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 25/08/2019 Tlaxcala, the international network of translators for linguistic diversity Tlaxcala's Manifesto  
English  
 LAND OF PALESTINE 
LAND OF PALESTINE / Changer de drapeau
Date of publication at Tlaxcala: 08/04/2014
Original: Changing the Flag
Translations available: Deutsch  Español 

Changer de drapeau

Uri Avnery أوري أفنيري אורי אבנרי (1923-2018)

 

Traduit de l’anglais pour l’AFPS par FL/​SW

La Nouvelle-​​Zélande a décidé de changer de drapeau. En Israël, cela n’a été que briè­vement men­tionné dans les médias. Mais c’est un exemple signi­fi­catif pour nous [Israéliens].

L’ancien drapeau était inspiré du drapeau bri­tan­nique, l’Union Jack, qui sym­bolise l’union de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande. Les trois dif­fé­rentes croix sont inté­grées dans un dessin complexe.

Mais que signi­fie ce drapeau pour les Néo­zé­landais d’aujourd’hui ? Pas grand-​​chose. Il est certain qu’ils sont proches du Royaume-Uni et de la civi­li­sation anglo-​​saxonne, mais ils consti­tuent une nou­velle nation, une nation dis­tincte, avec une his­toire, une orien­tation géo­po­li­tique et un caractère national différents.

Un drapeau national devrait unir tous les citoyens d’un pays, sus­citer leur loyauté et for­tifier leur patrio­tisme. Il ne devrait cer­tai­nement pas laisser de côté des parties signi­fi­ca­tives de la population.

C’est pourquoi le gou­ver­nement de l’État insu­laire de l’hémisphère sud a décidé d’abandonner le drapeau qui ne fait sens que pour une partie de la popu­lation et d’en adopter un nouveau qui fasse sens pour tous. Un concours pour un nouveau dessin est lancé.

   

Quelques propositions de nouveau drapeau

File:New Zealand Flag Proposal 1 (Kiwi Flag).png File:New Zealand Flag Proposal 2 (Kiwi Flag).png File:New Zealand Flag Proposal 3 (Kiwi Flag).png

 

Ceci fait suite tar­di­vement à l’exemple du Canada, un autre ancien “dominion” bri­tan­nique, qui a aban­donné un drapeau sem­blable pour en adopter un nouveau, en essayant sagement de créer un symbole qui plairait à la fois aux Cana­diens anglo­phones et fran­co­phones, aussi bien qu’aux Inuits et aux autres popu­la­tions indigènes.

Le pro­blème avec notre drapeau est lar­gement le même. Adopté par l’un des pre­miers congrès sio­nistes, il est basé sur le châle de prière juif et l’ancien bou­clier de David. Il a été conçu pour un mou­vement poli­tique mondial dont l’ambition était de créer un foyer sûr pour le peuple juif. Lors de la création de l’État d’Israël, il en est devenu le drapeau national.

Il sert aujourd’hui de drapeau de l’État, de drapeau du mou­vement sio­niste inter­na­tional et aux yeux de cer­tains de drapeau de tous les Juifs.

Il n’est cependant pas le drapeau de tous les citoyens d’Israël. Pour les citoyens arabes il ne signifie rien d’autre que dis­cri­mi­nation et exclusion. Il leur rap­pelle, partout et tout le temps, qu’ils sont au mieux de citoyens de seconde classe, pré­sents mais sans appar­te­nance complète.

Depuis le premier jour de l’État, j’ai plaidé pour l’adoption d’un nouveau drapeau inté­grateur. Comme les Néo­zé­landais d’aujourd’hui, j’avais le sen­timent qu’avec toute la consi­dé­ration à accorder à nos ori­gines, notre his­toire et nos tra­di­tions cultu­relles, nous autres Israé­liens vivons dans une réalité dif­fé­rente. Un grand nombre de nos conci­toyens ne sont pas juifs, et les sym­boles de notre Etat devraient le refléter.

Fran­chement, je pense aussi que ce n’est pas un très bon drapeau. Les dra­peaux doivent se voir de loin. À l’origine les dra­peaux servaient à indiquer l’endroit où se tenait le roi dans une bataille, afin que chaque soldat sache où était son chef. Il devait se faire voir.

Les cou­leurs de notre drapeau – blanc et bleu clair – sont esthé­tiques, mais inef­fi­caces. Dans un contexte de ciel bleu et de nuages blancs, il tend à dis­pa­raître. Bran­dissez ensemble une dizaine de dra­peaux blancs et bleus et un seul rouge, et vos yeux seront accrochés par le rouge.

 

MAIS LE prin­cipal argument contre le drapeau est moins d’ordre esthé­tique que politique.

Bien avant que Néta­nyahou n’en vienne au truc d’exiger que les Pales­ti­niens recon­naissent Israël comme “l’État-nation du peuple juif”, notre drapeau reflétait déjà cette prétention.

C’est beaucoup plus que le drapeau d’un État ordi­naire. Il incarne la reven­di­cation de l’État à repré­senter tous les Juifs du monde.

A-​​t-​​on demandé aux Juifs s’ils vou­laient être repré­sentés par le gou­ver­nement d’Israël ?

Assez bizar­rement, cette question n’est jamais sou­levée. Ni par les Pales­ti­niens, ni par les US-Amé­ri­cains ni même par les Israéliens.

Avant que notre gou­ver­nement exige des diri­geants pales­ti­niens de recon­naître Israël comme l’État-nation etc, ne devrait-​​on pas le demander aux Juifs de Los Angeles, de Moscou et de Johannesburg ?

Sans un réfé­rendum de la dia­spora juive et la réponse positive d’une large majorité, la reven­di­cation israé­lienne est sans fon­dement. Et même, c’est une forme d’impérialisme, une ten­tative d’imposer par la force une sorte de sou­ve­raineté à un peuple sujet.

Avant de pouvoir orga­niser un tel réfé­rendum il faut répondre à plu­sieurs ques­tions : Qui est juif ? Le fils ou la fille d’une mère juive ? Quid d’un père juif ? Des gens convertis à la religion juive ? Par qui ? Seulement par un rabbin orthodoxe ? Quid des convertis admis par des rabbins “réformés” ou “conser­vateurs” ? Quid des athées, peuvent-​​ils devenir des Juifs repré­sentés par Israël ?

Pour toutes ces ques­tions il n’y a pas d’accord entre les Israé­liens eux-​​mêmes. Alors, quel sens peut bien avoir l’exigence de recon­nais­sance, à part être une astuce pour saboter les négo­cia­tions de paix ?

 

LA QUESTION d’un réfé­rendum se pose aussi cette semaine dans un contexte différent.

Le Ministre des Affaires Étran­gères, Avigdor Lie­berman, s’agite de nouveau. Il est vrai que tout son ministère est en grève. Les bureaux cen­traux et toutes les ambas­sades israé­liennes dans le monde sont fermées. Mais Lie­berman n’est pas en repos.

Cette semaine il a annoncé qu’il avait donné ins­truc­tion au conseiller juri­dique du ministère de lui sou­mettre un avis juri­dique sur sa pro­po­sition d’échanges de ter­ri­toires. Selon son plan, une partie impor­tante du ter­ri­toire israélien habité par des citoyens arabes serait trans­férée au futur État pales­tinien, avec sa popu­lation, en échange de ter­ri­toires pales­ti­niens habités par les colons.

L’objectif évident de l’échange serait de réduire le nombre des citoyens arabes, rendant ainsi l’État juif encore plus juif.

À première vue, cela pourrait sembler une proposition honnête.

Tout d’abord, cela signifie que Lie­berman est favo­rable à la création d’un État pales­tinien à côté d’Israël. De la part d’un homme d’extrême-droite, c’est en soi remarquable.

Tous les Israé­liens ultra-​​nationalistes sont face à un dilemme : qu’est ce qui est le plus important, la géo­graphie ou la démo­graphie ? La judéïté de toute la terre qui fut promise par Dieu, ou la judéïté de la popu­lation de l’État juif ?

Le gros des mou­ve­ments de droite préfère la terre à la popu­lation. Ils veulent obtenir tout le pays “de la mer au Jourdain”, même si cela implique que les Pales­ti­niens for­me­raient la majorité de la popu­lation. Pour eux, une occu­pation éter­nelle serait une bonne solution et un État d’apartheid est éga­lement acceptable.

Une autre aile du camp de droite pense qu’il est plus important d’avoir un État dans lequel le nombre des non-​​juifs serait négli­geable, garan­tissant que l’État juif res­terait tou­jours juif. La solution de Lie­berman vise à atteindre cet objectif.

Dans ce but, Lie­berman est prêt à modifier la géo­graphie d’Israël de telle sorte que la “bande étroite” devien­drait encore plus étroite. Entre Nétanya sur la côte et la Tul­karem pales­ti­nienne, la largeur de l’État ne fait actuel­lement que 14 km. Lie­berman la réduirait encore davantage. Comme l’étroitesse de l’État est souvent avancée comme raison d’annexer la Cis­jor­danie, cette idée est en soi tout à fait remarquable.

 

LE CONSEILLER JURI­DIQUE a pris sa tâche au sérieux et il a produit un long rapport bien argu­menté. Il traite prin­ci­pa­lement de la question de savoir si une telle solution serait com­pa­tible avec le droit inter­na­tional. Sans sur­prise, compte-​​tenu de sa situation, sa réponse est oui.

Aucune popu­lation ne serait déplacée. Aucune pro­priété ne serait expro­priée. Les Pales­ti­niens qui y vivent pour­raient conserver leur citoyenneté israé­lienne, s’ils le sou­haitent, ainsi que leurs droits à la sécurité sociale israé­lienne. Ils ces­se­raient sim­plement d’être des habi­tants de l’État d’Israël pour devenir habi­tants de l’État de Palestine.

Une solution honnête et même bien­veillante. Sauf pour un petit point : on ne deman­derait pas leur avis aux habi­tants palestiniens.

Après une étude com­plète des pré­cé­dents, le conseiller juri­dique conclut que le droit inter­na­tional n’exige pas un plé­biscite. Et même, Lie­berman est vigou­reu­sement opposé à toute consul­tation de ce genre.

Pourquoi ? Parce que les gens concernés ont déjà très clai­rement exprimé leur refus d’un tel transfert.

C’est un grand com­pliment pour Israël. Malgré toute la dis­cri­mi­nation, malgré tous les griefs fondés, les citoyens arabes d’Israël sou­haitent rester membres de l’État, plutôt que de faire partie du futur État palestinien.

Leur statut de citoyens de seconde classe est évident. Les infor­ma­tions nous le rap­pellent presque tous les jours. Ce qui est moins évident mais non moins réel c’est que la popu­lation arabe est pro­fon­dément enra­cinée dans la réalité israé­lienne, éco­no­mique comme politique.

L’autre aspect de la question c’est qu’Israël tire de gros béné­fices de cette popu­lation. Ils tra­vaillent dans l’économie israé­lienne. Ils paient des impôts. L’argument selon lequel ils ne paient pas leur part est un mythe – on ne peut pas vivre en Israël sans payer d’impôts, tant directs qu’indirects (sauf si l’on est très riche).

BEAUCOUP DE PAYS au cours de l’histoire ont appris que l’expulsion d’une popu­lation est souvent extrê­mement mau­vaise pour l’économie. Lorsque la France a chassé les Huguenots pro­tes­tants, elle s’est appauvrie. La Prusse qui les a accueillis est devenue riche et puis­sante. Cela est encore plus vrai pour l’expulsion des Juifs et des Musulmans d’Espagne et du Por­tugal. Les deux pays ont régressé tandis que l’Empire Ottoman qui avait accueilli les Juifs prospérait.

Les citoyens arabes d’Israël sont un gros atout pour l’État. Bien loin de nous en débar­rasser, nous devrions faire tout notre pos­sible pour qu’ils se sentent chez eux.

Le changement de drapeau serait un élément symbolique de cette action.

Drapeau de paix pour la Terre promise dessiné par
l'artiste autrichien Friedensreich Hundertwasser en 1978





Courtesy of AFPS
Source: http://zope.gush-shalom.org/home/en/channels/avnery/1396022881
Publication date of original article: 29/03/2014
URL of this page : http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=11975

 

Tags: IsraëlDrapeauÉtat juifSionismePalestinePalestiniens
 

 
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