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 25/08/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / Colombie : respect pour Buenaventura, bordel ! (I & II)
Date of publication at Tlaxcala: 01/06/2017
Original: Colombia: Buenaventura se respeta, ¡Carajo! (II)

Colombie : respect pour Buenaventura, bordel ! (I & II)

José Javier Capera Figueroa

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

I (22/5/2017)

La situation politique très complexe que traverse le plus important port de Colombie, est le résultat de la négligence du gouvernement, de la corruption et des pratiques politiques traditionnelles sur le territoire, l’expression de la dérive de notre culture politique, et en particulier du jeu des élites économiques, politiques et culturelles. Car c'est cette culture politique qui plonge depuis plus d'un demi-siècle le port de Buenaventura dans un état de pauvreté, de violence, de chômage, de massacres,  entre autres problématiques qui constituent la réalité de la terre de notre bien-aimé Petronio Alvarez *.

À Buenaventura, on s'est habitué à entendre tous les 4 ans des maires, des conseillers municipaux, des




 
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députés, des ministres et même le président prononcer des discours et faire des promesses de toutes sortes. Une série de promesses tenues à moitié et d'autres pas du tout, depuis le « Plan Pacifique » qui serait, paraît-il, la bonne politique alternative pour assurer une meilleure vie au pays de l'arrecho, du viche, du viudo de pescado, du borojó et du chontaduro1 et de beaucoup d'autres choses qui font la richesse et la diversité de la Région Pacifique de la Colombie.

Mais comme nous le savons, tous ces discours ont fini par laisser la place au vice, à la corruption, à l'impunité et au clientélisme, et petit à petit on est revenu au point de départ, au point que les différents secteurs sociaux de gauche, les associations d'éboueurs , de pêcheurs, de conducteurs de camions-bennes , les membres des conseils communautaires, des groupements d'action communale, les églises chrétiennes, les syndicats, au total plus de 80 organisations, s'unissent pour manifester et démontrer que l'union fait la force, surtout quand elle vient de ceux d'en bas.

Une organisation solide de comités formés dans les différents quartiers et pleine de la saveur, de la joie, de la solidarité et de l'enthousiasme qui caractérisent les femmes et les hommes de Buenaventura, s'est engagée résolument et pacifiquement dans la grève civique la plus puissante qu'on ait vue au cours de ces 40 dernières années dans le pays du currulao2 où souffle la brise de l'océan. « Mon beau port de mer, ma Buenaventura ».

Une grande vague de citoyens engagés dans la construction d'une « autre » réalité politique pour le port, a eu recours à la protestation sociale et, à travers de slogans tels que « le peuple ne se rend pas, bordel », « “agüita de lulo” » [petit jus de narangille] et « Respect pour Buenaventura, bordel !». Nous voyons la peur s'emparer de la classe politique traditionnelle de la région : un peuple organisé, qui se mobilise et qui a toutes les raisons d'exiger de meilleures conditions de vie, un meilleur système de santé, un système scolaire adéquat, qui enseigne l'esprit critique et qui soit adapté aux besoins du territoire ; mais surtout qui exige que soient apportés à la culture politique les changements que nous exigeons et dont nous avons besoin, nous, les nouvelles générations qui naissons, vivons et coexistons dans tous les quartiers de notre Buenaventura, bien-aimée, mais malade.

À l'heure actuelle, nous constatons le cynisme du maire qui, en remarquant que : « cette grève civique ne durera pas plus de deux jours, c'est une grève de sans-dents », nous offre le spectacle lamentable d'une autorité suprême qui ne soutient pas le mouvement de ces familles, de ces travailleurs, de ces gagne-petit, ces gens simples qui se lèvent tous les matins et vont au port à la recherche d'une vie meilleure. Au contraire, il devrait être le premier à manifester, à apporter son appui et en fournissant aux citoyens les moyens d'exprimer leurs revendications contre ce gouvernement qui les a oubliés et qui semble les prendre pour des imbéciles.

En fin de compte, nous savons mieux que quiconque, nous qui vivons ici, qui y sommes nés et qui voulons changer notre ville, ici les responsables doivent monter au créneau en commençant avec le gouvernement du pays et en continuant par les différentes administrations municipales, qui ont échoué à mettre en œuvre le soi-disant « plan-choc ». À présent, ce que réclame la ville, ce sont des réponses et des solutions concrètes. Comme l'indique le slogan du comité de grève civique « Pour vivre dans la dignité et la paix sur notre territoire », nous avons besoin d'une meilleure couverture dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'emploi ; la production locale doit être renforcée, le droit à la représentation politique garanti, le tout sans délai, sans que nous devions cesser de rêver et de vivre dans cette Buenaventura, où depuis notre enfance la brise nous fouette, la mer nous baigne et le parfum de la terre flatte nos narines, dans un environnement où règne la paix des familles.

* Petronio Alvarez Quintero (1914 - 1966), Le roi du Currulao ou "El Cuco" était un musicien, poète et inspirateur de la musique colombienne du Pacifique [NDE].

1Plats traditionnels de la Côte Pacifique de la Colombie, entre autres.

2Style musical et danse afro de la Région Pacifique de la Colombie et de l'Équateur.

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Les habitants de Buenaventura souffrent en permanence de pénuries d'eau

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 "Ce n'est pas Buenaventura qui dépend de la Colombie, mais la Colombie qui dépend de Buenaventura"

"S'il n'y a pas de justice pour le peuple de Buenaventura, il n'y aura pas de paix pour le gouvernement"

II (29/5/2017)

Les jours passent et on ne voit aucun résultat positif, la politique du gouvernement du Président Santos affiche les mêmes contradictions qu'au niveau national, dictées par sa trop grande fidélité au modèle néolibéral. C'est pourquoi les grèves, les mobilisations et les revendications très fortes de la part des enseignants, des routiers, des indigènes, et des Afrocolombiens se poursuivent et n'ont aucune raison de s'arrêter pour l'instant.

L'incapacité du gouvernement du pays à proposer des pistes, des alternatives et dans la majorité des cas des solutions à la situation d'abandon, de violence et de dépouillement que Buenaventura a vécue tout au long de son histoire, est devenue le plus grave problème qu'aient eu à traiter les derniers gouvernements du pays ces cinquante dernières années. On croirait que le port le plus important du pays n'a pour fonction que de servir les intérêts des entreprises multinationales et des familles de notables de la région.

La combativité des membres du Comité de la Grève Civique, qui dure depuis plus de douze jours à Buenaventura, démontre quelles ont les stratégies, les arrière-pensées et les actes du gouvernement pour contourner les exigences des citoyens (quitter la table de négociation), et comme si cela ne suffisait pas, pour entraver tout type de mobilisation -pacifique- qui puisse survenir au sein des communautés (en faisant intervenir l'ESMAD, les brigades anti-émeutes). Ce qui arrive à Buenaventura est exactement ce qui est arrivé aux enseignants, aux étudiants, aux ouvriers, aux paysans, aux indigènes et à toute catégorie qui manifeste ou revendique ses droits politiques, ceux qu'il a sur sa propre vie, sur son territoire et son développement.

Cependant, la réponse du gouvernement central est celle de toujours: répression, militarisation et violence par l'emploi régalien, légal de la force, couplé, comme on le voit, avec la stratégie qui consiste à criminaliser les mouvements sociaux de protestation et à recourir à la présence massive de militaires (police, armée, marine) qui gardent les points stratégiques du port, permettant que les marchandises continuent à entrer et sortir. C'est naturel, car les élites savent que si la ville s'arrête, cela entraînera la paralysie de 80% des exportations de café, la principale production du pays, et de 60% du commerce maritime total de la Colombie. C'est pourquoi il est intolérable et inacceptable que les habitants du principal port du pays doivent vivre dans des conditions de pauvreté extrême, de violence, de chômage, avec un si bas niveau d'éducation et de qualité de vie.

La forte mobilisation des habitants de Buenaventura, leurs manifestations et leurs actions, en ont surpris plus d'un, particulièrement ceux qui pensaient que “ ce genre de grève ne durerait pas plus de deux jours, [que c'était] une grève de sans-dents”, comme l'a déclaré la plus haute autorité de la ville (le maire), une façon grossière de nier la justesse des propositions critiques que font les citoyens par l'intermédiaire de leurs représentants au Comité de la Grève Civique, mais pendant que certains appellent au dialogue, le gouvernement continue à utiliser la force brutale, foulant au pied les droits humains, la souveraineté du territoire et les pratiques politiques des communautés.

Comme l'expliquent les membres du comité, les actes qui ont entraîné le vandalisme, les pillages et le désordre dans la ville, sont dus essentiellement à la stratégie du gouvernement, qui visait à déstructurer, à déstabiliser et à peindre une image négative de la raison d'être de la grève civique. Maintenant que les questions sont posées, il n'y a toujours pas de réponses concrètes. Qui a donné l'ordre de faire intervenir l'ESMAD ? Pourquoi l'ESMAD n'a t-il pas quitté le port? Quels motifs y a-t-il à NE PAS déclarer Buenaventura en état d'urgence sociale et économique, entre autres? Et la dernière, quel jeu le gouvernement joue-t-il et quels intérêts (mégaprojets) défend-il vis-à-vis des habitants de Buenaventura et de son territoire?

Au bout du compte, les négociations n'avancent pas dans la direction qu'exige la population du port. En effet, comment serait-ce possible, dans la mesure où le gouvernement n'a d'autre agenda politique que celui imposé par les intérêts des grandes entreprise, des multinationales et des groupements politiques de la région, complètement opposé aux besoins réels des communautés. Tant que ne seront pas reconnues les justes revendications de la ville, concernant la santé, l'éducation, l'emploi, la sécurité, le culture, entre autres, il sera très difficile d'entrevoir des solutions à court ou à long terme à des problèmes dont l'État colombien ne devrait même pas tolérer qu'ils existent. Pour cette raison, nous manifestons notre appui, notre assistance et notre solidarité au niveau international, et nous promettons la plus large diffusion possible, au Comité de la Grève Civique et à la population de Buenaventura qui mérite une ville “Pour vivre au pays dans la paix et la dignité ”.

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20615
Publication date of original article: 29/05/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=20632

 

Tags: BuenaventuraGrève civiqueRévoltes logiquesMouvements sociauxAfrocolombiensColombieAbya Yala
 

 
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