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 18/10/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UMMA 
UMMA / Syrie : qu'est-il arrivé aux Kurdes dans les négociations de Genève?
Date of publication at Tlaxcala: 06/02/2016
Original: Siria: ¿Qué pasó con los kurdos en las negociaciones de Ginebra?
Translations available: Português  Italiano 

Syrie : qu'est-il arrivé aux Kurdes dans les négociations de Genève?

José Antonio Gutiérrez Dantón

Translated by  Jacques Boutard

 

Il devait se tenir la semaine dernière à Genève une réunion dans le cadre des négociations indirectes entre le gouvernement syrien et les diverses factions de l' « opposition »armée regroupées sous le nom ronflant de Haut Comité des négociations. Il n'était pas nécessaire d'être devin pour savoir que ces négociations échoueraient, mais, en l'occurrence, elles n'ont même pas commencé.

L'envoyé spécial de l'ONU pour la crise syrienne, Staffan de Mistura, a décidé de reporter la réunion au 25 février. Ce remarquable assortiment de groupes financés à coup de pétrodollars par des fondamentalistes saoudiens et des parrains occidentaux (certains d'entre eux, ouvertement islamistes comme Jeich  Al Islam, ne prennent même pas la peine de se donner des allures démocratiques) sent que son aventure militaire –applaudie par l'Occident jusqu'à ce que les réfugiés deviennent un problème- s'effondre irrémédiablement, laissant derrière elle un sillage de morts, de mutilés et de multitudes déracinées. La famélique “opposition” syrienne négocie pour gagner du temps car elle est au bord de l'effondrement, et il est clair qu'elle n'est pas en position d'exiger le départ immédiat d'Assad. Le problème est que la seule décision acceptable pour l'Occident, ainsi que pour les théocraties et la Turquie, est qu'Assad s'en aille, de quelque façon et à quelque moment que ce soit – et elle bénéficie en Occident du soutien qu'elle n'a pas en Syrie pour persister dans cette exigence. La seule chose dont elle soit prête à discuter est la date départ d'Assad et ses modalités. Telle est la substance de ce dont il sera débattu le 25 février.

Curieusement, le parti kurde PYD, qui est, entre autres, un acteur politique essentiel de l'avenir de la Syrie et la seule force qui ait combattu l’État Islamique sur le terrain, a été exclu de cette réunion. Il est paradoxal qu'il soit boycotté dans le cadre de cette réunion, alors que les médias occidentaux nous ont souvent présenté les Kurdes comme des  « amis » de l'Occident, tout en prenant bien soin de ne pas trop parler des objectifs politiques de ce mouvement et en limitant leur sympathie à un image semi-érotisée de jeunes femmes armées de fusils. Cette vision fait partie de la manière typiquement hollywoodienne de percevoir la réalité qu'ont les médias, dominés idéologiquement et économiquement par les USA, et qui voient le monde comme s'il s'agissait d'un film où on distingue facilement les bons des méchants. Tout comme on peut dire que l'impérialisme n'a ni amis ni ennemis, seulement des intérêts, de même les Kurdes ont leur propre agenda, leur propre projet politique, et ils travaillent à le concrétiser. Tout seuls, avec la sympathie profonde de la part de secteurs populaires dans le monde entier, avec une apparence de sympathie de la part des puissances qui, en réalité, ne cherchent qu'à les instrumentaliser. C'est dans ce sens que s'est dessinée, à un moment donné, une convergence passagère entre les USA, l'Europe et les Kurdes quand il s'est agi de combattre l’État Islamique ; cependant les Kurdes seront la première victime des changements d'humeur de la politique impérialiste des USA quand ceux-ci chercheront une solution à la crise syrienne qui serve leurs intérêts stratégiques.

 

Du point de vue des USA, on a besoin des Kurdes comme troupes de choc pour affronter l’État Islamique, mais ils ne sont pas pris en compte comme force politique autonome et légitime dans la recherche d'une solution politique à cette cruelle guerre civile. Pourquoi ? Parce que les USA ont besoin de conserver de bonnes relations géostratégiqueS avec la Turquie, membre clé de l'OTAN. Le gouvernement islamiste turc s'entête à vouloir renverser Assad à cause de l'orientation nationaliste et laïque de celui-ci et de ses alliances avec le Hezbollah au Liban et avec l'Iran, qui ont formé un bloc opposé aux ambitions hégémoniques des dictatures théocratiques du Golfe, alliées naturelles du régime d'Ankara. Mais en plus de son ambition de consolider sa position d'acteur prépondérant dans la région, le régime a un intérêt stratégique à éliminer le mouvement kurde de chaque côté de la frontière. Erdogan s'appuie sur l’État laïque autoritaire fondé par Kemal Atatürk, tout en rêvant de la grandeur du califat ottoman. Dans un certaine mesure, Erdogan est devenu le personnage qui a réussi à fermer la brèche entre le laïcisme et l'islam politique, entre l’État moderne et le Califat, tout en contentant toutes les factions de l'élite turque.

Autant du point de vue de son projet hégémonique que de celui du maintien de l’État autoritaire fondé sur la prémisse moderniste de « un peuple, une langue, un drapeau »- prémisse qui a justifié aussi bien le génocide arménien de 1915 que l'actuel nettoyage ethnique auquel on assiste dans certaines régions de Turquie- les Kurdes constituent un casse-tête. Leur projet basé sur une démocratie participative, laïque et socialiste, leur vision confédéraliste, leur défense de leur droit à exister, sont désormais une véritable épine dans le pied pour Erdogan et ses alliés des théocraties du Golfe. Au cœur du conflit, le mouvement kurde en Syrie recherche un niveau plus élevé de démocratisation et d'autonomie et a déclaré que sa priorité n'était pas le départ d'Assad mais de nouvelles relations entre la société civile et l’État syrien. Permettre que l'expérience démocratique se maintienne au Rojava, le territoire à majorité kurde au nord de la Syrie, constitue, du point de vue d'Erdogan, un précédent fâcheux pour la population du Bakur, le territoire à majorité kurde occupé par l’État turc, pour lequel le Rojava représente un encouragement et une inspiration énormes.

Mais il représente aussi une énorme inspiration pour le peuple turc qui souffre d'un évident déficit de démocratie dans son propre pays et qui, en 2013, s'est soulevé dans une vague d'indignation qui a submergé le pays depuis le Parc Gezi. Erdogan s'est difficilement maintenu au pouvoir, moyennant le recours à la terreur et à l'extrême violence au cours des dernières élections. C'est pour cela qu'il a fermé les yeux devant la collusion évidente entre l’État Islamique -une organisation qui maintient des liens organiques avec les théocraties du Golfe et l'Arabie saoudite- et les appareils répressifs et l'armée turcs, car il lui est utile dans son affrontement contre les Kurdes et leurs milices (YPG) en territoire syrien ; c'est pour cela que certains secteurs de l'establishment turc maintiennent des liens économiques avec l’État Islamique, principalement via l'achat de pétrole ; raison pour laquelle Erdogan démontre une incapacité vertigineuse à attaquer l’État Islamique, tout en faisant preuve d'une détermination inégalable dans sa lutte contre les guérilleros kurdes sur les territoires syrien, irakien et turc ; c'est pour cela aussi qu'Erdogan a adopté une attitude de défi vis-à-vis de la Russie, qui a fait pencher la balance de façon décisive contre l’État Islamique. Ce n'est pas un hasard si la Russie est le pays qui insiste pour que, d'une part, le destin d'Assad reste dans les mains du peuple syrien et non d'un groupuscule composé de milices financées depuis l'étranger, mais aussi pour que les Kurdes participent comme un acteur de plein droit à toute négociation en vue de trouver une solution à la crise.

Les USA et l'Occident sont dans une situation équivoque. Ils veulent neutraliser l’État Islamique et, en même temps, contenter leurs associés géostratégiques. C'est pourquoi ils agissent de façon apparemment contradictoire. Ils détestent l'instabilité provoquée dans la région par la présence de l’État Islamique, mais ils sont incapables de l'affronter de manière déterminée car cela pourrait gêner leurs alliés dans la région : les théocraties pétrolières et la Turquie, membre de l'OTAN. C'est pourquoi ils ont besoin des Kurdes comme troupes de choc pour affronter l'État Islamique, mais c'est tout. C'est la raison pour laquelle, comme des schizophrènes, ils considèrent les combattants kurdes en territoire turc (le PKK) comme des terroristes, mais quand ils sont en territoire syrien (le YPG), ils deviennent comme par magie des combattants pour la liberté – même s'ils ont en commun la même idéologie, le même projet politique, les mêmes méthodes, le même armement, les mêmes combattants et les mêmes chefs. Cependant, bien qu'ils ne les considèrent pas comme des terroristes (pour l'instant), ils ne peuvent pas non plus les considérer comme des acteurs politiques, et ils regardent ailleurs alors que s'intensifient les agressions militaires turques contre les Kurdes de l'autre côté de la frontière et que des éléments sérieux indiquent que la Turquie pourrait envahir le Rojava avec toute sa puissance militaire, ce qui déclencherait un véritable carnage contre les Kurdes. Le tout avec l'accord de la « communauté internationale » emmenée par Washington et Bruxelles.

De ce point de vue, ce n'est pas un hasard si la « communauté internationale », USA en tête, tourne à présent le dos à ses « amis » kurdes, tout en donnant une légitimité politique à une coalition bariolée d'islamistes et d'opportunistes de la dernière heure -la soi-disant opposition démocratique syrienne- qui n'existerait pas sans les pétrodollars et les armes des cheikhs autocrates du Golfe et du petit califat d'Ankara. A l'heure où doivent être prises des décisions de fond, l'avenir de la Syrie se joue dans un obscur bureau de Genève, hors de portée de la volonté du peuple kurde et du peuple syrien. Les Kurdes devront comprendre quelle est leur place sur l'échiquier du Moyen-Orient : servir de chair à canon en temps de guerre et baisser la tête à l'heure où se décide le destin de la région. Dans tout cette affaire, l'ONU a démontré, une fois de plus, son incapacité à résoudre quoi que ce soit, cédant à la volonté de celui qui crie le plus fort et laissant s'éterniser les crises au lieu de contribuer à les surmonter . Que pouvons-nous attendre des négociations de Genève, quand elles reprendront ? Rien, comme d'habitude.

 

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://bit.ly/1SOYwEC
Publication date of original article: 04/02/2016
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=17187

 

Tags: Guerra SiriaNegociaciones GinebraKurdes
 

 
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