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 24/09/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Felicia Langer, survivante de l'Holocauste et avocate des droits des Palestiniens, meurt en exil à 87 ans
Date of publication at Tlaxcala: 24/06/2018
Original: Holocaust survivor and Palestinians' rights lawyer Felicia Langer dies in exile at 87
Translations available: Italiano  Deutsch 

Felicia Langer, survivante de l'Holocauste et avocate des droits des Palestiniens, meurt en exil à 87 ans

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Felicia Langer s'est battue, d'abord en Israël, puis en Allemagne, pour l'application du droit international dont Israël s'est exclu.

 

 

Je ne l'ai jamais rencontrée, je ne l'ai appelée que deux ou trois fois dans son lieu d'exil, mais je me souviens bien de ce qu'elle était pour moi et pour la plus grande partie de ma génération dans notre jeunesse soumise au lavage de cerveau : un symbole de haine pour Israël, une ennemie publique, une traîtresse injuriée et rejetée. C'est ainsi qu'on nous a appris à la considérer, elle et quelques autres dissidents de la première heure, et nous n'avons pas remis cela en question et nous ne nous sommes pas souciés du pourquoi.

Aujourd'hui, à 87 ans, elle est morte en exil ; son image brille dans mes yeux à travers la distance du temps et de l'espace. Felicia Langer, décédée jeudi en Allemagne, était une héroïne, une pionnière et une femme de conscience. Elle et quelques-uns de ses alliés n'ont jamais obtenu la reconnaissance qu'ils méritaient : il n'est pas certain qu'ils le feront jamais.

Dans un lieu où sont accueillis les "anciens élèves" d'une organisation d’assassins terroristes juifs – l’un est rédacteur en chef de journal, un autre expert en droit religieux - et où les racistes autoproclamés sont acceptés comme des participants légitimes dans l'arène du débat public comme nulle part ailleurs, il n'y a pas de place pour les courageux guerriers de la justice qui ont payé un prix personnel élevé pour essayer de diriger un camp qui n'a jamais suivi.

Langer était une survivante de l'Holocauste polonais qui a étudié le droit à l'Université hébraïque de Jérusalem. Après l'occupation (des territoires palestiniens en 1967), elle a été la première à ouvrir un cabinet d'avocats dédié à la défense des victimes palestiniennes. En cela, elle a suivi une illustre tradition de Juifs qui ont combattu l'injustice en Afrique du Sud, en Amérique latine, en Europe et aux USA.

Ici, son sens de la justice l'a amenée à entrer en conflit avec son État. À l'occasion, elle a même réussi : En 1979, à la suite de sa requête, la Haute Cour de justice a bloqué un ordre d'expulsion contre le maire de Naplouse, Bassam Shakaa. Un an plus tard, un groupe clandestin juif a mis une bombe sous sa voiture qui a détruit ses jambes, ce qui a jeté la lumière sur la justice israélienne.

Langer a été une pionnière parmi les avocats de conscience israéliens qui se sont mobilisés pour la défense des droits de la population occupée, mais elle a aussi été la première à jeter l'éponge, fermant son cabinet d'avocats en 1990 et s'exilant. Dans une interview réalisée en 2012 avec le documentariste Eran Torbiner, elle expliquait  : "J'ai quitté Israël parce que je ne pouvais plus aider les victimes palestiniennes avec le système juridique existant et le mépris du droit international qui était censé protéger les personnes que je défendais. Je ne pouvais pas agir. J'étais face à une situation désespérée." Elle a dit au Washington Post qu'elle « ne pouvait plus être une feuille de vigne pour ce système ».

Elle a dit qu'elle n'a pas changé de front, seulement sa place sur le front, mais le front est actuellement à son point le plus bas. L'occupation est enracinée comme jamais auparavant et presque tous ses crimes ont été légitimés.

Langer en est venu à la conclusion que les choses étaient sans espoir. Apparemment, elle avait raison. Le combat dans les tribunaux militaires était voué à l'échec. Il n'a aucune chance de succès car les tribunaux militaires ne sont soumis qu'aux lois de l'occupation et non aux lois de la justice. Les procédures n'impliquent rien de plus qu'un rituel juridique creux et faux.

Même le système judiciaire civil, dirigé par la Haute Cour de justice dont on vante les mérites, ne s'est jamais rangé du côté des victimes et contre les crimes de l'occupation. Ici et là, des ordonnances de restriction ont été rendues, ici et là, les actions ont été retardées. Mais dans les annales de l'occupation, on se souviendra de la Cour suprême d'Israël comme du premier instrument de légitimation de l'occupation et comme un collaborateur abject de l'armée. Vu cet état de choses, Langer n'avait peut-être rien à faire ici. C'est une conclusion singulièrement déprimante.

Contre quoi cette femme courageuse et courageuse s'est-elle battue ? Contre la torture par le service de sécurité du Shin Bet à une époque où l'on ne croyait pas à l'existence d'une telle torture, alors qu’ elle était au sommet de sa cruauté. Elle a lutté contre l'expulsion des militants politiques, contre les fausses arrestations, contre les démolitions de maisons. Par-dessus tout, elle s'est battue pour l'application du droit international à laquelle Israël a décidé de se soustraire pour des motifs incroyables. C'est ce qu'elle a combattu et c'est pourquoi elle était considérée comme une ennemie publique.

Dans ses vieux jours, son petit-fils lui a dit qu’à la fin, les Palestiniens gagneront et obtiendront leur propre État. "Tu ne le verras pas, mais je le verrai", a-t-il promis à sa grand-mère. En fin de compte, le petit-fils sera déçu, tout comme l'a été sa distinguée grand-mère.

 

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://tinyurl.com/yaq8yxy5
Publication date of original article: 24/06/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23659

 

Tags: Felicia LangerAvocats de conscienceDroits des PalestiniensOccupation sionistePalestine/Israël
 

 
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