TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı la internacia reto de tradukistoj por la lingva diverso

 22/06/2018 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / L'armée israélienne "voulait un Arabe mort", dit la famille d’un Palestiniens abattu par un sniper
Date of publication at Tlaxcala: 29/12/2017
Original: The Israeli army 'wanted a dead Arab,' says family of Palestinian shot dead by sniper

L'armée israélienne "voulait un Arabe mort", dit la famille d’un Palestiniens abattu par un sniper

Gideon Levy جدعون ليفي גדעון לוי

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Basel Ibrahim était allé voir les affrontements entre des soldats israéliens et un groupe de jeunes masqués près de son domicile à l'extérieur de Jérusalem. Un tireur d'élite de l'armée l'a abattu à une distance de 200 mètres et l'a tué

 



Basel Ibrahim. Photo Alex Levac

Deux tireurs d'élite des Forces de défense israéliennes ont grimpé la colline en face de la maison. À une portée de 200 mètres, ils ont braqué leurs fusils sur les jeunes masqués qui jetaient des pierres sur les soldats plus bas, à côté de la station-service d'Abu Khalil à l'entrée d'Anata, au nord-est de Jérusalem. Les jeunes, une dizaine selon les témoins, se sont abrités derrière le mur de pierre bas de l'usine de marbre et de granit Alimani. C'est le dernier bâtiment avant la barrière de séparation, qui serpente le long de cette ville de Cisjordanie. Mahmoud Elian, un journaliste local qui était là pour documenter les événements, s’était également abrité derrière la clôture.

Seul Basel Ibrahim, 29 ans, qui travaillait dans un entrepôt de ferraille, était resté debout, exposé aux snipers. Il habitait à proximité et était sorti, apparemment pour voir ce qui se passait. Sans hésitation, les snipers lui ont tiré dessus. Une balle a atteint Ibrahim à la taille et est ressortie derrière son thorax, faisant éclater ses organes internes et le projetant au sol, du sang giclant de sa bouche. Les taches rougeâtres sont encore visibles sur les fragments de marbre par terre.

Les oiseaux gazouillent tranquillement dans leurs cages dans la maison d'Ibrahim, à quelques dizaines de mètres du site de la fusillade. La maison est vide. La veuve d'Ibrahim, Dalia, et leur fils de 4 ans, Adam, sont loin, dans le camp de réfugiés de Jénine au nord de la Cisjordanie, avec sa famille. Ibrahim est enterré dans le cimetière d'Anata. Seul le faible gazouillement des oiseaux chanteurs brise le silence mortel presque palpable qui imprègne la maison déserte.

La mère endeuillée, Hana, 60 ans, vit à l'étage supérieur. Le père d'Ibrahim est mort de maladie il y a environ 10 ans. L'appartement du fils est neuf et étincelant. Il a un salon, une chambre à coucher et une pièce aux oiseaux - remplie de cages dans lesquelles les oiseaux chanteurs s’agitent constamment. Des photographies du petit Adam sont collées sur les murs entre les nombreuses cages. Le couple s'était séparé il y a quelques mois et Dalia est retournée chez ses parents à Jénine. Le contexte de la séparation était le désir d'Ibrahim de prendre une deuxième femme, une parente d'Anata. Il avait déjà planifié le mariage, qui devait avoir lieu bientôt. Depuis qu'il s'était séparé de Dalia, il se rendait à Jénine chaque semaine pour aller chercher Adam, qui restait avec lui du jeudi au samedi.

Il avait fait la même chose il y a deux semaines. Ce jeudi 14 décembre, il a ramené son fils à Anata; le lendemain, vendredi, il a été abattu par un sniper à l'extérieur de la maison. Adam était à l'intérieur, avec sa grand-mère. Il n'a pas vu son père s'effondrer, perdant son  sang couler, à côté de l'usine de marbre derrière leur maison.



La pièce aux oiseaux dans la maison de Basel Ibrahim. Photo Alex Levac

Cette semaine, quatre soldats armés de Tsahal - trois hommes et une femme - en tenue de protection de la tête aux pieds, étaient de nouveau été perchés sur la colline qui surplombe l'entrée d'Anata, surveillant la route menant à la localité. Anata est jonchée de ferraille de voitures et de tas d'ordures. La maison d'Ibrahim se trouve aussi entre des amas de squelettes d'automobiles. Il avait été arrêté deux fois dans le passé et condamné à quelques mois de prison à chaque fois pour avoir jeté des pierres et d'autres activités menées en tant que membre de l'organisation du Fatah. Il avait été libéré quelques mois avant la fin de sa première peine d'emprisonnement dans le cadre de l’  « accord Shalit » en 2011, dans lequel un soldat de Tsahal captif avait été échangé contre plus de 1 000 prisonniers palestiniens. L'année dernière, Ibrahim a été à nouveau incarcéré pendant quelques mois.

Après s'être marié, selon des personnes qui le connaissaient bien, Ibrahim a décidé d'arrêter ses activités et de se concentrer sur sa famille - mais il a été de nouveau arrêté. Maintenant, un groupe d'hommes sombres, parents et amis, sont venus chez sa mère pour participer au deuil. L'un d'eux est Jamal Faraj, un homme de la région, dont le fils, Wissam, a été tué lors d'affrontements avec l'armée en 2015, dans le camp de réfugiés de Shoafat situé à proximité.

En ce jour fatidique il y a deux semaines, Ibrahim avait rendu visite à sa tante avec son fils. Après, il a prié à la mosquée. Il est rentré à la maison vers midi. Dehors, les affrontements avaient commencé. Il a quitté la maison vers 15 h 45, après avoir demandé à sa mère de s'occuper d'Adam et de l'empêcher de sortir.

Selon son frère, Hisham, 43 ans, Basel est allé apporter du thé à ses amis dans l'usine de marbre. Hisham lui-même était à un mariage en ville quand un ami a téléphoné pour l'informer que son frère avait été grièvement blessé par balle.

Les affrontements ont continué quand Ibrahim est arrivé à l'usine de marbre. Le journaliste Elian était arrivé entretemps en voiture et a rencontré Ibrahim, qui était un ami. Elian a décidé de déplacer sa voiture, afin qu'elle ne soit pas atteinte par des coups de feu ou par des pierres. Dans un témoignage qu'il a donné à l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem,  via son enquêteur de terrain Amer Aruri, Elian a raconté que lui et Ibrahim se trouvaient initialement à 300 mètres du lieu des affrontements. Les jeunes gens se sont ensuite repliés dans la direction de l'usine de marbre, jusqu'à ce qu'ils se trouvent à l'entrée près d'Elian et d'Ibrahim.

 «Les affrontements n'étaient pas très violents», se souvient Elian dans son témoignage. « Très peu de jeunes y ont participé,  de huit à dix personnes masquées. Ils auraient pu être dispersés avec des gaz lacrymogènes ou des grenades assourdissantes. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles ».

Soudain, Elian a vu deux soldats escalader la colline en face de l'usine de marbre, à environ 200 mètres de l'endroit où il se trouvait avec Ibrahim: «  Ils ont pointé leurs armes vers l'endroit où nous étions, puis j’ai entendu un bruit, comme quelque chose cognant un mur, je pense que c'était le son des balles. Les gens masqués et moi étions cachés derrière le mur. Basel était le seul à ne pas s’être mis à couvert. Après, il y a eu des tirs massifs.

« Quand Basel a entendu le bruit de la fusillade, il s'est accroupi au sol pour se protéger. Puis je l'ai vu tomber en avant. Il a essayé de se relever mais n’y est pas arrivé. Il est tombé à nouveau. Je suis allé vers lui et, avec deux des jeunes, l’avons pris et porté vers ma voiture qui se trouvait à environ 30 mètres. La fusillade s’est interrompue après que Basel a été blessé. »

Dans la voiture, Basel a commencé à vomir du sang. « Mes enfants sont maintenant sous ta responsabilité", a-t-il dit  à Elian, puis il n’a plus parlé. Dans une clinique locale, l'équipe médicale a essayé de le ranimer et d’arrêter le sang qui jaillissait du trou dans sa poitrine avec des points de suture. Une ambulance palestinienne appelée sur les lieux a été retardée de 20 minutes à cause des affrontements à Anata et dans les environs de Qalandiyah. Entretemps, Hisham est arrivé à la clinique, pour trouver le personnel travaillant sur son frère.

Selon Elian, l’ambulancier a suggéré qu'il emmène Ibrahim à l'hôpital dans sa voiture, parce que les soldats aux postes de contrôle retardaient les ambulances. Mais le personnel de la clinique s'y est opposé, disant que l'état grave d'Ibrahim exigeait un véhicule médical d'urgence. Une ambulance du Croissant-Rouge a emmené Ibrahim vers l'hôpital Al-Mukassed à Jérusalem-Est, qui est beaucoup plus proche d'Anata que l'hôpital gouvernemental de Ramallah,  sept kilomètres pour le premier,  28 kilomètres pour le second.

Au point de contrôle de Hizma, l'ambulance a été arrêtée par des gardes et des soldats israéliens. Même après qu'ils ont inspecté le véhicule et vu le patient saignant et inconscient à l'intérieur, ils ont refusé de permettre au véhicule de continuer. L'ambulance a fait demi-tour et s'est dirigée vers Ramallah. Il n'est pas clair si Ibrahim était encore en vie à ce stade. Quelques minutes avant 17 h. ils sont arrivés aux urgences de l'hôpital de Ramallah, où Ibrahim a été déclaré mort.

"Les FDI voulaient un Arabe mort", dit l'oncle d'Ibrahim, Ekthan Hilo. Un autre oncle, Mahmoud Hilo, ajoute: «Ce n'est pas un gouvernement de Juifs, c'est un gouvernement de colons.» Les deux sont convaincus que les soldats ont délibérément tué leur neveu. Ils rappellent qu'après l'arrestation précédente d'Ibrahim, en 2016, ses interrogateurs lui ont dit que la prochaine fois ils le tueraient, ce qui suffit à convaincre  les oncles qu'il a été abattu délibérément.

L'unité du porte-parole de Tsahal a répondu à une demande de commentaire de la part d’Ha’aretz par  la déclaration suivante cette semaine:

Le jeudi 15 décembre 2017, à côté du village d'Anata, une trentaine de Palestiniens ont déclenché des troubles violents,  au cours desquels des pneus ont été brûlés et des pierres ont été lancées sur les forces de Tsahal. Une force de Tsahal a été obligée de répondre par divers moyens. D'après les enquêtes menées à ce jour, il n'a pas été possible de déterminer si le Palestinien avait été tué par les tirs des FDI. L'événement est maintenant évalué aussi par le bureau de l'Avocat Général Militaire. Contrairement à vos affirmations, le point de contrôle de Hizma est resté ouvert tout au long de la journée. Nous ne sommes pas au courant de réclamations concernant le retard des services médicaux.

La  Honda d’Ibrahim est garée devant la maison. Les gens à l'intérieur sont fiers du fait qu'il avait une voiture. Personne ne pleure ici. En face, sur la barrière de séparation, qui ici est une structure basse de béton, grise et déprimante, en face d'une salle de mariage et de l'usine de marbre,  Ilona, ​​de l'ex-Allemagne de l'Est, a écrit quelques poèmes d'amour pour Sammy et des slogans politiques. "Pensez hors  les murs, c'est là que tout commence", a écrit Ilona.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-1.831864
Publication date of original article: 29/12/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22332

 

Tags: Basel IbrahimAnataCisjordanieOccupation sionisteExécutions extrajudiciairesCrimes sionistesPalestine/Israël
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.