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 30/09/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Un Plan B est-il possible pour l’Union européenne ?
Date of publication at Tlaxcala: 28/09/2015
Original: Μπορεί να υπάρξει Σχέδιο Β για την Ευρωπαϊκή Ένωση;
Translations available: English 

Un Plan B est-il possible pour l’Union européenne ?

Dimitris Kazakis Δημήτρης Καζάκης

Translated by  Christine Cooreman كريستين كورمان
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

L’Union européenne se transforme ouvertement en un nouveau Reich. En même temps, la zone euro suit, avec une précision mathématique, le chemin vers l’écroulement qu’ont suivi toutes les unions monétaires de l’histoire européenne et mondiale. Néanmoins, il existe toujours des apprentis sorciers qui pensent pouvoir, à l’aide de quelque « Plan B », éviter l’écroulement inévitable. Leur arme : la culture de l’ignorance, de la bêtise et de l’opportunité commandée qui distingue la Gauche européenne, de nos jours.

Oskar Lafontaine est un de ces apprentis sorciers qui ont découvert la panacée pour toute maladie affectant l’UE (voir Il nous faut un Plan B !, trad. de l'original publié le 22/8/2015 dans junge Welt). Oh, oui ! Il existe un plan B pour l’UE. C’est vrai ! M. Lafontaine l’a découvert ! Alors, à quoi bon les lamentations ? À quoi bon les luttes contre l’UE et l’union monétaire ? Rentrez vite dans vos carapaces ! Habemus Plan B !
 
Voyons voir. De l’aboutissement du prétendu gouvernement antimémorandaire de Tsipras, M. Lafontaine tire la conclusion suivante : « Nous avons appris une chose : tant que la banque centrale européenne, qui prétend être indépendante et apolitique, peut fermer le robinet de l’argent à un gouvernement de gauche, une politique orientée vers les principes démocratiques et sociaux est impossible ».
 
Vraiment, nous devons tous ensemble nous prosterner devant la clairvoyance de M. Lafontaine. Il a enfin saisi ce qui est connu depuis l’époque où la première banque centrale fut créée, à savoir, la Banque d’Angleterre, en 1694. Celui qui, dans une économie, contrôle le droit d’émission, c'est-à-dire de créer et d’offrir l’argent, contrôle cette économie de manière quasi-absolue.
 
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Dessin de Michalis Kountouris, efsyn.gr

Ce point fondamental - de savoir qui doit disposer du droit d’émission - a préoccupé l’homme depuis l’Antiquité. Aristote établissait la distinction entre « l’argent » (chrima) et la « monnaie » (nomisma). L’argent comportait l’accumulation et la génération d’intérêt, qu’Aristote considérait comme étant contre nature. La monnaie, quant à elle, est le produit de la loi, c'est-à-dire de la cité, et a pour mission d’opérer comme un intermédiaire dans les transactions, en visant la justice. La monnaie étant entre les mains de la loi et de la cité, Aristote considérait qu’il était possible de lutter contre la transformation de l’argent en but en soi (usure, bénéfices abusifs).
 
Avec le commencement des luttes pour la démocratie, une multitude d’éminents penseurs a lié de manière organique la justice dans l’économie avec le droit d’émission appartenant à l’État. La liste de ces penseurs, constituée au fil des siècles, inclut John Locke, Benjamin Franklin, George Berkeley, Charles de Montesquieu, Thomas Paine, Thomas Jefferson, et la plus grande personnalité de l’économie politique classique : David Ricardo. Ils savaient tous que si l’émission de la monnaie n’est pas une prérogative de l’État, avec la banque centrale, alors toute l’économie se trouvera sous la mainmise du plus puissant des cartels : le cartel bancaire privé.
 
C’était avec le Free Coinage Act (Loi sur la liberté de battre monnaie) de 1666, que le contrôle de l’offre de l’argent fut placé entre les mains de particuliers. La création de la Banque d’Angleterre privée, en 1694 fit que, pour la première fois, l’État renonçait officiellement à son droit d’émission et de contrôle monétaire, non seulement de la banque centrale mais aussi des banques aux intérêts privés qui sont derrière elle. Les siècles suivants ont montré que le contrôle privé de l’émission d’argent va de pair avec les krachs financiers les plus retentissants, qui sont dorénavant endémiques à l’économie.
 
Ainsi, un des historiens les plus illustres des systèmes monétaires, Alexander del Mar (L'Histoire des systèmes monétaires, 1895) constate que l'English Free Coinage Act de 1666 a inauguré une série de paniques et de catastrophes commerciales qui, jusqu’alors, étaient totalement inconnues. Et que, entre 1694, an de création de la Banque d’Angleterre privée, et 1890, il n’y a pas eu de période de vingt-cinq ans sans au moins un effondrement de la finance et du crédit, en Angleterre.
 
Le même phénomène s’est produit outre-Atlantique. Le président des USA, Woodrow Wilson -qui, en 1913, ratifia la création de la Federal Reserve et, ainsi, livra officiellement toute l’économie à un cartel de banques privées- écrivait après la fin de son mandat : "Le grand monopole de ce pays c’est le monopole des grands crédits... Une grande nation industrielle est contrôlée par le système du crédit. Notre système de crédit est concentré entre les mains de particuliers. De ce fait, la croissance de la nation et toutes nos activités sont entre les mains d’une poignée d’hommes qui, même si leur action est sincère et vise l’intérêt public, est forcément concentrée sur les grandes entreprises où leur argent est impliqué et qui, forcément, du fait de leurs propres limitations, gèlent, restreignent et détruisent la véritable liberté économique." (The New Freedom, 1919, p. 185)
 
Depuis ses premiers pas, la démocratie était organiquement liée à l’émission de la monnaie par l’État et le contrôle de l’État sur l’ensemble du système de crédit. En revanche, le droit d’émission et la banque centrale passant entre les mains de particuliers équivalait au rachat de l’État par le cartel le moins scrupuleux d’intérêts privés. Ce rachat a toujours a toujours été accompagné d'une exposition de l’économie, mais aussi de la société, aux krachs financiers les plus violents, en tout premier lieu à cause de la spéculation débridée sur la dette.
 
Par conséquent, ce qui se passe actuellement avec l’euro et la Banque centrale européenne n’est que quelque chose de parfaitement attendu. À tout le moins, pour qui connaît l’histoire des systèmes monétaires.
 
Et comment Lafontaine envisage-t-il de résoudre le problème du droit d’émission que, dans la zone euro, détient M. Draghi ? En tout cas, pas par le biais d’une monnaie nationale d’État. Pour quelque raison étrange, Lafontaine passe tout à fait à côté de l’unique solution qui, depuis l’époque d’Aristote, est considérée comme point de départ pour lutter contre les profits illicites et l’usure. Il passe à côté comme s’il s’agissait de quelque chose d’absolument insignifiant et secondaire. Qui plus est, il en arrive à identifier cette solution à l’extrême-droite nationaliste.
 
Ce qui dérange, avec Lafontaine et tous ceux qui pensent comme lui, ce n’est pas seulement le fait qu’ils jettent à la poubelle plus de deux siècles de luttes sociales et politiques pour la démocratie, qui furent organiquement liées à la création d’une monnaie nationale d’État. Leur culot est tel qu’ils n’hésitent nullement à ranger Marx en personne dans l’extrême-droite nationaliste parce que, dès 1848, il revendiquait : "Une banque d'État, dont la monnaie aura cours forcé, prendra la place de toutes les banques privées. Cette mesure permettra de régler dans l'intérêt de tout le peuple le système de crédit, et sapera la domination des gros financiers. En substituant progressivement à l'or et à l'argent du papier-monnaie, elle fait baisser le coût de l'instrument indispensable au mode de distribution bourgeois, de l'étalon d'échange, et permet d'utiliser l'or et l'argent dans les échanges avec l'étranger. Cette mesure est finalement nécessaire pour river les intérêts de la bourgeoisie conservatrice à la révolution."" (Revendications du parti communiste en Allemagne, point 10, mars 1848)
 
Et voici ce que propose Lafontaine comme plan B, au lieu de l’euro : " J’en appelle au retour à un système monétaire européen (SME), en tenant compte des expériences que nous avons avec ce système et en améliorant sa construction, dans l’intérêt de tous les pays qui y participent. Le SME a fonctionné pour plusieurs années, certes non pas sans frictions, mais mieux que la monnaie unique."
 
Oui. Le SME était la réponse de la France et de l’Allemagne à l’effondrement de Bretton Woods. L’instauration du système monétaire européen s’appuyait sur des parités de change stables mais adaptables. Au mécanisme de change participent les monnaies de tous les États membres, à l’exception du Royaume-Uni.
 
Le principe est le suivant : les parités de change sont fondées sur des prix centraux fixés en fonction de l’ECU (European Currency Unit), c'est-à-dire, de l’Unité de compte européenne, qui représente la moyenne pondérée des devises qui participent. À partir des parités centrales en ECU on a calculé un ensemble de parités bilatérales entre devises qui ne pouvaient pas dépasser la marge de 2,25 % (à l’exception de la lire italienne qui disposait d’une marge de 6 %) de part et d’autre de ces parités bilatérales.
 
Le SME a érigé en point culminant de la politique économique de chaque État la réduction essentielle de la fluctuation des parités de change. Ceci pouvait être réalisé grâce à la convergence des politiques monétaires et budgétaires. C’est ainsi que furent introduites dans les pays de la CEE les politiques néolibérales d’austérité.
 
En mars 1983, Mitterrand abandonne totalement le programme commun et adopte ce qui est dorénavant connu comme le « tournant de la rigueur », c'est-à-dire une série de politiques visant à ajuster la France aux marchés mondialisés mais aussi à préserver le franc dans le Système monétaire européen (SME). Ainsi, la priorité première était la lutte contre l’inflation : les salaires furent déconnectés des prix, les impôts augmentèrent et les subventions aux entreprises publiques furent coupées.
 
Le SME apporta l’austérité à tous les pays qui y participaient. La seule fonction du SME était de préparer la convergence des politiques économiques en termes d’ouverture des frontières et des marchés, afin de créer l’Union économique et monétaire, avec l’introduction de l’euro. Il n’aida à rien d’autre. Pas même à la stabilisation des parités.
 
La Grande-Bretagne entra dans le SME en 1990, au moment où le mouvement des capitaux se libéralisait. Le système des parités de change fixes et la liberté de mouvement du capital se sont avérés être un mélange explosif. Il facilita outre-mesure la spéculation sur les monnaies. Ainsi, le 13 septembre  1992, l’Italie décida de dévaluer la lire de 7%. La Grande-Bretagne quitta le SME de manière dramatique, le 16 septembre 1992 (jour qui resta dans l’histoire comme le « mercredi noir ») car il ne lui était plus possible de maintenir sa monnaie dans la marge de variation.
 
Alors, donc, d’où découle-t-il que le retour au SME serait une solution meilleure que l’euro ? Quand donc un système international de parités fixes a-t-il survécu et quel était ce système ? Pourquoi Lafontaine ne s’aperçoit-il pas de l’évidence ? De ce qui était valable durant des siècles ? La seule voie possible pour sortir des systèmes de parités fixes et de monnaies communes qui avaient fait faillite, n’est autre que l’introduction d’une monnaie nationale de l’État.
 
D’ailleurs, ce n’est que sous un régime de monnaie nationale de l’État que la démocratie peut exister et qu’il est possible de suivre des politiques radicalement différentes fondées sur les intérêts de la grande majorité des citoyens. Tant que la bande à Lafontaine ne saisit pas cette évidence, elle sera condamnée à inventer des plans B fantaisistes, qui ne peuvent que la ridiculiser ou lui permettre d’opérer comme la vitrine des spéculateurs les plus dévergondés. N’oublions pas que le grand gagnant du SME était Soros qui a réussi à le mettre à genoux et à forcer la livre britannique à le quitter.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://dimitriskazakis.blogspot.gr/2015/09/blog-post_25.html
Publication date of original article: 25/09/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=16039

 

Tags: Plan BEurozoneLafontaineDroit de battre monnaieBanques centralesBanques privéesBanques d’ÉtatBankstersSMEGrèce
 

 
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