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 USA & CANADA 
USA & CANADA / Daniel Berrigan, une figure de proue de l'opposition pacifique à la guerre du Vietnam, a inspiré une génération de militants
Date of publication at Tlaxcala: 12/05/2016
Original: Daniel Berrigan, a Leader of Peaceful Opposition to Vietnam War, Inspired a Generation of Activists

Daniel Berrigan, une figure de proue de l'opposition pacifique à la guerre du Vietnam, a inspiré une génération de militants

Betty Medsger

Translated by  Jacques Boutard
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

DANIEL BERRIGAN était beaucoup de choses à la fois — prêtre jésuite, poète, enseignant, fin cordon-bleu, interlocuteur attentif, penseur radical, militant contre la guerre, pacifiste. De plus, en raison de son opposition à la guerre au Vietnam, il a été considéré comme un ennemi, à la fois de l'État et de l'Église.

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Funérailles de Daniel Berrigan à New York le 6 mai

Dans tout ce qu'il a écrit – dont plus de 40 livres– ces mots sont les plus mémorables et reflètent le mieux sa vie : « Nos excuses, chers amis, pour avoir enfreint l'ordre social,   brûlé du papier et non des enfants, avoir provoqué la colère des plantons devant l'ossuaire. Dieu nous en est témoin, nous ne pouvions pas faire autrement… Combien doivent mourir avant qu'on entende nos voix, combien doivent être torturés, chassés de leurs foyers, affamés, terrorisés… Quand, à quel moment, direz-vous non à cette guerre ? »

Voilà ce qu'a dit Berrigan en mai 1968, tandis qu'avec son frère, le regretté Philip Berrigan, et sept autres militants, pour la plupart des prêtres ou des religieuses, il brûlait des fichiers militaires qu'ils venaient de saisir au bureau d'incorporation de Catonsville dans le Maryland, en attendant que la police vienne les arrêter. Ces mots figurent dans le livre le plus connu de Berrigan, The Trial of the Catonsville Nine (Le Procès des Neuf de Catonsville), une pièce inspirée des minutes du procès. Elle a été jouée dans le monde entier.

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Quand Elizabeth McAllister, la belle-sœur de Berrigan, a lu ces paroles lors de ses obsèques religieuses célébrées en l'église catholique Saint-François-Xavier de New York, l'assistance de plus de mille personnes a réagi par un tonnerre d'applaudissements et une ovation prolongée. Les gens étaient venus de partout pour un dernier adieu. Beaucoup de membres de l'assistance avaient été poussés par ces mêmes paroles, prononcées il y a très longtemps à Catonsville, à s'engager dans la désobéissance civile et dans la résistance. Quand Berrigan était allé à Catonsville, il était déjà l'incarnation la plus tangible d'un phénomène inconnu auparavant : des prêtres catholiques qui s'opposaient publiquement à une guerre dans une guerre à laquelle participaient les USA. Devant ses appels à l'arrêt de la guerre, la hiérarchie de l'église l'exila à l'étranger, et un haut responsable de l'administration US mentit à son sujet devant une commission du Congrès, le faisant passer pour un poseur de bombes et un preneur d'otages. Au bout du compte, ces efforts extraordinaires de la part de l'Église et de l'État ne réussirent pas à faire taire Berrigan. Après avoir été exilé à l'étranger et emprisonné dans son propre pays, il est demeuré un ferme opposant à la guerre et aux autres formes de violence, étatiques ou non, jusqu'à sa mort la semaine dernière à l'âge de 94 ans.

Les Neuf de Catonsville: De gauche à droite (debout) George Mische, Philip Berrigan, Daniel Berrigan, Tom Lewis. De gauche à droite (assis) David Darst, Mary Moylan, John Hogan, Marjorie Melville, Tom Melville

Les actions qui définissaient Berrigan aux yeux du public — la résistance non-violente à la guerre du Vietnam et à l'utilisation des armes nucléaires — sont nées au lendemain du Concile Vatican II de 1962, un rassemblement historique d'évêques convoqués par le Pape Jean XXIII, un personnage très comparable au Pape François. Les actes du concile, qui comprenaient une ferme condamnation de l'antisémitisme, furent considérés comme très radicaux dans l'Église catholique dans le contexte de l'après-guerre. Une des réformes proposées par le concile encourageait les fidèles à travailler pour la paix, y compris en collaborant avec des gens extérieurs à l'église. Aux USA, la hiérarchie catholique commença par refuser ce mandat. Berrigan, au contraire, avait hâte de s'engager dans cette lutte.

Avec son frère Philip et d'autres, Daniel Berrigan a participé à la construction du mouvement catholique pour la paix, un vaste groupe sans structures précises implanté principalement dans le Nord-Est et le nord du Midwest. Les responsables de l'église comme du gouvernement considéraient ce mouvement comme dangereux.

Le cardinal Francis Spellman — l'archevêque de New York, le plus haut dignitaire de l'Église catholique aux USA et le symbole le plus représentatif du ferme soutien officiel de l'Église catholique à la guerre au Vietnam – combattait farouchement le mouvement pacifiste, et tout particulièrement la participation des catholiques à ce mouvement. En fait, au tout début de l'intervention US au Vietnam, Spellman était l'un des principaux avocats de cette guerre en dehors du gouvernement.

Profondément irrité par les appels en faveur de la paix de Berrigan, Spellman ordonna en 1965 aux supérieurs de Berrigan chez les Jésuites de l'exiler en Amérique Latine et lui intima l'ordre de cesser de s'impliquer dans la campagne pacifiste. Les Jésuites s'exécutèrent en tenant secret le lieu de résidence du prêtre. Quand Berrigan reçut l'autorisation de revenir aux USA plusieurs mois plus tard, ses partisans et lui défièrent l'interdiction et manifestèrent pour la paix à New York, en s'arrêtant pour prier devant les églises et les synagogues, y compris la cathédrale Saint-Patrick, le siège archiépiscopal du cardinal Spellman.

En 1970, l'ami et allié  de Spellman au sein du gouvernement sur les questions touchant à la guerre et à l'opposition à celle-ci, le directeur du FBI J. Edgar Hoover, prit la décision extraordinaire de faire en public un faux témoignage contre Daniel et Philip Berrigan, les accusant de conspirer pour faire exploser des tunnels situés sous les bâtiments du gouvernement fédéral à Washington, et pour kidnapper le conseiller à la sécurité nationale du président Nixon, Henry Kissinger. Ceci bien qu'il sût que les enquêteurs du FBI et les fonctionnaires du Département de la Justice avaient officiellement conclu qu'il n'existait aucune conspiration de ce genre. Mais pour sauver la réputation de Hoover, les fonctionnaires de la Justice convainquirent un grand jury de mettre Philip Berrigan et d'autres personnes en accusation ; Daniel Berrigan fut cité comme complice de la conspiration non mis en accusation. Le procès tenu en 1972 n'aboutit à aucune décision.

Pendant un certain temps, Hoover réussit à faire passer les frères Berrigan et le mouvement pacifiste catholique pour de violents extrémistes auprès du grand public. Cela lui permit cette année-là d'obtenir du Congrès les 14,5 millions de dollars qu'il réclamait pour recruter les mille nouveaux agents dont il prétendait avoir besoin à cause de la crise que ces militants auraient provoquée. Mais cette tentative fit long feu. À l'intérieur du FBI, ces agents furent baptisés "les 1000 de Berrigan" parce qu'ils étaient réticents à espionner les dissidents politiques et demandaient à être plutôt affectés à la lutte contre le crime organisé et les autres formes de banditisme – des secteurs d'investigation pour lesquels Hoover montrait curieusement peu d'intérêt.

Les écrits de Daniel Berrigan donnèrent l'idée à William Davidon, professeur de physique à Haverford College, de cambrioler un bureau du FBI en 1971 pour y trouver des preuves que le FBI de Hoover cherchait à museler la dissidence.

Ce cambriolage, effectué à leurs risques et périls par Davidon et sept autres personnes qui se baptisaient « La Commission Citoyenne d'Enquête sur le FBI », permit de faire des révélations historiques sur la manière dont Hoover réprimait la dissidence politique sur une grande échelle. Des années plus tard, Davidon disait : « Je ne pense pas que j'aurais envisagé de mener ce genre d'action sans Dan Berrigan. » Au bout du compte, ces actions menèrent en 1975 aux premières enquêtes menées par le Congrès sur toutes les agences de renseignements et à la création des premières commissions permanentes chargées de la surveillance de ce genre d'agences.

BERRIGAN était à la fois dur et tendre. J'ai observé ces qualités chez lui la première fois que je l'ai rencontré. C'était pour une interview pour le Washington Post, alors qu'il vivait dans la clandestinité. À cette époque, au début d'août 1970, cela faisait quatre mois qu'il allait d'une planque à l'autre, chez des amis, à la campagne ou en ville. La veille de l'interview, j'étais allée en voiture à New York et j'avais attendu chez un ami à Staten Island qu'un personne non identifiée m'appelle au téléphone. Cela est arrivé le lendemain après-midi. On m'a dit de prendre le ferry pour Manhattan. Alors que je descendais du ferry, quelqu'un m'a abordée et m'a conduite à une adresse à Manhattan que je ne connaissais pas. Il faisait des tours et des détours pour que je ne sache pas où j'étais. C'était inutile, car je ne connaissais pas du tout Manhattan à cette époque-là.

 Daniel Berrigan parle à l'Université Cornell en 1970

L'interview, menée dans un appartement, s'est bien passée. Berrigan m'a expliqué pourquoi il avait choisi de passer à la clandestinité. Comme son frère Philip et d'autres membres des Neuf de Catonsville, il était résolu à refuser aussi longtemps que possible le châtiment que voulaient lui infliger les fauteurs de guerre. Il espérait ainsi attirer davantage l'attention sur l'erreur tragique que constituait la poursuite de la guerre. À un moment, pendant notre conversation, nous avons entendu qu'on tirait des coups de feu devant l'immeuble. Il a souri. Pas moi. Deux semaines plus tard, il a été arrêté dans la maison de William Stringfellow sur Block Island. Une des photos les plus connues de Daniel Berrigan le montre menotté, un grand sourire aux lèvres, entre deux agents à l'air renfrogné.

(Original Caption) 8/11/1970- Providence, RI- The Reverand Daniel J. Berrigan is taken into the Federal Building in Providence on August 11th, after he was found at a summer home on Block Island. Berrigan, convicted of burning draft records, went underground in April, to avoid imprisonment on the draft-burning conviction.

Daniel Berrigan est conduit au bâtiment fédéral à Providence le 11 août 1970, après avoir été découvert dans une résidence d'été de Block Island. Bettmann Archive/Getty Images

L'opposition de Berrigan à toute violence, d'où qu'elle vienne, est évidente à la lecture d'une lettre qu'il a écrite au Weather Underground [groupe de guérilla urbaine de radicaux blancs, NdT] en 1970, après que trois membres de l'organisation ont été tués quand une bombe a explosé dans une maison de Greenwich Village où certains d'entre eux vivaient. Il a écrit cette lettre alors qu'il vivait dans la clandestinité. La lettre montre sa condamnation sans failles de la violence, que ce soit de la part du gouvernement ou du mouvement pacifiste. Comme Davidon, il était profondément inquiet qu'une fraction du mouvement contre la guerre, désespérée par la poursuite interminable de celle-ci, ait recours à la violence. La lettre commençait ainsi : « Chers Frères et Sœurs » :

Comment parlerons-nous... aux gens ? Nous ne devons jamais refuser, même s'ils nous rejettent, de les appeler nos frères. Je dois vous le dire aussi simplement que j'en suis capable : si les humains ne sont pas l'enjeu principal, alors il n'y a pas d'enjeu principal, et vous et moi nous nous leurrons… Aucun principe ne vaut qu'on lui sacrifie une seule vie humaine. C'est une déclaration très ferme. À différentes étapes du mouvement, certains ont agi presque comme si le contraire était vrai, alors que les gens devenaient de plus en plus purs... Quand la folie comme état d'esprit devient socialement acceptable, nous sommes tous en danger… car la folie est contagieuse, elle est dans l'air que nous respirons. Et je soutiens que nous respirons tous cette contagion et que le mouvement aussi en a été infecté… Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'armée, à l'intérieur ou à l'extérieur du mouvement, il me semble qu'il vaudrait mieux appeler les choses par leur nom, et le nom de cette chose, il me semble, c'est le jeu de la mort, où qu'il se manifeste. En ce qui me concerne, j'aimerais autant être sous la botte d'anciens maîtres que sous la botte de nouveaux maîtres...

… Je suis à vos côtés malgré la distance, et j'espère qu'un jour, dans ce monde insensé… nous pourrons nous... apercevoir que nos espoirs et notre sueur, et les espoirs et la sueur et la mort et les larmes et le sang de nos frères et de nos sœurs dans le monde entier, ont donné naissance à ce pour quoi nous nous sommes engagés. Shalom (la paix soit sur vous).

Quand on lui demandait en 2008 de revenir sur une vie passée à donner des conférences sur la paix, à écrire des centaines de poèmes sur la paix, et à collectionner un nombre impressionnant d'arrestations pour sa participation aux manifestations pour la paix, Berrigan l'a évaluée ainsi : « Le bien doit être fait parce que c'est le bien, pas parce qu'il mène quelque part. Je crois que s'il est fait dans cet esprit, il mènera quelque part, mais je ne sais pas où. … Je ne me suis jamais sérieusement intéressé au résultat. Ce qui m'intéressait, c'était de le faire humainement, soigneusement et sans violence, et de voir ce que ça donnait».

Les Jésuites ont fait beaucoup de chemin depuis l'époque où ils obéissaient à l'ordre du cardinal Spellman que Berrigan soit exilé en AmériqueLatine. Des prêtres jésuites ont présidé à ses obsèques religieuses aujourd'hui (6 mai 2016), parlant à de nombreuses reprises de justice et de paix, et de ce qu'ils avaient appris de lui. C'est un de ses amis intimes, le père Steve Kelly, qui vit en Californie, qui a prononcé l'homélie. L'audience a ri et applaudi quand Kelly a évoqué le fantôme de Hoover. Après avoir accueilli des amis et des membres e la famille, Kelly a également accueilli les agents du FBI qui avaient été « affectés ici aujourd'hui pour confirmer qu'il s'agit bien des obsèques de Daniel Barrigan, pour pouvoir compléter et, peut-être, refermer leurs dossiers sur lui ». 

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Courtesy of Tlaxcala
Source: https://theintercept.com/2016/05/06/daniel-berrigan-a-leader-of-peaceful-opposition-to-vietnam-war-inspired-a-generation-of-activists/
Publication date of original article: 06/05/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=17903

 

Tags: Daniel BerriganMouvement antiguerre USAGuerre du VietnamUSA
 

 
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