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 19/10/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / "La clarté compte plus que l’argent": discours de réception du Prix Booker, 1972
Date of publication at Tlaxcala: 06/01/2017
Original: "Clarity is more important than money": Booker Prize acceptance speech, 1972
Translations available: Español 

"La clarté compte plus que l’argent": discours de réception du Prix Booker, 1972

John Berger (1926-2017)

 

John Berger est mort le 2 janvier 2017, à l'âge de 90 ans, à Antony, près de Paris. Nous proposons, en guise d'hommage de lire le discours qu'il avait tenu au Café Royal de Londres le 23 novembre 1972, lors de la remise du Prix Booker pour son roman G.

Puisque vous m’avez décerné ce prix, peut-être aimeriez-vous savoir, en quelques mots, ce qu’il signifie pour moi.

Les prix entretiennent un climat de rivalité que j’estime personnellement détestable. Dans le cas qui nous occupe, la publication de la liste des finalistes, le suspense délibérément rendu public, la spéculation sur les auteurs concernés comme s’il s’agissait d’une course de chevaux, l’accent mis en permanence sur les gagnants et les perdants, tout cela m’apparaît comme faux et déplacé dans le contexte de la littérature.

Néanmoins, l’action exercée par un prix est analogue à un stimulus ― non à l’égard des écrivains, mais plutôt des éditeurs, des lecteurs et des libraires. Par conséquent, la valeur culturelle d’un prix dépend d’abord de ce qui est ainsi stimulé : le conformisme du marché et le consensus du juste milieu ou la liberté d’imagination, chez le lecteur comme chez l’auteur.

Si un prix n’encourage que le conformisme, il se contente de légitimer le succès, au sens le plus conventionnel du terme. Il ne constitue rien de plus qu’un nouveau chapitre dans l’histoire d’une réussite. S’il stimule la liberté d’imagination, il encourage l’envie de chercher des alternatives. Ou, pour dire les choses très simplement, il encourage les gens à s’interroger.

Si le roman a une telle importance, c’est qu’il pose des questions que nulle autre forme littéraire n’est capable de poser : sur le rapport de chaque individu à son propre destin ; sur l’usage qu’on peut faire d’une vie, y compris la sienne.

Et ces questions, il les pose d’une façon très personnelle. La voix du romancier fonctionne comme une voix intérieure. Même si cela peut paraître légèrement déplacé de ma part, j’aimerais saluer ― et remercier ― le jury de cette année pour son indépendance et son sérieux à cet égard. Les quatre livres qui figurent dans la liste finale font preuve de l’imagination dont je parlais.

Le fait que ce jury ait décidé d’accorder son prix à mon livre m’a fait plaisir ― parce que c’était comme une réaction, une réaction venant d’autres écrivains. J’ai mis cinq ans à écrire G. J’ai déjà réfléchi à ce que j’allais faire des cinq prochaines années de ma vie.

J’ai commencé un projet sur les travailleurs immigrés en Europe. Je ne sais pas encore quelle sera la forme finale de ce livre. Peut-être un roman. Peut-être un livre qui n’entrera dans aucune catégorie. Mais je suis sûr d’une chose : je veux que, parmi les onze millions de travailleurs immigrés en Europe et la quarantaine de millions de personnes qui composent leurs familles, restées pour la plupart dans leur ville ou leur village mais dépendantes du salaire du travailleur absent, je veux que leur voix se fasse entendre dans les pages de ce livre.

Chaque année, la misère contraint les immigrés à quitter leur lieu et leur culture d’origine pour effectuer la plus grande partie des travaux les plus sales et les moins payés de l’Europe industrialisée, où ils constituent l’armée de réserve du travail. Que  pensent-ils  du monde ? D’eux-mêmes ? De nous  ? De l’exploitation à laquelle ils sont soumis ?

Pour mener ce projet à bien, j’aurai besoin de voyager et de résider dans pas mal d’endroits. Il me faudra parfois emmener avec moi des amis turcs qui parlent le turc, ou des amis portugais, ou grecs. Je compte travailler de nouveau avec un photographe, Jean Mohr, avec qui j’ai fait le livre sur le médecin de campagne.

Même en vivant modestement, ce qui devrait être le cas, et en voyageant de la façon la plus économique, ce projet de quatre ans reviendra environ à dix mille livres. Où trouver cet argent ? Je n’en avais pas la moindre idée. En ce qui me concerne, je n’avais pas un sou. Désormais, grâce au Booker Prize, nous allons pouvoir nous mettre au travail. Or, il n’est pas nécessaire d’être un romancier très subtil pour remonter depuis les cinq mille livres du prix jusqu’aux activités économiques qui l’ont rendu possible.

Pendant plus de cent trente ans, Booker McConnell a eu des intérêts commerciaux considérables dans les Caraïbes. La misère qui y règne actuellement est le résultat direct de cette exploitation et d’autres du même type. Conséquence de cette pauvreté, des centaines de milliers d’Antillais ont été forcés d’émigrer en Grande-Bretagne pour venir y travailler. Ainsi, mon livre sur les travailleurs migrants  sera-t-il directement financé par les profits réalisés sur leur dos ou sur celui de leurs parents et de leurs ancêtres.

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Courtesy of Conjonctures n°39-40
Source: http://gostbustere.tumblr.com/post/17158444595/speech-by-john-berger-on-accepting-the-booker
Publication date of original article: 01/03/2005
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=19619

 

Tags: John BergerPrix BookerG.MigrantsTraite négrièrePanthères Noires BritanniquesRoyaume-Uni
 

 
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