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 31/03/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UNIVERSAL ISSUES 
UNIVERSAL ISSUES / Vierges, saintes et putes
Date of publication at Tlaxcala: 22/02/2016
Original: Vírgenes, santas y putas
Translations available: Deutsch 

Vierges, saintes et putes

Imane Rachidi إيمان رشيدي

Translated by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

L'hymen! Attention à l'hymen! C'est ta dignité! C'est la seule chose qui te donne de la valeur! Lui, il peut refaire sa vie mais toi, sans ton hymen tu ne vaux rien! C'est ton honneur !

Le thème a l'air un peu éculé, non ? Eh bien, imaginez une vie passée à entendre ces mises en garde. Imaginez que le "efforce-toi de devenir quelqu'un dans la vie" devienne un "sans ton hymen tu n'es personne".  Que les uns et les autres essaient de faire encore plus peur à des femmes déjà  humiliées de valoir si peu dans leur société, de valoir la moitié d'un demi-homme dans leurs religion, et de ne pas valoir plus pour leur famille que l'affaire que celle-ci va faire sur leur dos avec les parents du mâle qui décidera de les garder en échange d'une dot juteuse.

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Manifestation de femmes marocaines pour l'égalité à Rabat. Photo AFP


Oui, au fond, c'est là  le passeport d'une femme pour continuer à être considérée comme une personne avec tous les bénéfices de la loi. Bon, le truc de la loi spour ce qui est des femmes, c'est tout relatif, mieux vaut laisser tomber ce thème pour ne pas se retrouver dans de beaux draps.

Est-ce qu'on a déjà essayé de vous vendre une morale? Quelqu'un se croyant dans son bon droit vous a-t-il approchée pour vous dire que si vous couchez avec quelqu'un, vous ne pourrez pratiquement pas rester en vie ? Cela sonnera surréaliste et ignorant  pour certains que cela existe encore au XXIème siècle et leur rappelera les remiendavirgos (rafistoleuses de virgos)  dont parlait  Fernando de Rojas dans La Celestina, ces dames revêches qui dans la société hypocrite du  XVème siècle  "reconstruisaient" la virginité de nombreuses donzelles impropres au mariage.

Savez-vous de quoi il s'agit? Je vous raconte, au moins, la façon dont on l'imagine dans ces sociétés où il est encore haram de déchirer un hymen. C'est une membrane mince, très fine – dont parfois les femmes sont dépourvues à la naissance - et qui constitue une sorte de porte entre le monde extérieur et l'intérieur du vagin ... Ce lieu inexploré et en tout cas explorable seulement par un appareil  reproducteur masculin. L'hymen vaut ce qui n'est pas son pesant d'or.

Du point de vue social, religieux et moral, cette porte sensibles doit être maintenue fermée  jusqu'à ce qu’elle trouver la clé, celle  qui pourra être toujours utilisée. Cet homme chanceux qui l'ouvrira pour la première fois – avec ou sans douceur -, pour faire de sa femme une vraie femme. Avant elle ne l'était pas. Ah, et cette porte est si précieuse qu'elle  a plus de valeur qu'elle-même comme personne, comme être humain, comme femme. Tu es une personne excellente et polyvalente?  Tu as étudié à Harvard? Tu as des qualités qui te font aimer ? Peut-être, mais non,  parce que tu es à usage unique, et tu as déjà donné.

Pardon ... Le conteneur, s'il vous plaît? Puis-je utiliser celui des produits recyclables ? Peut-être que quelqu'un d'autre veut utiliser cette femme déjà utilisée : ironique, non? Eh bien, c'est vrai, je vous assure. Aussi vrai que je vous le raconte.

Revenons au sujet. Beaucoup de femmes (je n'aime  pas les mettre dans le même sac comme musulmanes, ou arabes, ou similaires, parce que cela est également arrivé dans la christianocatholique Espagne) et ça n'est certainement pas arrivé à toutes les femmes, heureusement.

Ce qui ne doit pas faire oublier que c'est arrivé à des centaines de milliers de femmes, ça oui. Autant de femmes qui ont eu la malchance d'entendre, dès leur naissance, les mises en garde de leurs mères contre ces hommes pervers qui chercheraient à voler leur morceau de le plus prisé: l'hymen.

Parlons du Maroc ou de l'Égypte, les cas qui me sont le plus proches et dont j'ai le plus exploré  le terrain. Je sais que beaucoup de femmes qui liront ce texte estiment qu'elles veulent garder leur hymen parce que ça leur plait.  Elles méritent tout mon respect et toute mon admiration. Les autres, celles qui le font par peur, sont celles qui ont passé leur vie à recevoir des  avertissements sur l'importance de leur virginité, ce sont celles qui, par crainte des conséquences, sont saintes jusqu'à ce que leur chevalier arrive.

Les autres, les usagées, sont des putes, qui souffriront pour avoir fauté, ou pour avoir été libres.

Savez-vous quelles peuvent être les conséquences dans un pays comme le Maroc pour une femme qui décide d'avoir le pouvoir sur son corps, sur son vagin? La première chose à laquelle elle devra faire face sera le rejet par la famille. La femme est méprisée par sa famille et se voit dépouillée de l'une de ses parties les plus précieuses dans un pays régi par la culture patriarcale et où la vie familiale est le pilier le plus important.

Deuxièmement, et face à l'abandon, elle tentera de trouver un refuge, un homme prêt à l'épouser, sans prendre en compte si elle est vierge ou pas. Elle peut le trouver, et peut-être pas. Si elle a de la chance, il peut accepter qu'elle ait été déflorée par quelqu'un avant lui. Mais si ce n'est pas le cas ..., elle a l'option  d'essayer de cacher sa honte par une hyménoplastie (opération pour reconstruire l'hymen) par crainte d'un futur abandon de son mari.

Un cas particulier est celui de celles qui ont le malheur de se retrouver enceintes après avoir couché avec un homme avant de l'avoir solidement attaché par un mariage. Face à l'égoïsme machiste de beaucoup d'entre eux, qui les considèrent comme des filles à jeter après usage, ajouté à l'absence d'éducation sexuelle, c'est encore à la victime de subir les conséquences. Elle peut porter plainte pour viol, afin que lui,  pour échapper à la prison, décide de l'épouser, ce qui lui permet de sortir du pétrin et la soumet, elle, à  une vie de misère dans le seul but de sauver l'honneur de sa famille.

Ou alors il peut aussi disparaître pour ne pas prendre ses responsabilités. La prochaine étape ? La famille la rejette avec mépris, et elle se retrouve à la rue. Que faire là ? Abandonner  l'enfant à la porte d'un quelconque lieu où elle pense qu'ils peuvent prendre soin d'un nouveau-né (ce qui explique le grand nombre d'orphelinats surpeuplés au Maroc) ou décider l'élever elle-même en faisant n'importe quel boulot.

Être une mère célibataire d'un enfant de père inconnu n'est pas exactement facile dans une société où la norme suprême est la hchouma (Quelle honte!, en dialecte marocain). Personne ne voudra l'embaucher, et la prostitution est un moyen de s'en sortir, plus ou moins facile, et où personne ne te demandera d'explications si tu es prête à coucher avec des hommes du Golfe affamés (sexuellement parlant), qui paient bien  et ne se soucient pas de l'histoire de ta vie.

Cette dernière option, un des recours les plus "faciles", condamne les femmes à vivre dans l'humiliation d'être des putes et d'être des pestiférées aux yeux de leur famille. Les enfants? Ce ne seront jamais que des bâtards, des «enfants du haram», montrés du doigt par tout leur entourage et rejetés où qu'ils aillent.

Cela semble exagéré, non? Comme un écho d' un autre monde? Eh bien, non, c'est un cas qui se répète tous les jours devant mes yeux et ceux de beaucoup de gens. Certains le voient avec des yeux critiques, d'autres avec un "c'est notre culture." Ces histoires se passent au Maroc, en Espagne, en Égypte, aux Pays-Bas ou en France. Ces femmes  sont persécutées par une tradition qu'elles  n'ont pas choisi, et à laquelle les possibilités d'échapper sont rares.

Quelqu'un leur a-t-il demandé ce qu'elles veulent? Est-ce que quelqu'un sait si ce qu'elles  désirent le plus est de vivre leur sexualité comme elles l'entendent : avec trois hommes, avec un seul ou avec aucun ? Vraiment, mères et sœurs, vous continuez à penser que la première fois est super et merveilleuse, et cette première fois doit être «pour toujours»? Quelqu'un leur a-t-il fait savoir qu'elles valent ce qu'elles valent comme personnes,  qu'elles doivent se faire respecter comme les êtres humains qu'elles sont, et que l'honneur est une question subjective vus par chacun d'une manière différente ?

Arte de mujeres musulmanas

Mains de Fatima, par Laila Shawa, artiste palestinienne résidant à  Londres

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.huffingtonpost.es/imane-rachidi/virgenes-santas-y-putas_b_8937766.html
Publication date of original article: 18/01/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=17322

 

Tags: HymenVirginitéHyménoplastieFemmes en IslamInégalité de genreMachismePatriarcatMarocÉgypteLibération sexuelleProstitutionMères célibataires
 

 
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