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 13/12/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / La face sensible du Che
Rencontre avec sa fille Aleida Guevara March
Date of publication at Tlaxcala: 09/10/2017
Original: Aleida Guevara y la herencia viva del Che, un militante integral
Translations available: Deutsch 

La face sensible du Che
Rencontre avec sa fille Aleida Guevara March

Sergio Ferrari

Translated by  Hans-Peter Renk

 

Cinquante ans après sa mort, Ernesto Guevara continue de symboliser la révolte face à l'injustice. Mais son combat puisait aussi dans une vraie sensibilité, témoigne sa fille Aleida.

Un demi-siècle après son assassinat dans le village de La Higuera, en Bolivie, Ernesto «Che» Guevara reste l'une des figures politiques les plus universelles. Il n'y a pratiquement pas de mobilisation sociale sans qu'apparaisse comme bannière le visage du guérillero argentino-cubain. Lorsqu'il tomba dans la forêt bolivienne, le 9 octobre 1967, il avait à peine 39 ans. Rares sont les personnalités politiques qui, malgré une vie brève, ont autant marqué l'histoire contemporaine. L'une des explications pourrait être son humanisme complet, explique sa fille Aleida Guevara lors d'une récente visite en Suisse organisée par l'Association Suisse-Cuba. Aînée de quatre enfants, la doctoresse Guevara vit à Cuba – pays où elle naquit en 1960, moins de deux ans après la révolution cubaine et à peine quatre avant que son père se lance dans un nouveau combat internationaliste, au Congo puis en Bolivie.

Ernesto Guevara en 1963 avec Aleida March, sa seconde épouse, et ses quatre enfants.

Quel est le principal héritage reçu de votre père?

Aleida Guevara: Sans aucun doute, sa capacité d'aimer. Bien que très petite lorsqu'il a disparu physiquement de ma vie, j'ai toujours vu mon père comme un homme complet. Non pas comme une icône ou une image vide, mais comme l'être humain qui sait aimer. Et nous devons cette présence active à ma mère: une femme extraordinaire qui a transmis cet amour à ses enfants. Mon papa était toujours présent. C'était toujours le «bon» du film. Nous devions être de bons enfants, de bons étudiants, parce que nous aimions notre père et qu'il aurait été fier de nous. C'est ce qu'elle a réussi sans rien nous imposer, de manière naturelle.

Et les souvenirs les plus conscients, les plus matériels, de votre père?

A mes 16 ans, ma mère m'a donné à lire quelques feuillets manuscrits sans me dire qui en était l'auteur. Je me suis plongée dans ce texte jusqu'à ce que je me rende compte qu'il avait été écrit par lui. C'étaient des notes sur son premier voyage en Amérique latine. J'ai été très heureuse de découvrir ce jeune homme, qui était mon papa et qui était très proche de moi: un garçon qui avait quasiment le même âge que moi. Ce n'était pas l'homme que je connaissais pour avoir lu – comme tous les enfants cubains – des textes sur le guérillero héroïque, le communiste, l'homme d'Etat, le dirigeant. Là, j'ai découvert le jeune homme qu'il avait été. Ça a été une très belle expérience!

Cette capacité d'aimer que vous souligniez comme une vertu du Che constitue-t-elle un legs pour toute la société ou se limite-t-elle au cercle familial?

Au Centre d'études Che Guevara à La Havane, nous sommes en train de reproduire ses discours. Il y insiste toujours sur deux maximes: l'étude et la sensibilité humaine. Les jeunes doivent étudier pour être en lien avec la nature sans l'endommager, mais en apprenant d'elle. Nous pouvons la contrôler, mais en la respectant. Ils doivent aussi être sensibles à ce qui se passe sur la planète. Sans cette sensibilité-là, ils ne réussiront jamais tout à fait à être des hommes complets. Nous avons besoin d'êtres de cette qualité pour façonner un monde différent. Sinon, comment demander, par exemple, à un médecin cubain d'aller en Afrique pour combattre l'Ebola? Mon père disait: «On peut me croire romantique ou fou, mais je dis que le vrai révolutionnaire doit avoir de grands sentiments d'amour. Sinon il ne peut pas être un vrai révolutionnaire.»

Une autre valeur essentielle du Che, toujours relevée, était sa conviction internationaliste… D'une certaine manière, a-t-il été un précurseur de l'altermondialisme?

Qu'un Congolais accepte de mourir pour l'indépendance d'un pays asiatique ou qu'un Latino-Américain parte au péril de sa vie lutter en terre européenne représentait des symboles très forts, un idéal. C'était le signe que les êtres humains brisent les frontières et pensent en tant qu'espèce humaine. Nous devons avancer ensemble malgré les différences, notamment culturelles. Nous devons sentir le besoin de nous connaître comme êtres humains d'une même planète.

Cette vision large, universelle, est intimement liée à l'objectif de «l'Homme nouveau», si présent dans la pensée de votre père.

Il l'a toujours dit, en parlant de «l'homme» dans le socialisme à Cuba. L'«Homme nouveau» doit être capable de sentir, d'être sensible, de respecter les autres. Il doit en même temps savoir tirer parti de la technologie mo-derne, sans endommager la nature. Et être aussi capable de créer pour les autres.

Comment s'exprimerait aujourd'hui ce projet de «l'Homme nouveau»?

J'ai connu par exemple de jeunes médecins argentins à l'Ecole de médecine latino-américaine de Cuba. Ce sont des hommes et des femmes merveilleux, pro-fondément respectueux de l'autre. Quelques-uns sont rentrés dans leur pays pour les vacances au bout de quatre ans. A peine avaient-ils atterri qu'ils sont partis travailler auprès de communautés indigènes. Il y a aussi les jeunes Brésiliens du Mouvement des sans-terre (MST), avec qui je collabore directement et qui tentent de réaliser la réforme agraire pour que la paysannerie puisse avoir de quoi se nourrir. Ils mettent tout en œuvre pour que la terre soit au service de l'humain et non des multinationales. Beaucoup de jeunes Boliviens travaillent en faveur du processus social d'Evo [Morales] et cherchent à améliorer les conditions de vie. Les étudiants colombiens, avec les paysans et les indigènes, ont démontré pour leur part qu'ils constituaient une force extraordinaire. Au Mexique, je salue aussi ces hommes et ces femmes qui sortent du silence, qui continuent à recher-cher leurs enfants disparus et qui font tout pour vaincre la peur.

Très récemment, à Cuba, je me suis rendue dans plusieurs provinces pour les préparatifs du 9e congrès des Comités de défense de la révolution (CDR). J'ai travaillé avec des jeunes de 24-25 ans désireux d'œuvrer chaque jour davantage pour leur pays. Je mentionnerai aussi les militants de la solidarité en Europe, toujours présents, courageux et conscients de leur tâche.

Qui serait, à votre avis, le Che aujourd'hui s'il était vivant? Un médecin révolutionnaire, un écologiste convaincu, un militant altermondialiste?

C'est une question très difficile, d'autant que papa n'est plus là. Je peux vous assurer que Mauricio Macri ne serait pas à la tête du gouvernement argentin. Si mon père avait vécu, l'Argentine serait certainement différente. Depuis la Bolivie, il pensait poursuivre vers l'Argentine. S'il était encore vivant, cela signifierait qu'il aurait triomphé, car il disait toujours que dans une véritable révolution on triomphe ou on meurt. Cela aurait impliqué de profonds changements dans tout le cône sud de l'Amérique latine. Qui sait, j'aurais peut-être été derrière lui pour l'aider. Ce dont je suis sûre, c'est qu'il serait proche de nos peuples. Il ferait avancer la révolution là où elle n'a pas triomphé.

Le Che et la révolution cubaine sont deux faces d'une même monnaie. Quelle est la situation actuelle à Cuba?

Nous traversons un moment difficile, pas seulement Cuba mais aussi le monde entier. Les USA ont à leur tête un président doté d'un pouvoir de destruction, qui est par ailleurs imprévisible et non fiable. Ce qu'il dit un jour, il le dément le lendemain. Raison pour laquelle nous devons être prêts. Cuba l'est et son peuple est décidé. A travers l'histoire, nous nous sommes rendus compte d'une chose essentielle: la seule façon de survivre pour Cuba, c'est sa révolution, en l'améliorant, en la perfectionnant… Sans notre processus social, nous disparaîtrions immédiatement de la surface de la planète. Nous maintenons en place notre société socialiste pour pouvoir vivre et améliorer notre niveau de vie. Ça n'a rien de simple… Surtout parce que nous avons toujours été solidaires d'autres peuples. Cette solidarité implique que l'on ne peut pas croître du jour au lendemain. Les milliers de médecins cubains travaillant dans de nombreux pays, dans la majorité des cas, comme volontaires internationalistes, en sont la preuve. Je peux vous assurer que nous avons appris à vivre ainsi, et qu'on ne nous a jamais enlevé notre joie de vivre. C'est le meilleur atout du peuple cubain. Nous savons même rire de nous-mêmes. Un peuple qui sait rire de lui est presque invincible. On ne peut le mettre à genoux ni lui enlever sa force.





Courtesy of Le Courrier
Source: http://www.surysur.net/aleida-guevara-y-la-herencia-viva-del-che-un-militante-integral/#more-59210
Publication date of original article: 02/10/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21747

 

Tags: Ernesto Che GuevaraAleida Guevara MarchHumanisme révolutionnaire
 

 
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