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 23/06/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Guy Deutscher : le langage modifie notre manière de penser
Date of publication at Tlaxcala: 05/11/2010
Original: Guy Deutscher: Language alters how we think
Translations available: Español  Italiano  Deutsch  Tamazight  

Un entretien avec l’auteur de The Unfolding of Language et Through the Language Glass
Guy Deutscher : le langage modifie notre manière de penser

Robert McCrum

Translated by 
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Guy Deutscher est l’un des rares scientifiques qui nous parle de sa spécialité, la linguistique, en langage clair et compréhensible. Dans son nouveau livre,"Through the Language Glass" (Heinemann), il contredit hardiment le consensus en vogue, auquel se rallient des personnalités telles que Steven Pinker, selon lequel la langue est une production complètement naturelle, d’où sont absentes toutes nuances et valeurs culturelles et sociales. Les arguments de Deutscher, présentés sur un mode plaisant et provocateurs, veulent montrer que notre langue maternelle influence notre pensée et - au moins aussi important - notre perception du monde.




Le linguiste Guy Deutscher déconstruit l’opinion selon laquelle
le langage ne subit pas l’influence de la culture
Photo : Sophia Evans pour The Observer

  
Ce linguiste, âgé de 40 ans et Honorary Research Fellow (chargé de recherches, Ndlt) à l’Université de Manchester, s’appuie dans son ouvrage sur de très nombreuses sources pour montrer qu’une langue reflète la société qui la parle. Au passage il explique pourquoi, en russe, l’eau, mot féminin, devient un masculin après qu’on y a plongé un sachet de thé et pourquoi une jeune femme est neutre en allemand alors qu’une betterave est féminine.

Pourriez-vous résumer brièvement le propos de votre livre ?

Je voudrais montrer que le monde est perçu différemment selon les différents langages. J’essaie d’expliquer pourquoi, l’avidité à d’expliquer les aspects fondamentaux de la langue et de la pensée par la génétique a conduit à sous-estimer grossièrement l’énorme impact de la culture et de l’éducation.

Dans quelle mesure a-t-il été sous-estimé ?

L’un de mes arguments est par exemple que notre langue maternelle a une influence considérable sur notre façon de penser et notre perception du monde. Mais ce problème est grevé d’énormes implications historiques et la plupart des linguistes et psychologues reconnus ne veulent donc pas y toucher, même avec des pincettes.

C’est comme parler du caractère national en tant qu’historien, n’est-ce pas ?

Exactement. Mais je pense que nous sommes suffisamment adultes pour envisager ce problème sous un angle scientifique.

Pourriez-vous me donner un exemple ?

L’exemple le plus étonnant est emprunté à ce que j’appelle le langage spatial : notre façon de décrire la position des objets qui nous entourent. Prenons la phrase : « L’enfant est derrière l’arbre. » On pense que toutes les langues expriment de la même manière quelque chose d’aussi simple. Il est presque inimaginable qu’il puisse en exister qui n’utilisent nullement ce type de notions. Des siècles durant, philosophes et psychologues nous ont fait croire que des concepts aussi égocentrés que « devant », « derrière», «à droite» ou « à gauche» sont des éléments de base universels du langage et des processus cognitifs.

Et ils ne le sont pas ?

Eh bien, on a découvert une langue parlée par un peuple aborigène australien du Queensland du Nord - les Guugu Yimithirr. Ces personnes utilisent un langage spatial extrêmement bizarre, car ce genre de concepts en est totalement absent. Ils ne diraient donc jamais « L’enfant est derrière l’arbre » mais « L’enfant est au Nord de l’arbre.»

Il se trouve par hasard que cette même langue nous a fourni le mot de « kangourou ».

Oui, c’est ce qui l’a rendue célèbre, mais elle devrait l’être doublement. Ces gens disent des choses telles que : « Tu as une fourmi sur ton pied Nord » ou « J’ai laissé le stylo sur le bord Sud de la table Ouest dans la pièce Nord de ta maison. » On pourrait penser que cette étrange façon d’exprimer la spatialité est unique au monde. Mais la découverte de ce langage a poussé beaucoup de scientifiques à s’en assurer et nous avons ainsi découvert que d’autres peuples, aux quatre coins du monde, depuis le Mexique jusqu’à l’Indonésie, parlent de la même manière.

Quelles conséquences ce type de langues a-t-il sur la perception de l’espace ?

Si l’on est plongé dès sa naissance dans ce type de langue, votre cerveau intègre en définitive une sorte de GPS, un sens de l’orientation absolu, et pour une raison assez simple : si, dès l’âge où l’on apprend à parler, on doit prendre conscience à chaque seconde de la situation des points cardinaux pour pouvoir comprendre les choses les plus simples dont parle votre entourage, la langue vous entraîne à prêter une attention constante à l’orientation. Cet entraînement intensif fait du sens de l’orientation une seconde nature. Si l’on demande aux Guugu Yimithirr comment ils savent où se trouvent le Nord et le Sud, ils vous regardent avec étonnement. Vous seriez tout aussi perplexes si on vous demandait comment vous savez où sont le devant et le derrière.

Est-ce la neurologie ou la linguistique qui vous intéresse le plus ?

Je me focalise sur l’effet que le langage produit sur la pensée, mais j’essaie de me concentrer sur les effets que l’on peut scientifiquement prouver. La neurologie est un sujet passionnant, mais dans ce domaine nous ne savons encore à peu près rien : nous connaissons très mal le fonctionnement du cerveau. Et donc, si l’on veut prouver que le langage exerce une influence sur la pensée, il faut trouver des exemples où cette influence entraîne des conséquences factuelles et mesurables sur le comportement effectif.
 
Dans cinquante ans d’ici, il sera beaucoup plus facile de parler de neurologie réelle, car il sera alors possible de scanner le cerveau et de constater avec exactitude l’influence exercée par les différents langages sur divers aspects de la pensée. Nos réflexions actuelles à ce sujet nous paraîtront lamentablement primitives. Mais le progrès ne s’obtient qu’en remettant dix fois sur le métier son ouvrage.
 
 
Through the Language Glass: How Words Colour Your World
Guy Deutscher
William Heineman
London 2010
319 p.
ISBN: 978-0-434-01690-7
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.guardian.co.uk/technology/2010/jun/13/my-bright-idea-guy-deutscher
Publication date of original article: 13/06/2010
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2289

 

Tags: langue anglaiseGrande BretagneRoyaume UniAngleterreUnion EuropéennelinguistiqueculturelittératureessaiGuugu Yimithirrkangourou
 

 
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