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 23/09/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / L'Amazonie n'a jamais été à nous ! Elle a toujours été à eux ! Et elle va l’être encore plus !
Date of publication at Tlaxcala: 07/09/2019
Original: A Amazônia jamais foi nossa! Foi sempre deles! E vai ser ainda mais!

L'Amazonie n'a jamais été à nous ! Elle a toujours été à eux ! Et elle va l’être encore plus !

Mário Maestri

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Commentaire dans l’émission Duplo Expresso du 15/08/2019

Au début du XVIe siècle, les Européens découvrirent l'immense fleuve et la forêt luxuriante aux dimensions incalculables qui couvrait le nord de l'Amérique du Sud.  Très vite, la région devint une source de récits légendaires qui en faisaient la patrie des mythiques femmes guerrières de la mythologie grecque dont elle hérita le nom :  les Amazones. Surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, la partie brésilienne de l'immense forêt suscita des mythes politiques, parmi lesquels la vocation des forces armées brésiliennes de la protéger de la volonté des pays impérialistes de la conquérir. 

Ce récit patriotique, esquissé à l'époque gétuliste (Getulio Vargas, 1930-1945), au moment de la "Marche vers l'Ouest", fut officialisé par la dictature militaire[1964-1985]. Puis, sous le slogan "Ocupar para não Entregar"] [Occuper pour ne pas brader], des initiatives furent prises telles que la construction de la Route transamazonienne, la BR 230, de plus de 5 600 kilomètres,  reliant transversalement les États de Paraíba et Amazonas et restée inachevée. Des projets de colonisation agricole furent également lancés. Dans ces années-là, comme pendant la période coloniale, l'Empire et la République, les populations locales ou immigrées furent exploitées sans merci et n’eurent jamais la jouissance des terres et des fruits des régions forestières. En raison de la difficulté que représentait leur exploitation, ces terres n'avaient pas été distribuées et occupées en tant que sesmarias [concession de terres, forme portugaise de bail emphytéotique, NdE], demeurant terres du roi, de l'Empire et de la République.

L'Amazonie n'a jamais vraiment été convoitée par les pays impérialistes. Dans le passé, elle ne recelait pas d'or ni d'argent. Il n'y avait pas non plus suffisamment de populations indigènes,  ses terres et son climat n’étaient pas propices aux plantations à vocation mercantile. Les grandes puissances convoitaient d'autres régions du Brésil. En 1555, les Français occupèrent la baie de Guanabara [Rio de Janeiro]. En 1612, ils débarquèrent au Maranhão [Nord-est du Brésil] pour y établir des plantations à régime esclavagiste. En 1625, les Hollandais échouèrent à conquérir Salvador [Bahia] et, cinq ans plus tard, réussirent à occuper Pernambouc et ses environs jusqu'en 1654. Tout cela pour dominer la production esclavagiste du sucre, aussi précieux alors que le pétrole aujourd'hui. 

Antônio Parreiras, A Conquista do Amazonas, 1907, huile sur toile, 400x800 cm .Collection : Musée de l'Etat du Pará - MEP

Domination indirecte

Au XIXe siècle, les pays impérialistes  commencèrent à s'intéresser non plus à la domination des territoires, mais au contrôle des gouvernements des nations américaines désormais indépendantes, afin d'exploiter leurs populations et leurs ressources. Le cas du caoutchouc est exemplaire. Dans les années 1870, l'Amazonie connut le boom de l'exploitation du latex. Des centaines de milliers de personnes du Nord-est furent déplacées vers  ces régions, pour y être terriblement exploitées par les classes dirigeantes locales, tout cela en faveur des capitalistes anglais. Dans les années 1910, les plantations d’hévéas en Malaisie, puis le caoutchouc synthétique, mirent fin à la « Fièvre du caoutchouc », ramenant la région à  son état de retard séculaire. 
Il y a des incendies dans la forêt amazonienne depuis des milliers d’années. Les communautés Tupinambás abattaient de petites étendues de forêt, laissaient sécher les arbres abattus et y mettaient le feu, puis plantaient du manioc et d'autres cultures. L'abattage et le « nettoyage » était le travail des hommes. Les semis, le suivi des cultures et la récolte étaient le travail des femmes. Les défrichements ne dépassaient pas la taille d'un terrain de football de salon. Au bout de quelques années, on recommençait un peu plus loin. Les incendies de milliers d'hectares  commencèrent à l’époque de la dictature militaire [1964-1985]. 

Durant la période dictatoriale, les nouveaux moyens de communication et l’élan exportateur entraînèrent un assaut sur les terres publiques par de puissants grileiros [1] [accapareurs de terres]. En 1976, la Mesure Provisoire du gouvernement militaire a permis la régularisation des "possessions" d'une superficie pouvant atteindre soixante mille hectares, soit cinq fois la superficie des sesmarias de l'époque coloniale. Plus de deux cent mille fois la taille d'un brûlis  des Tupinambás. L’esprit libéral de ces messieurs les généraux donnait un cadre à un assaut de grande ampleur contre la forêt et les biens de la nation. Ce mouvement s'est accéléré ces dernières années avec l'explosion de l'agrobusiness, axé sur la production, la transformation et l'exportation de viande et de céréales. L'adaptation du soja au biome du Cerrado[2] a occasionné une véritable « ruée vers l'or ».  Depuis lors, les gouvernements successifs au niveau fédéral et des différents États ont livré la forêt, de façon modérée ou démesurée aux appétits des producteurs de soja et aux éleveurs, grands, moyens ou petits.   

Ce processus est à l’échelle de l’histoire, considérablement amélioré par la technologie moderne. Les terres fédérales ou délimitées comme réserves forestières, indigènes, ou quilombolas[3] sont envahies. Les arbres sont abattus à l’aide de tronçonneuses, le bois précieux est chargé sur des camions. On laisse sécher ce qui reste pendant environ trois mois, puis on allume le feu. Les terres plates déboisées sont utilisées pour l'agriculture, les terres vallonées, pour le pâturage. Les éventuelles populations indigènes des terres envahies sont expulsées ou décimées. Comme autrefois, on continue à tuer les Indiens en toute impunité. Tout cela est fait pour le bien du progrès et du Brésil.



Johann Moritz Rugendas, Défrichement d'une forêt, 1835

Agresseurs politiques

Le processus d'occupation et de légalisation des "possessions" se fait avec l'appui des autorités municipales, étatiques et fédérales. Dans les États tels que Maranhão, Tocantins, Pará, Amazonas, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul, les autorités  municipales et étatiques sont contrôlées par les maxi-grileiros[4]. Blairo Borges Maggi, le "roi du soja", a été ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et de l'Approvisionnement en eau du gouvernement Michel Temer et gouverneur du Mato Grosso. En tant que sénateur, il a assuré la présidence de la Commission de l'environnement, de l'inspection et du contrôle du Sénat fédéral. C'est l’histoire du chien attaché avec des saucisses. C’est un méga-destructeur de l'environnement. 

L'agrobusiness en général, et les accapareurs de terres fédérales en particulier, ont soutenu et financé la campagne électorale de Bolsonaro. Au gouvernement, le « Mythe » [surnom de Bolsonaro] leur a donné le feu vert, libéralisant les pesticides, désignant un anti-environnementaliste comme ministre de l'Environnement, intervenant dans l’INCRA (institut national de la colonisation et de la réforme agraire) , dans l’EMATER (Entreprise d’assistance technique et d’extension rurale), etc., coupant les fonds destinés à la lutte contre les incendies, etc. Le mouvement des maxi-grileiros est composé de milliers d'acteurs, dans plusieurs États, organisés au niveau local et régional. 

Le mois d’ août est la période de l’écobuage hivernal, quand on met le feu aux chaumes dans les fermes d'élevage extensif afin de renouveler les pâturages. C'est aussi l’époque où l’on brûle clandestinement les forêts et les broussailles pour les transformer en pâturages. Cette fois, les maxi-grileiros gourmands ont été doublement servis. Se sachant au pouvoir dans le pays, ils ont décidé de profiter de l’aubaine, accélérant ainsi leur accaparement des terres publiques et sa régularisation par les tribunaux. Dans des cas extrêmes, ils se sont organisés, décrétant une "Journée du Feu" les 10 et 11 août, dans le  Pará, le long de la route BR-163. Les autorités, avisées à l'avance, n'ont pas bougé.

Le jour s'est changé en nuit

Le 19 août, en milieu d'après-midi, le ciel de la ville de São Paulo s'est obscurci pendant des heures, en raison de la conjonction du front froid avec les débris des incendies de la forêt amazonienne et d'autres régions du Brésil. La même chose s'est produite dans d'autres villes du pays. Des photos satellites ont confirmé l’existence d'incendies généralisés, en particulier dans les États d'Amazonas et de Rondônia. Quelques jours plus tard, les cendres atteignirent l'Uruguay, dans la partie australe de l'Amérique du Sud. 

Il était impossible de ne pas s’apercevoir des dégâts énormes. Les plus incrédules pleuraient, les yeux attaqués par  la pollution. Les journaux du Brésil et du monde entier ont titré sur la « Nuit de la Saint-Barthélémy en Amazonie ». Les incendies ont continué et dans certains cas, ont grossi les jours suivants. En Europe principalement, mais aussi au Brésil, les manifestations presque spontanées contre la destruction sauvage de la grande forêt se sont généralisées. 

Le réchauffement climatique est une bonne affaire

Le problème climatique et environnemental est très grave et, dans une large mesure, irréversible. Les pays impérialistes et le grand capital, qui s'en moquent royalement, ne peuvent pas la combattre au-delà de grandes déclarations et de mesures palliatives et inefficaces. Les capitalistes ne polluent pas par malice. Ils s'en tiennent aux bilans triennaux et ont besoin de profits annuels comme nous dépendons de l'oxygène. Le « réchauffement climatique » est déjà considéré comme irréversible et source de nouveaux profits. Des régions autrefois gelées verront leurs terres exploitées. D'autres seront dévalorisées ou valorisées. La querelle concernant le Groenland en est un bon exemple. Le mythique passage du Nord, de l'Atlantique au Pacifique à travers l'Arctique, sera bientôt une réalité.

Ce sont surtout les secteurs sociaux moyens des pays développés qui s’angoissent à juste titre du réchauffement climatique. Leur peur inconsciente de décadence sociale est fondée sur la peur consciente de la dégradation de l'environnement. Avant tout, les dirigeants des pays développés sont tenus de tenir compte de l'opinion sur l’environnement. Ainsi ils organisent des tables rondes, écrivent des lettres d'intention, concluent des pactes, etc. , aboutissant à des résultats plutôt curieux, tels que « l'achat du droit de polluer » ! [« Commerce du carbone ».]  On fait beaucoup pour ne rien faire.

La forêt amazonienne en tant que  « poumon du monde » est devenue un grand mythe écologiste. Cette fixation est facilitée par la visualisation, possible aujourd'hui, de la destruction inexorable de ces forêts au cours des trois dernières décennies, et qui progresse année après année, avec les grands incendies qui font la une des médias mondiaux.  Le deuxième gouvernement Lula a permis la création en 2008, parmi d’autres mesures anesthésiantes, d’un « Fonds Amazonie », géré par la BNDES (Banque nationale pour le développement économique et social), destiné à lever des fonds afin de financer des projets de prévention de la déforestation.

La Norvège et l'Allemagne, premier et deuxième contributeurs au Fonds, ont suspendu les dons, protestant contre les méga-incendies. Le plus incisif dans les dénonciations a été le président français Macron, qui a proposé de porter la discussion sur le problème à la réunion du G7. La réalité dépasse toujours l'imagination. Tandis que les événements se répercutaient dans le monde entier, Bolsonaro suggérait que les milliers d'incendies dans les États d'Amazonie, Acre, Rondônia, Roraima, Maranhão, etc. avaient été allumés par des environnementalistes, afin de lui nuire et de se venger de la suppression de leurs subventions ! Ensuite, il a injurié les autorités norvégiennes et allemandes, et surtout le président Macron, son critique le plus virulent. 

Sinfônio, Diario do Nordeste

Oubliez ce que j'ai dit

Bolsonaro a même proposé que le gouvernement fédéral n'avait pas les moyens de circonscrire les incendies qui, il l’a timidement reconnu, pouvaient aussi être le fait des grands exploitants agricoles.  Isolé dans le monde et dans son pays, devant l’inquiétude de l'agrobusiness, à nouveau inquiet des répercussions mondiales des violences verbales du président qu’il a contribué à élire, Bolsonaro a fait dire aux médias nationaux d’oublier purement et simplement tout ce qu'il avait dit jusque-là.

Samedi 23 août, au milieu des concerts de casseroles qui animaient les grandes villes brésiliennes, il a lu une déclaration prudente sur les incendies, mettant en cause les éleveurs et les planteurs et promettant  rigueur dans son combat. Il a également promis d'appeler l'armée à les éteindre, la désignant  à nouveau comme le sauveur du Brésil, des flammes cette fois-ci, sans énoncer aucune condition pour les juguler.  Bolsonaro était KO debout, alors les membres du G7, et surtout Macron, sont entrés dans le ring pour arrêter le combat et sauver le « Mythe » du désastre.

À la fin, le 26, le G7 n'a émis ni sanction ni déclaration contre le gouvernement de Bolsonaro et lui a offert 20 millions d'euros, une bagatelle, pour combattre les flammes. Auparavant, Macron, dans le cadre de sa défense de l'environnement chez le voisin, avait émis avant la rencontre l’hypothèse d'une éventuelle internationalisation de l'Amazonie à l’avenir, dans le cas où les incendies continueraient, menaçant « les intérêts de la planète tout entière », car l'Amazonie serait un « bien mondial ».  Une déclaration de pure forme à l’intention des défenseurs de l’environnement, notamment français et européens.

Cette déclaration aux relents franchement impérialistes a permis à Bolsonaro de reprendre l'offensive au nom de la défense de la « souveraineté nationale » sur l’Amazonie. Le 22, le général Villas Boas, un des principaux animateurs du putsch  en 2016 et 2018, ex-ministre de l'Armée, puis nommé à un autre poste officiel malgré son état de santé critique, avait pris la défense du « Capitaine Néro » en débitant le même genre de fadaises. Il avait aussi parlé des « menaces d'emploi de la force militaire françaises » contre le Brésil de la part de Macron, qui aurait eu l'intention de renouveler  l'invasion de [la baie de] Guanabara au XVIe siècle, du Maranhão au XVIIe siècle, ou l’infructueuse « guerre de la langouste » (1961-1963) !

La rhétorique nationaliste de Bolsonaro et de Villa Boas a également été reprise sur un air populaire par des directions de gauche ou se prétendant telles aux cris de « L'Amazonie est brésilienne ». Elle aurait pu être, mais , comme nous l'avons vu, elle n'a jamais été au peuple brésilien. Et si nous ne changeons pas d'orientation, elle le sera encore moins.

Personne ne veut conquérir ce qui lui appartient déjà

Repos, tout le monde ! Personne ne veut conquérir l'Amazonie, encore moins pour la garder intacte. Les grands intérêts des pays impérialistes se trouvent loin de l'Amazonie. Ils se trouvent dans le pré-sal[5], dans les grandes privatisations et les mesures libérales prises par le premier et le second gouvernement putschistes. C'est la raison pour laquelle le G7  ne veut pas mettre le gouvernement Bolsonaro en difficulté, après les déclarations écologistes destinées au public interne. Macron a donné le signal parce qu'il lutte désespérément pour reconstruire son prestige en France et en Europe, réduit en miettes par les Gilets jaunes. 

En Amazonie brésilienne, le grand capital prend déjà ce qu'il veut, sans avoir besoin de l’envahir. Il est libre de saisir les terres qu'il convoite. Les entreprises pharmaceutiques s'approprient la biodiversité et produisent des médicaments vendus à prix d'or, même au Brésil. Les compagnies minières internationales poursuivent la destruction de l'environnement, obéissant à une législation laxiste ou sans subir de sanctions, quand elles l’enfreignent. L'exploitation minière clandestine n'a rien de clandestin. Et le programme de Bolsonaro, approuvé par le vice-président et les généraux bradeurs de biens de la nation, est d'ouvrir ces régions aux intérêts des multinationales. 

Entre-temps, Bolsonaro a utilisé l'emportementde Macron et l'absence totale d'une position cohérente de la part de la soi-disant opposition pour revenir à son programme électoral pour la région. Il propose de suspendre toute délimitation (demarcação[6]) des terres indigènes et des quilombos[7], car il s'agirait de politiques promues par des ONG favorables à l'internationalisation de l'Amazonie et contraires aux intérêts de la nation et de la population de la région. Il a prétendu que les Indiens possédaient plus de terres que l'agrobusiness, ce qui serait nuisible à l’intérêt national. Dans le même ordre d'idées, il a annoncé le réexamen de l’extension et de l’autonomie des terres indiennes. Immédiatement, une commission d'enquête parlementaire a été nommée au Sénat pour enquêter sur  l'action et le financement des ONG. 

 

 

Le débat droite-gauche (à vendre/à louer)

La bride sur le cou

Les réserves indigènes, les terres des quilombos et les parcs nationaux ont pour  objectif stratégique la préservation des forêts et de l'environnement, offrant d'immenses territoires que les populations autochtones peuvent utiliser [en principe] avec des méthodes et pratiques traditionnelles de l'époque préindustrielle. La délimitation de ces terres détermine que, même si elles sont envahies et exploitées, elles ne peuvent être « régularisées », c'est-à-dire que les maxi-grileiros ne pourront pas se les approprier légalement, mais qu’ils seront pleinement identifiés comme des envahisseurs, pouvant être expulsés et poursuivis en justice.

Les ONG, les anthropologues, les sociologues, etc., brésiliens et étrangers, défendent le droit à la gestion autonome des terres délimitées par les indigènes et les habitants des quilombos, possédant de facto le droit  d’exploiter la forêt, de louer les  terres, de concéder  l'exploitation du sous-sol, etc. Cela rendrait de minuscules populations littéralement maîtresses d'immenses territoires, si ce n'est de véritables  pays. Une telle politique limiterait énormément l'autorité de l'État sur ces territoires et leurs ressources, ouvrant ainsi une voie royale à l'action des compagnies minières internationales, puisqu'elles négocieraient avec de petites communautés faciles à corrompre. 

Des projets d'exploitation minière sur les terres délimitées font l'objet de discussions au Parlement sous la pression des grandes sociétés minières nationales et internationales.  La mise en place du nouvel ordre putschiste en 2016 tend à aggraver au-delà de toute limite une dévastation déjà  en cours ces dernières décennies, et qui n’a jamais connu de contrôle effectif. Ce qui est en train de s’organiser maintenant, c’est une internationalisation économique effective et effrénée. Le peu qui a déjà été fait risque d'être remis en question et annulé. L'Amazonie, qui n'a jamais appartenu aux Brésiliens, subira dans les années à venir une agression inouïe, encouragée par de grands intérêts nationaux et surtout internationaux, sans qu'il leur soit nécessaire d'envahir le territoire. Nous n'avons pas à combattre le débarquement des armées françaises. Mais nos politiciens et généraux bradeurs, déjà installés au pouvoir et sur notre territoire. 

 NdT

[1]Les grileiros (du mot grilagem, fabrication de faux documents de propriété auxquels on a donné un aspect ancien) sont généralement de riches fraudeurs qui s’approprient un ou plusieurs terrains appartenant au domaine public à l’aide de documents falsifiés. Il faut les distinguer des posseiros, simples paysans sans terre qui s’installent sur un terrain public non exploité pour le défricher et le cultiver. Les  grileiros jettent le plus souvent leur dévolu sur les terres déjà mises en valeur par des  posseiros, qu’ils expulsent à l’aide de jagunços ou capangas, des hommes de main regroupés en milices paramilitaires fortement armées, qui n’hésitent pas à terroriser voire assassiner les récalcitrants.

[2]Cerrado : Région de savane d’Amérique du Sud, principalement au Brésil dont elle couvre 22 % du territoire, débordant sur la Bolivie et le Paraguay. Certaines espèces végétales qui le composent sont résistantes ou tolérantes au feu.

[3]Quilombola : adjectif formé sur quilombo,  communauté organisée d'esclaves marrons  (fugitifs) ou de réfugiés. Le plus célèbre à l’époque coloniale fut le Quilombo dos Palmares, qui parvint, pendant près d'un siècle (17ème), à tenir en échec les expéditions militaires hollandaises et portugaises.

[4]Voir  la note 1

[5]Pré-sal : référence aux gisements d’hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) retenus dans les roches pré-salifères au large de la côte sud-est du Brésil.

[6] Demarcação : reconnaissance officielle de l’extension et des limites d’un territoire indigène par le gouvernement.    Cette propriété n’est pas accordée par le gouvernement: elle est un droit inaliénable et incessible des peuples qui y vivent.

[7]Voire la note 3

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26908&enligne=aff
Publication date of original article: 29/08/2019
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=26947

 

Tags: Saccage de l'AmazonieCapitalisme du désastreConquêtes colonialesÉcocideBrésilBrésilAbya Yala
 

 
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