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 20/09/2017 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 ABYA YALA 
ABYA YALA / Brésil : Les 90 ans de la Colonne Prestes
Interview d'Anita Leocádia Prestes
Date of publication at Tlaxcala: 27/10/2014
Original: Os 90 anos da Coluna Prestes
Entrevista de Anita Leocádia Prestes

Translations available: English  Español 

Brésil : Les 90 ans de la Colonne Prestes
Interview d'Anita Leocádia Prestes

Heron Barroso
Pedro A. Gutman


Translated by  Nicolas
Edited by  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

 

L’enseignante et historienne Anita Leocádia Prestes, fille des révolutionnaires Luiz Carlos Prestes et Olga Benario, a reçu à son domicile à Rio de Janeiro A Verdade pour une interview sur le 90e anniversaire de la Colonne Prestes, un des mouvements politiques les plus importants de l’histoire du Brésil au 20ème siècle.*

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Docteure en histoire sociale à l’Universidade Federal Fluminense (UFF), professeure du Programme Supérieur en Histoire Comparée de l’UFRJ (Université Fédérale de Rio de Janeiro) et présidente de l’Institut Luiz Carlos Prestes, Anita est une spécialiste de l’expérience de la colonne Prestes. Dans l’interview, elle explique les idées défendues par les rebelles et leur relation avec la population pauvre de l’intérieur du pays, dénonce les tentatives de falsification de cette expérience et défend l’héritage du Chevalier de l’Espérance et de ses compagnons.

A Verdade: Cette année, la Colonne Prestes a 90 ans. Quelle est l’importance de ce mouvement pour l’histoire du Brésil?

Anita Leocádia Prestes: La Colonne Prestes a été le seul mouvement de contestation du pouvoir en place qui n’ait pas été vaincu au Brésil. Il y a eu beaucoup de luttes dans l’histoire du pays, des tentatives de révolution, mais qui ont toutes été écrasées. La formation historique brésilienne s’est déroulée de telle sorte que les 400 ans d’esclavage et de grande propriété foncière ont rendu nos classes dominantes extrêmement puissantes et assez fortes pour vaincre tous les mouvements populaires qui ont osé les défier.

La Colonne Prestes a justement été le premier mouvement que les classes dirigeantes n’ont pu réussir à vaincre. Et pourquoi cela fut-il possible? Il s’agissait d’une troupe relativement petite, qui comptait seulement 1.500 hommes sans armes (les quelques armes qu’ils avaient étaient celles qu’ils avaient pu prendre à l’ennemi), sans logistique militaire, qui s’opposait à l’armée brésilienne, à toutes les polices militaires que le gouvernement avait mobilisées, ainsi qu’aux hommes de main des colonels du Nord-Est, qui ont coûté beaucoup d’argent au gouvernement. D’ailleurs, ce furent ces hommes de main, les jacunços, qui ont donné le plus de travail à la colonne, car ils avaient déjà l’habitude de combattre à cheval, de se cacher dans les bois, choses que les troupes officielles de l’armée n’étaient pas habituées à faire (1).

Ce fut la tactique de la guerre de mouvement – qui était une grande nouveauté au Brésil et, dans un sens, dans le monde entier - qui a permis à la colonne de contourner les troupes pro-gouvernementales, de vaincre 18 généraux et de n’être jamais vaincue. On ne peut expliquer ce succès que par la volonté de lutter des combattants. Les gens s’imaginent que la Colonne Prestes se composait de lieutenants, mais en réalité, il n’y avait que 12 officiers. Les autres étaient des soldats, des sergents, des caporaux, et beaucoup de civils – des travailleurs, en majorité de la campagne. Il y avait aussi 50 femmes.

Ces gens ont lutté avec une rage, un héroïsme, sans rien recevoir en retour. Sans armes, sans nourriture, mangeant ce qu’ils trouvaient sur la route, en traversant des déserts, des marécages, affrontant les plus grandes difficultés, toujours sous le feu de l’ennemi. Il y eut 53 batailles, dans lesquelles le gouvernement ne fut jamais victorieux; au contraire, plusieurs fois ses troupes furent mises en fuite, en raison de la tactique de la guerre de mouvement et la volonté de lutter de ces combattants.

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Dans votre livre La Colonne Prestes vous affirmez que la Colonne était une armée différente, avec des caractéristiques populaires. Ce fut certainement l’une des raisons pour lesquelles elle n’a jamais été battue …

Précisément! La colonne n’était pas une armée élitiste. Les commandants menaient la même vie que les soldats et ont fait davantage de sacrifices. Quand il n’y avait pas assez de chevaux, ceux qui restaient étaient pour les soldats et le commandant allait à pied. Quand il n’y avait pas de nourriture, la nourriture était pour les soldats et pas seulement pour le commandant. Telle était la devise: le soldat de la Colonne savait qu’il ne serait jamais abandonné. Lorsqu’il y avait un blessé ou un malade, il était mis sur un cheval, et quand il n’y avait pas de cheval il était porté par ses compagnons. Cette volonté de se battre avait beaucoup à voir avec la confiance dans le leadership et le fait de croire en l’idéal, bien que cet idéal ait été quelque chose d’assez vague pour eux.

Les combattants de la Colonne croyaient qu’ils devaient battre (le président) Artur Bernardes, qui, pour eux, représentait tous les maux. Lutter contre Bernardes, c'était lutter pour la liberté, et la Colonne l’a fait avec le plus grand héroïsme, en démentant l’histoire que le Brésilien n’est pas un lutteur, mais que le peuple n’aime que la samba, le carnaval et le football. La Colonne Prestes a montré que des secteurs simples et pauvres du peuple brésilien luttent avec beaucoup de vigueur quand ils croient en la cause pour laquelle ils se battent et quand ils trouvent des leaders dans lesquels ils croient et en qui ils ont confiance.

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La "Longue Marche" de 25 000 km de la Colonne Prestes - Carte extaite du livre NOVA HISTÓRIA CRÍTICA DO BRASIL de Mário Schmidt, Editora Nova Geração

Quel était le programme de la Colonne?

Le programme était le même que celui des lieutenants. Nous ne pouvons pas isoler la Colonne du mouvement tenentista. La Colonne a été ce qui a duré le plus de ce mouvement car le gouvernement n’a pas réussi à la vaincre. La Colonne Prestes a parcouru 25 000 km dans le Brésil entier, à travers 13 Etats, a vaincu 18 généraux, a duré plus de deux ans et n’a jamais été battue! Le programme était essentiellement le vote à bulletin secret, qui était la grande revendication de l’opposition depuis 1910, quand fut lancée la Campagne Civiliste de Rui Barbosa, et qui n’a jamais été mis en place dans l’Ancienne République; il s’agissait d’une question de principe pour les oligarchies agraires qui dominaient le pays et qui étaient désireuses de continuer à contrôler le vote de la population.

Il y avait aussi la revendication d’une justice électorale indépendante parce que le processus électoral, en plus d’être frauduleux, passait encore par la soi-disant Commission de Vérification des Pouvoirs du Congrès National, qui décidait lesquels des candidats élus pouvaient effectivement assumer leur poste.

D’une manière générale, la Colonne exigeait que soit appliquée la Constitution Républicaine de 1891. Les lieutenants, n’ont cherché à aucun moment à établir une dictature militaire. Au contraire. Ils voulaient remettre le pouvoir à un homme politique qui serait honnête, ce qui, sans aucun doute, était très naïf de leur part. L’idée était d’ailleurs très élitiste: il ne s’agissait pas de mobiliser les masses ou de les organiser. Ils ne connaissaient pas l’idée de réforme agraire. Les seuls qui parlaient de la réforme agraire à l’époque étaient les communistes, avec lesquels les lieutenants n’avaient aucun contact.

Dans ce contexte des années 1920, alors que le mouvement ouvrier était en recul - il avait subi des défaites très graves à la fin des années 1910, après la grande grève de São Paulo, en 1917, et le soulèvement anarchiste à Rio de Janeiro en 1918 - les classes moyennes urbaines étaient mécontentes de leur impossibilité d’influencer sur les élections, mais elles étaient désorganisés, sans chef, sans être en mesure d’avoir effectivement une influence. Par conséquent, les lieutenants ont fini par remplir ce rôle de direction de tous les mouvements d’opposition.

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La Colonne à Foz de Iguazú. Instituto Luiz Carlos Prestes

Comment la population a-t-elle reçu ces propositions?

Il y avait beaucoup de sympathie, mais la masse populaire était désorganisée, et la préoccupation des lieutenants n’était pas de l’organiser. La Colonne avait une vue substitutive du peuple, une vue très militaire, qu’ils feraient la révolution pour le bien du peuple. Le but n’était pas de mobiliser les masses de la campagne, ou de les organiser ou de les sensibiliser. L’idée était d’attirer les forces militaires du gouvernement dans l’intérieur du pays pour permettre ainsi aux lieutenants de provoquer des soulèvements dans les capitales. Plus tard, Prestes a déclaré que les lieutenants, en bons petits-bourgeois, étaient désorganisés, qu’ils ne savaient pas conspirer, qu’ils étaient toujours découverts par la police, bref, que c’était le bazar. Ce fut la Colonne qui a été la plus organisée, et le rôle de Prestes eut beaucoup d’importance à ce sujet, car il a réussi à structurer et organiser la troupe.

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Candido Portinari
, Coluna Prestes - Huile sur toile, 46 x 55cm, Paris 1950

À quel moment a surgi l’épithète de «Chevalier de l’Espérance»?

Elle n’est pas venue de la campagne et n’a pas été créée par Jorge Amado, contrairement à ce que beaucoup pensent. À la fin de 1927, quand la Colonne était déjà en Bolivie, Astrojildo Pereira, alors secrétaire général du PCB (Parti Communiste Brésilien), est allé en Bolivie rencontrer Prestes. Au retour, l’entretien qu’il avait eu avec Prestes fut publié dans le journal Esquerda, de Rio de Janeiro, et c’est à ce moment qu’est apparu l’épithète «Chevalier de l’Espérance».

A cette époque, le prestige de Prestes était très grand. Le gouvernement de Washington Luís avait suspendu la censure de la presse. De là, une multitude d’informations sur la Colonne se sont répandues, avec des journalistes envoyés en Bolivie pour interviewer Prestes. Le prestige de la Colonne et de Prestes était si grand que lorsque la gauche a lancé l’épithète «Chevalier de l’Espérance», il lui est resté.

Comme historienne, comment définissez-vous le rôle de Luiz Carlos Prestes dans l’histoire du pays?

Tout a commencé par la Colonne. Tous ceux qui y ont participé ont reconnu le rôle exceptionnel de Prestes, qui a été – pas tout seul, mais principalement – responsable de la création du mouvement de la guerre tactique, quelque chose qui était très novateur au Brésil et qui a conduit à l’échec total de la répression du gouvernement. En parcourant l’intérieur du Brésil et en rencontrant la pauvreté et les souffrances des masses, non seulement lui, mais tous les commandants de la Colonne, ont été profondément choqués. Prestes a été plus loin que les autres et a décidé qu’il devait faire quelque chose pour changer cela. C’est alors qu’il s’est rapproché du marxisme et qu’il a découvert dans le communisme la solution aux problèmes qui existaient au Brésil.

Après la fin de la Colonne, Prestes a cherché à étudier et à trouver des réponses. Il a étudié Le Capital de Marx, et les œuvres majeures du marxisme, en entrant en contact non seulement avec les communistes brésiliens, mais avec les communistes latino-américains, car Buenos Aires (où Prestes était allé après avoir quitté la Bolivie) était un centre du mouvement communiste sur le continent.

Dans ce processus, il s’est rapproché du communisme et a lancé le manifeste de mai 1930, où il rompt officiellement avec les lieutenants. Ce moment est très important non seulement dans la vie de Prestes, mais surtout dans l’histoire révolutionnaire brésilienne, dans l’histoire du Brésil. Parce que les oligarchies dissidentes pariaient sur Prestes pour le mouvement de 1930. Prestes, à l’époque, aurait pu prendre la place de Getúlio Vargas, car il bénéficiait de plus de prestige que Vargas. Il suffit de lire la presse de l’époque pour voir ça. Vargas n’était pas un personnage d’une grande importance nationale; il était dans le Rio Grande do Sul. Il avait été ministre de Washington Luís, mais n’avait pas le prestige que Prestes avait à ce moment-là. À tel point que la campagne de l’Alliance Libérale pour les élections du 1er mars 1930, a été menée sous la bannière de la Colonne, de Prestes et du tenentismo.

Prestes était un personnage qui séduisait vraiment les masses. Dans le Nord-Est ça a été un énorme enthousiasme. Il aurait pu à ce moment prendre la place de Getúlio Vargas. Le pouvoir lui fut offert sur un plateau. Dans la mesure où il a compris que ce ne serait pas la solution aux problèmes du Brésil, il a adhéré au programme du PCB, qui prônait une révolution agraire et anti-impérialiste.

Prestes a compris que s’il participait au mouvement de 1930, il aurait été entièrement subordonné aux objectifs des oligarchies agraires qui dirigeaient le mouvement. Et il n’était pas d’accord avec cela. C’est un geste que les classes dirigeantes ne lui ont jamais pardonné, car elles comptaient sur Prestes et sur son leadership au service de leurs intérêts [des oligarques]. Au fur et à mesure qu’il rompt avec tout ceci et devient un communiste, il passe de l’autre côté de la tranchée de la lutte de classe et se place aux côtés des ouvriers, des travailleurs, des opprimés et des exploités, en abandonnant cette bande des classes dominantes qui misait sur son leadership.

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Journal A Liberdade,Ogane officiel du gouvernement populaie révolutionnaire, Natal, 27 novembre 1935

L’insurrection de 1935 est un point important dans cette histoire …

1935 voit la renaissance du leadership de Prestes. En 1930, avec ce geste de renoncer au pouvoir, il est comme un général sans soldat, totalement isolé. Cependant, peu de temps après la victoire de Vargas et du mouvement de 1930, le processus d’usure du nouveau régime commence très rapidement. À mesure que ce processus d’usure se produit, principalement parmi les secteurs de la classe moyenne urbaine, des mouvements syndicaux, des travailleurs et des lieutenants mêmes, ils commencent à revenir à Prestes et disent: «En fin de compte, Prestes avait raison». Tout le prestige de Prestes commence à renaître, même s’il est loin, à Moscou. Quand il revient au Brésil en 1935, son prestige est très grand. Avant d’arriver, l’Alliance de Libération Nationale (ANL) avait déjà été créée et il en est nommé président d’honneur. Le leadership de Prestes sera très important à ce moment. En tout cas, le 20ème siècle a vu deux personnages importants: l’un est Vargas et l’autre, Prestes.

Mais, dans les écoles brésiliennes, ces faits sont peu étudiés. Pourquoi?

Cette histoire est totalement inconnue. Je pense que l’attitude adoptée par Prestes dès 1930, quand il a adhéré au marxisme et au communisme, et sa fidélité à cette direction pour le reste de la vie a été impardonnable pour les classes dirigeantes.

Après 1930, d’autres commandants de la Colonne ont rejoint Getúlio et sont devenus ministres. Ils n’étaient pas intéressés à la diffusion de l’histoire de la Colonne parce qu’en en parlant, ils auraient dû parler de Prestes, et comme il était devenu communiste, ça ne les intéressait pas.

À l’époque de l’Estado Novo (de Getúlio Vargas NdT), ce sujet était totalement interdit. Au moment où le Parti Communiste a été légal, on en a très peu parlé. Le Parti était trop occupé avec d’autres choses. Dans le PCB, et dans la gauche en général, on portait très peu d’attention à l’histoire, il y avait un manque d’intérêt et de préoccupation vis-à-vis de la nécessité de connaître l’histoire, d’éduquer les nouvelles générations, qu’ils connaissent les luttes du passé. Cela a également contribué à cet oubli. Mais la principale raison est que les classes dirigeantes ne voulaient pas que cette histoire soit connue.

Aujourd’hui, la stratégie des classes dirigeantes n’est pas tant de calomnier Prestes, car ça ne colle plus. Comme on ne peut pas l’occulter, leur stratégie consiste à falsifier l’histoire et de présenter Prestes et d’autres communistes, comme Gregório Bezerra et d’autres figures révolutionnaires, comme étant intégrés au système, en les transformant en personnages pasteurisés en quelque sorte, qui peuvent être acceptés par tous; les vider de leur contenu révolutionnaire, car ils sont déjà morts et il ne peuvent pas protester ou parler. Donc, si nous ne protestons pas, si nous ne cherchons pas à montrer la vérité, nous sommes dans l’erreur. Ce moyen [la contrefaçon] se fait beaucoup en ce qui concerne Prestes.

Je pense que le PCdoB (Parti Communiste DU Brésil – scission du PCB NdT) est spécialisé dans l’utilisation de l’image de Prestes. Par exemple: la fin de la cassation du mandat de sénateur de Prestes. Il a fallu 65 ans de cassation des mandats, non seulement celui de Prestes, mais de tous les communistes parlementaires, et ces messieurs n’ont jamais pris aucune initiative à cet égard. Maintenant qu’ils sont tous morts, qu’ils ne peuvent plus rien dire, qu’ils ne représentent plus aucun danger, ils profitent du prestige du rétablissement posthume de ces mandats, en faisant tout un théâtre. Je suis sûre que s’il était encore vivant, Prestes pousserait un coup de gueule et ne l’accepterait pas.

Regardez, Renan Calheiros (président du Sénat, membre du PMDB, parti allié du PT au pouvoir NdT) faisant l'éloge de Prestes! C’est une chose révoltante. Qui est Renan Calheiros pour parler de la vie de Prestes, pour faire ses louanges! Maintenant, ils font la même chose avec la Colonne. L’idée d’institutionnaliser la Colonne a déjà émergé. Intégrer la Colonne dans l’histoire officielle et la vider de son contenu de lutte, son contenu révolutionnaire.

Comment devrait-on enseigner l’histoire de la Colonne aux nouvelles générations?

Je pense que nous devons montrer la véritable histoire de la Colonne. Il ne s’agit pas d’inventer quoi que ce soit. Malgré toutes ses limites, la Colonne s’est battue contre le pouvoir, contre les classes dirigeantes, contre le pouvoir établi. Et elle s’est battue avec beaucoup de vigueur, elle s’est organisée à cet effet. Je pense que cela est important à montrer: le caractère de la lutte. Dans le fond, cela s’est terminé par une lutte de classe, bien qu’ils n’en aient pas eu conscience. En ce sens, c’est un exemple. Prestes n’était pas un héros ni un leader pour tous les Brésiliens, il était un leader des travailleurs, des révolutionnaires, de ceux qui luttent pour enterrer le capitalisme.

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Olga Benàrio (née à Munich le 8 février 1908 et morte dans un camp de concentration à Bernbourg le 23 avril 1942), militante communiste allemande d’origine juive, femme de Luís Carlos Prestes. Extradée vers l’Allemagne par le gouvernement de Getúlio Vargas, elle est embarquée de force et conduite à Hambourg où elle est reçue par la Gestapo et aussitôt emprisonnée. Sa fille, Anita Leocádia Prestes, naît en prison. Olga est déportée au camp de concentration de Ravensbrück et est assassinée en chambre à gaz à Bernbourg en 1942. Sa fille est sauvée après une campagne internationale intense et récupérée par la mère de Prestes, Dona Leocádia.

Luís Carlos Prestes, (Porto Alegre, 3 janvier 1898 - Rio de Janeiro, 7 mars 1990), militaire et homme politique brésilien, dont la vie fut tout entière tournée vers la défense de ses idées communistes. Il fut secrétaire général du Parti communiste brésilien (PCB), qu’il continua de diriger après la scission pro-chinoise du Parti communiste du Brésil (PCdoB).

 

Les idéaux révolutionnaires de Prestes et d’Olga sont-ils toujours d’actualité?

Je pense qu’ils le sont toujours, mais qu’ils sont peu connus et suivis en raison de toute cette répression qui a eu lieu, la situation mondiale, la défaite du socialisme, enfin, un certain nombre de facteurs qui ont contribué à ce que les jeunes d’aujourd’hui n’en aient pas connaissance. Mais je pense qu’il existe un intérêt. Cette dernière année, pour le lancement de mon livre - Luiz Carlos Prestes, la lutte pour un parti révolutionnaire – j’ai beaucoup voyagé à travers le Brésil. J’ai fait de nombreuses conférences dans les universités, et il y a un grand intérêt de la part des jeunes.

Vous voyez donc un espoir dans la jeunesse?

 Je pense qu’il y a un espoir. Je pense que les jeunes sont anxieux et qu’ils cherchent une réponse. Les manifestations de l’année dernière l’ont révélé. Les gens ont soudainement découvert qu’ils devaient faire quelque chose, sortir de l’apathie, sortir dans la rue. Et ils ont vu qu’il est possible de conquérir quelque chose. La responsabilité des forces de gauche, de ceux qui sont vraiment engagés avec les luttes populaires, est d’essayer d’organiser - et je pense que c’est bien cela l’héritage de Prestes.

Manifeste de Santo Ângelo

L’heure solennelle est arrivée de contribuer par notre aide précieuse à la grande cause nationale.

Cela fait 4 mois que les héros de São Paulo se battent héroïquement pour renverser le gouvernement de haine et de persécution qui n’a servi qu’à diviser la famille brésilienne, mettant les frères les uns contre les autres comme des ennemis féroces.

Tout le Brésil, du nord au sud, souhaite, dans les profondeurs de sa conscience, la victoire des révolutionnaires, parce qu’ils se battent par amour pour le Brésil, parce qu’ils veulent que le vote populaire soit secret, que la volonté souveraine du peuple soit une vérité respectéedans les urnes, parce qu’ils veulent que  soient confisquées les grandes fortunes accumulées par les membres du gouvernement au détriment des deniers du Brésil, parce qu’ils veulent que les gouvernements fassent moins de politicaillerie et se soucient plus de l’aide au peuple travailleur, qui dans un mélange sublime de Brésiliens et d’étrangers, fraternisant dans le même idéal, vit en travaillant honnêtement pour la grandeur du Brésil.

Tous désirent la victoire complète des révolutionnaires parce qu’ils veulent que le Brésil soit fort et uni, parce qu’ils veulent que soient remis en liberté les héros officiels de la révolte du 5 juillet 1922, qui ont été arrêtés parce que, dans un acte de patriotisme, ils voulaient renverser le gouvernement Epitácio, qui a vidé criminellement notre trésor, et parce qu’ils voulaient éviter l’arrivée du gouvernement Bernardes, qui a régné au détriment du généreux sang brésilien.

Tout le monde sait aujourd’hui, malgré la censure de la presse et du télégraphe, malgré les mensonges officiels disséminés un peu partout, que les révolutionnaires ont reçu une vraie consécration là où ils sont passés et n’ont pas été battus jusqu’à aujourd’hui.
(…)
Selon le plan général, les troupes de Santo Angelo ne resteront peut-être pas longtemps ici, mais pendant ce temps, l’ordre, le respect, la propriété et la famille resteront strictement maintenus et, pour cela, le gouvernement révolutionnaire provisoire compte sur l’aide de la population elle-même.

Nous ne voulons pas perturber la vie des gens, parce que nous aimons et voulons l’ordre comme base du progrès. Vous pouvez, donc, rester tranquilles, car rien d’anormal ne se produira.

Tous les réservistes de l’armée, ainsi que les volontaires, sont appelés à se présenter au siège du 1er Bataillon Ferroviaire.

Tous les propriétaires de voitures, de charettes ou de chevaux doivent immédiatement les mettre à la disposition du 1er Bataillon Ferroviaire et verront tous leurs droits respectés.

Toutes les réquisitions seront documentées et signées sous la responsabilité du Ministre de la Guerre.

Pour le Gouvernement Révolutionnaire du Brésil
Cap. Luiz Carlos Prestes, 29/10/1924
(Extraits de l’un des Manifestes de la Colonne)

 

 

NdT

*La Colonne Prestes fut un mouvement politico-militaire brésilien qui se produisit entre 1925 et 1927. Lié au tenentismo, courant aux idées assez imprécises, ses lignes générales étaient les suivantes: insatisfaction vis-à-vis de la República Velha (la “Vieille République”, en français, 1889-1930), revendication de l’instauration du vote à bulletin secret, défense de l’enseignement public.

(1) Il est intéressant de noter que Lampião, chef cangaceiro redouté à l’époque, a été utilisé contre la Colonne Prestes. Sur cet épisode, plusieurs versions circulent, dont l’une affirme que Lampião n’a jamais réellement lutté contre la Colonne, car il partageait beaucoup d’opinions avec Prestes.





Courtesy of Si le Brésil m'était traduit...
Source: http://averdade.org.br/2014/07/os-90-anos-da-coluna-prestes-entrevista-exclusiva-de-anita-leocadia-prestes-ao-jornal-verdade/
Publication date of original article: 28/07/2014
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=13769

 

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