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 18/04/2014 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Juifs, jazz et socialisme
Date of publication at Tlaxcala: 02/11/2010
Original: Jews, Jazz & Socialism
Translations available: Español 

Juifs, jazz et socialisme

Gilad Atzmon جيلاد أتزمون گيلاد آتزمون

Translated by  Chloé Meier
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Que penseriez-vous d'une émission de radio consacrée à la musique classique aryenne et qui ne diffuserait que des œuvres composées ou interprétées par des Aryens?

Je pense connaître la réponse: vous vous sentiriez offusqué et vous auriez peut-être même envie de protester.
 
Or, il s'avère que Mike Gerber, rédacteur au Jewish Socialist Magazine et membre du Jewish Socialist Group concocte ce genre de projet puisqu'il s'apprête à lancer une émission de radio "réservée aux seuls Juifs".
 
Voici un extrait du communiqué de presse qu'il a diffusé ce matin :

 "Je suis Mike Gerber, auteur du livre Jazz Jews. Après sa publication, on m'a demandé présenter une émission régulière réservée aux juifs du jazz (sic) sur la radio diffusée par internet UK Jazz Radio. (…)

Mon émission portera notamment sur toutes les tendances du jazz fusion juif, sur la musique roots juive, comme le klezmer, et sur le jazz israélien. Une place de choix sera également réservée aux compositeurs américains du grand répertoire de la chanson juive, ainsi qu'à certains des nombreux musiciens juifs qui, de manière plus générale, ont apporté leur contribution au jazz."

Un programme de musique classique aryenne ne serait vraisemblablement pas accepté, mais un "Jewish Jazz show", ça doit être quelque part kasher. En tout cas, assez kasher  our passer sur www.jazzradio.com.
 
J'ai eu l'occasion de rencontrer Mike Gerber, il y a dix ans. Il est venu chez moi pour m'interviewer sur les Juifs et le jazz. Pendant plusieurs heures, il a désespérément cherché à m'arracher un avis sur les liens inhérents entre les deux. N'étant pas musicologue, je ne lui ai pas été d'une grande aide. Qui plus est, je ne vois pas d'influence particulière de la musique juive sur le jazz. Même s'il est vrai que de nombreux maîtres et de nombreux compositeurs étaient juifs ethniquement parlant – un fait qui en lui-même mériterait une étude –, le jazz, en tant que genre musical, est loin d'être judéo-centré ou juif. 
 
La grandeur du jazz repose sur sa capacité à réunir des gens de toutes les couleurs et de toutes les origines. Cette musique doit à sa variété de sons, de rythmes et de cultures d'être devenue un langage cosmopolite et un symbole de liberté.  Avec tout le respect dû à Michael Gerber et à son obsession de l'importance culturelle des juifs, lorsque j'écoute Gershwin ou Michael Brecker, je n'entends rien de juif. En revanche, j'y entends l'Afrique, Cuba, du blues, du baroque, j'entends New-York, Paris… En fait, j'entends tout, sauf le ghetto juif.  
 
Lors de notre rencontre, j'ai laissé entendre à Mike Gerber que pour de nombreux artistes juifs, le jazz constituait une échappatoire au ghetto, à la soupe au poulet, au gefilte fish (carpe farcie), au sionisme et à d'autres symboles du peuple élu. J'avais également abordé le sujet avec le batteur Asaf Sirkis, l'auteur-compositeur Chaz Jankel et le légendaire saxophoniste new-yorkais Bob Berg, qui partageaient tous pleinement mon avis. Pour ma part, je peux dire qu'en tant que jeune fan de jazz, il ne m'a pas fallu plus d’une douzaine de mesures pour oublier le sionisme, Israël et son armée. Je n'avais aucune envie de mourir sur l'autel du sionisme: je rêvais de swing à Paris, ou de bop à New-York. Pour bon nombre de musiciens israéliens et juifs, comme moi, le jazz était une fenêtre ouverte sur d'autres horizons. C'était un véritable moyen de se libérer.
 
Mike Gerber n'a pas beaucoup apprécié mon point de vue, qui pouvait facilement ruiner son projet juif. Il a passé sept ans à écrire un pavé sur les Juifs et le jazz, à mes yeux l'un des ouvrages les plus effarants de l'histoire de la littérature consacrée au jazz. Comme le mentionne son site, le livre "explore l'implication des Juifs, qui ont contribué à faire tomber les barrières raciales dans le jazz américain, et ont utilisé le jazz comme instrument de lutte contre l’apartheid et contre la répression soviétique".  
 
Or, s'il tient à présenter le jazz juif comme un "mouvement progressiste" au cœur du mouvement anti-apartheid, Mike Gerber n'explique pas pourquoi les musiciens de jazz juifs ne prennent aucune part active au mouvement antisioniste. Si les musiciens de jazz juifs sont de merveilleux progressistes, comment se fait-il que nous ne voyions aucun mouvement collectif de jazzeux juifs dénoncer le sionisme ou Israël?
 
Mike Gerber est manifestement totalement étranger au jazz et à l'esprit du jazz. Il n'a pas compris que jouer de la musique, c'est la manière la plus élémentaire d'être parmi d'autres. Les questions de race ou d'identité, les sujets politiques et les barrières culturelles sont mis de côté. Se trouver là, à produire de la beauté avec d'autres constitue en soi la plus forte des affirmations. Les musiciens de jazz n'ont pas besoin de dire grand-chose; c'est la musique qui porte le message le plus fort. Lors de notre Jazza festival, qui s'est déroulé la semaine dernière, nous avons accueilli au moins quatre artistes juifs. Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire comme des hommes ordinaires. Ils n'ont brandi ni bannières, ni drapeaux et n'on pas demandé de traitement spécial.
 
Michael Gerber n'est pas venu au festival (mais il m'appelle toujours à l'avance pour me demander un pass pour le Ronnie Scott’s afin d'entrer gratuitement quand j'y joue). Le Jewish Socialist Groups non plus n'a pas apporté son soutien au Jazza, pas plus qu'aucune autre organisation juive. Pourtant, de nombreux juifs l'ont fait. Ils se sont joints à nous en tant qu’êtres humains ordinaires. Contrairement à Mike Gerber et à ses Jewish Socialists,  ils se sont, eux, assiimilés à l’humanité.

Zelig au petit’déj

Il y a trois semaines, Michael Gerber m'a demandé de lui envoyer de la musique pour son émission "réservée aux Juifs".  Il va sans dire que j'ai refusé, mais je lui ai proposé de me recontacter le jour ou il décidera de diffuser de la musique de Gentils. Ce matin, après avoir lu sa revue de presse, j'ai écrit à Michael Gerber un mot sarcastique où je lui faisait savoir que mon ami (imaginaire) Klaus Hofmann souhaitait animer une émission consacrée au jazz aryen, et que je trouvais excellente l'idée d'avoir deux émissions radio racistes en parallèle.  
 
Piqué au vif, Gerber a répondu sans délai:

"Le jazz juif est l'un des principaux axes de mon émission; il inclut également beaucoup de jazz israélien. (…) S'il existe des émissions de latin jazz, il peut bien y avoir une émission qui réserve une large place au sous-genre du jazz juif.”

Cette réponse m'a stupéfait. Bien qu'il soit membre du Jewish Socialist Group, et malgré le fait que les Jewish Socialists affirment être anti-sionistes et favorables au boycott culturel d'Israël, voilà que Gerber prend soudain l'État juif pour la Mecque de la culture juive, et va jusqu'à se faire le chantre de l'art israélien (au lieu de le boycotter). Poussé dans ces derniers retranchements, le Juif socialiste retourne sa veste. Il a même réussi à promouvoir la culture sioniste.
 
Certes, Israël a donné naissance à une multitude de musiciens de jazz immensément talentueux. Mais est-ce qu'il existe en soi un genre musical qui puisse s'appeler jazz juif?
  
Gerber nous mène sur une fausse piste, à moins qu'il ne se soit égaré lui-même. Il y a une grande différence entre le latin jazz et le jazz juif. Le premier constitue un genre musical à part entière, intrinsèquement associé à une région géographique; dans le monde entier, des musiciens peuvent facilement le définir et quiconque maîtrise les bases du langage musical latino peut rejoindre un combo de latin jazz. Le second n'est pas une forme d'art ni un genre musical. Il n'existe pas, si ce n'est dans l'univers de Gerber. Apparemment, pour figurer dans le livre du journaliste Gerber, il suffit d'avoir une mère juive, le même critère que pour immigrer en Israël et pour s'installer sur des terres palestiniennes.
 
De même que je suis heureux de voir Israël montrer son vrai visage, je suis heureux de voir Mike Gerber avancer dans ses projets. Il y a dix ans, c'est déjà lui qui m'avait ouvert les yeux sur l'orgueil collectif qui, étrangement, caractérise les Juifs. C'est à lui aussi que je dois d'avoir inventé le personnage satirique d’Artie Fishel, un musicien américain pour qui le jazz n'est ni américain, ni africain, mais purement juif…
 
Comme Gerber, Fishel cherche à amener le jazz d'où il vient, à savoir The Promised Band [jeu de mots entre The Promised Land, la Terre Promise et The Promised Band, le groupe promis, NdE].
 
Aussi tragique que cela puisse paraître, toute politique juive est une forme de sionisme.
 
Vous pouvez écouter Artie Fishel et son Promised Band en pensant à Mike Gerber et à son socialisme kasher.


 
Lipstick-Artie Fishel and the Promised Band
by Gilad Atzmon






Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.gilad.co.uk/writings/gilad-atzmon-jews-jazz-socialism.html
Publication date of original article: 22/10/2010
URL of this page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2243

 

Tags: SionismeJazzMusiqueMichael GerberJuifs socialistesJazz juifJewish Socialist MagazineJewish Socialist GroupPeuple éluCacherout IsraëlPalestineMoyen-OrientArtie Fishel and The Promised BandSuprématisme juif
 

 
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