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 13/12/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
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 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Ernesto Che Guevara, le saint qui ne sera jamais canonisé
Date of publication at Tlaxcala: 09/10/2017
Translations available: Español  Italiano 

Ernesto Che Guevara, le saint qui ne sera jamais canonisé

Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

« La seule fois de ma vie où j’ai vu mon père pleurer, c’était le 10 octobre 1967 : la radio venait d’annoncer la mort du Che », m’a raconté un jour un homme de théâtre du Kurdistan d’Iran, rencontré dans un bistrot parisien. Le montagnard kurde ne fut pas le seul à pleurer. Mais tous ne pleurèrent pas. Pour les maoïstes que nous étions, la mort du Che signifiait la défaite –peut-être définitive – de la théorie du foco (foyer de guérilla rurale créé par un petit groupe de combattants), popularisée alors en Europe par Régis Debray.

Partisans de la « guerre populaire prolongée » -le modèle chinois mis en pratique par les Vietnamiens sous la direction du génial général Giap, artisan de la victoire de Dien Bien Phu-, nous estimions que toute répétition de l’expérience cubaine était vouée à l’échec. Les hommes du Granma avaient bénéficié de l’effet de surprise, de la corruption qui gangrénait le régime de Batista et suscitait un ras-le-bol généralisé, et de la neutralité de l’Empire yankee. Leur victoire avait  suscité des contre-mesures de tous les appareils de contre-insurrection établis dans les Amériques sous la houlette de la CIA, de la DIA et de l’École des Amériques, alors encore installée au Panamá.

Le groupe de guérilléros emmenés par l’Argentin asthmatique en Bolivie allait le découvrir rapidement sept ans plus tard, comme ils l’avaient déjà expérimenté au Congo deux ans plus tôt. L’Empire était résolu à ne plus se laisser prendre par surprise. Et à Moscou, on avait décrété la fin de la guerre froide, inaugurant l’ère de la coexistence pacifique avec l’ennemi atavique. Les conséquences pour les combattants de la « zone des tempêtes » (Asie, Afrique, Amérique latine) furent dévastatrices : tous les partis communistes alignés sur le Kremlin choisirent la « voie pacifique au socialisme », renonçant à la lutte armée et excluant tous ceux, généralement dans leurs organisations de jeunesse, qui la propageaient, les taxant de « militarisme, gauchisme, putschisme, maoïsme, hitléro-trotskysme, anarchisme » et autres noms d’oiseaux.

En 1965, les généraux indonésiens firent un coup d’État contre le président Sukarno et se livrèrent à un véritable génocide, déportant et massacrant un million de communistes et supposés tels. Le PKI, le parti indonésien, s’était aligné sur Moscou, taxant les communistes chinois et leurs sympathisants d’aventuristes, et avait renoncé à la lutte armée, choisissant de soutenir « l’aspect positif » du régime Sukarno, incarnant la « bourgeoisie nationale ». Ils refirent ainsi l’expérience des communistes chinois, qui, à deux reprises, en 1923 et 1936, sur ordre du Petit Père des Peuples, le génial camarade Staline, avaient constitué des « fronts unis » avec le Kuomintang, représentant lui aussi de la bourgeoisie nationale. Les deux fronts unis s’étaient avérés être des échecs sanglants.

Aux quatre coins du Tiers Monde, et aussi du Premier Monde, des jeunes révolutionnaires à la recherche de la « juste voie » s’étaient enthousiasmés pour les prises de position chinoises contre le grand frère soviétique. Contre l’Empire et ses valets locaux, a lutte armée était la seule voie. Mais pas n’importe quelle lutte armée.

Un jour de janvier 1966 à La Havane, lors de la Conférence de Solidarité avec les Peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, un Uruguayen s’adressa au délégué vietnamien qui venait de prendre la parole et de quitter la tribune sous des applaudissements frénétiques. « Camarade, nous admirons votre lutte héroïque mais, malheureusement, chez nous, nous n’avons pas de montagnes », dit l’Uruguayen. La réponse du Vietnamien fut : « Camarade, la montagne la plus haute, c’est le peuple ». C’était là un résumé génial de tout ce qu’impliquait la doctrine de la « guerre populaire prolongée ». Si les Chinois et les Vietnamiens avaient gagné leurs guerres de libération, c’était parce qu’ils avaient été comme un « poisson dans l’eau » au sein du peuple, parce qu’ils avaient organisé des zones libérées et autogérées pour fournir la base alimentaire à la résistance et qu’ils avaient encerclé les villes, contrôlées militairement, politiquement, économiquement et, surtout, idéologiquement, par l’ennemi, à partir des campagnes, s’appuyant sur les masses « fondamentales », paysannes et les minorités ethniques, les indigènes, bref les « sauvages ».

Cela, Che Guevara, blanc et urbain, ne l’avait pas compris. Il le paya de sa vie. D’autres militants blancs et urbains venus après lui, l’ont, eux compris et mis en pratique, avant tout les zapatistes mexicains, dont le premier noyau était constitué de rescapés de groupuscules de guérilla urbaine, mais aussi Alvaro Garcia Linera, aujourd’hui vice-président de Bolivie, qui mit à profit les cinq années passées en prison, de 1992 à 1997, pour sa participation à l’Armée guérillera Túpac Katari, pour réfléchir à l’expérience collective des mouvements populaires boliviens, majoritairement indigènes, et en tirer des conclusions « gramsciennes » (viser à l’hégémonie culturelle avant d’envisager une quelconque prise de pouvoir).

Mais l’échec militaire du Che a été sa victoire culturelle. Il est devenu le Martyr Suprême de la Révolution, et pas seulement en Amérique latine. Les peuples de tradition catholique en ont fait un saint, ceux de culture musulmane un chahid (=témoin, martyr). La dimension humaine, trop humaine, humaniste, de son combat, reste une source d’inspiration un peu partout. Sa dernière photo, celle d’un Christ laïc entouré d’assassins et de judas, a marqué durablement la mémoire humaine. Et ce saint restera laïc. Même si João Pedro Stedile, le leader du Mouvement des Sans-Terre brésiliens, propose à son ami le Pape argentin, de canoniser Ernesto Che Guevara – il a déjà proposé au  Vatican de canoniser…Antonio Gramsci ! -, la Curie romaine ne risque pas de le suivre. Faut pas exagérer, quand même.





Courtesy of Basta!يكفي
Source: https://bastayekfi.wordpress.com/2017/10/08/ernesto-che-guevara-le-saint-qui-ne-sera-jamais-canonise/
Publication date of original article: 08/10/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21731

 

Tags: Ernesto Che GuevaraFoquismeGuerre populaire prolongéeGuerre de guérillasLutte arméePartis communistesUnion soviétiqueMaoïsmeCubaVietnamChineIndonésieBolivieCongo
 

 
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