TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı la internacia reto de tradukistoj por la lingva diverso

 23/07/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Hulotteries : à propos du « plan climat » de M. Ushuaïa
Date of publication at Tlaxcala: 12/07/2017

Hulotteries : à propos du « plan climat » de M. Ushuaïa

Nicolas Casaux

 

Le 6 juillet 2017, Nicolas Hulot, le nouveau ministre de la « Transition écologique et solidaire » (d’EDF), a dévoilé son « plan climat ». Il prévoit :

  1. Une augmentation de 40% de la taxe carbone
  2. La fin de la vente des voitures diesel et essence dès 2040
  3. Une taxe européenne sur les transactions financières
  4. Le développement des énergies renouvelables
  5. La fin de la production d’électricité à partir de charbon (d’ici 2022)
  6. L’éradication des « passoires thermiques » (les bâtiments mal isolés et consommant trop d’énergie doivent être éradiqués dans les dix ans à venir)

Mais que cela signifie-t-il en réalité ? Traductions et commentaires :

1. Rien, mais on a tellement insisté sur l’idée fausse et particulièrement stupide selon laquelle une simple taxe pourrait freiner ou stopper les émissions de carbone, ou rendre un peu plus écologique le système économique intrinsèquement nuisible de la civilisation industrielle, qu’on ne va pas se priver d’en remettre une couche.

2. Un grand classique, une mesure anti-écologique maquillée en mesure écologique grâce à la mystification du « développement durable » : cela signifie d’une part que le parc automobile français va devoir être entièrement changé. Et il va bien falloir faire quelque chose de ces 38 millions de véhicules, alors quoi ? Les dumper en Afrique comme on le fait aujourd’hui, afin qu’elles deviennent le problème des autres ? Et d’autre part que l’industrie de la voiture électrique va exploser, et avec elles les émissions de CO2 liées à leur fabrication, ainsi que les extractions des matières premières nécessaires (et les extractions minières, en plus de ravager le monde naturel, consomment des combustibles fossiles, massivement). Tout le mensonge du « développement durable » se base sur le même genre d’omissions et de mensonges : ne pas prendre en compte tout ce qui gêne, mais vendre une image « verte ».

3. Rien, mais au niveau européen (voir point 1).

4. Cela signifie d’une part que la quantité totale d’énergie disponible dans le réseau va augmenter, ce qui permettra d’alimenter, entre autres, toujours plus d’appareils électro-informatiques high-tech, ceux-là même dont la production est particulièrement polluante, énergivore, ceux-là même dont chaque français en produit en moyenne 22 kg par an, et qui ne sont recyclés qu’à hauteur de 35%, et qui finissent souvent (90% d’entre eux, globalement) exportés dans des pays pauvres, où ils s’entassent dans des décharges à ciel ouvert, où des perdants de la mondialisation les brûlent pour en retirer quelques grammes de métaux (et quelques maladies graves) qu’ils revendent ensuite une misère, et où ils polluent donc l’air, les sols et les cours d’eau. Et d’autre part que les extractions des nombreux métaux et minerais (dont les terres rares) nécessaires à la fabrication des technologies dites « renouvelables » vont aussi beaucoup augmenter (ainsi que les ravages qu’elles génèrent par définition), ce qui implique également une forte hausse de la consommation d’énergie par l’industrie des extractions minières (pour mieux comprendre, lire cet article).

5. Fort bien, même si la production d’électricité à partir du charbon, en France, en 2016, ne représente qu’environ 1% de la production nationale d’électricité.

6. Une aubaine pour l’industrie de la construction qui va s’en donner à cœur joie et qui va émettre des tonnes de CO2 dans un immense ravalement de façade national. Une catastrophe de plus. Avez-vous déjà visité les endroits qui sont aujourd’hui considérés par le gouvernement comme des « écoquartiers » (bien souvent construits par Bouygues ou Vinci, comme ceux d’Ivry-sur-Seine) ? Il s’agit d’immeubles massifs répondants aux critères anti-écologiques du « développement durable » (ampoules basse consommation, et toute la gamme des nouveaux-objets-industriels-massivement-fabriqués-en-usine-mais-« verts »). Si ce que le gouvernement considère actuellement comme de l’habitat « écologique » l’était vraiment, cette mesure serait bonne. Ce n’est pas le cas. Un habitat véritablement écologique, c’est un Earthship, ou une construction en matériaux locaux et biosourcés, ou en matériaux de récupération, et ne dépendant pas des engins extrêmement énergivores des grands groupes industriels de la construction.

Mais tout ça était évident et attendu. Ce qui devait arriver Areva (Edouard Philippe), n’est-ce pas ? Ceux qui parviennent au pouvoir n’y arrivent pas par hasard. Ils ne peuvent pas remettre en question les logiques écocidaires actuelles. Ce « plan climat » le prouve parfaitement. Il ne remet pas en question le dogme de la croissance, mais s’inscrit parfaitement dans le cadre de la « croissance verte » (construire et vendre plein de voitures électriques dites « écologiques », par exemple, ou plein d’éoliennes et de panneaux solaires, ou pire, construire des barrages, ou pire encore, brûler des forêts en incinérateurs, et tout ça au nom de l’écologie) qui n’est qu’une nouvelle opportunité de croissance et de profits pour les industriels, mais qui est donc et surtout une garantie pour la continuation du pire, ainsi que l’explique Philippe Bihouix dans l’ouvrage collectif « Crime climatique stop ! » (éd. du Seuil) :

Avec la croissance « verte » […] ce qui nous attend à court terme, c’est une accélération dévastatrice et mortifère de la ponction de ressources, de la consommation électrique, de la production de déchets ingérables, avec le déploiement généralisé des nanotechnologies, des big data, des objets connectés. Le saccage de la planète ne fait que commencer.

La nomination de Hulot, à l’instar du « développement durable » et de la « croissance verte », n’est que poudre aux yeux. Au rythme où vont les choses (émissions de gaz à effet de serre, réchauffement climatique, acidification des océans, fonte des glaces, surexploitation des ressources en eau, et des ressources non-renouvelables et même des autres ressources renouvelables, pollutions des milieux par des millions tonnes de plastiques et d’autres substances toxiques déversées annuellement, étalement urbain, déforestation, etc.), que ces mesures pour une « croissance verte » soient mises en œuvre ou pas (ce qui ne ferait qu’accélérer la catastrophe), d’ici 2040, voire 2030, ce n’est pas à une « Transition écologique et solidaire » que nous allons assister, mais à une myriade de désastres écologiques et sociaux bien pires que ceux que l’on observe actuellement dans de nombreuses régions du globe (qui ne nous touchent pas encore particulièrement, en France).

Un article ne pourra jamais suffire à faire comprendre à quelqu’un que la croyance aveugle (contre l’évidence même de ce qui se déroule sous nos yeux) en le discours dominant, en l’idéologie du progrès et de la toute-puissance technologique, est une idiotie suicidaire. Entre la puissance (les moyens) de la mégamachine médiatique (radios/TV/journaux/Cinéma/Internet/Livres) qui produit le discours grand public auquel tant croient encore et celle des collectifs et des individus qui luttent contre, il y a un monde. Que l’on détruit.

(À ceux qui aimeraient mieux comprendre les tenants et les aboutissants de notre situation actuelle, et qui ne savent pas par où commencer, on peut conseiller de lire — en ce qui concerne l’écologie au sens large — les livres de Fabrice Nicolino, ceux d’Armand Farrachi, ceux de Philippe Bihouix, de Pablo Servigne, de François Jarrige, de Bernard Charbonneau, de Jacques Ellul, de Lewis Mumford, ceux des Éditions L’échappée, des Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, ou encore des Éditions Le pas de côté).

Il est possible qu’au point où nous en sommes, l’évitement du désastre global et la perspective d’une transition sereine vers un monde désindustrialisé et low-tech ne soit déjà plus qu’un doux rêve. Mais il est certain que les gouvernements et toute la sphère culturelle/médiatique mainstream (grand public) n’y contribueront pas, bien au contraire. Quoi qu’il en soit, se défaire de cette illusion toxique ne peut que contribuer à améliorer nos chances.





Courtesy of Medium
Source: https://medium.com/@niko7882/a-propos-du-plan-climat-de-m-ushua%C3%AFa-807c5ed2fd9e
Publication date of original article: 10/07/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20918

 

Tags: Nicolas HulotGreenwashingCroissance verteCapitalisme vertPlan ClimatDéveloppement durableTaxe carbone
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.