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 10/07/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 CULTURE & COMMUNICATION 
CULTURE & COMMUNICATION / Basil Davidson : Le fardeau de l'homme noir
Date of publication at Tlaxcala: 22/09/2015
Original: Basil Davidson e O Fardo do homem negro
Translations available: English  Deutsch 

Basil Davidson : Le fardeau de l'homme noir

Miguel Urbano Rodrigues (1925-2017)

Translated by 
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

Récemment encore personne n’avait écrit l’histoire de l’Afrique   subsaharienne. Le mérite d’avoir jeté quelque lumière sur l’histoire oubliée de l’Afrique revient aux livres de Basil Davidson ; à l’époque du Moyen-Âge européen ce continent possédait déjà de vastes États multinationaux bien organisés. (Voir longue note à la fin )

Basil Davidson (1914 - 2010) était un ami. J’avais lu presque tous ses livres.
 
Toutefois je ne connaissais pas l’existence de The Black Man's Burden, publié en traduction portugaise à Luanda en 2000 (1). J’estime que c’est là son œuvre majeure. Le titre renvoie ironiquement au « Fardeau de l’homme blanc » un poème de l’Anglais Rudyard Kipling, icône de l’apologie de l’impérialisme.
 
Davidson a fait la Première guerre mondiale comme officier de l’armée britannique. En Italie et Yougoslavie, il a combattu l’occupant allemand aux côtes des guérillas.
 
C’était un être fascinant, et j’ai beaucoup écrit sur lui. Durant mon exil au Portugal nous avons échangé une correspondance, mais c’est après le 25 avril [1974, date de la révolution des œillets qui renversa Salazar, NdlT] que nous nous sommes rencontrés à Lisbonne. L’admiration qu’il m’inspira devait marquer le début d’une magnifique amitié.
 
Sa passion pour l’Afrique a été tardive, mais ensuite ce fut une véritable explosion. Le New York Review of Books écrivit qu’elle fit de lui « le plus illustre connaisseur de l’Afrique noire. »
 
Les œuvres de cet historien sont aujourd’hui incontournables si l’on veut comprendre le douloureux processus de décolonisation de l’Afrique au sud du Sahara.
 
Il a pris clairement position. Comme auteur, historien et enseignant (dans des universités anglaises, US et africaines), il s’est placé aux côtés de ceux qui sur le continent africain luttaient pour la liberté et l’indépendance leurs peuples.
 
Il est à ma connaissance le seul Européen dont les gouvernements des ex-colonies portugaises de Guinée-Bissau, du Cap-Vert, d’Angola et du Mozambique ont fait un héros.


Davidson, en compagnie du chef du MPLA Agostinho Neto.
Il a été le premier journaliste à visiter les guérillas dans la guerre de libération contre le Portugal

 
The Black Man's Burden constitue un résumé de ce que Davidson a appris de ce continent humilié et pillé.
 
Cet ouvrage invite le lecteur à réfléchir en profondeur à la tragédie d’un continent qui a exporté pendant des siècles des esclaves vers l’Amérique.
 
On ne dispose pas de chiffres fiables à ce sujet, mais les démographes admettent que 19 millions d’hommes, femmes et enfants africains ont été enlevés dans leurs villages et transportés sur l’autre rive de l’Atlantique comme de simples marchandises. Plus d’un tiers est mort durant la traversée dans les cales infestées de germes pathogènes des navires négriers.
 
En 1884, après la fin de l’épouvantable traite négrière, la Conférence de Berlin a réparti l’Afrique entre les États impérialistes comme s’il s’agissait d’un gigantesque zoo. Lorsque Disraëli et Bismarck ont adjugé aux États européens des zones densément peuplées, ils ont découpé le continent à la règle et au compas, traçant des frontières rectilignes qui ont séparé des êtres humains ayant des origines, langues et traditions communes
 
C’étaient des frontières artificielles, qui ne suivaient ni les frontières naturelles ni celles des régions occupées par les différents groupes ethniques.
 
Les chapitres de The Black Man's Burden qui traitent de la décolonisation, du nationalisme et du tribalisme apportent un démenti à l’histoire de l’Afrique vue par les colons européens et font découvrir une Afrique ignorée, bien différente de celle qu’ont décrite les gens qui ont opprimé et dévasté le continent.
 
Personne ne s’attendait à la vague de décolonisation qui a suivi la Deuxième guerre mondiale et qui a débuté avec l’indépendance du Ghana et de la Guinée en 1958.
 
Les administrations française et britannique ont opposé une vigoureuse résistance aux mouvements d’indépendance. Le Secrétaire du Bureau des colonies à Londres déclarait en 1959 : « Il est encore impossible de prévoir la date où le gouvernement anglais pourra remettre au Kenya les rênes de son avenir et de sa prospérité. » À la même époque le gouverneur de la colonie, Sir Philips Mitchell, écrivait : « Ces hommes sont à un stade tellement primitif (...) et le chaos spirituel, moral et social où ils se trouvent est tout aussi regrettable. »
 
Mais les Kenyans obtinrent leur indépendance en 1963 après le soulèvement armé des Mau-Mau, dont le chef, Jomo Kenyatta, devint le premier Président de la République kenyane.
 
En 1957 le gouverneur du Tanganyika, Sir Edward Twining, définissait « quelqu’un comme Julius Nyerere » comme un agitateur, ajoutant que des administrateurs coloniaux de haut rang devaient éviter tout contact avec lui et « ne pas le recevoir. » Voilà comment il jugeait celui qui devait être l’un des plus grands chefs d’État africains de la seconde moitié du 20ème siècle.
 
L’Histoire a donné tort à ces admirateurs de Rudyard Kipling.
 
Le Tanganyika a déclaré son indépendance en 1961, l’Ouganda en 1962, le Malawi et la Zambie en 1964.
 
L’impérialisme français, empêtré dans ses guerres coloniales en Afrique du Nord a espéré pouvoir empêcher la vague indépendantiste au Sud, en créant deux grandes communautés réunissant les douze colonies françaises, l’Afrique occidentale et équatoriale. Ce rêve utopique a fait long feu. Toutes ces colonies, ainsi que Madagascar, déclarèrent leur indépendance en 1960. *
 
Toutefois, à l’indépendance politique n’a pas succédé l’indépendance économique.
 
Dans les jeunes Républiques africaines, le colonialisme traditionnel a été remplacé par le néocolonialisme, dont les mécanismes étaient moins transparents, mais tout aussi féroces.
 
Les pays africains subsahariens ont continué à exporter les richesses qu’ils produisaient. Comme Davidson le remarque dans son livre, en s’appuyant sur des statistiques officielles, les capitaux exportés sont très supérieurs à l’aide au développement.
 
Les dirigeants africains qui ont succédé aux proconsuls des puissances coloniales avaient à de rares exceptions près fait des études dans les universités européennes. Cetts élites se sont efforcées dimporter à tout prix dans leurs pays le modèle franco-britanniques de la « démocratie représentative. »* Mais les classes sociales qui constituaient la base théorique des partis politiques n’existaient pas dans les sociétés africaines.
 
Ce choix de dirigeants « cultivés et civilisés » a ignoré les chefferies traditionnelles et la richesse culturelle des ethnies africaines, définies par Londres et Paris comme arriérées et tribales, et donc incompatibles avec le progrès.
 
On a commis là une grave faute.
 
Récemment encore l’Afrique subsaharienne n’avait pas d’histoire écrite. Le mérite d’avoir jeté quelque lumière sur l’histoire oubliée de l’Afrique revient aux livres de Basil Davidson alors que l’Europe était encore médiévale en Afrique on avait ait déjà ce vastes États multinationaux bien organisés plus vastes que ceux des grandes puissances européennes de l’époque, dont le Ghana, le Mali, le Songhaï et le Kanem. *
 
Nous connaissons le résultat de ces caricatures ratées du modèle démocratique européen : guerres civiles au Libéria, en Sierra Leone et au Biafra ; des dictatures sanglantes sous des tyrans tels que Mobutu, Bokassa et Idi Amin Dada.
 
Les mouvements révolutionnaires - MPLA en Angola, FRELIMO au Mozambique et ¨PAIGCV en Guinée-Bissau et au Cap-Vert - ont également échoué dans leurs tentatives d’instaurer un socialisme africain. Lorsque les guerilleros qui avaient mené un combat héroïque contre l’impérialisme et le colonialisme portugais sont sortis de la jungle, il apparut clairement que le projet des partis : transformer des sociétés archaïques selon un modèle marxiste, était également une utopie. La Guinée-Bissau, l’Angola et le Mozambique sont aujourd’hui parfaitement intégrés dans le système capitaliste. À ceci près : on peut à bon droit qualifier le capitalisme désormais implanté là de « barbare », à la différence des autochtones africains, souvent définis comme barbares et non civilisés.
 
Je me range à l’avis de l’historien britannique (né en Egypte et grandi à Vienne et Berlin, NdlT) Eric Hobsbawm: The Black Man's Burden «est un ouvrage extrêmement important (...) qui ne parle pas que de l’Afrique, mais de l’ethnicité des nations et des problèmes de la vie sociale dans le mode entier. »

Notes
(1) Basil Davidson, O Fardo do Homem Negro, Publisher Caxinde, Luanda, 2000. The Black Man's Burden: Africa and the Curse of the Nation-State, 1992, Times Books/1993, Three Rivers Press [non encore traduit en français, mais attendons encore une petite vingtaine d'années].

(2) Basil Davidson, A Descoberta do Passado da África, Sá da Costa, Lisbon, 1981. Discovering Africa’s Past, 1978, Addison-Wesley.

Notes de la traductrice française :

1/ L’Afrique ne se borne pas au domaine géographiquement défini par l’auteur de cet article. L’Égypte, le Maghreb et l’Éthiopie, par exemple, ont une histoire écrite très ancienne, en particulier la première...

2/ À l’époque des grands empires africains cités, l’Europe avait connu au moins un immense Empire « multinational et organisé », celui de Charlemagne, et ses successeur ont eux aussi régné sur de vastes pays « multinationaux et organisés. » Avant la chute de l’Empire romain, l’Europe était aussi un vaste territoire multinational et organisé, (entre autres) justement sous la tutelle romaine, qui débordait largement en Afrique (et je serai bien la dernière à défendre la « pax romana », mais elle est un fait.)

3/ La France n’a pas mené de guerre de décolonisation dans toute l’Afrique du Nord, mais seulement en Algérie. Au sujet du reste, je ne saurais trop recommander l’extraordinaire ouvrage d’Ahmadou Kourouma, « En attendant le vote des bêtes sauvages » (oui oui, il s’agit bien de lions et d’éléphants, pas d’êtres humains). J’ajouterai que le processus de « décolonisation » à la française s’est accompagné d’un véritable «lavage de cerveaux » de la population métropolitaine, notamment scolaire, visant à présenter le colonialisme français comme un humanisme progressiste, qui remettait clés en mains aux Noirs africains et autres colonisés  un avenir de modernité, de prospérité et de bonheur. Que la répression sanglante à Madagascar a été complètement occultée en France. Et enfin que les dirigeants africains « pro-français » étaient des fils de petits potentats locaux, vénaux autant qu’il est possible, et qui ont beaucoup plus cherché (et réussi) à accumuler d’énormes fortunes personnelles qu’à établir une démocratie de quelque forme qu’elle soit (très bien montré dans le livre de Kourouma).

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=15983 &enligne=aff#sthash.qxk0IDAm.dpuf
Publication date of original article: 17/08/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=15989

 

Tags: Basil DavidsonLe fardeau de l'homme noirThe Black Man's BurdenHistoire africaineAfrique subsaharienneColonialisme
 

 
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