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English  
 EDITORIALS & OP-EDS 
EDITORIALS & OP-EDS / Cancún et la résistance à la barbarie environnementale
Date of publication at Tlaxcala: 29/11/2010
Original: Cancún y la resistencia a la barbarie ambiental
Translations available: English 

Cancún et la résistance à la barbarie environnementale

Luis Hernández Navarro

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

Le Mexique sera l’hôte de la 16ème Conférence des Parties (COP16) à la Convention-cadre des Nations unies sur le changements climatiques (CCNUCC) à Cancún du 29 novembre au 10 décembre. Une ironie curieuse : la réunion internationale la plus importante sur l’environnement aura lieu dans un pays à l’environnement dévasté, et dans une ville qui est l’illustration parfaite de tout ce qu'il ne faut pas faire pour préserver l'écologie.

Dans la carte des enclaves modernes urbaines de la mondialisation, Cancún occupe un espace privilégié. Côté soleil et côté ombre du développement débridé, la ville est simultanément un emblème de la modernité et du retard. Cancún, nid de serpents en langue préhispanique, est née par une décision gouvernementale il y a presque quatre décennies. Une île déserte, séparée de la terre ferme par des canaux étroits qui reliaient la mer à diverses lagunes, et un rivage entouré de forêt vierge et de plages peu explorées – toutes d'une énorme beauté naturelle –ont été transformés en pôle touristique d'attraction le plus important du pays.

Des tonnes de béton, de barres d’acier et de verre ont fait naître le rêve des banquiers. Une affaire impressionnante de constructeurs, de politiciens politiques et de chaînes hôtelières transnationales qui ont financé la construction de plus de 27 000 chambres d'hôtel et précipité la formation d'un noyau urbain de plus de 700 000 habitants. Un projet qui a provoqué un écocide et dans lequel des milliers de personnes vivent sans assainissement, et avec peu de services d'eau et d'électricité.
 
 Cancún est un capteur de devises et l'aimant qui attire presque la moitié des touristes qui viennent au Mexique, mais c'est aussi, un exemple de pauvreté. Avec une population en croissance dans un pays sans emplois, elle est le point d'arrivée de toutes sortes de chercheurs d’opportunités. Un territoire pour blanchir de l'argent, pour la traite de blanches et le trafic de stupéfiants, où fleurissent les fortunes et l’insécurité.
Il s’agit en réalité de deux villes distinctes, unies par une large avenue, qui partagent le même nom. D’un côté se trouve la polis du divertissement et des paysages privilégiés, dans l'autre celle de la pénurie. Peu de lieux sont plus inadéquats pour réaliser un grand sommet mondial sur un changement climatique.
 Mais ce n’est pas seulement à Cancún que l’on prête peu d’attention à l'environnement. Sans exagération, on peut dire que le Mexique a un environnement ravagé. Il est devenu une immense décharge.
 
Ses aquifères sont contaminés, beaucoup de ses meilleures sont terres érodées et sulfatées, et ses forêts détruites. Des fermes industrielles et des mines à un ciel ouvert déversent leurs déchets sans précautions majeures. De grands pôles de développement urbain empoisonnent les nappes phréatiques et dévorent les terres de culture. Des mégaprojets touristiques dévorent des plages et des forêts vierges.
 
Partout s'empilent des tonnes d'ordures toxiques et non biodégradables : plastiques, batteries électriques, jantes, substances chimiques nocives et déchets industriels. Bien qu'aujourd'hui ils soient interdits, il reste des cimetières clandestins d'askarels, substances hautement toxiques et dangereuses qui ont été utilisées dans le passé comme isolants et réfrigérants dans des transformateurs et des équipements électriques.
 
 Leurs effets sont chroniques, persistants et bioaccumulables. Ils peuvent occasionner le cancer et affecter le système hormonal.
Une crise sanitaire de grande envergure va de pair avec cette crise environnementale . Le surgissement de la grippe A/H1N1, l'année passée, dans les porcheries industrielles de Perote, Veracruz, ne fut qu’un signal d’alarme. Les centaines de décharges urbaines sont des énormes couveuses de graves maladies. Les pôles de développement industriel dérégulé sont un bouillon de culture pour l’apparition de mutations génétiques, de leucémies et d’anencéphalies.
 
Les décharges de résidus toxiques dans la rivière Atoyac, dans l'État de Tlaxcala, ont déjà tué à la faune et provoquent maintenant des cancers dans la population, selon une étude réalisés par des experts mexicains et publiée dans l'édition de septembre de la revue Mutagenesis de l'Université d'Oxford, en Angleterre.
 Avec des règlements environnementaux faibles et des autorités gouvernementales corrompues, avec des traités commerciaux – qui parimi les avantages comparatifs offrent la destruction impunie de l’environnement–, les grands consortiums multinationaux ont licence pour dévaster. L'entrée de la Chine à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 2004 a enlevé au Mexique son principal avantage comparatif pour attirer des capitaux : l'offre de main-d'œuvre bon marché. Dans les faits, et sans le déclarer publiquement, le gouvernement a offert aux grandes transnationales une derégulation environnemntale absolue, autrement dit de fermer les yeux devant la violation des lois écologiques existantes.
 
Il a approfondi ainsi une tendance déjà présente dans le territoire national depuis l'entrée en vigueur du Traité de Libre-échange pour l'Amérique du Nord (TLCAN) en 1994.

Au Mexique, la loi fédérale de gestion intégrale des résidus solides est, dans les faits, lettre morte; pratiquement aucune municipalité dans le pays ne remplit les obligations de séparation, de recyclage et de réutilisation. Simultanément, la privatisation des services publics de collecte, de transfert et de stockage final d'ordures s’est intensifiée.
 
 Il s'agit d'une dégradation environnementale invisible qui a provoqué de nombreuses protestations de ceux qui la vivent quotidiennement. Défendre l'environnement peut être une activité dangereuse. Il y va de la vie de ceux qui le font, surtout s’ils ne sont pas connus ou célèbres. Rubén Flores Hernández, gardien des forêts de Morelos, il a été assassiné le 28 avril dernier, par ceux qui saccagent le site. Il n’a pas été le seul. Ces dernières années plus de 30 défenseurs de l’environnement ont été assassinés.
 Pour rendre visible cette destruction invisible de l'environnement Vía Campesina, l'Assemblée des victimes environnementales Ambiants et le Syndicat Mexicain des Électriciens ont organisé six caravanes qui partiront de divers points du pays vers Cancún.
 

Durant leur marche ils mettront en évidence comment le pays s’est transformé en une énorme décharge toxique. La COP 16 sera ainsi une vitrine privilégiée pour rendre visibles les résistances à la dévastation envronnementale qui existent au Mexique, une vitrine dans laquelle le monde pourra observer la gravité de la situation qui est vécue et mettre à nu un gouvernement qui parle de défendre l'environnement alors qu'il favorise sa destruction.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.jornada.unam.mx/2010/11/27/index.php?section=opinion&article=037a1soc
Publication date of original article: 27/11/2010
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2719

 

Tags: CancúnCOP16 CCNUCCMexiqueAbya YalaAmérique LatineAmérique du NordEnvironnementChangement climatiqueÉcologieCrise climatique
 

 
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