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 08/07/2020 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 UMMA 
UMMA / Le Yémen à feu et à sang (II)
Date of publication at Tlaxcala: 03/05/2015
Original: Jemen in Flammen II
Translations available: English  فارسی 

Le Yémen à feu et à sang (II)

German-Foreign-Policy.com

Translated by 
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

 

SANAA-RIYAD-BERLIN: Pour ses raids aériens sur le Yémen l’Arabie saoudite emploie également des avions de chasse allemands. C’est ce qui ressort de plusieurs rapports en provenance de la Péninsule arabique et indépendants les uns des autres. Des Eurofighter, à la fabrication desquels des firmes d’armement allemandes contribuent largement, sont utilisés pour de prétendues « frappes chirurgicales » sur les positions des rebelles houthis.

 
Au plan politique également, Berlin appuie la coalition emmenée par l’Arabie saoudite et soutenue par l’armée et les services secrets US-américains. Cette guerre, qui risque de provoquer une catastrophe humanitaire, répond à des motivations géostratégiques : le clan au pouvoir en Arabie saoudite aussi bien que l’Occident tentent, par le biais de la rébellion houthi, d’empêcher l’expansion de l’influence iranienne dans la Péninsule arabique. Toutefois des experts estiment que le principal gagnant dans cette guerre est le réseau Al-Qaïda, dont la branche yéménite a revendiqué la responsabilité des attaques terroristes de janvier dernier à Paris. L’Occident - Allemagne comprise - accepte consciemment le renforcement d’Al-Qaïda. 

 Les « frappes chirurgicales » des Eurofighter

Pour ses raids aériens sur les positions des rebelles houthis, la coalition emmenée par l’Arabie saoudite emploie également des avions de chasse allemands. C’est ce que rapportent le portail saoudien Arab News, la chaîne Al Arabyia aux Émirats arabes unis ainsi qu’un portail italien spécialisé dans ces questions et qui s’appuie sur des documents vidéos provenant de la King Khalid Air Base en Arabie saoudite (1). Selon eux, l’armée de l’air saoudienne utilise non seulement des Tornado, assez anciens, et fabriqués par la RFA, la Grande-Bretagne et l’Italie, mais des Eurofighter, une co-production germano-anglo-italo-hispanique. L’Arabie saoudite a vraisemblablement employé des Tornado contre les rebelles houthis dès 2009 ; mais ce n’est qu’en février 2015, lors des raids contre l’État islamique (OEI), que Riyad a fait usage des Eurofighter. Actuellement ces derniers ont effectué des «  frappes chirurgicales » au Yémen, écrit Arab News. L’Arabie saoudite a commandé en tout 72 Eurofighter-Typhoon, dont un bon nombre a déjà été livré. Même si le fournisseur officiel est la Grande-Bretagne, l’Allemagne participe largement à leur fabrication.

« Légitime au regard du droit international »

Au plan politique également le gouvernement allemand appuie l’Arabie saoudite, son plus proche allié au Moyen-Orient, dans sa nouvelle guerre. Bien sûr les politiciens allemands observent une grande retenue dans leurs prises de position publiques : le Ministère des Affaires étrangères ne cesse de répéter qu’il favorise une « issue politique » au conflit. Mais des porte-parole du ministère affirment régulièrement que les raids aériens effectués par la coalition emmenée par les Saoudiens sont, selon l’interprétation juridique de la RFA, « conformes au droit international. » Riyad n’aurait fait « qu’intervenir à la demande du Président yéménite dans une situation hautement dramatique » ; ce qui serait incontestablement permis : « Les règles du droit  international légitiment une intervention en réponse à la demande d’une aide urgente par un chef d’État légitime.»(2) Donc la RFA n’a « aucun doute quant à la légitimité de l’action saoudienne au regard du droit international.»

Une catastrophe humanitaire

La guerre, à laquelle participent des avions de chasse allemands, aggrave le chaos où est plongé un Yémen déjà victime d’un extrême dénuement. Les raids conduits par l’Arabie saoudite ont tué plus de 600 personnes et en ont blessé plus de 2000, dont une partie grièvement. Il n’y a pratiquement aucune possibilité de s’enfuir ; quelques Yéménites cherchent désormais refuge en Somalie (!). On parle maintenant de plus de 1200 attaques. Et pourtant les succès militaires ne suivent pas: la coalition ne parvient pas à stopper l’avancée des Houthis, qui ont récemment pris le contrôle d’Aden. Comme l’Afghanistan à la fin des années 80 ou la Libye actuelle, le pays est au bord de l’effondrement total. Malgré cela la guerre reçoit non seulement l’appui politique de l’Allemagne, mais aussi le soutien de l’armée et des services secrets US. Washington a annoncé qu’il allait livrer davantage d’armes à la coalition, et a déjà commencé à soutenir les frappes par la livraison effective de carburant en vol. En outre, Riyad doit à l’avenir recevoir davantage d’informations relatives aux cibles miliaires. Les forces armées US ont créé une «  cellule conjointe de planification et de coordination » au sein du centre d'opérations saoudien et ont envoyé une équipe de coordination militaire de 20 personnes pour participer à la guerre menée par les Saoudiens.(3) 

Une position-clé

Cette guerre est en fait menée pour la conquête du pouvoir régional et pour servir les intérêts géostratégiques occidentaux. D’une part, l’Arabie saoudite et l’Iran se disputent depuis toujours l’hégémonie sur le golfe Arabo-persique ; en ce domaine, l’avantage est nettement à l’Iran depuis que l’Occident a de fait mis hors-jeu l’Irak, son autre rival. Dans cette lutte, l’Occident soutient l’Arabie saoudite, supposée plus docile ; les entreprises allemandes d’armement ont largement contribué à armer les Saoud [voir german-foreign-policy.com (4)]. Le Président yéménite Abd Rabo Mansour Hadi s’est fermement positionné aux côtés de l’Arabie saoudite et des Occidentaux. Les USA ont pu, par exemple, disposer d’une base militaire au nord d’Aden pour leurs attaques par drones « contre le terrorisme » dans la péninsule Arabique. Il est impensable que les Houthis puissent le tolérer. « Les rebelles houthis sont des marionnettes aux mains du gouvernement iranien », déclare Hadi, le Président (déchu) du Yémen ; « Si l’on n’arrête pas les Houthis, l’Iran fera d’eux le prochain Hezbollah, chargé de menacer les habitants de la région et même au-delà. » (5) Les experts jugent bien cette affirmation nettement exagérée ; mais la crainte de voir l’Iran avancer sur l’échiquier pousse l’Arabie saoudite à la guerre et les Occidentaux à soutenir cette dernière. C’est surtout Aden qui, en raison de sa position portuaire sur le Bab al Mandab, le passage entre l’océan Indien et la mer Rouge, le canal de Suez et la Méditerranée, revêt une importance géostratégique majeure. Henner Fürtig, expert pour le Moyen-Orient à la Stiftung Wissenschaft und Politik (fondation Science et politique, SWP) estime  que « celui qui contrôle Aden détient une position-clé sur l’échiquier international. »

Le principal gagnant est Al-Qaïda

Des experts nous préviennent que non seulement cette nouvelle guerre va entraîner une catastrophe humanitaire et dévaster le Yémen, mais qu’en outre elle renforcera Al-Qaïda. D’une part, les raids aériens ont détruit « les infrastructures de sécurité qui avaient servi jusqu’ici aussi à combattre Al-Qaïda.» Mareike Transfeld, de la SWP (berlinoise), a déclaré: « Cela pose particulièrement problème dans une situation (la guerre actuelle, NDLR) qui contribue à radicaliser encore plus les combattants. Dans ces conditions, Al-Qaïda devrait continuer à se propager. » (7) L’islamologue Marie-Christine Heinze, de Bonn, parvient à la même conclusion : « Les Houthis étaient les seuls au Yémen à être prêts à s’opposer à Al-Qaïda par les armes. Si maintenant ils sont engagés dans d’autres conflits et affaiblis, Al-Qaïda ne pourra qu’en profiter.»(8) Effectivement, les djihadistes du réseau Al-Qaïda, qui revendiquent les attentats terroristes commis entre les 7 et 9 janvier dernier à Paris, ont depuis nettement étendu leurs activités au Yémen. Il y a quelques jours, une action spectaculaire leur a permis de libérer environ 300 prisonniers. Des observateurs n’écartent pas l’hypothèse que les auteurs de cette libération soient des forces liées à Riyad, qui cherchent par tous les moyens à mettre les Houthis le dos au mur. 

Du déjà vu (en français dans le texte)

La guerre au Yémen ne serait pas le premier conflit où l’on se serait accommodé d’un renforcement des forces djihadistes pour des raisons géostratégiques. Lors de la guerre en Afghanistan, dans les années 80, Oussama ben Laden était l’un des alliés de l’Occident.(10) Hier c’était l’Union soviétique qui était dans le collimateur, aujourd’hui c’est l’Iran. Ceci dit, en ce qui concerne le renforcement d’Al-Qaïda, la guerre au Yémen semble échapper plus vite à tout contrôle que celle d’Afghanistan dans les années 80.
 

Notes

 [1] Saudi deploys advanced fighter jets in Yemen. english.alarabiya.net 27.03.2015. Top Typhoon jets deployed in air raids. www.arabnews.com 08.04.2015. Typhoons execute precision bombing. www.arabnews.com 10.04.2015. David Cenciotti: Stunning footage shows Saudi Arabia's air power at war against Yemen's Houthi rebels. theaviationist.com 06.04.2015

[2] Plusieurs déclarations de porte-parole du Ministère des Affaires étrangères avant la conférence de presse du gouvernement fédéral.

[3] US expands its intelligence-sharing with Saudi Arabia over Yemen. www.thenational.ae 11.04.2015.

[4] Cf
Hegemonialkampf am Golf (II), Mit Diktatoren in den Krieg (II) und In Flammen.( Lutte pour l’hégémonie sur le Golfe (II), Faire la guerre aux côtés des dictateurs (II) et Le Yémen à feu et à sang)

[5] Abdu Rabbu Mansour Hadi: Yemen's President: The Houthis Must Be Stopped. www.nytimes.com 12.04.2015.

[6] Weltbilder (Images du monde) . www.tagesschau.de 02.04.2015.
[7] Mareike Transfeld: Saudi-Arabiens Luftangriffe destabilisieren Jemen weiter (
Les raids aériens saoudiens accentuent la déstabilisation du Yémen)  . www.swp-berlin.org 31.03.2015.

[8] Teresa Eder: Jemen-Expertin (spécialiste du Yémen): "Al Kaida wird am ehesten vom Konfliktprofitieren"( Le premier bénéficiaire du conflit, ce sera Al-Qaïda). derstandard.at 13.04.2015.

[9] Cf. Der Krieg kehrt heim (II) und Der Krieg kehrt heim (III) ( la guerre revient chez nous, I et II).

[10] Cf. Alte Verbündete ( De vieux alliés) und Gute Jungs, böse Jungs (Les bons et les méchants)

 

 

 

 





Courtesy of Tlaxcala
Source: http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/59091
Publication date of original article: 15/04/2015
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=14602

 

Tags: YémenHouthisArabie saouditeAllemagneUSAIranEurofighterTornadoGuerres impérialistesGéostratégiePolitique étrangère allemande
 

 
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