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 16/12/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 AFRICA 
AFRICA / Cinq remarques sur l'élection présidentielle tunisienne
Date of publication at Tlaxcala: 19/09/2019
Original: Cinc apunts sobre les eleccions tunisianes
Translations available: English 

Cinq remarques sur l'élection présidentielle tunisienne

Ricard González Samaranch ريكارد غونزاليس سمرانش

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Dans une ère de bouleversements électoraux à l’échelle mondiale, de montée des mouvements anti-establishment ou populistes et de rage populaire contre les élites, la Tunisie a produit sa part au premier tour de l’ élection présidentielle qui s’est  déroulée dimanche. Il est curieux - et quelque peu déprimant - qu'une jeune démocratie souffre déjà des maux des anciennes. Mais c’ est parfaitement compréhensible compte tenu de la crise sociale que traverse le pays et de la piètre performance des gouvernements qui se sont succédé après la Révolution, en particulier au cours des cinq dernières années. C’est le moment pour cinq remarques rapides sur une élection intéressante :

Le tsunami anti-establishment

Les Tunisiens ont traité avec sévérité leur élite politique. Les partis qui gouvernent le pays depuis la Révolution ont été balayés par une vague de rage. En 2014, il y avait eu une bipolarisation aiguë de la scène politique tunisienne autour d'Ennahdha et de Nida Tounes. Ensemble, ils avaient obtenu environ 65 % des voix aux élections législatives qui ont eu lieu cette année-là. Dimanche, l'addition des voix de leurs principaux candidats – en prenant Chahed et Zbidi comme héritiers de Nida Tounes- s'est élevée à moins de 30%. Par ailleurs, les deux gagnants, Nabil Karoui et Kaïs Saied, n'étaient présents dans aucune institution. C'est-à-dire que l'opposition - Mohamed Abbou, Abir Moussi, Hamma Hammami - n'a pas récolté les fruits du mécontentement social, puisqu'elle est également considérée comme faisant partie de l'élite politique détestée.

Kais Saied, la victoire d'un "OVNI politique"

Le professeur de droit constitutionnel qui a remporté le premier tour de l’ élection présidentielle avec 19% des voix, pourrait bien être l'homme politique le moins conventionnel à une époque de montée en puissance mondiale des hommes politiques hétérodoxes (Trump, Bolsonaro, Zelensky etc). Voyons un peu : il parle en arabe classique à une époque où les analystes conseillent de parler la langue du peuple pour s'en rapprocher ; il n'a pas de machine électorale - ou de mouvement social derrière lui - bien que plusieurs études suggèrent que c'est la clé du succès ; il est plutôt vieux et hiératique à l'époque de la communication visuelle ; il ne possède pas de programme économique clair alors que les électeurs sont pour l'essentiel préoccupés par la conjoncture. Et malgré tout cela, ou peut-être à cause de cela, il a réussi. Les Tunisiens cherchaient quelque chose de complètement différent. Et ils l'ont trouvé. Il est étiqueté par certains comme "populiste", mais je ne suis pas d'accord. Il est radical à certains égards, conservateur à d'autres, rarement populiste. Il est maintenant le grand favori du deuxième tour, il sera donc probablement le prochain président de la Tunisie.

Le succès limité de Karoui

Dimanche soir, il y a eu une fête au siège de Nabil Karoui. Le sentiment de soulagement était logique, car il n'était pas facile de gérer une campagne avec le candidat en prison. Cependant, les résultats du magnat n'ont pas répondu à la plupart des attentes. Selon les sondages, il était censé gagner facilement le premier tour. Il ne l'a pas fait. Les résultats ont montré les limites de sa stratégie : amener aux urnes les Tunisiens pauvres, qui étaient largement absents des précédentes élections. Il a échoué. Certes, il était le candidat préféré des électeurs ayant un faible niveau d'instruction, mais le taux de participation a été plus faible que lors des élections précédentes. Karoui n'a donc pas ramené de nouveaux électeurs au bercail. La Tunisie n'est pas le Pérou, et Karoui n'est pas Fujimori. Mis à part les monarchies du Golfe, c'est le seul pays arabe qui a (encore) une classe moyenne importante. De plus, la fondation caritative Khalil Tunis de Karoui n'a pas l’envergure d'un Etat pour apporter un soutien matériel aux plus démunis.

La fin du mythe Ennahdha

Pleins de mépris, certains militants et politiciens laïcs qualifient les électeurs islamistes de "moutons" parce qu'ils sont censés suivre aveuglément les ordres des dirigeants du parti Ennahdha. S'ils l'ont fait auparavant, c'est maintenant du passé. La plupart des analystes ont suggéré qu'ils ont une base solide comme le roc d'environ 30% des électeurs tunisiens. C'est le pourcentage qu'ils ont obtenu aux élections législatives de 2014 et aux élections locales de 2018. Cependant, leur candidat, le charismatique Abdelfattah Mourou a obtenu environ 13% des voix, et il ne participera pas au second tour. Saisissant. Bien qu'en fait, Ennahdha ait perdu des électeurs en chiffres absolus dans chaque élection depuis 2011, année où ils ont remporté les premières élections avec environ 1,5 million de voix (37%). Les électeurs d'Ennahdha ne sont pas des moutons, et ils sont aussi déçus de l'état du pays que les autres Tunisiens. Ils ont donc puni le parti islamiste modéré, qui a soutenu tous les gouvernements défaillants depuis la Révolution. À un moment donné, la direction devra évaluer d'un œil critique sa stratégie "consensuelle", basée sur une alliance avec des personnages peu recommandables, tapis dans "l'État profond" de Ben Ali, au nom de sa propre préservation.

Un parlement fragmenté

Alors que la plupart des médias se sont concentrés sur l’élection présidentielle, les élections législatives qui auront lieu le 6 octobre seront plus lourdes de conséquences. N'oublions pas que selon la Constitution, le premier ministre  plus de pouvoirs que le président. La grande question est donc : comment les résultats de l'élection présidentielle affecteront-ils le Parlement ? Difficile à dire. Ils peuvent pousser les listes indépendantes locales, et peut-être aussi le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounes. En tout état de cause, l’élection montré une profonde fragmentation du vote - le vainqueur est resté en dessous des 20% -, de sorte qu'il en sera probablement de même lors des élections législatives. Sans grands blocs, cela signifiera que le nouveau gouvernement devra inclure plusieurs partis politiques. Ce sera donc probablement un gouvernement faible, ce qui est exactement le contraire de ce dont l'économie sclérosée tunisienne a besoin.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://directa.cat/cinc-apunts-sobre-les-eleccions-tunisianes/
Publication date of original article: 17/09/2019
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27045

 

Tags: Élection présidentielle tunisienneKaïs SaïedNabil KarouiAbdelfattah MourouRévoltes logiquesTunisie
 

 
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