative

[7] Dario Gianfelici, « El impacto del monocultivo de soja y los agriquímicos sobre la salud » [L'impact de la monoculture de soja et des produits phytosanitaires sur la santé], Futuros, n°12, Río de la Plata, printemps 2008 ; Hugo Gómez Demaio, « Agrotóxicos : niños con retraso mental grave y malformaciones » [Produits phytosanitaires : enfants présentant un retard mental grave et des malformations], Futuros, n° 13, Río de la Plata, été 2009/2010.

[8] A.Samsel et S. Seneff, cité par Heyes J. D., « Peligros y daños causados por el glifosato » [Dangers et dommages causés par le glyphosate].

[9] Exposition photographique « L'agriculture à base de poisons », Buenos Aires, 2014





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://cutt.ly/crbfSHm
Publication date of original article: 19/01/2020
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27912

 

Tags: AgroindustrieAgrobusinessAgrochimiquePaysages multifonctionnelsAlimentation véganPaysannicidePollinistaeursGlyphosatePollution chimiqueProfit capitalisteRéchauffement climatique
 

 
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