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 20/09/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Le problème de l’activisme écologique financé par le Grand Capital
Date of publication at Tlaxcala: 14/07/2017
Original: Big Capital and Big Green: What we talk about when we talk about foundation funding

Le problème de l’activisme écologique financé par le Grand Capital

Macdonald Stainsby

Translated by  Le Partage

 

Cet article est le quatrième d’une série publiée en octobre 2013 sur le site Counterpunch. Cette critique de l'activisme salarié au sein des grandes ONG écolos, elles-mêmes financées par de riches fondations capitalistes, se fonde sur l’ expérience de l’auteur comme militant contre l'exploitation des sables bitumineux au Canada, et contre l'implantation de barrages sur les fleuves et les rivières du pays, entre autres.Elle vaut aussi pour le reste du monde.

Lorsque des écologistes discutent du financement par des fondations et de la manière dont cela entrave la résistance, une objection classique émerge bien souvent : une telle discussion serait inutilement négative. Avec le monde entier en jeu, argumente-t-on, nous devrions impliquer autant de points de vue et de stratégies « diversifiés » que possible dans la lutte contre le chaos climatique. Au lieu « d’être clivants », nous devrions avoir une pensée positive.

Tandis que le Grand Capital et les Grands Verts [les grandes ONG écolos] prétendent construire un pont vers une planète plus saine, quoi que vous fassiez, ne regardez pas en bas. Le pont est bancal, et vous êtes déjà à mi-chemin au-dessus du gouffre. Faites-leur confiance, et continuez à marcher.

Une politique plus ou moins basée sur la maxime des Beatles, « All you need is Love » (tout ce dont vous avez besoin, c’est d’amour) est de mise. Ainsi, beaucoup de questions — à la fois réelles et imaginaires — vis-à-vis d’une critique du mouvement écolo grand public et de son autoritarisme, sont énoncées de manière assez cynique par ceux dont on aurait pensé qu’ils avaient beaucoup en commun avec les valeurs démocratiques qui font défaut à ce mouvement.

Beaucoup de salariés des Grands Verts – ainsi que leurs amis proches – ont essayé très dur de faire infuser ces valeurs démocratiques, anticoloniales et même anticapitalistes dans le mouvement écolo grand public, qui évite depuis longtemps de telles vulgarités. Plongeons-nous dans ces questions, et cherchons de vraies réponses. Si elles vous mettent mal à l’aise, peut-être que c’est parce qu’elles vous touchent.

« Penses-tu vraiment que ces quelques fondations se consultent et complotent afin d’élaborer un plan visant à détruire le mouvement écolo et à le détourner vers leurs propres objectifs ? »

Non, du moins pas ainsi. Faisons une analogie avec le journalisme grand public (mainstream) et ses propriétaires capitalistes.

Les médias capitalistes dominants envoient rarement des directives à leurs reporters chez Reuters ou AP (Associated Press) leur demandant de soigner ou d’ajuster leur discours afin de soutenir un agenda pro-entreprises. La plupart du temps, les journalistes embarqués dans ces médias savent ce qui est mal vu, et évitent simplement de le formuler.

La fabrication du consentement est simplement liée à l’existence de grands groupes médiatiques comme Global TV, le réseau de la FOX, ou MSNBC, ou encore la Société Radio-Canada [et/ou, en France, à ces 10 milliardaires qui possèdent un large pan des médias grand public, ainsi que Basta Mag l’exposait récemment, dont François Pinault, Patrick Drahi, Vincent Bolloré, Xavier Niel, etc., et leurs médias que sont Le Point, L’Express, BFM, Canal +, etc., NdT] qui emploient des gens qui savent quoi dire, quand le dire, et comment le dire. Cette censure, 95% du temps, est liée à l’autocensure du journaliste qui cherche à vendre un article ou à respecter un délai. Ce qui ne peut être dit est rarement tapé pour être ensuite effacé.

Cela vaut aussi pour la manière dont les Grands Verts et les « fondations militantes » déterminent leur stratégie et ce qu’ils peuvent présenter comme une victoire. L’autocensure qui consiste à savoir ce qui est « réaliste » et ce qui sera acceptable pour les élites industrielles au pouvoir prend place avant même la négociation.

Dans le domaine du journalisme embarqué, l’autocensure fait partie du processus de création. Celui qui écrit un article pour, disons, Al-Jazeera, perdrait au minimum son salaire journalier à produire un long exposé sur le stationnement de la Vème flotte US au Qatar. Pourquoi ? Parce que l’émir de cet État du Golfe possède ce réseau médiatique. Du coup, la plupart de ses journalistes n’envisageraient jamais d’entreprendre une telle folie.

De la même façon, en ce qui concerne l’environnementalisme des grandes entreprises, il est impossible de lever des fonds en faisant appel au Grand Capital afin de soutenir des solutions  anti-entreprises ou impliquant une reddition de comptes des entreprises vis-à-vis des communautés affectées par leurs projets. Dans ces deux cas, les structures existantes fabriquent la perception de ce qui est approprié.

Les donateurs sont eux-mêmes l’aile « progressiste » du Grand Capital financier. Ils ont soutenu et continuent à soutenir la marque Obama. Est-il possible de discuter de la destruction de la démocratie à l’aide des fonds qui en sont la première cause ? L’autocensure et la logique de marché sont intimement imbriquées, ce qui érode la perspective en amont.

Ceux qui sont embauchés à ces positions de pouvoir chez les Grands Verts ont déjà établi leurs allégeances de classe et ont des antécédents dans la recherche de « solutions ». Ce qui s’observe dans le fondement de leur politique : collaboration avec les entreprises, systèmes de compensation carbone, taxes, investissements « verts », qui sont autant de mesures orientées vers une économie de croissance. Les organisations décroissantes ne sont pas les bienvenues.

Si le Grand Capital peut vivre avec les plans qu’un individu a négocié en secret, alors le Grand Capital pourra faire confiance à cette personne pour qu’elle l’aide à définir un programme de négociation vis-à-vis du plus grand projet industriel de l’histoire de l’humanité — les sables bitumineux de la région d’Athabasca au Canada — ou pire encore, lors des négociations climatiques au niveau international.

Le lecteur se demandera peut-être :

« Et tous ces braves gens que je connais, qui travaillent pour ces groupes ? J’ai passé du temps avec eux après tel ou tel évènement/manifestation/conférence il y a quelques mois – nous n’avons pas parlé du financement par les fondations ou de la démocratie interne des Grands Verts, mais X a clairement exprimé le besoin de démanteler cette industrie, et paraissait même anticapitaliste. Qu’en est-il ? »

Bien qu’aucune science exacte ne puisse prédire les variations du comportement humain (de très bonnes personnes vont rejoindre les grands groupes verts, travailler dur en respectant des valeurs démocratiques et collectivistes, entrer en conflit avec les valeurs des Grands Verts, plusieurs fois, puis, finalement, démissionneront), une « analyse de caste » serait plus appropriée pour expliquer ces quelques efforts vaillants visant à être le ver démocratique dans la Grosse Pomme Verte.

Les Grands Verts se débrouillent pour tenir éloignés des centres de pouvoir les gens qui ne peuvent compromettre leurs principes avec un soi-disant pragmatisme capitaliste. Les organisations qui ont des conseils d’administration ou des sociétés légalement reconnues par l’État emploient ces individus moins enclins aux compromis au niveau régional et/ou à distance des postes décisionnaires.

Les militants indigènes doivent parfois naviguer au sein de cette immense marginalisation structurelle pour obtenir plus de transparence vis-à-vis de leurs communautés, ou pour obtenir un peu plus de soutien pour une communauté mise en difficulté par le développement industriel. Les activistes les plus talentueux font les meilleurs représentants de première ligne, qui luttent souvent incroyablement bien afin de défendre leurs propres communautés, étant donné ces circonstances — et pourtant les Grands Verts empruntent cyniquement leur crédibilité, sans pour autant changer de trajectoire.

La plupart des individus qui travaillent pour les Grands Verts que vous croisez lors des réunions communautaires ou des petits évènements régionaux ont peu ou pas de pouvoir au sein de l’organisation qu’ils représentent. Ils ne passent d’ailleurs que très peu de temps avec les hauts échelons de la hiérarchie des Grands Verts, et passent plutôt leur temps à faire du réseautage avec d’autres individus tout aussi impuissants de groupes similaires. Leurs réseaux d’amis pourront observer comment les mêmes individus passent de jobs en jobs et d’organisations en organisations.

« Pourquoi les Grands Verts emploieraient-ils des gens qui ne partagent pas leurs valeurs autoritaires ? »

Cette « devanture » impuissante a plusieurs intérêts pour les Grands Verts :

  1. La plupart des individus de ce genre qui travaillent pour les Grands Verts ont une expérience de l’organisation populaire. Ils connaissent les gens, ils savent comment réaliser des choses avec un budget limité, ils permettent ainsi à une organisation qui n’a pas d’histoire régionale de se donner un air « local », et ainsi de suite.
  2. La critique du fonctionnement antidémocratique des Grands Verts se voit reléguée à une complainte interne. Ces gens-là savent l’importance de l’organisation populaire démocratique, mais leurs critiques deviennent un problème interne, à propos duquel rien ne peut être fait, ainsi commence l’autocensure.
  3. Les communautés d’activistes sont assez restreintes. Bien que l’Amérique du Nord soit vaste, un employé d’une grande ONG écolo issu de l’activisme communautaire d’une petite ville du Texas connaîtra souvent d’autres activistes de grandes villes en Ontario et certainement plusieurs organisations à San Francisco. Une équipe de Colombie-Britannique pourra rapidement être envoyée à des réunions à New-York. Des amitiés se développeront ; les réseaux communautaires de petites villes du Texas seront rapidement influencés par ce qui se passe en Californie.

Lorsque des gens que vous connaissez, à qui vous faites confiance depuis longtemps, et avec qui vous travaillez actuellement, se mettent à travailler (par exemple) pour une branche locale de 350.org, cela éliminera 98% des critiques de 350.org. Qui voudrait se voir accuser « d’attaquer ses amis » ? L’embauche d’un activiste communautaire, pour les Grands Verts, permet de faire taire toute critique de la part de la communauté dont il est issu. Que cela soit le but recherché ou pas. Lorsqu’ils acceptent ce travail, ces activistes ayant à cœur les principes démocratiques n’ont pas ça en tête, mais cela ne change rien aux conséquences.

Même les meilleures personnes, une fois qu’elles ont accepté cette position qui perturbera nécessairement la pratique démocratique, parviennent à trouver des moyens de se masquer le problème. Peu importe les politiques que ces personnes soutiennent de manière officieuse.

« Okay, les militants de base sont exploités comme devanture par les ONG écologistes afin de les légitimer. Mais pourquoi quelqu’un qui comprendrait cela y participerait ? »

L’argent et la reconnaissance sociale agissent comme de puissants moyens de déconnexion. Après parfois des mois et souvent des années de travail à la base (à moins que vous soyez quelqu’un dont les Grands Verts aient besoin d’urgence, auquel cas le processus peut être grandement accéléré), vous découvrirez peut-être que l’establishment écologiste veut vous embaucher. Et ce, en raison de vos capacités, cela ne fait aucun doute. Cependant, les fins auxquelles celles-ci seront utilisées changeront totalement.

Certains individus qui travaillent en première ligne pour ces organisations auront une réponse très dédaigneuse — et en apparence, d’incompréhension – par rapport à de telles questions sur la manière dont ils sont employés. Lorsqu’ils acceptent cet emploi, c’est souvent après s’être demandé comment celui-ci pourrait être utilisé à bon escient. Et, souvent, cela peut être le cas sur le court terme — ceux qui sont plus directs, honnêtes et doués pour l’organisation peuvent permettre aux grandes ONG écologistes d’avoir de meilleures relations avec les communautés locales.

Bien sûr, il s’agit d’une épée à double tranchant — lorsque la participation de ces communautés est entravée ou mise de côté lors d’un processus de décision, la confiance qui est ainsi violée par la hiérarchie des Grands Verts est celle qui avait été cultivée (avec les meilleures intentions) par ces activistes salariés à plein temps.

La logique du capital contamine la société qu’elle contrôle, et c’est aussi vrai pour le secteur de l’activisme. Les employés des Grands Verts seront très suivis et très respectés, et le prestige de grandes enseignes, sous la forme des grandes ONG écologistes, créera une déconnexion psychologique, et les compromis seront de moins en moins perçus par les individus dont les objectifs initiaux étaient différents. Les avantages d’une telle célébrité et d’une sécurité financière offrent du confort à ceux qui se sont compromis, et les communautés auxquelles ils appartiennent tendront immanquablement à préférer l’activisme « officiel ».

Un large pan de travail bénévole est ainsi détruit, les gens vont et viennent, préparent des banderoles pour les employés, aident à préparer les évènements, à promouvoir les rassemblements — toutes les tâches ingrates mais sans jamais participer à l’élaboration des revendications. Un rôle aussi ingrat pousse la majorité des bénévoles à arrêter après une courte période de travail non-payé. Ceux qui s’adaptent pourront éventuellement être intégrés dans la machine.

Avec le temps les activistes de base « qui voulaient changer les dynamiques depuis l’intérieur » sont eux-mêmes changés par l’autoritarisme des Grands Verts.

Ou, comme c’est le cas avec les meilleures des activistes salariés, le seul grand compromis qu’ils font personnellement consiste à ne pas demander publiquement des comptes aux Grands Verts, et seulement à opérer tout le temps dans leur périphérie, en prenant des contrats de 3 ou 4 mois à droite et à gauche, mais sans jamais devenir institutionnalisés dans un rôle particulier.

Tzeporah Berman, co-présidente du Joint Problem Solving Forum, à la tribune avec Steve Williams, PDG de Suncor Energy et Nigel Topping, PDG de We Mean Business, au Sommet Business & Climate, Londres, 28-29 juin 2016. Photo Max Thabiso Edkins

Au cours des derniers mois, Tzeporah Berman a engagé beaucoup de personnes dans la North American Tar Sands Coalition (Coalition Nord-Américaine des sables bitumineux) afin qu’ils travaillent pour ou en collaboration avec le Tar Sands Solutions Network (Réseau des solutions pour les sables bitumineux). La majorité de ces nouveaux employés s’opposait autrefois directement à ce dont elle faisait la promotion.

L’organisation PowerUp que Berman dirigeait auparavant était méprisée dans toute la communauté activiste de Colombie-Britannique, et au Canada. Cette organisation faisait la promotion des « énergies vertes » — ce qui consistait en une privatisation et une destruction de nombre d’écosystèmes fluviaux par plusieurs barrages dans la province de l’extrême Ouest.

Beaucoup d’écologistes, ainsi que d’autres organisations plus conséquentes, ont lutté contre ce qui était promu par ce schéma « d’installations au fil de l’eau » qui aurait impacté plusieurs centaines de rivières en Colombie-Britannique, s’il avait abouti. Il faut souligner que Greenpeace Canada s’est fortement opposé à ces schémas avant que Berman soit embauchée par GP International. Berman — qui avait des contacts chez Plutonic Power, et qui en établissait aussi avec General Electric — a ainsi prouvé son importance stratégique vis-à-vis de son poste chez PowerUp.

Au lieu de tenter de vaincre ceux qui avaient autrefois travaillé à empêcher PowerUp de décimer des rivières, elle entreprit une manœuvre bien plus machiavélique. D’après certaines personnes qu’elle a approchées, voici ce qu’elle aurait dit : « Vous m’avez bien botté le cul lors de la campagne ‘Installations au fil de l’eau’… donc, je veux vous embaucher ! » Beaucoup de gens réputés être en désaccord avec le travail de Mme Berman sont désormais ses employés, ce qui a créé une sorte de blocage stratégique qui rend les critiques bien plus improbables.

« Toute cette focalisation sur le négatif ne va-t-elle pas repousser les gens ? N’y a-t-il pas de meilleure manière de raviver les luttes environnementales que de passer par un affrontement direct ? »

Que cela soit du fait d’une inquiétude sincère vis-à-vis du sort des mouvements contre le chaos climatique, ou par cynisme afin de disculper les Grands Verts, voici ce qu’on entend souvent : « Nous devons éviter les agissements qui se focalisent principalement sur le négatif ». Après tout, même s’ils sont problématiques, des ressources sont apportées par de telles structures. Si c’est là la seule chose sur laquelle les gens se concentrent, cela engendrera de l’hostilité horizontale, puisque même si nous ne sommes pas d’accord avec les dirigeants des « fondations militantes » financièrement dominantes, nous « travaillons tous pour les mêmes buts ».

C’est aussi à cause de cette croyance que nombre d’activistes communautaires, qui se sont déjà éloignés de l’activisme financé par les Grands Verts et qui construisent quelque chose de différent, rechignent à parler des problèmes intrinsèques aux relations entre fondations, ONG et communautés.

Étant donné que les médias dominants se tourneront toujours vers les Grands Verts pour des commentaires, des interviews et pour obtenir « une perspective écologiste » lorsque des problèmes émergeront, la perception qu’auront les gens de la « normalité » de la situation marginalisera automatiquement les critiques ultérieures, les dénonciations ou même les affirmations d’étonnement vis-à-vis des accords en coulisses. Étant donné que le Grand Capital contrôle largement la perception de ce qu’est l’écologie aux yeux du grand public, des critiques de tels phénomènes seront qualifiées d’anti-écologistes.

Il peut être utile de mettre en évidence ce qui est arrivé quand on se dispense de faire en amont tout le travail nécessaire pour devancer les Grands Verts, et rendre l’info publique (au Canada) lorsqu’ils opèrent en coulisses des transactions foncières énormes, soi-disant dans le cadre d’un « modèle collaboratif ».

Des douzaines de communautés indigènes, à la fois au niveau de leur conseil et de leur chef, ainsi que d’autres n’ayant rien à voir avec l’Assemblée des Premières Nations, sont sorties de l’Entente sur la Forêt Boréale du Canada (EFBC/CBFA) à la fois écœurées et prêtes à abandonner. L’accord consistait en un accaparement de terres indigènes sans même qu’on les consulte.

Les principales préoccupations concernaient les nombreuses ONG environnementales et les groupes d’entreprises signant tous les accords possibles sur d’énormes parcelles de territoires indigènes sur l’ensemble du Canada. Accusées de violations de souveraineté à l’égal des gouvernements canadiens, la critique de ce blanchiment écologique orchestré par les fondations n’a eu que peu d’écho dans les médias favorables aux entreprises.

Au contraire, les médias n’en ont retenu qu’une conférence de presse de célébration où se mêlaient organisations écologistes compatibles avec le monde de l’entreprise, groupes écologistes de façade sortis de nulle part, fondations soi-disant militantes, le tout aux côtés d’entreprises. Paix, développement durable, emplois et profits. Tout le monde y gagne : c’était le message dominant dans les journaux canadiens favorables aux entreprises.

L’équilibre du pouvoir est ridiculement biaisé : les critiques étaient fortes, brutales, sans compromis. En colère. Les réponses à l’EFBC étaient fondamentalement justes. Elles venaient de nations colonisées dans le Nord, l’Est, l’Ouest et le Sud du Canada. Le Grand Capital n’a pas relayé ces critiques — que ce soit dans les médias dominants ou via les porte-paroles des Grands Verts.

Ce n’est qu’au sein d’un réseau de Twitter, Facebook, d’articles de blogs et de discussions par email que les revendications se sont fait entendre. Ces critiques ont effectivement grippé la Grande Machine Verte, mais le dommage a été subi presque exclusivement en pays indigène, et parmi les activistes écologistes de base.

En réponse  à l’indignation indigène, des groupes comme l’Initiative Boréale Canadienne — un produit de l’argent des fondations, du Pew Charitable Trust, qui s’allie à des entreprises comme Suncor, Tembec, Nexen et d’autres — ont entrepris une tournée « pour arranger les choses » afin de faire la promotion de l’entente, avec un succès apparemment mitigé. Les vols charters privés et d’hélicoptères des groupes d’assaut nordiques du Grand Capital ont suscité les réserves de beaucoup de gens.

Greenpeace, l’an dernier, a annoncé son retrait de l’entente –  pas parce qu’elle avait imposé anti-démocratiquement un accord sur un territoire indigène, ni parce que le niveau d’organisation communautaire avait été court-circuité. Non plus parce que le territoire protégé s’était avéré dramatiquement insuffisant. C’était parce que GP a considéré que l’Association des Produits Forestiers du Canada n’avançait pas assez vite pour appliquer  l’accord.

Nombreux sont ceux qui ont parlé de la proposition d’accord avec défiance et dégoût ; et pourtant dans les médias il était perçu comme un une affaire conclue, et les questions soulevées par les indigènes souverainistes disqualifiées comme venant simplement de tel ou tel mauvais coucheur.

Pour qu’aucun « accord » sur les sables bitumeux n’entraine une telle adhésion, ceux qui rejettent par avance tout accord ou discussion d’arrière-boutique devraient penser à des plans provisoires. Le besoin de clarifier la position des gens sur cette question, avant le début des négociations, devrait être évident. La distorsion de la résistance par le capital, et par ceux qui croient avec ferveur à ce guide, menace peut-être le plus grand enjeu de résistance au chaos climatique en Amérique du Nord. Le plus grand atout de l’activisme climatique est la force de la communauté.

La force du capital est d’être conscient de lui-même. Les idées dominantes d’une époque sont celles de sa classe dominante, comme l’a dit, je crois, un barbu. Le Grand Capital a engendré une déconnexion dans les cercles environnementaux – parce qu’au sein de ce qui est perçu comme les cercles verts, le pouvoir du Grand Capital est si grand qu’il apparait normalisé, ou à tout le moins impossible à remettre en question. Il « EST », tout simplement. Lorsqu’un problème devient écrasant, certaines personnes capitulent psychologiquement devant lui et font de son acceptation un moyen de rester sain dans une situation folle.

Si les grands Groupes Verts continuent à revendiquer le droit de parler pour tous les autres, en vertu de leur accès à des fonds importants venant des fondations et de leur passif d’accords secrets, alors la justice climatique devrait prendre publiquement acte de ce que cet état de fait doit être abordé de front.

Ce ne sera pas suffisant de s’organiser de manière indépendante en espérant inspirer les autres à suivre un chemin démocratique et anticolonial. C’est formidable et ça réchauffe le cœur lorsque ça arrive — mais l’impact dévastateur d’un mauvais accord, complet ou partiel, avec des groupes énergétiques signifie qu’il nous faut des plans de secours.

Cette acceptation inconsciente de la domination du capital nous a inculqué un cynique « ignorons les problèmes », et un très dangereux « pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas simplement s’entendre ? » Il s’agit de l’approche « All you need is love ». En ne voyant pas — ou pire, en refusant de voir- le problème inhérent à la présence du Grand Capital au sein des Grands Verts, on finit par concevoir ces Grand Verts comme peut-être confus, mais appartenant malgré tout à la grande famille des gens préoccupés par l’environnement. Et vous aimez la famille, non ?

Mais si c’est de l’amour – ignorer comment marche le pouvoir et répondre aux critiques sur ce pouvoir comme si c’était des critiques personnelles – alors permettons au plus grand auteur de nouvelles du 20ème siècle, Raymond Carver, d’avoir le dernier mot sur la question (cela fait des années que j’essaye de le caser quelque part). Il avait compris la condition humaine et la douleur inhérente à l’amour mieux que presque tous. Est-ce qu’ignorer ou refuser de demander des comptes aux Grands Verts et aux fondations qui ont mené des négociations secrètes qui risquent de condamner tant d’humains et d’autres espèces à l’extinction, est-ce que cela, c’est de « l’amour » ?

« Je suis fichtrement certain que je n’appellerais pas ça de l’amour », dit Mel. « Je veux dire, personne ne sait pourquoi il a fait ça. J’ai vu plein de suicides, et je ne pourrais pas dire que qui que ce soit a jamais su pourquoi il avait fait ça. »

Mel mis ses mains derrière sa nuque et se fit basculer sa chaise en arrière. « Ce genre d’amour ne m’intéresse pas », dit-il. « Si c’est de l’amour, tu peux le garder. »

— Raymond Carver, Parlez-moi d’amour (What We Talk About When We Talk About Love).

Cet article n'a PAS été sponsorisé par





Courtesy of Le Partage
Source: https://www.counterpunch.org/2013/10/25/what-we-talk-about-when-we-talk-about-foundation-funding/
Publication date of original article: 25/10/2013
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20933

 

Tags: Capitalisme vertFondations militantesONGisation résistanceTzeporah BermanSables bitumineuxEntente sur la forêt boréale canadienne (EFBC)Premières NationsDéfense environnementCanada
 

 
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