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 27/03/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UMMA 
UMMA / Avec Trump, nous allons tous mourir
Date of publication at Tlaxcala: 16/02/2017
Translations available: English 

Avec Trump, nous allons tous mourir

Abdellah Taïa عبد الله الطايع

 

Écrivain et réalisateur, Abdellah Taïa vient de publier “Celui qui est digne d’être aimé” au Seuil. Dans cette tribune, il exprime son angoisse face à un Occident qui perd la tête.

C’est irréel. C’est tragique. Parfois, c’est étrangement drôle. Et c’est, de nouveau, l’affirmation sûre d’un Occident qui perd la tête et qui, décidément, ne veut plus se situer du côté de la vie. Il refuse l’autre. Il bannit l’autre. Il veut le déporter. Il le renvoie dans l’enfer dont il est en grande partie responsable. Il ne faut pas se tromper : il n’y a pas en ce moment que Donald Trump qui n’aime pas les musulmans et qui veut construire des murs et des murs. Il n’y a pas que ce monsieur américain fou qui nous pousse vers le suicide collectif.

Le mot “danger” est désormais banal. Très en deçà de la réalité terrifiante de notre monde. On est entré dans une zone qui relève de la pure science-fiction, bien au-delà de ce que George Orwell a imaginé, prédit. Une zone où la vérité ne compte absolument plus. Où les mots ne pèsent plus rien. On est, c’est sûr, dans l’ère du triomphe de l’“alternative fact”.

 

: Les musulmans arrivent ! Les musulmans arrivent !, par Bill Schorr

Pire : on est dans une émission de téléréalité. Son nom: The Apprentice. Son patron et président: Donald Trump. Ses producteurs : Hollywood. Les spectateurs (consentants ou bien non): nous tou-te-s sur terre qui, elle aussi, n’en peut plus d’assister à cette farce, à ce retour si décomplexé de la haine, du racisme, en Occident.

Dans la dernière cérémonie des Golden Globes, Meryl Streep a fait un discours qui a marqué les esprits. Il était émouvant, touchant, nécessaire, son speech, c’est vrai. Mais, malheureusement, il était aussi très “United Colors of Benetton”. Elle a cité entre autres une actrice d’origine éthiopienne, un autre d’origine indienne, quelques acteurs américains noirs, pour illustrer l’ouverture d’esprit d’Hollywood et de l’Amérique.

Les musulmans comme cibles

J’adore Meryl Streep, j’admire son talent, mais elle n’est pas allée jusqu’au bout de la critique du système politico-médiatique. Elle a célébré le rôle positif de Hollywood et a oublié de dire que c’est justement Hollywood qui a produit la série de télé-réalité The Apprentice, qui lui a même décerné plusieurs prix (notamment des Emmys et des Golden Globes). C’est Hollywood (avec sa fameuse mission Entertainment) qui, durant quinze ans, a rendu crédible Donald Trump, lui a donné le temps, et l’espace, pour faire entendre sa voix, nous rendre tous, après les Américains, des débiles obsédés par des infos bidons. Fascinés de plus en plus par le vide de Kim Kardashian et de ses amies, entraînés vers une réalité virtuelle où sont réapparus tous nos cauchemars sans qu’on puisse rien faire pour les détruire.

Non, il n’y a pas que Donald Trump qui a choisi comme cible les musulmans. En Europe aussi, c’est le cas. En France. Depuis plusieurs années déjà. D’ailleurs, le héros de The Apprentice” donne l’impression de s’inspirer si exactement de ce qui se passe en Europe depuis longtemps. Il applique les idées des partis d’extrême droite. Et il va plus loin. Trop loin.

L’horreur sur le Grand Canal

Mais, pour être honnête, il faut dire que ce n’est pas uniquement de sa faute. Il n’est pas le seul coupable. On est entré dans le règne de l’insensibilité. Nous sommes des “sans cœur” à présent. Et j’entends déjà certains protester contre cette expression.

La semaine dernière, j’ai vu cette vidéo effrayante, qui résume toute l’horreur que nous vivons en ce moment. A Venise, un jeune réfugié est en train de se noyer dans le Grand Canal. Non loin de lui, un bateau-bus rempli d’au moins 100 touristes. Ils n’ont rien fait pour le sauver. Ils ont assisté au spectacle de sa mort comme on assistait avant, du temps des Romains, au spectacle des gladiateurs. On se délecte de voir des êtres humains se faire tuer. On jouit. On est heureux. Vive l’humanité ! On en est là.

Les musulmans sont attaqués par Donald Trump. “Muslim ban”. Et cela évidemment ramène à la mémoire d’autres images, d’autres tragédies que les hommes d’aujourd’hui donnent l’impression d’avoir oubliées. Les Juifs. Les dénonciations. Les trains. Les camps. L’abjection. Au cœur même de la civilisation occidentale. L’Europe. On en est là. On a autorisé ce retour de la haine. On n’a rien fait pour stopper ce mal avant qu’il ne gangrène les sociétés et qu’il ne devienne un programme politique “sérieux” entendu matin et soir dans les médias. C’est devenu banal.

On attaque les musulmans, on attaque l’islam, et c’est normal. Je ne dis pas ici que tout est bien en islam et chez les musulmans. La question n’est pas là, d’ailleurs. Moi-même musulman et homosexuel, je sais pertinemment que les musulmans, dans les pays musulmans, doivent évoluer, faire leur autocritique, sortir de la soumission imposée à eux par leurs dirigeants politiques. Mais ceux d’ici, ces Français d’origine musulmane, on ne cesse de les stigmatiser. De leur dire qu’ils ne sont pas dignes d’être comme les autres Français. On ne cesse de faire l’amalgame entre eux et les terroristes islamistes, les djihadistes.

Polémiques et discriminations

Quand une attaque terroriste se produit en Occident, on leur demande de s’excuser. Immédiatement. On les ramène à un statut inférieur, colonial. On invente des polémiques si bizarres pour les enfermer et les discriminer davantage. On leur fait peur. Et ils commencent à avoir peur. Du coup, ils ne parlent plus vraiment. Ils sont chez eux en France et on leur dit que ce n’est pas vrai. Où aller vivre alors ? En Arabie Saoudite et son wahhabisme atroce ? Dans le pays de l’oncle Donald Trump, “The land of Freedom” ?

Donald Trump n’est que le symptôme d’un mal occidental plus grand. Bien sûr, il faut lui résister, protester avec vigueur comme le font les Américains en ce moment. Mais cela ne devrait pas nous dispenser de cette choses essentielle: nous remettre tou-te-s en question. Ici en Europe, aux Etats-Unis, comme ailleurs. Que les partis de gauche fassent sérieusement leur autocritique. Et qu’ils assument leur responsabilité dans ce désastre. Qu’ils nous disent pourquoi ils ont abandonné les pauvres, le peuple d’en bas. Pourquoi ils se sont figés, éloignés de véritables questions de société. Pourquoi ils ont abandonné les idéaux de gauche. Pourquoi ils n’acceptent plus qu’on les critique d’une manière frontale. Cela fait mal de regarder les informations chaque jour. Il n’y a plus d’horizon. Plus d’espoir. Plus de personnage politique capable de se lever avec détermination pour nous sortir de nos cauchemars modernes dans ce monde post-colonial. Un homme (ou une femme) qui impose une voix juste sans diviser, sans donner l’impression qu’il parle à une frange particulière de la population. Un homme qui nous sorte de cette torpeur. De cette dépression. De cette pulsion de mort. De ces tempêtes meurtrières. De ces discours qui veulent pour de vrai qu’on entre dans le “choc des civilisations”. Un homme qui protège les minorités, va avec elles dans leur chemin nécessaire pour obtenir leurs droits, mais sans pour autant oublier les autres, les classes populaires qui souffrent elles aussi et qu’on ne cesse d’invisibiliser.

Donald Trump n’aime pas les musulmans. Mais, il faudra le préciser encore et encore, il n’aime pas aussi plein d’autres gens. Ce monstre politique, c’est l’Occident qui l’a créé. Et les pièges qu’il ne cesse de nous tendre existaient déjà bien avant qu’il ne soit élu président des Etats-Unis.

Dans L’Ile aux mimosas, la magnifique Barbara disait, chantait ces mots bouleversants: “Il y a si peu de peu de temps entre vivre et mourir, qu’il faudrait bien pourtant s’arrêter de courir.” Les hommes d’aujourd’hui, eux, donnent l’impression d’être incapable de s’arrêter de courir, leur “vie ivre” les porte loin les uns des autres. Ils jouissent de voir l’autre, qui est soi-moi, se faire humilier, à côté d’eux d’eux, à la télé, dans les aéroports, devant les frontières et les murs. Dans les rues de Paris. Les hommes aujourd’hui ne veulent plus vivre. Barbara et sa poésie paraissent soudain si fictives. Elles n’ont jamais existé.





Courtesy of Les Inrocks
Source: http://www.lesinrocks.com/2017/02/15/actualite/abdellah-taia-trump-allons-mourir-11913620/
Publication date of original article: 15/02/2017
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19914

 

Tags: TrumpIslamophobieNouvel antisémitismeOccidentaltérophobie
 

 
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