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 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / 46 photos de Walker Evans pour « The Crime of Cuba » (1933) mises en vente pour 850.000 dollars : elles avaient été oubliées par Hemingway à Key West
Date of publication at Tlaxcala: 26/01/2018
Translations available: Español 

46 photos de Walker Evans pour « The Crime of Cuba » (1933) mises en vente pour 850.000 dollars : elles avaient été oubliées par Hemingway à Key West

Michel Porcheron

 

On aurait pu en rester là : Hemingway rencontre à La Havane un compatriote, le jeune photographe Walker Evans un jour de fin mai 1933. Ils ne deviennent pas vraiment des amis, durant les trois semaines du séjour d’Evans. Il ne se passe rien, nothing, hormis quelques solides beuveries. Excepté aussi que l’écrivain lui prête 25 dollars - Evans est fauché - et que le photographe lui demande de rapatrier 46 photos parmi les quelque 400 qu’il tire dans les rues de La Havane, capitale d’un pays qui vit sous la féroce dictature de Gerardo Machado. Hemingway pêche l’espadon. Evans chasse les images pour le livre « The Crime of Cuba » de Carleton Beals. Chacun son job. Evans et Hemingway ne se reverront jamais. Les hasards de la vie ? 

  
"Hem"                                                                                                                 W. Evans

Jusque-là donc, on est dans l’anecdote, comme il en existe tant d’autres. Elle aurait pu même passer inaperçue. Dans la vie d’Hemingway, ces 46 photos ont plongé dans l’oubli. Ses biographes - ils sont nombreux (Carlos Baker, Jeffrey Meyers, Kenneth S. Lynn, Valery Danby-Smith…) -ne font pas état de cette rencontre. Aucune trace dans la correspondance publiée de l’écrivain. Quand Walker Evans meurt en 1975, il a 72 ans, il a dû faire le deuil de ses 46 photos depuis longtemps, il a peut-être pensé qu’elles avaient été carrément perdues, voire détruites. Rien ne dit qu’il a tenté un jour de les récupérer auprès d’Hemingway.

On aurait pu donc en rester là. Et voilà qu’aujourd’hui, ce qui fut le cas échéant une anecdote, parmi tant d’autres, devient une affaire extraordinaire. Ces 46 photos (réunies en un seul lot) refont magistralement surface à l’occasion de leur vente aux USA, par De Wolfe and Wood Rare Books et Michael Brown Rare Books. Selon des chiffres officiels, leur vente, 84ans après, pourrait atteindre les 850.000 dollars.

Il est vrai qu’entretemps, Walker Evans est devenu l’un des plus grands photographes de la planète.

Quand Walker Evans, 30 ans, arrive en mai 1933 à La Havane, pour faire des photos destinées au livre de Carleton Beals, « The Crime of Cuba », il a, dissimulées dans ses affaires, quelques lettres d’introduction. Beals avait lui-même séjourné à Cuba à la fin du dernier trimestre de 1932. Il est en mesure donc de donner à Evans quelques contacts aussi discrets qu’utiles. 

Parmi eux, le Cubain José Antonio Fernández de Castro, son frère Jorge, Rivero et Farres (sans précision), Phillips (James Phillips, du Times), Haas, d’United Press… À son retour à New-York, en réalité une semaine plus tard, Evans écrit à Carleton Beals : « J’ai été absolument séduit et amusé par José Antonio Fernández de Castro, le prototype même du Latin, Farres est un vrai prince. Je n’ai pas pu rencontrer et je le regrette Machiavelli The Ferrara. »Dans cette lettre, il n’est pas question d’Ernest Hemingway.

Leur rencontre à La Havane fut fortuite.

Au bout de trois semaines, Evans va donc quitter La Havane avec près de 400 photos. Il en sort sans avoir été inquiété, pourtant son matériel aurait pu attirer l’attention de fonctionnaires de la Douane, et lui valoir quelques sérieux ennuis. Rien de tout ça.

« Je n’ai eu aucun problème avec les autorités »,  écrira-t-il à Carleton Beals. 

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Les 46 photos d’Evans dont on reparle aujourd’hui, 84 ans plus tard, pas forcément toutes inédites, ont eu une histoire bien singulière, a fortiori si le montant espéré de la vente est atteint ou dépassé. Singulière, grâce ou à cause d’Hemingway ? La négligence d’Hemingway.

Hemingway se trouvait à La Havane le 12 avril 1933, il faisait alors des allers-retours entre Key West (plus proche de Cuba que de Miami) et le port de La Havane, à bord de l’Anita, un yacht de 10 mètres appartenant au patron du Sloppy Joe’s, de Key West, Joe Russell, bootlegger, qui servira de modèle au personnage de Harry Morgan, dans En avoir ou pas.

Les 46 photos échouèrent quelque part dans la maison de l’écrivain à Key West, la Spanish House, au 907 Whitehead Street, près du phare de la ville, qu’il avait achetée en décembre 1928. Mme Hemingway d’alors est Pauline Pfeiffer, leur mariage eut lieu à Paris, en mai 1927, à l’église Saint-Honoré d’Eylau. Ils se séparèrent en 1939, Hem ayant quitté le domicile conjugal de Key West, pour rejoindre Martha Gellhorn à La Havane et s’installer en 39/40 à la Finca Vigia, sur les hauteurs de La Havane.

Russell ne prenait que 10 dollars par jour à Hemingway, chaque fois que l’écrivain s’adonnait à sa nouvelle passion, la pêche au gros, spécialement le marlin. Il avait cette fois loué l’Anita pour une campagne de pêche de deux mois (ou plus). Il s’était assuré les services de Carlos Gutiérrez comme pilote et conseiller de pêche. En avril et mai, il prit en moyenne un marlin par jour. Et au moins une cuite par 24 heures.

Dans la capitale cubaine, Hem descendait à l’hôtel Ambos Mundos, au coin de la rue Obispo (à l’autre se trouve la Floridita), chambre 505, qui lui coûtait 2 dollars par jour. Hemingway, l’écrivain, avait déjà à son actif, principalement Le Soleil se lève aussi, L’Adieu aux armes et Mort dans l’après-midi. Ses comptes en banque étaient donc alimentés. Même si la fortune ne vint qu’après la publication de Pour qui sonne le glas en 1940

Walker Evans rencontre Hemingway très vraisemblablement par l’intermédiaire de José Antonio Fernández de Castro. Certains avancent la date du 31 mai lors d’un dîner organisé par le Cubain.

Evans n’attend rien de l’écrivain. Et inversement. Surtout inversement. Peu de temps plus tard, Evans se retrouva sans le sou et grâce aux quelque 25 dollars que lui avance Hemingway, Evans peut séjourner une semaine de plus à La Havane et terminer son travail de photographe

Les deux hommes ne sont pas devenus amis lors de ces trois semaines. À moins qu’on devienne amis quand on partage les mêmes comptoirs de bars et les mêmes soirées de beuveries.Comme se le rappela Evans, « Hemingway ne savait pas quoi faire…et il avait besoin d’un compagnon de bordée ».

Une des 46 photos : Étudiants révolutionnaires, qualifiés de "terroristes" emprisonnés en 1933

Quand Evans confie ses 46 photos à Hemingway, il ne les confie donc pas à un ami, mais à quelqu’un qui va rentrer aux USA et qui est suffisamment connu pour éviter d’éventuels tracas au moment de franchir la Douane.

« J’ai des photos prêtes pour ce soir, et j'en aurai plus pour demain », écrivit-il par télégramme à Hemingway. Soit un total de 46 dont l’histoire va devenir désolante.

À Key West, entre 1933 et 1939, les 46 photos d’Evans vont donc végéter quelque part dans le fatras de l’écrivain, à son domicile. Manifestement il les oublie. En a-t-il eu le souvenir ?

Fin 39, il dit à Toby Bruce, homme à tout faire et chauffeur du couple Hemingway, de prendre dans la maison tout ce dont Pauline, divorcée, ne voulait pas. Hemingway avec l’aide de Bruce stocka ses malles, ses livres, ses têtes d’animaux et autres biens, au Sloppy Joe’s Bar, où ils restèrent plus de vingt ans…jusqu’à ce que Mary Welsh, la 4ème épouse d’Hem et sa veuve, vint les y chercher à l’automne 1961, trois mois après la mort de l’écrivain. 

De toute évidence, les 46 photos d’Evans - entre bien d’autres choses en tout genre - ne firent pas partie du déménagement de Pauline, ni de celui non plus de Mary Welsh. (1908-1986) qui expédia les meilleures pièces d’Hem à la John F. Kennedy Library à Boston, une autre partie au Musée de Key West et Toby Bruce et son épouse héritèrent d’une bonne pile de ces vielles affaires d’Hem. Parmi les photos se trouvaient 46 photos en noir et blanc faites à Cuba. Que fit le couple Bruce de cette « pile »précieuse ?

Ce n’est qu’en 2002 que fut fait le lien entre ces photos, le photographe Walker Evans, Cuba, Hemingway et leur rencontre sans suite. Par le fils des Bruce, Benjamin « Dink » quand il fit savoir à Mme Pennington que « près de 40 des 46 photos non identifiées de la collection familiale ressemblaient beaucoup » aux 73 qui figuraient dans le livre « Walker Evans : Cuba » qui venait de sortir aux USA en 2001. Une expertise immédiate révéla que les photos des Bruce étaient bien de Walker Evans et faites à La Havane.

Toby Otto Bruce (1910-1984) resta un ami proche d’Hem jusqu’à sa mort (1961), on suppose que pendant encore une vingtaine d’années il se contenta de vérifier que tout était à la même place, que rien n’était dérobé. Avec le temps, il devint « de fait » le « propriétaire » des biens, des affaires, des papiers, etc. qu’Hemingway avait laissés à l’abandon au Sloppy Joe’s.

L’ami Toby Bruce avait même été l’intermédiaire dans l’achat de la Finca Vigia, de Cuba, en 1939/1940, qui allait être le domicile d’Hem jusqu’à son départ définitif de Cuba en 1960. Hem ne voulait pas que son nom apparaisse dans la transaction, évitant ainsi que les vendeurs spéculent en prenant connaissance du nom du véritable acheteur.

Valery Danby-Smith Hemingway apporte un témoignage intéressant : « Quand Hemingway cessa de vivre à Key West, en 1939, se séparant de Pauline, au sous-sol du Sloppy Joe’ s, avaient été entreposées des malles pleines d’affaires en tout genre, surtout des papiers. Hemingway eut toujours l’idée de les transporter à Cuba, ce qu’il ne fit pas ». 

En octobre 1956, deux malles furent retrouvées à Paris, dans les caves de l’hôtel Ritz. Elles s’y trouvaient depuis 1928, lorsque Hem était parti avec Pauline pour Key West. Elles contenaient des sweat-shirts et des sandales, des vieilles coupures de journaux, les cahiers bleus préférés d’Hem ainsi que quelques pages de fiction, qui allaient devenir « Paris est une fête » publié après sa mort. (1964)   

Est-ce que Bruce et son épouse Betty firent un jour un inventaire précis de leurs trésors hemingwayens ?On l’ignore. Benjamin Bruce lui, manifestement plus curieux, s’en chargea, avec le succès connu. Entre 2004 et ces dernières années, fut montée une exposition itinérante aux USA, « Walker Evans - Cuba, Ernest Hemingway, three weeks ».

Le jour de la vente effective du lot des 46 photos, Benjamin Bruce empochera peut-être 850.000 dollars, un peu plus, un peu moins.



Une autre des 46 photos : jeunes vendeurs de journaux

Grâce à Hemingway

Scott de Wolfe : « Il y a plusieurs années, je suis devenu ami avec Benjamin Bruce dont les parents ont travaillé pour Hemingway et ils avaient assemblé une grande « collection Hemingway ». Benjamin Bruce m'a demandé d'aider à trouver une maison pour la collection.

Les photographies sont à vendre à un prix fixe. Nous sommes arrivés à ce montant (850.000 dollars) en faisant des recherches sur les enregistrements des enchères pour les photographies de Walker Evans. 

Nous préférerions que la collection soit vendue à un musée ou à une bibliothèque. La plupart des grandes institutions ont reçu notre catalogue » (entretien par mail).

Notes

1- « The Crime of Cuba » de Carleton Beals (1893-1973), qui comporte le portfolio de 31 photos d’Evans n’existe qu’en anglais (1933, Ed. J.B. Lippincott, Philadelphia and London, 441 pages, Bibliographie sélective, Index de 24 pages)

2-En 1966, les éditions Payot ont publié en français (traduction de Laurent Jospin) « L’Amérique latine. Monde en révolution » (271 pages, bibliographie sommaire). Sur Cuba : pages 11-23.

3-En espagnol : mai 1936- « Prólogo de la liberación de Cuba », édité par la section centrale pour la propagande à l’étranger du Parti Révolutionnaire cubain (Auténticos), prologue à « La razón del 4 de Septiembre » d’Enrique Fernández, membre du PRC (Auténticos) assassiné sur ordre de Batista durant la grève révolutionnaire de mars 1935.

Selon Wikipedia en anglais, Carleton Beals est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages et d’études publiés entre 1921 et 1973.

Une monographie en français sur Carleton Beals resterait à écrire

Cliquer pour ouvrir le catalogue (en anglais)

Pour en savoir plus





Les photos que Walker Evans n'a pas pu faire, lors de la révolution d'août 1933. Ci-dessus, étudiants armés à l'Université de La Havane. Ci-dessous, la foule saccage le siège du Heraldo de Cuba, organe de la dictature de Machado





Courtesy of Tlaxcala
Publication date of original article: 26/01/2018
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Tags: Walker EvansErnest HemingwayCubaDictature de MachadoFulgencio BatistaPhotographieUSA
 

 
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