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 15/11/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 EUROPE 
EUROPE / Jusqu'où les Russes peuvent-ils reculer?
(À la mémoire d’Anatoly Klian)
Date of publication at Tlaxcala: 03/07/2014
Original: How far can Russians retreats?
(In memory of Anatolii Klian)

Translations available: Português/Galego 

Jusqu'où les Russes peuvent-ils reculer?
(À la mémoire d’Anatoly Klian)

The Saker El Saqr Балобан الصقر

 

L’assassinat d’Anatoly Klian

Je viens de regarder un reportage écœurant et d’une immense tristesse à la télévision russe au sujet de la mort d’Anatoly Klian, un cameraman de 68 ans qui travaillait pour Channel One : vous pouvez voir ce reportage ici et vous pouvez également lire l’article de RT (Russia Today) sur sa mort, avec des vidéos, ici.

Bien sûr, il ne s’agit que de la mort d’un seul homme, alors que, d’une manière ou d’une autre, ce sont des millions de personnes qui se trouvent affectées par la tragédie qui se déroule sous nos yeux. Le problème avec des nombres comme les « millions », c’est qu’ils ont tendance à cacher la tragédie de la souffrance individuelle de chacun de ces « millions » d’êtres humains dont nous entendons parler.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je veux dédier ce post à cette seule personne, un homme qui a été assassiné uniquement parce qu’il vivait et travaillait selon sa conscience, et dont la vie a été fauchée par des voyous qui méritent amplement d’être appelés « Nazis », mais que pourtant l’on nous présente comme des « Européens » qui auraient fait le « choix de civilisation » d’abandonner le règne des brutes asiatiques qui vivent dans l’Est, et qui maintenant seraient de retour à la maison commune que l’on connaît sous le nom d’« Europe civilisée ».

Со святыми упокой, Анатолий, и вечная память!
Балобан
[NdT : Puisses-tu avec les saints trouver le repos, Anatoly, et rester à jamais dans notre souvenir ! Saker]

Anatoly Klyan, caméraman pour la chaine russe Channel One TV

La situation actuelle : un panachage de bon et de mauvais

Les nouvelles qui nous parviennent de Novorossia sont un panachage de raisons d’espérer et de raisons de désespérer.

La prétendue « initiative de paix » de Porochenko est, soit un choix de termes aussi trompeur qu’obscène, soit, au mieux, une blague pas drôle : les Ukies sont de nouveau occupés à bombarder des civils et à les tirer de loin au fusil à lunette, et ce tous les jours, tandis qu’à Kiev un rassemblement de masse a eu lieu non pas pour exiger un véritable cessez-le feu, oh non, mais pour exiger une reprise à grande échelle des hostilités ! Quant aux anglo-sionistes, pas le moins du monde impressionnés par les diverses tentatives de Poutine en vue d’apaiser leur russophobie paranoïaque, ils menacent à nouveau la Russie de nouvelles sanctions.

D’un autre côté, il y a aussi beaucoup de signes que le camp novorossien se renforce de jour en jour : des unités entières passent dans le camp adverse sans qu’un seul coup de feu soit tiré, les forces spéciales novorossiennes ont apparemment réussi à prendre le contrôle de certains missiles de défense aérienne très avancés près de Donetsk (mais je ne sais pas avec certitude si ces systèmes sont encore opérationnels ou non), quelqu’un a apparemment « perdu » au moins trois pièces d’artillerie sur la route (lesquelles ont été immédiatement prises en charge par les forces de défense de Novorossia) et le nombre de combattants volontaires prêts à défendre le Donbass ne cesse de croître chaque jour.

Où tout cela mène ? Il est trop tôt pour le dire : les Ukies ont maintenant utilisé des munitions chimiques et des rapports cohérents font état d’immenses colonnes de convois militaires ukrainiens pénétrant dans le Donbass.

Bien que je souhaite personnellement que les Ukies aient à présent atteint la limite de leur effort de guerre, cela est loin d’être certain, et il reste la possibilité très réelle d’une mise en œuvre prochaine d’un « Plan B » de Porochenko. Ce plan, apparemment, se compose d’une attaque en 3 volets sur le Donbass : depuis le nord-ouest (Kharkov), l’ouest (Dnepropetrovsk) et le sud (Mariupol). Combiné avec un mouvement de verrouillage de la frontière à l’est, un tel « plan B » ferait courir un risque immense à toute la Novorossia.

J’avoue souffrir d’un trouble de la personnalité multiple analytique

Comme vous le savez sans doute, je souffre d’un « trouble de la personnalité multiple analytique » (TPMA) : d’un côté, je ne peux pas attendre plus longtemps une intervention militaire russe qui arrêtera enfin l’assaut des Ukraino-Nazis sur la Novorossia, tandis que de l’autre côté, je suis pleinement conscient  que ce serait une erreur. Mon instinct me dit « écrasons ces salauds ! », tandis que mon cerveau me dit « pas touche à l’appât ! ».

Hier soir, après avoir écouté les dernières nouvelles, je me promenais avec mon noeud désormais habituel à l’estomac : une douzaine de différents « et si » me tourmentaient de l’intérieur : et si Poutine s’était laissé intimider ou acheter de l’extérieur ? Qu’adviendra-t-il s’il n’a pas un plan et si la position russe actuelle n’est en fait que le reflet d’une conduite des affaires russes aussi effrayante que confuse ? Ou si Poutine et ses conseillers avaient cyniquement décidé d’échanger la Novorossia contre la Crimée ou, pire encore, la Novorossia contre des contrats commerciaux ?

A en juger par certains des commentaires publiés ici, beaucoup d’entre vous, apparemment, me prennent pour une groupie de Poutine et s’imaginent que je n’ai jamais douté de lui. Si seulement vous saviez à quel point vous avez tort ! J’ai des doutes, et j’ai même peur, mais j’essaie de ne pas laisser ces sentiments me submerger parce que je ne crois pas que ce soit là des outils d’analyse utiles. Mais pour ceux d’entre vous qui disent que Poutine est largué ou qu’il a fermé boutique, je répondrai ceci : vous n’avez pas plus de preuve de cela que je n’ai de preuve du contraire, et nous ne saurons pas ce qu’il en est jusqu’à ce que cette situation soit entièrement dénouée.

Nous sommes donc tous coincés dans l’angoisse d’avoir à attendre. D’avoir à attendre pendant que des innocents sont assassinés, pendant que la ploutocratie de l’Union européenne fait des ovations à un régime clairement nazi à Kiev, et pendant que l’Oncle Sam profère chaque jour davantage de menaces contre la Russie. Pour quelqu’un qui se fait vraiment et sincèrement du souci pour les gens de Novorossia, une telle attente relève de la véritable torture psychologique. Je peux vous dire que ma dernière pensée lorsque je m’en vais dormir et ma première pensée lorsque je me réveille est :

Jusqu’où les Russes peuvent-ils reculer ?

Hier, j’ai soudainement réalisé que ce n’est pas la première fois que cette question divise la société russe. Lors de l’invasion européenne de la Russie sous Napoléon (sur près de 700 000 soldats qui ont envahi la Russie en 1812, seulement environ la moitié étaient français : les autres étaient originaires de presque toutes les autres nations européennes, la plupart étant des Allemands et des Polonais), la même question exactement a divisé la société russe.

A l’époque, les deux maréchaux Barclay de Tolly et, plus tard, Mikhaïl Koutouzov ont été violemment critiqués pour leur politique de retraite devant les armées de Napoléon. Contrairement à ce qui s’est passé durant la Seconde Guerre mondiale, où le retrait soviétique n’était pas prévu mais contraint par une attaque allemande remarquablement réussie, la retraite de Russie au cours de la guerre de 1812 a été entièrement délibérée et, je dirais même, logique. Les choses sont alors devenues tellement moches que Barclay de Tolly (qui était écossais d’origine) a été accusé d’être un lâche et un agent secret de Napoléon.

Lorsque le Russe « ethniquement correct » Koutouzov (qui avait servi avec distinction sous les ordres du plus célèbre général russe de tous les temps, Alexandre Souvorov, et dont le patriotisme et le courage ne pouvaient être mis en doute) a été nommé pour remplacer Barclay de Tolly, il décida de suivre exactement la même stratégie. En fait, Koutouzov ordonna à l’armée russe de se retirer vraiment loin, jusqu’à la petite ville de Borodino, environ 120 km à l’Ouest de Moscou, avant d’engager les armées de Napoléon dans une gigantesque bataille [Ndt : la Bataille de la Moskova]. L’issue de la bataille ? Un bain de sang mutuel et un match nul (je la qualifierais de victoire tactique pour les Français et de victoire stratégique opérationnelle pour les Russes), à la suite duquel Koutouzov retira ses forces vers l’arrière et renonça à défendre Moscou sans tirer un seul coup de fusil !

Poussé par son orgueil et par son ego, Napoléon mordit à l’appât et entra dans Moscou, attendant de la partie russe qu’elle lui remette les clefs de la ville comme il se devait. Les Russes ne se montrèrent jamais et, après avoir attendu (et utilisé les églises du Kremlin comme écuries pour ses chevaux !), la « Grande Armée » commença une épouvantable retraite. Des 690 000 hommes qui composaient la force d’invasion initiale, seuls 93 000 survécurent (même pas, si l’on considère qu’à la Bérézina l’armée européenne se trouva presque entièrement encerclée !). Dès Mars 1814, l’armée russe campait à Paris et Talleyrand dut abandonner les clés de Paris au tsar Alexandre Ier de Russie.

Cette stratégie russe de retraite était en fait bien plus que le simple choix d’« échanger (au sens littéral) l’espace contre des vies » ou que la simple idée de faire ainsi davantage pression sur les lignes de ravitaillement de l’ennemi.

Les Russes avaient douloureusement appris cette stratégie des Mongols, lesquels avaient souvent reculé devant les forces russes qui avançaient, avant de les détruire (généralement en mettant le feu à la steppe et en procédant à une manœuvre d’enveloppement). Dans la guerre, comme aux échecs, le timing est un facteur absolument crucial, qui ne saurait être ignoré.

Mais pour en revenir à Barclay de Tolly et à Koutouzov, pouvons-nous aujourd’hui tenter seulement d’imaginer le genre d’angoisse qu’ils ont dû ressentir ? Etre appelés traîtres, être soupçonnés d’être des agents étrangers, être qualifiés de lâches par toute la cour (elle-même retirée bien à l’abri de tout risque personnel à Saint-Pétersbourg) et probablement par la plus grande partie de la société russe ?

Je ne pense pas que qui que ce soit puisse imaginer le genre de pression qu’ont dû subir Alexandre Ier, Barclay de Tolly et Koutouzov pour les amener à changer de stratégie, surtout après la reddition de Moscou. Et pourtant, le temps leur a entièrement donné raison, ainsi qu’à leur magnifique sens de la stratégie. Bien que cela soit impossible à prouver, naturellement, il y a consensus parmi les historiens militaires pour estimer que si l’armée russe avait donné à Napoléon sa première bataille face à face quelque part à l’ouest de Smolensk, elle aurait été écrasée et aurait fini par se retirer tout de même, mais cette fois dans un chaos complet et avec très peu de survivants.

Par conséquent, la réponse correcte à la question qui précédait est : la Russie peut reculer aussi loin qu’il est nécessaire pour gagner.

Objection : Poutine n’est pas Alexandre Ier.

Certes. Pas plus que Porochenko ou Obama ne sont Napoléon, loin s’en faut. Mais il est vrai aussi que la guerre actuelle contre la Russie (parce que c’est bien ce qui se déroule en ce moment) n’est pas non plus une guerre du même type que les guerres du 19ème siècle. C’est une guerre du 21e siècle, la quatrième guerre mondiale (si l’on considère que la troisième guerre mondiale était la prétendue « guerre froide »).

Si les Russes ont appris des multiples défaites militaires que leur ont infligées les Mongols, alors les Européens de l’Ouest devraient avoir appris des multiples défaites militaires que leur ont infligées les Russes.

Maintes et maintes fois, des envahisseurs occidentaux ont attaqué la Russie, et maintes et maintes fois ils ne sont pas parvenus à l’emporter, au moins dans un sens militaire. Mais ces défaites militaires occidentales permettent d’éclipser une liste tout aussi longue d’« interventions » d’ordre culturel et religieux, couronnées de succès, elles.

Tout d’abord, la Papauté a réussi à convertir (par la force et la corruption) les Lituaniens et les Russes de l’Ouest (les futurs Ukrainiens). Puis, pendant un certain temps, l’occupation de la Russie par les Mongols lui a fourni une sorte de bouclier, douloureux mais efficace, contre les Croisés occidentaux.

Pourtant, à la fin de l’occupation mongole, et après le brillant règne d’Ivan III (l’un des meilleurs dirigeants russes qui aient jamais été), puis de Vassili III et d’Ivan IV (surnommé « le Terrible »), l’Etat russe a rapidement dégénéré pour laisser place à une période de chaos que l’on appelle la Période des Troubles.

Là encore, l’Occident a tenté d’envahir la Russie, et les Polonais ont même réussi à placer sur le trône de Russie un de leurs agents, celui que l’on appelle le faux Dimitri, alors que, dans un acte typique de haine latine envers l’Eglise orthodoxe, ils battaient et faisaient mourir de faim le patriarche russe Saint Hermogène (certaines choses ne changent jamais).

En fin de compte, les Polonais et leurs maîtres jésuites furent chassés, et un Zemskii Sobor [NdT : un Congrès de la Terre russe] élut à l’unanimité le jeune fils du patriarche Philarète de Moscou, Michel Romanov, comme tsar de Russie. Alors qu’à l’extérieur la paix était revenue en Russie, à l’intérieur de puissantes forces pro-occidentales devenaient progressivement de plus en plus fortes, en particulier au sein des élites russes. Leur temps vint quand Pierre Ier (dit « Le Grand ») arriva au pouvoir en 1682. Sans vouloir faire de ce post une analyse historique détaillée, je dirais que le peuple russe et la culture russe ont été étouffés pour l’essentiel, avec plus ou moins de succès, et qu’ils ont comme disparu, du règne de Pierre 1er à Vladimir Poutine. Alors que certains des dirigeants russes se sont vraiment efforcés de rétablir et de maintenir la culture russe et le christianisme orthodoxe (en particulier Alexandre III et Saint Nicolas II), l’aristocratie russe – qui était en grande partie composée de francs-maçons – s’est systématiquement et violemment opposée à ces efforts.

Le mécanisme que nous voyons aujourd’hui en Russie – le dirigeant soutenu par les luttes du peuple contre les élites soutenues par l’Occident – n’a rien de nouveau : c’est ce qui a eu cours depuis plusieurs siècles.

En outre, quelle véritable existence peut bien avoir une soi-disant « Ukraine » (sans l’article « l’ » placé devant elle) autre que d’être un grand succès stratégique des élites de l’Europe occidentale ? Pensez-y : en 1812, il n’y avait pas de collaborateurs « ukrainiens » pour accueillir les Français, même si ces derniers avait promis de « libérer » les paysans Russes. Un siècle seulement plus tard, non seulement de nombreux Ukrainiens accueillaient les Allemands avec des fleurs (ce que je comprends parfaitement, compte tenu de ce que les commissaires soviétiques leur avaient fait), mais beaucoup d’entre eux se considéraient sincèrement comme un groupe ethnique distinct, sans rien de positif en commun avec le peuple russe. Cela, n’est-ce pas un succès remarquable des élites occidentales ?

Pour ce qui est de la période soviétique, je considère personnellement que tous les dirigeants soviétiques, de Lénine à Gorbatchev, étaient des russophobes qui, chacun à sa manière, au mieux avaient peu de choses en commun avec la culture et le peuple russes (Gorbatchev), au pire brûlaient d’une haine génocidaire à l’endroit du peuple russe (Lénine et Trotski).

Pourtant, au cours de la Seconde Guerre mondiale et après la guerre, la culture russe et la conscience nationale commencèrent lentement à refaire surface, même pendant que des salopards dégénérés comme Khrouchtchev ou Eltsine étaient aux commandes. Comme je l’ai écrit dans le passé, je crois que Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir poussé par des forces « nationales » à l’intérieur du KGB, bien qu’il eût avec lui un Medvedev soutenu par l’oligarchie pour le garder sous contrôle. Ce à quoi je veux en venir, c’est rappeler à tous un fait crucial et pourtant négligé : l’Occident a tenu plus ou moins fermement les autorités russes « par le cou » depuis au moins 1682 jusqu’à 2000, soit pendant trois cent dix-huit ans ! Quant à Poutine, il a été officiellement nommé en 1999 et élu en 2000, mais sa période de contrôle plus ou moins complet de la Russie n’a commencé qu’en 2012, il y a seulement deux ans (j’ai écrit à ce sujet en particulier ici, mais aussi ici et ici), et pendant ces deux années, son opposition systématique à l’Empire anglo-sioniste lui a valu la haine passionnée de la ploutocratie occidentale qu’il a apparemment « déçue ». Ceux qui, avec tant de désinvolture, accusent Poutine d’être un lâche, un agent du nouvel ordre mondial, de se vendre ou d’être déjoué dans ses manœuvres, devraient à tout le moins se familiariser avec les éléments de base de l’histoire russe et comparer ce que Poutine a fait en deux ans à ce qui s’est passé au cours des 300 dernières années.

Pourtant, je suis d’accord que, même si le bilan de Poutine est tout simplement fantastique, au moins jusqu’à présent, la grande question qui reste sans réponse est :

Et maintenant, qu’est-ce que Poutine va faire ?

Honnêtement, ma réponse est simple : je ne sais pas. Je ne sais vraiment pas. J’ai déjà partagé en toute franchise mes pires craintes avec vous, et j’ai également répété à plusieurs reprises que je ne vois pas de raison suffisante de douter que Poutine finira par agir quand il décidera que le bon moment est venu. Cela veut-il dire que je lui fais confiance ? Non. Mais cela signifie que je n’ai pas non plus de raison de perdre espoir en lui.

Pour ceux qui constamment fustigent Poutine parce qu’il n’en fait pas assez (ou même parce qu’il ne fait rien), je dirais qu’il n’y a pas non plus de raisons de penser que la junte de Kiev ait les moyens d’écraser la résistance Novorossienne. S’il en est ainsi, alors laissez-moi immédiatement ajouter qu’il serait de loin préférable pour la Novorossia, la Russie et même l’Europe, que la Novorossia réussisse à repousser les escadrons de la mort nazis sans que la Russie ne l’y aide ouvertement, plutôt qu’avec une telle aide de la part de la Russie.

Quant à une intervention militaire russe pure et simple, ce serait objectivement un résultat très peu souhaitable pour tout le monde sauf pour l’Oncle Sam et ses marionnettes de l’Union européenne. Il se pourrait qu’on en vienne là, et souvent je me prends à penser que tel sera probablement le cas, mais cela serait pourtant un résultat forcé, une opération dont le lancement constituerait déjà en lui-même une victoire pour les anglo-sionistes, indépendamment de l’issue effective de l’opération militaire russe elle-même (dont personne, ne serait-il seulement qu’à moitié informé, ne peut douter).

Dans le compte-rendu de situation du 24 juin, j’ai écrit :

Encore une fois, nous avons une situation dans laquelle Porochenko ou, devrais-je dire, ceux qui tirent les ficelles de Porochenko à Washington, sont absolument déterminés à atteindre l’un des deux objectifs suivants :

  1. étendre le Banderastan sur tout le pays jusqu’à la frontière russe,
  2. forcer la Russie à intervenir militairement de façon ouverte dans le Donbass.

C’est là une stratégie gagnante, car Kiev a les moyens d’atteindre au moins l’un de ces objectifs et Poutine n’a aucune troisième option. La solution qui a la préférence du Kremlin (voir la Novorossia résister avec succès à l’agression ukrainienne) ne semble pas réalisable, du moins pas si le Kremlin se refuse à prendre des mesures radicales pour changer la dynamique des choses sur le terrain.

Cela pose la question de savoir à partir de quand l’on doit considérer que les mesures sont suffisamment « radicales ».

Je dirais que toute action permettant à la Novorossia de résister avec succès à l’agression Ukie est, par définition, une action « suffisamment radicale ».

En quoi une telle action pourrait-elle consister ?

  1. une aide secrète, militaire et technique, à la résistance novorossienne,
  2. la dénonciation politique des atrocités et des provocations de la junte,
  3. pousser sans relâche le coin politique et financier entre l’Union européenne et les États-Unis de manière à élargir le fossé entre eux,
  4. une constante préparation de l’opinion publique russe en vue d’un possible engagement des forces armées russes dans une opération de « sauvetage de la Novorossia »,
  5. une lutte ininterrompue afin de remplacer autant d’ « intégrationnistes atlantistes » que possible par des « souverainistes eurasiens » (pour une définition, voir les liens ci-dessus) aux postes clés du Kremlin.

Pour l’heure, j’ai toutes les raisons de croire que c’est exactement ce qui est en train de se passer. Je ne sais pas ce qu’il en sera demain, et moins encore ce qu’il adviendra dans une semaine, un mois ou une année. Mais jusqu’ici, c’est ce que je vois et c’est pourquoi je dis que pour l’instant il est trop tôt pour accuser Poutine de rien d’autre que de prudence et de bonne planification.

Maintenant, j’admets volontiers que cette stratégie, bien que peut-être « suffisamment radicale » en termes purement rationnels, n’est pas assez radicale pour mon cœur.

J’ai des visions d’escadrons de la mort du Secteur droit (Pravy Sector) qui se retrouveraient tout à coup face-à-face avec des hommes armés bien polis et tout de vert vêtus, des visions d’une paire de MiG-31 qui fermeraient l’ensemble de l’espace aérien de la Novorossia tandis que des Su-34 russes bombarderaient les positions d’artillerie des Ukies à leur en faire faire dans leur froc (pardonnez mon français), j’ai des visions d’un groupe opérationnel de Vympels [NdT : unités de forces spéciales du FSB spécialisées dans les missions de contre-terrorisme et les opérations secrètes], qui viendrait tirer Liachko ou Kolomoiski de leur lit et les emmener en ballade dans la Kolyma, via Moscou, tout comme j’ai des visions du peuple français renversant la ploutocratie sioniste au pouvoir et la remplaçant par un comité de salut national vraiment français. J’ai même des visions d’un véritable peuple américain virant finalement à coups de botte ces 1 % véritablement sataniques qui occupent les États-Unis, et des visions des États-Unis redevenant un pays « normal ». Et tout serait bien, et tout serait épatant pour le simple « blogueur anonyme » que je suis, mais ce n’est pas là le genre de luxe qu’un chef d’État comme Poutine puisse se permettre.

En conclusion, je dirai que personne ne serait plus honteux et mortifié que moi s’il s’avérait en fin de compte que la Russie de Poutine abandonnait son peuple en Novorossia aux envahisseurs nazis et à leurs escadrons de la mort soutenus par les USA et l’Union européenne. Si cela se produit, il n’y aura pas besoin de jubiler en me balançant des « nous vous l’avions bien dit », parce que si vous me le disiez maintenant, ce ne pourrait être que pour tout un tas de mauvaises raisons. Oui, une telle trahison est possible, mais non, catégoriquement non, il n’y a rien pour l’heure qui permette de conclure qu’une telle trahison a déjà eu lieu ou soit en cours de préparation.

Chaque matin, je me réveille avec la crainte que « cela » soit arrivé, crainte mêlée avec l’espoir que le très attendu « coup d’arrêt » russe ait enfin commencé. Jusqu’à présent, ni l’un ni l’autre ne sont arrivés et, oui, la Russie est toujours en train de reculer. Et Dieu seul sait pour combien de temps et jusqu’où.





Courtesy of The Vineyard of the Saker
Source: http://www.vineyardsaker.blogspot.com/2014/06/how-far-can-russians-retreats-in-memory.html
Publication date of original article: 30/06/2014
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=12740

 

Tags: NovorossiyaDonbassUkraine orientaleRussiePoutineUSAUnion européenneEurope
 

 
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