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 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Le mépris des élites (l’exemple d’Emmanuel Macron) & le problème de l’idéologie du développement
Date of publication at Tlaxcala: 17/07/2017

Le mépris des élites (l’exemple d’Emmanuel Macron) & le problème de l’idéologie du développement

Nicolas Casaux

 

Dans une tribune intitulée « La suffisante bêtise de M. Macron », publiée le 17 juillet sur le site web Reporterre (média spécialisé dans l’écologie, qui se veut « libre et indépendant »), son fondateur, Hervé Kempf, revient à juste titre sur certaines déclarations de notre nouveau président, Emmanuel Macron, récemment élu par la coalition des médias grand public.

A juste titre parce qu’Emmanuel Macron expose sa mentalité à travers une série de remarques qui ne cesse de s’allonger, et qui témoigne de son ignorance crasse, de son aliénation et de sa sociopathie normales. Normales pour les élites au pouvoir, pour la « classe des oligarques » ainsi que le formule le journaliste US Chris Hedges, qui est « vénale, moralement décadente », dont les membres qui sont « déconnectés de la réalité », « vivent dans des bulles coupées du monde » (quand ils prennent, l’avion, par exemple, ils « ne voyagent même pas sur des compagnies commerciales »).

Dans le cas d’Emmanuel Macron, citons ce qu’écrit Hervé Kempf :

M. Macron, on se le rappelle, méprisait un chômeur qui l’interpellait, en lui disant que « la meilleure façon de se payer un costard est de travailler ». Récemment, celui qui se laisse appeler Jupiter, distinguait « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien », ou refusait de se faire interviewer parce que, selon ses chargés de communication, sa « pensée complexe se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes ».

Que la suffisance de M. Macron soit un trait majeur de sa personnalité, soit. Mais quand elle se traduit en politique, elle devient malsaine. Chez M. Macron, l’ignorance à l’égard des pays du sud se mêle au mépris. En mars dernier, il parlait de la Guyane comme d’une île, et, en juin, riait des kwassa-kwassa qui « pêchent peu, mais amènent du Comorien ».

Le 10 juillet, à Hambourg, lors du G 20, le président de la République a évoqué les problèmes de l’Afrique : « Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

A propos de cette dernière déclaration d’Emmanuel Macron sur les problèmes de l’Afrique, citons quelques extraits d’un article intitulé « La pathologie de la riche famille blanche », écrit par Chris Hedges :

La pathologie de la riche famille blanche est la plus dangereuse des pathologies des États-Unis. La riche famille blanche est maudite par trop d’argent et de privilèges. Elle est dénuée d’empathie, conséquence de vies entières de prérogatives. […] Elle pense que la richesse et les privilèges lui confèrent une intelligence et une vertu supérieures. Elle baigne dans l’hédonisme et le narcissisme effrénés. Et à cause de tout cela, elle interprète la réalité à travers un prisme d’auto-adulation et d’avarice qui la rend délirante. La famille blanche et riche est une menace.

[…] Les familles riches et blanches ne manquent ni d’acolytes ni de propagandistes. Elles dominent nos ondes radio-télévisées. Elles imputent la pauvreté, la rupture sociétale, la violence urbaine, l’usage de la drogue, les abus domestiques et le crime à la pathologie des familles pauvres et noires — sans en connaître aucune. Elles prétendent que les familles pauvres et noires se désintègrent à cause de quelque défaut inhérent — vous pouvez alors lire entre les lignes que les blancs sont supérieurs aux noirs — un défaut que ces familles pauvres doivent réparer.

[…] Les familles riches et blanches, et leurs lèche-bottes l’affirment, ont essayé d’aider. Les familles riches et blanches ont donné aux pauvres de nombreuses ressources et programmes gouvernementaux afin de les sortir de la pauvreté. Elles font preuve d’une charité généreuse. Mais les noirs, disent-elles, ainsi que les autres personnes de couleur, sont tenus en échec par des attitudes et comportements autodestructeurs. Les programmes gouvernementaux sont, par conséquent, gâchés par ces personnes irresponsables.

Il devrait être clair que les remarques d’Emmanuel Macron témoignent simplement de la mentalité des élites, de leur adoration de la « réussite » (gagner de l’argent, monter une entreprise, exploiter « ceux qui ne sont rien »), de leur mépris de ceux qu’ils exploitent (« ceux qui ne sont rien »), de l’emprise totale de l’idéologie du travail sur leur conception de la vie, en un mot, de leur aliénation.

Cependant, revenons-en à la tribune d’Hervé Kempf, dont la suite est assez problématique. Il revient sur la déclaration de Macron concernant les problèmes de l’Afrique (les familles nombreuses) :

Cette assertion à l’emporte-pièce est trompeuse.

D’une part, le taux de fertilité en Afrique est de 4,5 enfants par femme [1].

D’autre part, si la transition démographique se produit beaucoup plus lentement en Afrique que sur les autres continents, et que quelques pays, en Afrique de l’ouest et en Afrique centrale, ont une fertilité moyenne par femme pouvant atteindre sept ou huit enfants, les démographes s’accordent à penser que cette situation découle largement du manque d’éducation chez les filles. Le poids du passé joue aussi, comme pour les anciennes colonies françaises où, rappelle le démographe burkinabé Jean-François Kobiané, « la France avait imposé au sein de ses colonies la loi de 1920, qui interdit toute forme de contraception ».

Or, où en est l’éducation dans bon nombre de pays africains ? Largement affaiblie depuis plusieurs décennies. Pourquoi ? Du fait des politiques imposées en Afrique à partir des années 1980 par la Banque mondiale, le FMI, et les grands pays occidentaux : ouverture des marchés et baisse des dépenses de l’Etat. Ce qui s’est traduit par la disparition de la gratuité de l’éducation et de la santé. C’est le résultat de l’application des politiques néo-libérales dont M. Macron est partisan.

À l’inverse de ce qu’il prétend, il serait indispensable d’investir des milliards d’euros pour aider ces pays à renforcer leur système d’éducation, de santé et de planification familiale.

Mais ce n’est pas le chemin pris. Fort de sa philosophie du Café du Commerce, M. Macron a encore abaissé le budget français de l’aide au développement. Et méprise à peu près l’Afrique alors que, du fait de son évolution démographique prévisible — elle pourrait peser 25 % de la population mondiale en 2050 -, elle devrait être au cœur de la politique étrangère de la France.

Il a raison de souligner que l’affirmation d’Emmanuel Macron est une idiotie. Il aurait pu citer le simple fait que l’empreinte écologique d’un Africain est de 1,1 hag (hectares globaux), quand celle du Français moyen est de 5,1 hag, ce qui signifie que l’Afrique est loin de pouvoir recevoir des leçons de la part d’un blanc riche comme Macron.

Ce qui pose problème, dans la tribune d’Hervé Kempf, c’est son apologie de cette « aide au développement », et finalement du « développement » tout court.

Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, bien trop, pour plus de détails, on renverra le lecteur aux livres de Gilbert Rist (« Le développement : histoire d’une croyance occidentale ») ou à ceux de Serge Latouche, par exemple. Mais ce que l’on peut rappeler, brièvement, c’est que sous couvert de « développement », les pays dits « développés », autrefois ouvertement impérialistes, colonialistes, continuent à dominer les régions du globe présentées comme « en développement ». Le « développement » est en effet un concept impérialiste, puisqu’il est conçu comme un processus incontournable, inéluctable, composé de différentes étapes standards, économiques, politiques et sociales.

L’idéologie du « développement » est basée sur une conception linéaire de l’histoire (le fameux « progrès »), selon laquelle toutes les sociétés vont obligatoirement passer par les mêmes étapes politiques et économiques, et avec certaines (celles qui ont élaboré cette idéologie du « développement ») qui auraient de l’avance sur d’autres (celles qu’on aide alors à se développer). Selon laquelle, ainsi, l’augmentation de la production de biens matériels, passant par la société industrielle et la société de consommation (d’après ce qu’ont connu les états où le « développement » est né), est LA marche à suivre pour toute l’humanité.

Le « développement » est finalement une culture qui s’auto-qualifie de modèle à suivre et qui s’exporte à l’étranger. Ainsi, l’aide au développement vise, par la mise à contribution des savoirs techniques et scientifiques, par l’encouragement des investissements étrangers, par l’industrialisation et la production de masse, à aider les peuples « sous-développés » à « réaliser la vie meilleure à laquelle ils aspirent ».

Ainsi que l’écrit Joaquin Sabat, dans un article intitulé « Le développement est-il colonial ? », publié le 24 avril 2017, sur le site de la revue du MAUSS :

C’est alors que le développement se dévoile « comme un remarquable outil de néocolonisation de par sa dimension de pédagogie qui suppose aide et assistance » (Hours, 1998 : 66).

[…] La continuité de la notion de développement avec la mission civilisatrice de l’Occident se comprend par le simple fait que celle-ci continue d’inscrire le progrès dans une vision chronologique unilinéaire conduisant nécessairement vers une situation qui correspond à l’état actuel de la civilisation occidentale, soit celle du capitalisme industriel de masse instauré dans la période suivant la fin de la 2nde Guerre mondiale. La notion de développement inaugure, comme l’écrit Omar (2012), « une nouvelle ère dans la gestion des relations internationales dans laquelle le rêve occidental du progrès s’est transformé dans une imagination hégémonique à une échelle globale » (Omar, 2012 : 47)

En insistant sur le besoin d’aider l’Afrique à se développer, Hervé Kempf encourage l’exportation d’un modèle d’organisation sociale défaillant, pire, hautement nuisible pour le monde naturel et pour les êtres humains ; il perpétue également ainsi la notion de supériorité des pays dits « développés », selon laquelle ces derniers seraient engagés sur une voie à suivre — tandis que le désastre social et écologique en cours prouve manifestement que cette voie est à abandonner !

D’ailleurs, la chaine Arte a récemment produit un assez bon documentaire intitulé « Vertueuses, les multinationales ? Le business de l’aide au développement », où est exposé comment, sous couvert d’aider les pays dits « en développement », sous couvert de philanthropie, donc (mais d’impérialisme en réalité), les pays riches, les multinationales et les institutions internationales utilisent leur argent (et le vôtre, et le nôtre) pour les exploiter encore plus, et encore accroître les injustices qui les gangrènent, et soutenir une multitude de pratiques anti-écologiques qui les détruisent.

En exportant et en imposant son modèle de société, ses valeurs, le « développement » instaure une logique de tutorat, qui désintègre bien souvent les fondements des sociétés traditionnelles, et qui instaure un type d’organisation sociale, une culture, profondément insoutenables. D’où la myriade de problèmes observée : inégalités croissantes, saccage du monde naturel (le fameux « développement des ressources naturelles »), pollutions, surexploitations, aliénation, tensions sociales, etc.

Augmenter le montait de l’aide au développement ne serait d’aucune aide pour l’Afrique, bien au contraire. L’Afrique a avant tout besoin que les pays riches cessent de ravager ses biomes, de piller son sol et son sous-sol afin d’en extraire les matières premières nécessaires pour faire fonctionner l’économie mondiale high-tech, ses smartphones, ses ordinateurs portables, ses écrans par millions, ses centrales nucléaires, etc., que les multinationales et les institutions internationales cessent d’exploiter ses populations et d’imposer la monoculture toxique qu’est la civilisation industrielle, afin que ses populations puissent avoir une chance de recouvrer des cultures saines, et véritablement soutenables — respectueuses du monde naturel.

 





Courtesy of Medium
Source: https://medium.com/@niko7882/le-m%C3%A9pris-des-%C3%A9lites-lexemple-d-emmanuel-macron-le-probl%C3%A8me-de-l-id%C3%A9ologie-du-d%C3%A9veloppement-ff594bb1b8d5
Publication date of original article: 17/07/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20962

 

Tags: MacroniaHervé KempfIdéologie du développementProductivismeDémographismeAfriqueChris HedgesAFD
 

 
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