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 15/12/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Et si le problème, c'était la civilisation ?
Date of publication at Tlaxcala: 16/10/2017
Translations available: English 

Et si le problème, c'était la civilisation ?

Nicolas Casaux

 

Le mot civi­li­sa­tion évoque de puis­santes images et d’im­por­tantes concep­tions. On nous enseigne, ici, aux USA, et depuis l’école primaire, qu’une poignée de peuples anciens — comme les Égyp­tiens et les Grecs — étaient « civi­li­sés » et que la civi­li­sa­tion a atteint son niveau opti­mal de déve­lop­pe­ment chez nous et dans d’autres pays occi­den­taux. La civi­li­sa­tion, nous dit-on, est béné­fique, dési­rable — et réso­lu­ment préfé­rable au fait d’être inci­vi­lisé. L’idée de civi­li­sa­tion implique toujours impli­ci­te­ment une compa­rai­son : l’exis­tence de peuples civi­li­sés implique des peuples inci­vi­li­sés, qui sont infé­rieurs parce qu’ils ne sont pas civi­li­sés. Les popu­la­tions inci­vi­li­sées, quant à elles, se sont vues expliquées qu’elles ne pour­raient jamais deve­nir civi­li­sées, ou bien qu’elles devraient tenter de le deve­nir aussi vite que possible ; nombre de celles qui ont essayé ou qui y ont été forcées — comme les habi­tants de l’atoll de Bikini qui ont été expul­sés de leurs îles afin que les USA puissent faire explo­ser des bombes atomiques dans leur lagon après la Seconde Guerre mondiale — ont beau­coup souf­fert du fait de l’ex­pan­sion de la civi­li­sa­tion.

La civi­li­sa­tion est une idée qu’on nous enseigne à l’école. Qui plus est, il s’agit une idée élitiste, qui se défi­nit par la créa­tion de hiérar­chies — entre socié­tés, entre classes, entre cultures, ou entre races. Pour les élites qui ont inventé l’idée, les civi­li­sa­tions sont toujours des socié­tés stra­ti­fiées en classes et fondées sur l’État, et les personnes civi­li­sées appar­tiennent toujours aux classes dont les privi­lèges sont garan­tis par les insti­tu­tions et les pratiques étatiques. Les personnes inci­vi­li­sées sont alors celles qui n’ap­par­tiennent pas à ces classes ou qui vivent en dehors de la civi­li­sa­tion et du contrôle de l’État.

 Thomas C. Patter­son, Inven­ting Western Civi­li­za­tion (1997).

La toute dernière édition du célèbre maga­zine US The New Yorker, en date de septembre 2017, comporte un article inti­tulé « The Case Against Civi­li­za­tion »[1] (La critique de la civi­li­sa­tion) ; fait excep­tion­nel pour un média grand public.

Cet article se base sur deux livres récem­ment publiés (en anglais seule­ment, pour l’ins­tant) : Against the Grain: A Deep History of the Earliest States (Contre l’agri­cul­ture : une histoire des premiers États), écrit par James C. Scott[2], anthro­po­logue (et anar­chiste reven­diqué, souli­gnons-le) ensei­gnant à l’uni­ver­sité de Yale aux USA, et Affluence Without Abun­dance: The disap­pea­ring world of the Bush­men (La richesse sans l’abon­dance : le monde en voie de dispa­ri­tion des Bush­men) écrit par James Suzman, un anthro­po­logue britan­nique.

À travers ces deux ouvrages, le jour­na­liste du New Yorker dresse un (trop) bref portrait de quelques problèmes liés à l’avè­ne­ment de la civi­li­sa­tion, et dont nous souf­frons toujours aujourd’­hui (il se concentre prin­ci­pa­le­ment sur les inéga­li­tés sociales et quelques valeurs cultu­relles nuisibles).

J’ima­gine déjà les réac­tions d’in­com­pré­hen­sion de beau­coup. La civi­li­sa­tion ? Poser problème ? Comment le « Fait pour un peuple de quit­ter une condi­tion primi­tive (un état de nature) pour progres­ser dans le domaine des mœurs, des connais­sances, des idées » (défi­ni­tion offi­cielle du Centre natio­nal de ressources textuelles et lexi­cales ou CNRTL, un organe du CNRS) pour­rait-il être un problème ?

Eh bien, pour commen­cer, avez-vous remarqué le racisme et le supré­ma­cisme qui carac­té­risent cette défi­ni­tion de la civi­li­sa­tion ? Ce qui est impli­ci­te­ment (et rela­ti­ve­ment expli­ci­te­ment) insi­nué, c’est que les peuples (que les civi­li­sés quali­fient de) « primi­tifs » sont en quelque sorte en retard, ou arrié­rés, « dans le domaine des mœurs, des connais­sances, des idées » par rapport aux peuples civi­li­sés.

(La défi­ni­tion du Larousse ne vaut pas mieux : « État de déve­lop­pe­ment écono­mique, social, poli­tique, cultu­rel auquel sont parve­nues certaines socié­tés et qui est consi­déré comme un idéal à atteindre par les autres. » N’est-ce pas. Nous savons tous que les Indiens d’Amé­rique consi­dé­raient la civi­li­sa­tion qui les a massa­crés comme un idéal à atteindre, à l’ins­tar de tous les autres peuples oppri­més, déci­més ou suppri­més par son expan­sion).

Il va sans dire que les rédac­teurs de diction­naires sont des gens « civi­li­sés », ce qui aide à comprendre pourquoi ils se défi­nissent en des termes si élogieux. Derrick Jensen, mili­tant écolo­giste et écri­vain usaméricain, le souligne de manière ironique : « Pouvez-vous imagi­ner des rédac­teurs de diction­naires se quali­fier volon­tai­re­ment de membres d’une société humaine basse, non-déve­lop­pée, ou arrié­rée ? »

La litté­ra­ture du 19ème siècle regorge de titres d’ou­vrages expo­sant clai­re­ment l’im­pé­ria­lisme, le racisme et le supré­ma­cisme inhé­rents au concept de civi­li­sa­tion, comme Progrès de la civi­li­sa­tion en Afrique de Louis Desgrand, ou encore Plan de colo­ni­sa­tion des posses­sions françaises dans l’Afrique occi­den­tale au moyen de la civi­li­sa­tion des nègres indi­gènes de Laurent Basile Haute­feuille. Une affiche du Petit Jour­nal du 19 novembre 1911 lisait : « La France va pouvoir porter libre­ment au Maroc la civi­li­sa­tion, la richesse et la paix. » Le 28 juillet 1885, Jules Ferry, « l’un des pères fonda­teurs de l’iden­tité répu­bli­caine », prononça un discours dans lequel il affir­mait : « Il faut dire ouver­te­ment qu’en effet les races supé­rieures ont un droit vis-à-vis des races infé­rieures. […] Il y a pour les races supé­rieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civi­li­ser les races infé­rieures. »

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Courtesy of Le Partage
Source: http://partage-le.com/2017/10/7993/
Publication date of original article: 15/10/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21818

 

Tags: Critique civilisationÉcologie radicale
 

 
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