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 23/09/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / La lutte pour le territoire urbain
Les mouvements de base à Córdoba, Argentine
Date of publication at Tlaxcala: 07/09/2017
Original: La disputa por el territorio urbano
Los movimientos desde abajo en Córdoba, Argentina


La lutte pour le territoire urbain
Les mouvements de base à Córdoba, Argentine

Raúl Zibechi

Translated by  Yvonne Le Meur
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

Participante à une réunion de plus de cent personnes, Mari lance une phrase qui est en même temps un programme politique: si nous, celles et ceux d'en bas, ne nous regardons pas entre nous, personne d'autre ne nous regardera. Mari milite dans Rencontre d'Organisations (EO), un des collectifs les plus engagés dans le territoire à Cordoba, Argentine, elle collabore avec l'Université Transhumante, elle a près de 50 ans et elle est éducatrice populaire de "ceux d'en bas".

 

Cela fait maintenant deux décennies que le cycle de luttes des piqueteros [les bloqueurs de routes] (1997- 2002) a commencé, ce qui semble un temps suffisant pour faire le point, évaluer notre position actuelle, ce qui est resté et ce qui s'est évaporé de cette expérience prometteuse, dans laquelle les chômeurs occupèrent le centre de l'arène politique argentine et furent les protagonistes des journées des 19 et 20 décembre 2001, qui changèrent l'histoire du pays.

Une des principales nouveautés introduites par le Mouvement Piquetero consistait en un énorme saut en avant dans le domaine de l'organisation territoriale des périphéries urbaines, qui avaient souffert de la désindustrialisation de la décennie néolibérale de 1990. Par la suite, une partie importante du mouvement s'est désorganisée ou s'est insérée dans les institutions (par cooptation dans les gouvernements progressistes ou en s’engageant  sur le terrain électoral).

Je vais me concentrer sur ce que j'ai pu voir et apprendre dans la ville de Córdoba (un peu plus d'un million d'habitants) dans des rencontres avec diverses organisations territoriales au cours de ces derniers mois.

 

J'ai constaté tout d'abord la force que conserve le travail territorial. Il s'agit de milliers d'habitants qui consacrent tout leur temps au travail direct ou d'appui à l'appropriation de terres, à l'organisation de coopératives autogérées de production et de services, à l'éducation et à la santé, à l'appui aux femmes maltraitées, à la communication antisystème et à l'alimentation dans des quartiers populaires au moyen de réfectoires publics et de  distributions de lait.

Il existe une énorme diversité d'initiatives et d'organisations, de styles différents mais avec des modes de travail communs. Parmi les plus autonomes, on trouve, outre l'EO, le Front d'Organisations de Base (FOB) et le Front d'Organisations en Lutte (FOL). Il faut y ajouter les organisations qui ont une approche similaire comme La Dignidad, le Front Darío Santillán, La Poderosa (La Puissante), Patria Grande et le Mouvement des Travailleurs Exclus (MTE), en plus de Barrios de Pie (Quartiers Debout) et du Mouvement Evita.

 

Plusieurs de ces collectifs se sont unis pour fonder la Confédération des Travailleurs de l'Économie Populaire (CTEP), une sorte de syndicat des « millions d'exclus du marché du travail officiel » , cartoneros (ramasseurs de carton), paysans, artisans, vendeurs ambulants, forains, motards, coopérateurs, micro-entrepreneurs et travailleur.ses d'entreprises récupérées (voir ctepargentina.com). Autrement dit, celles et ceux qui n'ont pas de place dans le système capitaliste actuel.

La seconde question, beaucoup plus importante que celle de la quantité, est ce qui se fait  sur le terrain. L’occupation de terres est un premier pas inéluctable pour commencer une nouvelle vie. La moitié de la population de Córdoba (48 pour cent selon un travail du groupe de recherche militante "El Llamo en Llamas") a des problèmes de logement. C'est la moitié de la population que le modèle extractif laisse à l'écart des droits les plus élémentaires.

Impossible de savoir combien d'hectares ont été récupérés, mais il s'agit de dizaines d'espaces en ville et dans les villages alentours. Sur l'un d’eux, le parc Las Rosas, ce sont 30 familles qui, en à peine deux ans, ont construit des logements en dur après avoir résisté à la police.

La Cantine de Mamie, du quartier Les Artisans

 

Une fois réglé le problème du toit, c'est la survie quotidienne qui est la première urgence. Sur ce point, la diversité est énorme, mais beaucoup de coopératives sont créées en accord avec les politiques sociales gouvernementales et travaillent de façon autonome. Il y a des coopératives de charretiers qui ramassent des ordures, des coopératives de nettoyage et d'autres services. Le plus intéressant est qu'il y a une production abondante: poulets et œufs, culture de céréales, distribution d'aliments articulée avec des petits producteurs organiques (l’indispensable alliance ruraux-urbains), des coopératives textiles produisant des vêtements, des chaussures et de la sérigraphie.

Les groupes mentionnés ci-dessus constituent plus de cent coopératives territoriales autogérées rien qu’à Córdoba, dans lesquelles travaillent deux milles personnes, dont 80 pour cent de femmes. Dans le cadre des campagnes pour l'éducation qui se réalisent au début de chaque année scolaire, des dizaines de milliers de cartables et de trousses scolaires sont fabriqués par les coopératives de diverses organisations, pour les enfants des secteurs populaires.

 

Une brigade de santé parcourt les quartiers pour suivre la situation des familles. Dans au moins un cas, ils sont en train de mettre en route la fabrication de prothèses dentaires, qui sont hors de portée pour les secteurs populaires. Dans tous les quartiers, on trouve des réfectoires publics qui fonctionnent avec des aliments obtenus grâce aux mobilisations effectuées par leurs propres habitants. Ces réfectoires ont augmenté de manière exponentielle durant les derniers mois, en raison des restrictions imposées par le gouvernement Macri.

Des centaines de femmes de Córdoba participent chaque année à la Rencontre Nationale de Femmes. Le travail de base qu'elles réalisent dans les quartiers périphériques a donné naissance à un féminisme populaire et paysan, puissant et rebelle, qui n'a été coopté par personne et qui soutient la résistance sur le terrain.

 

La communication autonome mériterait un chapitre particulier. Nous donnerons juste deux exemples. La radio alternative et communautaire "Zumba la Turba" (http://zumbalaturba.com.ar), émet depuis sept ans à partir du même espace que la FOB. Le journal La Tinta (https://latinta.com.ar) est né il y a un an; il est proche de l'EO et a une devise qui en dit tout: le journalisme qui tache.

L'impression est que le Mouvement Piquetero, loin de disparaître, s’est mué en un  puissant mouvement territorial urbain dont les sujets (en réalité les sujettes) sont les plus pauvres. Cari, une occupante du Parc Las Rosas, a synthétisé en une seule phrase les causes de la « quatrième guerre mondiale contre ceux d'en bas »: « Ils ne nous imposent plus comment vivre ».

Photos du #15M, la Journée Nationale de Lutte du 15 mars 2017 pour la mise en œuvre effective de la Loi d'Urgence Sociale, adoptée trois mois auparavant par le Congrès. "Cette réglementation n'est pas encore appliquée, c'est pourquoi nous , les mouvements sociaux et les travailleurs de l'économie populaire nous descendons dans la rue"

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.jornada.unam.mx/2017/09/01/opinion/016a2pol
Publication date of original article: 01/09/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21447

 

Tags: CordobaCTEPMouvements sociauxCoopératives populairesAuto-organisationAutogestionArgentineAbya Yala
 

 
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