TLAXCALA تلاكسكالا Τλαξκάλα Тлакскала la red internacional de traductores por la diversidad lingüística le réseau international des traducteurs pour la diversité linguistique the international network of translators for linguistic diversity الشبكة العالمية للمترجمين من اجل التنويع اللغوي das internationale Übersetzernetzwerk für sprachliche Vielfalt a rede internacional de tradutores pela diversidade linguística la rete internazionale di traduttori per la diversità linguistica la xarxa internacional dels traductors per a la diversitat lingüística översättarnas internationella nätverk för språklig mångfald شبکه بین المللی مترجمین خواهان حفظ تنوع گویش το διεθνής δίκτυο των μεταφραστών για τη γλωσσική ποικιλία международная сеть переводчиков языкового разнообразия Aẓeḍḍa n yemsuqqlen i lmend n uṭṭuqqet n yilsawen dilsel çeşitlilik için uluslararası çevirmen ağı

 20/10/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Tsipras ou la dissolution de la politique
Date of publication at Tlaxcala: 18/07/2015
Original: Η κατάλυση της πολιτικής
Translations available: Português/Galego  English 

Tsipras ou la dissolution de la politique

Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης استاتیس کوولاکیس

Translated by  Christine Cooreman كريستين كورمان
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

En votant pour un nouveau mémorandum, le gouvernement et la majorité du groupe parlementaire de Syriza n’ont pas simplement dit au revoir à la politique de gauche mais à la politique elle-même. En posant ce choix, ce n'est pas seulement au programme de Syriza ou aux engagements que le gouvernement avait pris vis-à-vis du peuple qu'ils renoncent.

 

http://www.tlaxcala-int.org/upload/gal_10960.jpg

Troisième Mémorandum : "Prends tout"

Ils piétinent le « OXI » (Non) que le peuple grec vient de prononcer il y a quelques jours pour signifier son refus catégorique -comme le gouvernement lui-même le lui avait demandé- de l’austérité et des politiques mémorandaires. Qui plus est, l’austérité du  plan Juncker rejeté par les électeurs était d’une forme nettement plus « douce » que celle imposée par l’accord ignoble du 12 juillet. En outre, face à au gouvernement et à la majorité du groupe parlementaire, se dresse la majorité des membres du comité central de leur propre parti, c'est-à-dire, de l’unique instance élue par le congrès et représentant la volonté collective des militants de Syriza. Mais il y a quelque chose de plus qui présuppose tout cela et, en même temps, le transcende : c’est précisément parce qu’ils ont commis tout cela que, le gouvernement et sa majorité parlementaire sont contraints de renoncer à l’idée même de politique et, en tout premier lieu, au fondement de celle-ci qu’est l’idée de la responsabilité politique, c’est-à-dire le fait d’assumer la responsabilité d’un choix politique.

Dans ce sens, nous sommes devenus témoins de développements inédits dans l’histoire grecque et internationale. Ainsi, par exemple, nous avons entendu le nouveau ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, affirmer devant le Parlement que le lendemain de la signature de l’accord était « le pire jour de sa vie » et poursuivre en disant  « je ne sais pas si nous avons fait ce qui était  juste, mais nous n’avions pas le choix ». Attention : « il ne sait pas » s’il a fait ce qui était juste, mais, il le fait quand même, il accepte l’accord et invite ses collègues et camarades à faire de même ! Et, tout cela, au nom du « nous n’avions pas le choix », en d’autres termes, au nom du fameux TINA (« There is no alternative » - Il n’y a pas d’alternative) de Margaret Thatcher. Un motif qui constitue non seulement un refus de toute idée de gauche mais aussi un déni de la notion même de politique qui est entièrement fondée sur le fait qu'il est toujours possible de faire des choix. 
 
Mais l’exemple le plus flagrant de cette opération de renoncement aux responsabilités, qui a pris des dimensions d’épidémie ces jours-ci, a été donné par le Premier ministre lui-même. Déjà, dans l’interview qu’il avait accordé à l'ERT, il a affirmé « ne pas être d’accord » avec cet accord et « ne pas y croire ». Il a, lui aussi, invoqué l’inexistence d’autres choix, sans bien entendu poser -pas même une seule fois- la question de savoir comment il se fait qu’après cinq mois et demi au gouvernement et avec le soutien à 62% que le peuple lui a donné au référendum auquel il a lui-même recouru, il se trouve dépourvu d’autre choix que celui de se soumettre à un nouveau mémorandum, d’une barbarie inédite. 
 
Aussi, et bien qu’il « ne croie pas » en cet accord et qu’il « ne soit pas d’accord » avec celui-ci, il a demandé aux députés de son parti, en exerçant sur eux un véritable chantage, de se faire complices de ce bradage du mandat populaire et de la souveraineté nationale, en les menaçant de démissionner que s’il ne jouissait pas du soutien de tous, sans exception. Chose qu’il a bien entendu refusé de faire après avoir essuyé le refus tonitruant de 39 d’entre eux.   
 
Toutefois, avec sa déclaration du 16 juillet, il fait un pas de plus dans cette direction. Puisque, prétend-il, personne ne conteste qu’il a effectivement été victime de chantage, ne pas le soutenir équivaudrait à refuser de partager la responsabilité et cela « s’oppose aux principes de camaraderie et de solidarité et, à un moment crucial, ouvre une blessure dans nos rangs. » En d’autres termes, selon ce raisonnement,  t céder à un chantage absolument  avéré, donnerait à Alexis Tsipras le droit d’exiger des députés de son parti de devenir complices de ce geste désastreux. Comme si la réalité du chantage impliquait automatiquement qu’il n’y avait pas de choix autre que celui qu’il a effectuté. L’argument sous-jacent est, une fois de plus, celui de TINA qui, toutefois, dans ce cas, est présenté en termes de psychologie individuelle et d’affects. Refuser ce choix équivaut alors au refus de soutenir une personne « qui en a vu des vertes et des pas mûres pendant six mois » (!) et qui est rongée tout autant que les autres par un « dilemme de conscience face à nos principes, valeurs, positions et références idéologiques communes ». 
 
Mais, en politique et, plus généralement, dans l’activité sociale, ce qui importe, ce ne sont pas les dilemmes intimes, les intentions (bonnes ou mauvaises), les éventuels remords et les réflexions secrètes. Ce qui importe, ce sont les actes et leur contenu. Ce n'est pas du tout un hasard si les termes « mémorandum » ou « accord » sont totalement absents de la déclaration d’Alexis Tsipras. Dans cette   « opération de com’ », l’objectif poursuivi n’est pas celui de défendre un choix politique mais de susciter une identification affective avec un dirigeant durement mis à l’épreuve et, surtout, de stigmatiser les dissidents, de les désigner comme ceux qui « sapent  le premier gouvernement de gauche dans l’histoire du pays ». Une fois de plus, le fond politique est dissimulé, et on oublie que ce dont il est question c’est le désaccord avec un choix dont la substance n’est autre que la soumission ou non aux mémorandums, le respect ou non du double mandat populaire du 25 janvier et du 5 juillet, le respect ou la violation du programme et des engagements du gouvernement même et du Premier ministre. 
 
Cette dissolution de la nature même du discours politique constitue un évident aveu de faiblesse. La légitimité du troisième recours à un Mémorandum est non seulement plus faible encore que celle des deux précédents, elle est tout simplement inexistante. Car, contrairement à 2010 et 2012, la force politique qui gouverne a pour unique raison d’être et d’avoir été portée au pouvoir celle de renverser les politiques auxquelles, à présent, elle se soumet. En d’autres termes : la seule véritable menace qui pèse sur « le premier gouvernement de gauche dans l’histoire du pays » et, bien entendu, sur son acteur premier, Syriza, n’est pas un quelconque « ennemi intérieur » mais les plans d’austérité, les Mémorandums et la soumission suicidaire à ceux-ci.

Les mémorandums ne dévorent pas uniquement des gouvernements et des premiers ministres mais aussi les partis qui les appliquent. ils démantèlent le sens même de l’action politique que sont appelés à défendre ceux qui, en ce moment, luttent pour contrer, fut-ce au dernier moment, l’écrasement du peuple grec et la destruction de ce qui permet encore à ce pays et à cette société de se tenir  debout.





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.thepressproject.gr/article/79302/I-katalusi-tis-politikis
Publication date of original article: 17/07/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=15329

 

Tags: 3ème MémorandumTsiprasSYRIZAGrèceEurodictatureUEropeTINA
 

 
Print this page
Print this page
Send this page
Send this page


 All Tlaxcala pages are protected under Copyleft.