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English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Un documentaire sur les liens entre Palestiniens au Brésil et dans leur pays occupé
Date of publication at Tlaxcala: 25/05/2018
Original: Documentário retrata ligações entre palestinos no Brasil e em território ocupado

Un documentaire sur les liens entre Palestiniens au Brésil et dans leur pays occupé

Ana Paula Rogers

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Caractérisé par une forte diversité ethnique et culturelle, le Rio Grande do Sul[1] abrite aujourd'hui des milliers d'immigrés palestiniens et leurs descendants. Les communautés issues de la Nakba -mot arabe signifiant catastrophe ou désastre- cherchent, en diaspora, l'intégration complète et une nouvelle citoyenneté au Brésil. Aujourd'hui, elles essaient de survivre, de grandir et de faire reconnaître leur contribution économique, sociale et culturelle.

Par des scènes tournées dans le sud du Brésil et au Moyen-Orient, le documentaire « A Palestina Brasileira » (La Palestine brésilienne) d’Omar L. de Barros Filho, dévoile les racines, le degré d'intégration et le sentiment d'appartenance de six familles affectées par les préjugés, les persécutions et les guerres. Il questionne leur condition actuelle et montre comment les hommes, les femmes et les jeunes se situent quant à leurs droits et aux valeurs éthiques et religieuses de leur culture traditionnelle.

Dans une interview à Portal ICArabe, Omar parle du tournage du documentaire, difusé sur Canal Curta cette année (plus de détails ici).

 

Portal ICArabe – Tu montres les liens qui existent entre les Palestiniens de Palestine et ceux du Brésil. Combien d'histoires as-tu entendues et comment as-tu choisi celles qui feraient partie du film? Y a-t-il une histoire qui t’a  plus marqué ?                

Omar de Barros Filho - Les personnages du documentaire ont été choisis en fonction du scénario original, qui prévoyait de faire appel aux familles vivant dans le Rio Grande do Sul et qui maintiennent des relations affectives, culturelles et politiques avec la Palestine, avec  leurs parents et leurs amis. Toutefois d'autres personnalités, qui ne figuraient pas au scénario original, ont pris de l'importance pendant le tournage. J'ai laissé une marge pour l'improvisation et la surprise, ce qui a enrichi le documentaire.

Un exemple frappant en est le parcours d'un couple de réfugiés palestiniens qui vit maintenant dans l’aire métropolitaine de Porto Alegre.

C'est une tragédie qui dure depuis 70 ans. Au début, la famille a quitté la Palestine à la suite de la création de l'État d'Israël en 1948. Elle est allée vivre à Bagdad, et y a refait sa vie. Des années plus tard, la famille voit tout s'écrouler, lorsqu’elle est de nouveau chassée par la guerre suite à l'invasion de l'Irak par les troupes US. Le couple s'enfuit alors vers le camp de réfugiés d’Al Rweished, situé dans une région désertique proche de la frontière jordanienne.

Après avoir survécu pendant des années dans ce camp, le couple est amené par l'ONU au Rio Grande do Sul[2], où ils trouvent un nouveau refuge, laissant leurs enfants derrière eux. L’un vit en Indonésie, leur fille est à Bagdad.

Dans le film, un élément de comparaison et de surprise nous a été fourni par des personnages qui  résistent depuis des décennies dans le camp d’Al Fawwar, près d'Hébron (Cisjordanie), où ils sont encore maintenant réfugiés, en Palestine même. Ces gens-là n'ont jamais récupéré leurs biens, ni leurs propriétés en ville ni leurs terres,  saisies par Israël. Ils ne figuraient pas dans le script.

Quels défis a-t-il fallu relever pour  tourner en Palestine ?

Lors de mon premier voyage à Jérusalem dans les années 1990, j'ai subi un certain nombre de tracasseries à l'aéroport de Francfort avant d'embarquer. C’était un véritable non-sens, puisque que je me trouvais en territoire allemand.

Comme j’avais encore cette expérience en mémoire, j'ai veillé, avant d’y retourner, à informer le gouvernement israélien de la présence et des déplacements de mon équipe de tournage, strictement en territoire palestinien. C'était une façon de tenir les autorités israéliennes responsables de notre sécurité.

Malgré ces précautions, une nuit, l'hôtel de Ramallah où logeait l’équipe à a été envahi et occupé pendant trois heures environ par des militaires en tenue de combat et des éléments en civil. Les portes de nos appartements ont été enfoncées, nos bagages ont été fouillés, nous avons été identifiés et photographiés de même que le personnel de l'établissement. L'hôtel a été fortement endommagé à coups de tronçonneuses et de masses.

Quelques heures plus tôt, l'équipe avait été retenue pendant un long moment à un point de contrôle israélien à l'intérieur du marché historique de Jérusalem. D’abord, notre guide palestino-brésilien a été expulsé du site. Ensuite, j'ai été emmené dans un bâtiment où opère un centre de contrôle de la police,  dans le secteur où se trouve le fameux Mur des Lamentations. Là, on m’a signifié par écrit l’interdiction de réaliser   des interviews ou d'utiliser du matériel de son et d’éclairage. Lorsque nous avons essayé d'entrer dans la mosquée Al Aqsa, où nous étions attendus, nous avons de nouveau été bloqués par la police israélienne. Quelques jours plus tard, alors que nous quittions l'aéroport Ben Gourion, à Tel-Aviv, l'une de nos deux caméras nous a été confisquée et  jamais  restituée.

 Tu es journaliste, et tu as été correspondant à l’étranger. Comment  compares-tu la situation des Palestiniens avec ce que tu as connu lors de tes autres reportages ?

De fait, j'ai une longue expérience de travail en Amérique latine, précisément à une époque où les dictatures militaires étaient nombreuses sur le continent. À l'époque de la guerre froide, il était dangereux de travailler dans des pays comme le Salvador, le Guatemala ou la Bolivie, par exemple. Là-bas, ma vie a été mise en danger à différentes reprises.

Pourtant, malgré le caractère répressif et arbitraire typique des régimes de l'époque, je n'ai jamais rien vu de comparable au   système de surveillance imposé par Israël aux Palestiniens. Il est omniprésent et vise à compliquer, voire à rendre impossible, la survie, la vie quotidienne des citoyens palestiniens. Le système d'apartheid touche indistinctement les hommes, les femmes et les enfants.

L’État d’Israël ne se contente pas de construire des murs de béton. À mesure qu'il colonise illégalement de nouveaux secteurs, il élève des murs de préjugés, des barrières technologiques, et interdit le développement indispensable à la population palestinienne. Il tente de dominer le ciel, la mer, les rivières et les eaux souterraines. Il contrôle la circulation de la monnaie et du savoir. Israël décide de ce qui est juste, et décide en dernier ressort de ce qui ne l’est pas.

Que penses-tu de la couverture médiatique de la question palestinienne ? Considères-tu qu'elle soit équilibrée ?

Les secteurs dominants des médias sont opposés aux revendications palestiniennes. Ils en font quotidiennement la démonstration dans les bulletins d’information. Ce sont  des médias partiaux qui ne cachent pas leurs préférences. Même lorsqu'ils rendent compte de massacres comme ceux de Gaza aujourd'hui, ils évoquent des «confrontations» entre des Palestiniens non armés et des troupes militaires israéliennes équipées d’un armement hautement sophistiqué et meurtrier. C'est une insulte au langage et à la vérité. Avec un absolu sang-froid, les tireurs d'élite israéliens prennent pour cible des personnes et les tuent ou en les rendent infirmes pour le restant de leurs jours. Ce secteur important des médias, complice des assassins, n'a émis aucune parole critique sur le sujet. C'est lamentable, c’est une honte.

Quel rôle le cinéma peut-il jouer pour une meilleure compréhension du monde arabe et de la situation des réfugiés au Brésil et en Amérique latine,  à une époque où la xénophobie semble toujours plus manifeste ?

Les vents de la guerre soufflent plus fort au Moyen-Orient à présent que Donald Trump a accordé les instruments de son orchestre militaire à ceux de la fanfare israélienne. Ses dernières décisions, comme la rupture de l'accord nucléaire avec l'Iran, l'intervention militaire en Syrie, le transfert de l'ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, sont autant d'actions qui laissent présager de nouvelles guerres dans la région, des conflits qui menacent la paix mondiale. Les conséquences en seront des millions de réfugiés de plus obligés de traverser les océans pour leur survie.

De ce point de vue, le cinéma, tant de fiction que documentaire, a tout à fait sa place dans la lutte contre la désinformation, l'aliénation et les préjugés. Ce sont des temps ingrats que ceux que nous vivons et ceux qui nous attendent. Des heures pénibles, fruits des politiques militaristes dont sont victimes les nations,  et des crises qui ravagent l’économie et l’environnement.

Je crois cependant que, même dans cette adversité, des hommes et des femmes sauront  préserver leur humanité et leurs valeurs les plus profondes, quelles que soient leur classe sociale, leur couleur ou  leur religion. La solidarité active, un accueil convenable de ces masses de gens forcés de fuir leurs pays, sont plus qu'une nécessité, un devoir.

Réfugiés à Sapucaia do Sul

 

Sur le réalisateur

Omar L. de Barros Filho est réalisateur de cinéma, scénariste et journaliste. Il a réalisé récemment le long métrage documentaire A Palestina Brasileira (La Palestine brésilienne), tourné au Brésil et au Moyen-Orient. L'œuvre montre des familles palestiniennes, expulsées de leur patrie par les guerres et les persécutions, et qui ont trouvé au Rio Grande do Sul la possibilité de reconstruire leur vie.

Il a également réalisé Adyós, General, une fiction portant sur la guerre civile au Salvador, où il a été correspondant de presse. Il a  dirigé le court-métrage  Viva a  Morte (Vive la Mort), sur un vieux franquiste espagnol qui ouvre un motel au Brésil. Les deux films ont remporté des prix lors de festivals au Brésil et font partie du mouvement connu dans le pays sous le nom de  « Cinéma d’Invention », dont les précurseurs furent le critique Jairo Ferreira et le cinéaste Júlio Calasso.

C’est lui qui a introduit dans le pays le format de la mini-série en dirigeant, pour la chaîne RBSTV, “Atlântida e o Anjo” (Atlantis et l'Ange) et  “Atlântida e o Príncipe Submarino” (Atlantis et le prince sous-marin), qui s’adressaient au public adolescent des années 80. Pour sa réalisation de la série “Nove Talentos   Gaúchos”[3] (Neuf Talents Gauchos), produit pour la chaîne RBS-TV, il a reçu le prix Jeca Tatu de l'Académie brésilienne des lettres décerné pour sa contribution à la culture brésilienne à la télévision. Il a créé et réalisé des dizaines de films publicitaires et de documentaires institutionnels.

En tant que journaliste, il a été l’éditeur du journal alternatif Versus, qui a paru à São Paulo dans les années 1970, recevant le prix Vladimir Herzog des droits de l'homme, pour son reportage intitulé « Lettre d’une victime de la torture au Président Geisel ». Il a rédigé des reportages sur les crises politiques au Salvador et en Bolivie dans les années 1980. Il est actuellement membre du groupe de traducteurs Tlaxcala, un site de  traducteurs multilingue.

Il a participé activement comme personnage à la série télévisée et  écrite « Il faut résister - Les protagonistes de cette histoire: la presse alternative, clandestine et en exil, dans la période 1964-1979 (du  coup d’État à l’amnistie) », produite par l'Institut Vladimir Herzog de  São Paulo.

 NdT

[1]Le  Rio Grande do Sul est l’État le plus méridional du Brésil, bordé par l’Océan Atlantique et frontalier avec l’Argentine et l’Uruguay. Capitale Porto Alegre.

[3]  Gaúchos : nom donné aux habitants de l’État du Rio Grande do Sul





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.icarabe.org/node/3361
Publication date of original article: 11/05/2018
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=23439

 

Tags: A Palestina brasileiraPalestine-BrésilRio Grande do SulOmar L. de Barros Filho DocumentairesPalestine/IsraëlDiaspora palestinienneNakbaMoyen-Orient
 

 
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